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Le Roman des « bandits tragiques »

Discussion dans 'Bibliothèque anarchiste' créé par anarkia ou l'un de ses multicomptes, 29 Décembre 2018.

  1. anarkia ou l'un de ses multicomptes
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    anarkia ou l'un de ses multicomptesMembre du forum Expulsé par vote Membre actif

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    Août 2018
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    A l’heure où l’on reparle des « Bandits », ici — comme Lorulot dans « Chez les Loups » — pour les défigurer en les enlaidissant, là comme Armand dans l’En Dehors, pour préciser des souvenirs exacts et mesurés, il m’a semblé intéressant de puiser dans un livre inédit, quoique déjà écrit par moi il y a près de huit ans, ces pages qui auront peut-être le tort auprès de certains d’être plus imaginatives que documentaires. En tout cas elles ont, à mes yeux, le mérite de n’avoir défiguré des hommes qui furent courageux que pour tâcher d’atteindre à la synthèse de leurs aspirations.

    Le seul tort de ces pages serait de ne plus refléter exactement la synthèse de mes propres aspirations d’aujourd’hui.

    Elles ont été écrites au début de 1916.

    . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .


    Ils s’étaient trouvés sur une colline, la plus haute de celles qui dominent Paris, sur Montmartre et rue du Chevalier-de-la-Barre. Là, ils étaient venus en quelques soirs d’hiver se réchauffer le cœur aux paroles d’un sage. Ils étaient harassés par les labeurs de la journée. Ils sortaient, broyés, des milliers de mâchoires métalliques qui, tout le jour, n’avaient cessé de moudre leur jeune vie au rythme de leur brutal fonctionnement. Mais Libertad parlait. C’était un étrange cynique. Il venait on ne savait d’où, avec ses pieds nus dans des sandales, et ses pauvres jambes brisées qu’il lançait en avant d’un superbe élan de ses béquilles de pauvre. Il portait une longue blouse noire aux larges manches, et, tout en haut de ce corps misérable, la tête flambait orgueilleusement. Il allait toujours tête nue, avec un front comme Socrate, crâne chauve et cabossé de la sagesse autour duquel pendaient quelques longs cheveux rétifs comme des épines. Mais ses yeux brûlaient de révolte, férocement, et sa bouche se tordait en sarcasmes d’amertume.

    Libertad parlait. Sa voix âpre et chantante tour à tour contait — en ses inflexions précipitées comme un débordement du cœur — la joie de vivre au rythme des libres sensations en la simplicité des gestes sans morale, l’horreur d’agoniser au mécanisme des tâches serviles en la complexité monotone des mouvements convenus, la bêtise des politiques, la complicité des maîtres et des esclaves, l’autoritarisme de toute force collective, la lâcheté des hommes qui ne savent agir qu’en troupeau, et la jouissance de se découvrir et de se créer et de se sentir en toute sa sève, comme une tige droite et souple vers le soleil, et de s’affirmer soi-même vivant et libre dans la lumière. Libertad chantait l’anarchie comme une force de libération que chacun portait en soi. Et, tandis qu’il parlait, les yeux de ces jeunes gens brillaient d’une lumière intérieure. Au rythme de cette voix, ils écoutaient en eux s’éveiller l’âme de leur jeunesse.

    Parfois aussi ils accompagnaient leur « père » à travers la ville. Libertad allait dans les bars et dans les restaurants où le peuple mange et boit. Il s’y arrêtait debout parmi les tables maculées de graisse et de vin et il disait aux ouvriers : « Esclaves, qui bercez votre douleur sale du mot de Liberté, comme les moines en leurs froides cellules s’endorment aux paradisiaques cantiques, apprenez à être libres quotidiennement. »

    « Ne mangez pas l’impur aliment de la chair qui fut vivante. Le gras qu’elle vous fournit est pour vos muscles comme l’huile aux engrenages des machines. Elle en facilite le bon fonctionnement afin que leur usure puisse servir plus longtemps à des fins qui leur sont étrangères. En mangeant la chair animale, vous vous rendez complices d’innombrables meurtres qui ne vous profitent pas. Vous êtes des victimes qui se laissent nourrir du sang d’autres victimes.

