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Actualité militante Tarnac : nouvelle arrestation

Discussion dans 'Webzine - actualité des luttes et partage d'articles de presse' créé par Ungovernable, 4 Décembre 2009.

  1. Ungovernable
    Offline

    UngovernableAutonome Comité auto-gestion Équipe technique Membre actif

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    Mar 2005
    Homme , 33 ans
    Canada
  2. anarchiste, autonome
    Bonjour,


    Comme vous avez du le savoir une nouvelle arrestation à eu lieu à Tarnac
    la semaine dernière qui a donné lieu à une nouvelle garde à vue
    anti-terroriste. Le juge s'obstine et a mis en examen une dixième personne
    sur des motifs toujours plus fantasques. Devant cet aveuglement et
    refusant de voir leur défense paralysée par une nouvelle série de mesures
    de contrôles judiciaires, les désormais dix mis en examen ont décidé
    collectivement, en se rencontrant, de ne plus se soumettre à leurs
    obligations de contrôle judiciaire. Ce geste répond aussi à la crainte de
    voir cette procédure absurde s'installer dans le ronron judiciaire qui a
    paralysé tant d'autres avant eux, parfois pendant des années.



    >>> Pourquoi nous cessons de respecter les contrôles judiciaires
    ----------------------------------------------------------------


    L’arrestation de Christophe, le 27 novembre, marque un palier dans la
    bouffée délirante d’Etat que l’on nomme pudiquement "affaire de Tarnac".
    Sa mise en examen situe le point où une procédure ne se poursuit qu’afin
    de se sauver elle-même, où l’on inculpe une personne de plus dans le seul
    espoir de maintenir le reste des inculpations.

    En fait de "premier cercle", Christophe appartient surtout au petit nombre
    de ceux avec qui nous discutons de notre défense. Le contrôle judiciaire
    qui voudrait, pour l’avenir, lui interdire de nous voir est l’aberration
    de trop ; c’est une mesure consciente de désorganisation de la défense,
    aussi. A ce point de torsion de toutes les notions du droit, qui pourrait
    encore exiger de nous que nous respections ces contrôles judiciaires et
    cette procédure démente ? A l’absurde nul n’est tenu. Il n’y a pas besoin
    de se croire au-dessus de la justice pour constater qu’elle est en dessous
    de tout. Au reste, une société qui se maintient par des moyens si
    évidemment criminels n’a de procès à intenter à personne.

    La liberté sous contrôle judiciaire est le nom d’une sorte d’expérience
    mystique que chacun peut se figurer. Imaginez que vous ayez le droit de
    voir qui vous voulez, sauf ceux que vous aimez, que vous puissiez habiter
    n’importe où, sauf chez vous, que vous puissiez parler librement, au
    téléphone ou devant des inconnus, mais que tout ce que vous dites puisse
    être, un jour ou l’autre, retenu contre vous. Imaginez que vous puissiez
    faire tout ce que vous voulez, sauf ce qui vous tient à coeur. Un couteau
    sans manche auquel on a retiré la lame ressemble davantage à un couteau
    que la liberté sous contrôle judiciaire ne ressemble à la liberté.

    Vous flânez sur un boulevard avec trois amis ; sous la plume des flics qui
    vous filochent, cela se dit : "Les quatre objectifs se déplacent en
    direction de..." Vous retrouvez après des mois de séparation un être qui
    vous est cher ; dans le jargon judiciaire, cela devient une "concertation
    frauduleuse". Vous ne renoncez pas, même dans l’adversité, à ce que toute
    amitié suppose de fidélité ; c’est évidemment une "association de
    malfaiteurs".

    La police et sa justice n’ont pas leur pareil pour travestir ce qui tombe
    sous leur regard. Peut-être ne sont-elles finalement que cette entreprise
    de rendre monstrueux ce qui, aimable ou détestable, se comprend sans
    peine.

    S’il suffit de ne se reconnaître dans aucune des organisations politiques
    existantes pour être "autonome", alors il faut bien admettre que nous
    sommes une majorité d’autonomes dans ce pays. S’il suffit de regarder les
    directions syndicales comme des traîtres avérés à la classe ouvrière pour
    être d’"ultragauche", alors la base de la CGT est présentement composée
    d’une série de dangereux noyaux d’ultragauchistes.

    Nous désertons. Nous ne pointerons plus et nous comptons bien nous
    retrouver, comme nous l’avons fait, déjà, pour écrire ce texte. Nous ne
    chercherons pas à nous cacher. Simplement, nous désertons le juge Fragnoli
    et les cent petites rumeurs, les mille aigreurs misérables qu’il répand
    sur notre compte devant tel ou tel journaliste. Nous désertons la sorte de
    guerre privée dans laquelle la sous-direction antiterroriste voudrait nous
    engager à force de nous coller aux basques, de "sonoriser" nos
    appartements, d’épier nos conversations, de fouiller nos poubelles, de
    retranscrire tout ce que nous avons pu dire à notre famille durant nos
    parloirs en prison.