    « Ne buvez pas l’alcool, ne fumez pas le tabac. Tuez en vous ces gestes héréditaires qui ont créé en vous, malgré vous, un besoin contre vous. L’alcool ne fait pas que tuer : ce serait encore peu de chose. Comme le tabac, il fait oublier et il ne faut pas oublier, il ne faut rien oublier de soi, de tout ce que l’on a souffert comme de tout ce que l’on a joui, de tout ce que l’on a senti, pensé, voulu en toute sa vie, — afin de pouvoir, se tenant tout entier sous la lumière de sa conscience, se dire vraiment un être libre — un individu ».

    Parmi les hommes qui, le soir venu, mangeaient et buvaient et fumaient — vautrés en tas comme dans leurs jouissances comme ils l’avaient été, pendant tout le jour, pendant leur travail, — parmi les bêtes humaines accroupies sur leurs tables, Libertad debout sur ses béquilles, le front haut, lançait sa parole, fièrement — comme un grain dans le sillon.

    D’abord, il étonnait. Ces esclaves, à la flamme de ses yeux, avaient un instant de respect. Ils sentaient de la force jaillir de lui. Bouche bée, ils faisaient semblant de l’écouter. Puis, quand les paroles venaient à eux dans leur réalité et qu’ils comprenaient le sacrilège de cet iconoclaste, tout leur amour pour ce qu’ils entendaient ainsi blasphémer montait à leurs gueules multiplement uniformes en rictus de grosses risées qui gargouillaient horriblement.

    Libertad, debout, ne reculait pas devant cette marée ascendante de la prolétarienne merde [1]. A ses côtés, ses « compagnons », frémissant d’un immense dégoût, se serraient d’un peu plus près vers lui.

    Cependant, au-dessus du moutonnement fécal de la Bêtise, parfois, une jeune tête se dressait avec l’incertaine clarté un peu hagarde des yeux qui voient soudain grand jour après tant de nuit… Et Libertad lui disait : « Viens, camarade, laisse ces brutes. Viens avec nous vivre ta vie hors du troupeau. » Et, d’un élan de toute l’âme, un compagnon nouveau, héroïquement, se détachait de l’armée des esclaves pour se joindre à la petite bande des réfractaires.

    Mais où il donnait à ses enfants la plus belle leçon d’héroïsme c’était quand il affrontait le peuple en sa pire ivresse : celle de la politique.

    Comme jadis Pythagore allait sur l’Agora le dire aux Crotoniates qui s’assemblaient pour l’élection d’un tyran, Libertad, dans les réunions électorales, aux discours des socialistes, faisait suivre l’explication de cette idée si obscure à l’esprit des savants comme à celui des illettrés : « La fève est mauvaise à celui qui la donne, mauvaise à celui qui la reçoit. » Et comme les yeux des citoyens prolétaires s’arrondissaient dans l’incompréhension, en un mouvement de vigueur il insistait : « Toi qui prétends être libre, pourquoi votes-tu ?… Ecoute… Personne ne peut représenter que soi-même. En votant tu es le pire des esclaves. Car celui qui s’est choisi un maître s’appartient encore moins que celui à qui le maître s’est imposé par la force. Celui-ci peut renier son maître comme une brutalité qu’il ne reconnaît pas. Celui-là ne pourra jamais se révolter contre la chaîne, il se l’est donnée lui-même. Ne sois pas cet esclave volontaire. Sois toi-même ton libérateur. Fuis cette salle empestée où l’on grise de grosse éloquence ces pauvres brutes afin qu’elles acclament leur propre servilité. N’écoute aucun des prometteurs de paradis pour demain. Ils mentent tous. C’est aujourd’hui qu’il te faut vivre. C’est en ta vérité individuelle qu’est ton bonheur. Dehors, il y a le soleil de mai sur les jardins de la terre. Va dehors et, à travers les champs, dans la lumière, que ta propre marche crée ta route. »

    Alors la bestialité humaine se déchaînait en lâches violences. Ils avaient compris. Ce monstre bafouait l’autorité souveraine du Peuple. Il brisait les idoles du Temple de la Démocratie. Il niait l’Idéal social. La foule se hérissait de poings tendus. Un grondement la soulevait et, de vague en vague, l’injure et la menace roulaient jusqu’à Libertad. Déjà ses jeunes disciples repoussaient courageusement les premiers assauts de la collective Bête. Mais soudain ce fut comme une ruée de cochons saoûls, et le sage eut sur sa face mille groins bavant de merde à en perdre haleine.

    Il reçut un coup de pied dans le ventre. Alors, se couchant sur un mur, tout droit, d’un effort divin de ses pauvres jambes rompues, il se tint sur une seule béquille, et prenant l’autre à plein poing par sa base, il la brandit comme une massue. Ah ! du moins, s’il fallait qu’un sage mourût en ce jour, ce ne serait pas comme Pythagore traqué et s’arrêtant au bord d’un champ pour tendre sa poitrine aux coups de la foule. Il y avait trop longtemps qu’à travers les siècles, les hommes sociaux se répétaient à plaisir que les philosophes se laissaient tuer avec résignation. Pour une fois, il allait faire exception à la règle — celui-là — et on verrait bien ce qu’il en coûte d’assassiner un Libertad !

    Sa tête nue contre la pierre, le front très haut dans la clarté, ses yeux semblaient lancer des éclairs, et, au bout de la noire manche flottant en mouvements rythmiques, en son poing de fer dansait la vieille béquille de bois. Elle tournait, tournait sans cesse et retournait d’un seul mouvement pour un moulinet de la mort. Elle frappait à droite, à gauche, devant elle — partout, sur la Bête grouillante autour de son maître. Elle brisait un poing tendu. Elle crevait un œil de haine. Elle faisait sauter des dents prêtes à mordre, aplatissait un ventre, coupait les jambes, tapait, cognait, sautait, rebondissait, faisant le vide autour du poing qui la maniait, comme si elle eût été la roue même de l’infini animée par le bras du destin pour l’éternité !

    Et Libertad mourait, qu’elle tournait encore.

    Au rythme de cette béquille, par cette mort, un sage enseignait à ses fils inoubliablement la double leçon de la sagesse héroïque. En même temps, il leur donnait l’indomptable force de rester soi-même en rejetant toutes les béquilles du dedans — et l’art de jouer de la béquille du dehors. Cet infirme béquillard, à cette minute suprême, fut immortellement, pour ces beaux jeunes hommes pleins de force, et leur maître à penser et leur maître à danser. Il leur montrait, en un seul geste, comment se pouvaient unir dans l’harmonieuse puissance la philosophie et le sport. Héroïquement, il dressait à leurs yeux d’adolescence la vivante sculpture de l’âme individuelle se jouant en liberté des faiblesses de son corps parmi les matérielles nécessités. Ainsi il leur enseignait que le sport n’est qu’un jeu. Il n’a pas d’utilité extérieure. Il ne place sa fin que dans le libre plaisir de l’être qui le joue. Il leur disait aussi, en cette dernière leçon démonstrative, que l’action de l’individualiste ne cesse jamais d’être un sport. Elle est son grand jeu — le plus beau et le plus intense de tous, celui en qui il ne recherche pas seulement, comme dans les petits jeux par lesquels il exerçait son enfance, quelques plaisirs partiels et volages, mais tout le plaisir de tout son être en toute son harmonieuse unité. L’action de l’individualiste est le sport parfait : un jeu divin où il se retrouve tout entier dans sa joie de vivre au rythme de sa libre intuition.

    Tel fut l’enseignement de la mort du sage. Il porta ses fruits superbement en ceux que l’on appela les « bandits tragiques ». [2]

    *
    * *​

    Après l’assassinat du père, ayant compris la vanité de toute propagande collective, ils décidèrent de s’arracher définitivement à la vie sociale, afin de s’épanouir héroïquement au grand jeu de la vie individuelle.

    Ils laissèrent la ville et les millions de servitudes mécanisées où s’atrophient les jeunes forces. A la campagne, ils allaient faire du sport selon la méthode de Libertad. [3]

    Près de Romainville, ils eurent une petite maison avec beaucoup de terre autour. Il y avait des arbres, un champ. Ils y venaient vivre et jouer.