    S’ils sont fascinés par nous, nous ne sommes pas fascinés par eux - eux
    que nos enfants appellent désormais, non sans humour, les "voleurs de
    brosses à dents" parce que, à chaque fois qu’ils déboulent avec leurs 9
    mm, ils raflent au passage toutes les brosses à dents pour leurs
    précieuses expertises ADN. Ils ont besoin de nous pour justifier leur
    existence et leurs crédits, nous pas. Ils doivent nous constituer, par
    toutes sortes de surveillances et d’actes de procédure, en groupuscule
    paranoïaque, nous, nous aspirons à nous dissoudre dans un mouvement de
    masse, qui, parmi tant d’autres choses, les dissoudra, eux.

    Mais ce que nous désertons d’abord, c’est le rôle d’ennemi public,
    c’est-à-dire, au fond, de victime, que l’on a voulu nous faire jouer. Et,
    si nous le désertons, c’est pour pouvoir reprendre la lutte. "Il faut
    substituer au sentiment du gibier traqué l’allant du combattant", disait,
    dans des circonstances somme toute assez semblables, Georges Guingouin
    (Résistant communiste).

    Partout dans la machine sociale, cela explose à bas bruit, et parfois à si
    bas bruit que cela prend la forme d’un suicide. Il n’y a pas un secteur de
    cette machine qui ait été épargné dans les années passées par ce genre
    d’explosion : agriculture, énergie, transports, école, communications,
    recherche, université, hôpitaux, psychiatrie. Et chacun de ces craquements
    ne donne, hélas, rien, sinon un surplus de dépression ou de cynisme vital
    - choses qui se valent bien, en fin de compte.

    Comme le plus grand nombre aujourd’hui, nous sommes déchirés par le
    paradoxe de la situation : d’un côté, nous ne pouvons pas continuer à
    vivre comme cela, ni laisser le monde courir à sa perte entre les mains
    d’une oligarchie d’imbéciles, de l’autre, toute forme de perspective plus
    désirable que le désastre présent, toute idée de chemin praticable pour
    échapper à ce désastre se sont dérobées. Et nul ne se révolte sans
    perspective d’une vie meilleure, hormis quelques âmes sympathiquement
    désespérées.

    L’époque ne manque pas de richesse, c’est plutôt la longueur du souffle
    qui lui fait défaut. Il nous faut le temps, il nous faut la durée - des
    menées au long cours. Un des effets principaux de ce qu’on appelle
    répression, comme du travail salarié d’ailleurs, c’est de nous ôter le
    temps. Pas seulement en nous ôtant matériellement du temps - le temps
    passé en prison, le temps passé à chercher à faire sortir ceux qui y sont
    -, mais aussi et d’abord en imposant sa propre cadence. L’existence de
    ceux qui font face à la répression, pour eux-mêmes comme pour leur
    entourage, est perpétuellement obnubilée par des événements immédiats.
    Tout la ramène au temps court, et à l’actualité. Toute durée se morcelle.
    Les contrôles judiciaires sont de cette nature, les contrôles judiciaires
    ont ce genre d’effets. Cela va bien ainsi.

    Ce qui nous est arrivé n’était pas centralement destiné à nous neutraliser
    nous, en tant que groupe, mais bien à impressionner le plus grand nombre ;
    notamment ceux, nombreux, qui ne parviennent plus à dissimuler tout le mal
    qu’ils pensent du monde tel qu’il va. On ne nous a pas neutralisés. Mieux,
    on n’a rien neutralisé du tout en nous utilisant de la sorte.

    Et rien ne doit plus nous empêcher de reprendre, et plus largement sans
    doute, qu’auparavant, notre tâche : réélaborer une perspective capable de
    nous arracher à l’état d’impuissance collective qui nous frappe tous. Non
    pas exactement une perspective politique, non pas un programme, mais la
    possibilité technique, matérielle, d’un chemin praticable vers d’autres
    rapports au monde, vers d’autres rapports sociaux ; et ce en partant des
    contraintes existantes, de l’organisation effective de cette société, de
    ses subjectivités comme de ses infrastructures.

    Car c’est seulement à partir d’une connaissance fine des obstacles au
    bouleversement que nous parviendrons à désencombrer l’horizon. Voilà bien
    une tâche de longue haleine, et qu’il n’y a pas de sens à mener seuls.
    Ceci est une invitation.

    Aria, Benjamin, Bertrand, Christophe, Elsa, Gabrielle, Julien, Manon,
    Mathieu et Yildune sont les dix personnes mises en examen dans l’affaire
    dite "de Tarnac".
     
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