    En les purifiant de tous les préjugés sociaux, ils avaient simplifié les besoins de leurs corps. Il leur fallait donc peu de chose pour s’entretenir. Ils ne mangeaient pas la chair des animaux, ils ne buvaient aucun alcool, même pas le vin et ils ne fumaient pas. Quelques légumes, des fruits et de l’eau claire étaient avec le pain tout ce qu’ils voulaient pour leur subsistance. Joyeusement ils cultivaient la terre. Ce fut le premier de leur sport. Aucun d’eux n’avait jamais été paysan. Ces enfants du pavés ne connaissaient les champs que pour les avoir traversés en bandes joyeuses, jadis aux dimanches de balades. Tous se souvenaient d’avoir vu, sous l’écrasement sous l’écrasement des après-midi de la fin d’été, des échines courbées sous le soleil en un mouvement mécaniquement servile qui leur semblait bien le même que celui de l’ouvrier dans l’engrenage de l’usine. Et chacun d’eux portait en soi un égal dégoût pour ces deux formes de l’abêtissement. Ils venaient vers la terre ni pour se faire exploiter, ni pour l’exploiter. Ils n’étaient ni des ouvriers agricoles, ni des fermiers, ni des colons. Tout simplement chacun d’eux allait se jouer à manier la bêche, la pelle et le rateau suffisamment pour aider de l’harmonieux contact de son geste avec la matière la naturelle éclosion de ce qu’il fallait à son corps pour le nourrir. Mais ils n’entendaient pas que cette action cessât d’être un plaisir. Du moment qu’elle fut devenue pour eux une contrainte ils l’eussent repoussée. Ces individualistes avaient sur l’agriculture les mêmes idées que sur la puériculture. Ils fécondaient la terre comme ils comprenaient qu’on se fécondât la chair entre anarchistes. Dans le baiser ils voulaient, rester libres : ils n’y étaient pas les esclaves des lois de l’enfantement, mais les artistes de l’Amour. Ils avaient appris à appliquer à leur individualisme anarchiste les idées du vieux Malthus. Eh bien ! ils ne voulaient pas plus être les bêtes de somme de la terre que les bêtes de la reproduction de la race. Ne suivant d’autre lois que le rythme du pur plaisir, ils restaient, en tous leurs gestes, harmonieusement, des joueurs.

    Aussi ne spécialisaient-ils pas leur activité physique. Ne s’étant fixés aucune fin extérieure, ils pouvaient en varier les formes au gré de leur enchantement. Quand la monotonie risquait de transformer en labeur le libre plaisir de cultiver les plantes, ils allaient sous les arbres ébattre leurs jeunes membres aux caresses alternées de l’ombre et de la lumière. Leur nudité se retrouvait joyeuse en cette forte pureté que près de 1900 ans de christianisme ont enseveli sous les noirs linceuls du costume. A la douce cuisson du soleil leurs corps perdaient cette décoloration de chair en conserve dont s’enorgueillit comme d’une noblesse la beauté civilisée telle que la chantent sur des modes divers mais avec un régal identique l’imbécile Paul Bourget et le très intelligent Rémy de Gourmont. Et leurs carnations mouvementées au jeu des muscles chantaient, parmi les bleus et les verts de l’herbe et des feuilles, les adorables symphonies du cuivre, de l’or et du bronze.

    Ils retrouvaient le sport des anciens Hellènes. Ils faisaient la course, la lutte. De branche en branche ils s’élançaient en bonds de souplesse ; aux jeunes troncs ils nouaient l’agilité robuste de leurs jeunes membres. Ils lançaient le disque qui projette loin de nous à travers l’espace notre propre effort que nous aimons suivre des yeux dans l’air, tandis qu’il se chante en trajectoire de lumière. Ils jonglaient de la boule de fer d’une main à l’autre, puis la faisant retomber sur sa poitrine — tout le long des muscles doucement mouvementés comme les ondes d’une rivière — elle dansait d’une épaule à l’autre, puis elle rebondissait dans le soleil et c’était alors tout le long du dos que les chairs s’animaient pour la recevoir, et la boule recommençait sa danse où s’alternaient rythmiquement, en une seule musique, les efforts de la masse, ceux de l’atmosphère et ceux du corps humain — pour le seul plaisir de l’être qui les combinait en son libre jeu.

    Ils faisaient aussi de la typographie à Romainville et cela, tout comme leur agriculture et leur athlétisme, ne manquait pas de rester un sport. Ils se jouaient des « caractères » absolument comme de la boule, de la pioche et du disque. La « composition » et la mise en page, et le « tirage » se faisaient avec un tel entrain de jeunesse, avec un tel élan de liberté que leur atelier d’imprimerie était aussi harmonieusement réjouissant que le jardin potager ou la pelouse sous les grands arbres. Nulle part, ils ne voulaient cesser dans leurs actes d’être de grands enfants joyeux à la poursuite de leur plaisir.

    D’ailleurs leur imprimerie ne se livrait à aucun travail social. Cet atelier en planches, sous son vitrage de lumière, étaient bien à eux. Là, ils avaient transporté, à la mort de Libertad, les « casses » et les « plombs » et la petite machine avec lesquels déjà, rue du Chevalier-de-la-Barre, on travaillait en « libre camaraderie » à la confection de l’Anarchie. Les jeunes individualistes avaient appris du sage à ne pas plus vouloir prêter leurs mains que leurs langues à la reproduction d’idées qu’ils n’aimaient pas. Ils ne travaillaient pas pour « le dehors ». L’imprimerie de Romainville n’était que l’instrument de leur propre pensée. Elle leur permettait tout en se jouant, de fabriquer ce petit journal qu’ils lançaient à travers le monde des esprits comme ils jetaient le disque dans l’air de la prairie, et, s’ils suivaient le disque d’un œil amoureusement curieux, uniquement pour réjouir leurs regards de la transformation de leur énergie musculaire en trajectoire de clarté, de même ils ne s’inquiétaient guère des conséquences de leur publication que pour se faire un nouveau jeu à poursuivre les imprévus rayonnements créateurs, à travers l’infinité des atmosphères psychiques, de leurs esprits en voyage sans itinéraire aux pays de la conscience.

    Ils savaient faire du sport sans que l’activité physique put jamais entraver en eux l’intellectuelle activité. Ils savaient aussi exercer leur pensée sans que l’activité intellectuelle nuise, ni en la niant, ni en la disciplinant, à l’activité de leur être physique.

    Enfin ni leur pensée, ni leur sport ne les contraignit jamais à renoncer à leur individuelle harmonie de sensation. Chacun d’eux savait toujours rester soi-même en se jouant du sport aussi bien que de la pensée. Il ne s’oubliait pas plus en l’ivresse de l’action qu’en celle de l’intelligence. Il ne se laissait jamais entraîner ni par l’une ni par l’autre jusqu’en de collectives raisons d’être. Il se pouvait garder en son unité mouvementée — en une sorte d’intégrité miraculeusement harmonieuse — parce qu’en lui l’individualité avait su également dominer la pensée et l’action afin d’en faire ses jeux. Il était intelligent comme il était sportif, par une même joie de se jouer sa vie sans contrainte, en tous ses plaisirs. Au rythme entrelacé de ses deux jeux l’âme individuelle était libre.

    *
    * *​

    Rien des contingences objectives ne peut atteindre une libre personnalité [4]. Elle est inviolable. Alors qu’importe, psychologiquement, ce qu’il advint, par la suite, aux « copains » de l’Anarchie. Ils portaient en eux une âme qui pouvait affronter tous les actes sans que rien ne pût jamais en ternir l’éclatante pureté. Pour le public ils devinrent les « bandits tragiques » mais, en eux-mêmes, ils restaient les anarchistes [5] de Romainville faisant éclore leurs jeunes personnalités frémissantes de plein-être en des gestes et en des idées dont elles savaient rester les maîtresses.

    L’épopée des « bandits » se passa tout entière en leurs âmes. Ce que les journaux de leur temps en ont rapporté doit être bien peu de chose pour ce qu’ils ont dû sentir eux-mêmes, en ces heures de tragédie.

    Il faut les avoir aimés, pour pouvoir se l’imaginer et tenter de faire comprendre à des hommes retour de la guerre comment les « copains » [6] en vinrent à laisser leur petit jardin de Romainville pour aller se livrer à des sports plus périlleux à travers les rues et les routes du domaine national.

    Le spectacle de la libre beauté est pour notre société de laideur et d’esclavage une injure insupportable. Dès qu’un être s’épanouit harmonieusement, il nie les lois collectives, il se place en dehors des cadres, il méprise l’opinion publique. Alors immanquablement, la laideur et la bêtise des hommes sociaux s’acharnent sur le créateur jusqu’à ce qu’elles en aient anéanti toutes les œuvres extérieures. De tout temps les sociétés ont assassiné les grands philosophes et les purs artistes ; elles ont fait brûler les livres du génie, traqué leurs auteurs, jeté dans les prisons ou dans les maisons de fous tous les êtres dont l’originalité s’efforçait d’enrichir la vie humaine. [7]

    Les « individualistes » de Romainville, à leur tour, subirent cette loi de la vie sociale. Sur leurs floraisons de jeunesse les coups du monstre s’acharnèrent sans merci. Ce furent tout d’abord ceux du voisinage. Dans la petite ville de Romainville et en tous ses alentours il y eut, dès les premiers jours, une scandaleuse rumeur. « Des jeunes gens à moitié nus et à longs cheveux se permettaient de vivre avec leurs compagnes sous les arbres, sans rien faire d’autre que de jouer toute la journée dans les rayons du soleil. En sus c’étaient des anarchistes qui ne mangeaient pas de viande comme tout le monde et se permettaient de ne pas boire de vin. Jamais aucun boucher ni aucun « bistrot » de Romainville n’avait reçu de ces monstres la moindre commande. Enfin, le pis de tout, c’était que ces « bons à rien » se permettaient de rédiger et d’imprimer et de répandre un épouvantable petit journal qui s’appelait L’Anarchie, et où l’on pouvait lire des abominations de ce genre : « Mendier est plus sûr que voler, mais voler est plus beau que mendier », sous la signature d’un certain Wilde, qui ne pouvait être qu’un espion de l’Allemagne. Et tout cela se passait dans une propriété de la pacifique commune de Romainville. C’était une honte pour l’arrondissement, un danger national. Il fallait que le maire prît une énergique décision et qu’on débarrassât ces pauvres Romainvillois d’une telle gangrène sociale ! »

    Voilà ce qu’on entendait dans tout le voisinage du « jardin de l’Anarchie ». C’était le grognement unanime : il dégoulinait en interminables jérémiades des lèvres de rapacité du paysan crevant de haine pour ces « jean-foutre qui gâchaient en batifioles un bon bout de terre qu’aurait pu rapporter son profit ». Il grasseyait en veules blagues de caf’ conc’ sous la langue du petit calicot qui prenait chaque matin à 6 h 46 « son train » et débarquait chaque soir à 8 h 32 à la station de Romainville en un des dégorgements de ce peuple sale que Paris déverse pour la nuit en ses multiples égouts de banlieue. Et, pour se venger que les « copains » [8] ne soient d’aucun de ces départs et d’aucun de ces retours, ce rogaton de servilité faisait se tordre tout un train de midinettes en narrant, en gaudrioles, leurs « originalités » de « plein air »… Enfin c’était encore le même grognement qui pérorait aux conservatrices oraisons du petit rentier jaloux de son or, aux catégoriques formules du petit fonctionnaire fier de l’ordre qu’il représente et aux socialisantes déclamations de l’ouvrier, jaloux de sa crasse comme d’une noblesse. Pour ceux-là, les individualistes étaient tout simplement des « malfaiteurs » ou des « fous » — de « mauvaises bêtes » à abattre ou à enfermer. Et socialement, ces imbéciles avaient raison.

    Cependant l’opinion publique de Romainville se contenta d’exiger leur expulsion d’une commune où l’originalité était interdite et sur les terrains de laquelle les « nomades ne pouvaient séjourner ». Ce double vœu de l’honnête population ne tarda pas à s’exprimer en actes décisifs.

    Une visite de la gendarmerie locale fut suivie d’une savante perquisition de la police parisienne. Tout fut bouleversé, ravagé, saccagé au « jardin de l’anarchie ». Sous prétexte de fouilles, ces Messieurs de la Sûreté déracinèrent toutes les plantes du potager et du fruitier. Ils mirent l’imprimerie au pillage, renversant les « formes » sur le marbre ; vidant les casses de lettres, lacérant le papier blanc, saisissant journaux, brochures, manuscrits. Après leur départ c’était une vraie ruine. D’un mois au moins le journal ne pourrait paraître. De toute la saison, le jardin ne donnerait rien à manger. Et il fallait payer le terme dans quinze jours.

    Par une soirée de juin au jardin de l’anarchie, en une de ces nuits d’été où la campagne d’Île de France, parmi de molles vapeurs lunaires, semble se bercer doucement au chœur vacillant des étoiles, les « copains », longtemps, longtemps, entre eux, parlèrent sous ces arbres où si souvent leurs jeunes gestes avaient chanté dans le soleil. Toute la nuit ils parlèrent avidement. C’était une étrange symphonie que celle de ces jeunes voix où se jouaient, parmi les ombres, éclat des cuivres, l’enthousiasme — vibrances sur les violons, l’ardeur de vivre — sanglots graves des violoncelles, le courage dans les souffrances — et chanson des flûtes, leur bel espoir sans espérances, mais surtout, dominant par dessus tout, jusqu’au sommet des grands arbres et bien plus haut — et bien plus haut — l’unique son du cor, celui du grand Roland, le son prophétique du cor lançant à nouveau parmi les étoiles, en ces voix de jeunes hommes, son appel d’éternité : leur héroïsme.

    Ainsi, toute la nuit, ils parlèrent, et, quand le soleil rougit la cime des grands arbres — il n’y avait plus de copains au jardin de l’Anarchie mais des « bandits individualistes » en marche irrésistiblement sur les routes de la Terre socialisée.

    *
    * *​

    Tant pis ! Puisqu’on le voulait, ils allaient changer de lieu, mais rien ne pourrait les contraindre à changer d’âme. Aussi librement que sous les branches de Romainville, ils allaient, à travers le monde, poursuivre leur individuelle joie de vivre au rythme des mêmes jeux. En leur période héroïque, ils ne cessèrent d’être, comme aux temps de la vie champêtre, les libres musiciens de leur « moi » jouant son harmonie incessamment sur ses deux cordes : le sport et la pensée. Seulement, aujourd’hui, les cordes étaient plus tendues, et la musique se faisait plus intensément vibrante qu’hier.

    On les avait chassés de leur « jardin » pour les rejeter dans la vie sociale. Ils y rentraient donc mais sans courber leur tige de bel orgueil. Ils y pénétraient comme dans leur domaine — un terrain nouveau à cultiver en se jouant. Ah ! Il était plus grand que celui de Romainville, la terre en était plus dure et les végétations moins riantes. Eh ! que pouvait leur importer cette matière : en eux-mêmes ils regardaient, car c’est en eux que tout se passait. Au lieu de la bêche et de la pelle pour remuer le tendre terreau du jardin, leurs mains maniaient le rossignol à faire sauter les serrures, le levier à défoncer les coffres-forts, le « volant » à faire bondir l’auto — mais en des gestes d’indifférente souplesse et de gracieuse force qui ne prenaient rien de leur âme. Ils se jouaient. C’était du sport. Aussi, pas plus qu’autrefois en leurs agricoles travaux ils ne s’assimilaient aux paysans, en leur « illégalisme » ils ne prendraient jamais les tares de « l’apache ». Ils avaient l’horreur de tous gestes professionnels [9]. Ils restaient des artistes. Au lieu du sécateur à tailler les branches hostiles et du rateau à arracher les mauvaises herbes, ils auraient le revolver et même la carabine, et en usant de ceux-ci ils ne tueraient pas plus de vie qu’avec ceux-là. Car ils se sentaient vivants dans toute leur réalité, ils se vivaient en leur individuelle conscience ; ils s’éclosaient tout entiers en l’unique vie ; celle de soi-même. Chacun d’eux vivait pour soi — pour son plein-être, pour son harmonieux plein-être — pour sa liberté. Ces êtres qui avaient nié toute servitude et qui s’étaient refusés au parcage humain, ces individualistes qui ayant appris d’un sage à marcher sans béquilles, n’en voulaient accepter aucune, ces anarchistes qui s’étaient libérés de toute loi sociale et de toute morale collective et qui sentaient en eux bondir leur joie de vivre irrésistiblement, n’avaient plus rien de commun avec les hommes qui adhèrent au pacte de la société aussi bien par leur obéissance que par leur autorité. Esclaves du ventre ou maîtres de l’or — les « bandits » [10] les sentaient également autour de leur éclosion exceptionnelle [11] comme une matière hostile — une « masse » de résistance contre laquelle il fallait bien se heurter violemment, pour la briser, la traverser et vivre encore. [12]

    Aussi furent-ils dansant dans le soleil aux bonds de leur auto — à travers rues, à travers routes — rue Ordener, à Chantilly, à Melun et à Poissy et à Nogent et à Choisy, et partout où ils luttèrent, où ils frappèrent, où ils tombèrent, partout, tels autrefois les jardiniers de Romainville, les hardis joueurs de leur vie, joyeusement, les beaux bandits !

    Et parallèlement jusqu’à la fin, ils ne manquèrent de rester, aux plus tragiques jours de leur lutte avec la même liberté que jadis, aux douces heures des causeries sous les branches de Romainville, les éternels joueurs de leur pensée. Rien ne put troubler en eux le cours serein de ces idées dont ils aimaient enchanter leur âme tout autant que de la course frénétique de leur actes. Rien pas même la mort.

    Songez donc. Pendant que le monde entier, tremblant de peur, frémissant d’extraordinaire, n’avait de pensée que pour leurs exploits et que la presse n’imprimait de journaux que pour en narrer tous les détails, eux, les bandits, ne s’occupant guère de leurs gestes que juste le temps nécessaire pour les décider et les exécuter, ils pensaient à bien autre chose. Au moment de l’action, certes, ils y allaient de toute leur fougue et de toute leur force comme de bons sportifs qu’ils étaient. Mais, le jeu fini, ils ne s’encombraient guère la mémoire à se souvenir de ce qui s’y était passé. Ils avaient bien joué de tout leur corps et, en la lassitude des chairs, ils allaient de tout leur esprit, avec le même élan, aux jeux de l’intelligence.

    Tandis que les hommes sociaux se régalaient, dans leurs quotidiennes lectures, aux minuties des « crimes » savamment reconstitués par l’analyse macabre de leurs reporters, Raymond Callemin quittait la table d’étude où son puissant cerveau abstracteur se jouait si souvent à découvrir sa vérité à la lueur des hypothèses de Darwin ou de Le Dantec — et il allait au Concert Touche rêver silencieusement avec les âmes amies de Beethoven et de Schumann. Le jour où M. Jouin, pour son malheur, le découvrit chez le soldeur Gauzy, Bonnot, traqué, pensait en compagnie de Max Stirner et de M. Anatole France. En un taudis aux volets verts, à la lueur d’une chandelle, avec un revolver pour marquer les pages, le bandit lisait Crainquebille et la Rôtisserie de la Reine Pédauque et l’Unique et sa propriété. René Vallet, en l’historique villa de Nogent-sur-Marne, apprenait à son ami Garnier et à leurs compagnes les profondeurs immenses de Baudelaire et d’Edgar Poe.

    En pleine bataille, ils gardaient la complète maîtrise d’eux-mêmes. Agissant à pleins gestes, sentant à pleins sens, ils ne manquaient pas non plus, méditant, lisant, écrivant, de penser à plein cerveau. Intégralement ils vivaient leur vie. Au-dessus de la mêlée — certes ils le furent infiniment, à tel point qu’ils se mirent au-dessus même de leur propre bataille.

    Aussi surent-ils mourir immortellement. Leur mort fut leur dernier jeu sur la terre — le plus sublime, en un élan vers l’éternel : le chef-d’œuvre de leur grand art.

    Ce fut d’abord Bonnot [13], assailli par toute une armée et ne cessant, percé de balles, agonisant, de toucher amoureusement, en un dernier accord de son être, les deux cordes de sa lyre. Et ainsi ses doigts volontaires lançaient tour à tour, en coups de feu son acte parmi la matière et en traits de plume sa pensée vers son souvenir jusqu’à ce que, les deux bras brisés, il se laissât mourir.

    Il y eut Garnier et Vallet sous l’assaut des mitrailleuses, tenant tout un jour et toute une nuit en ce coin de verdure et de rêverie et d’amour que la société leur disputait — et y mourant debout, côte à côte, fraternellement, sans qu’un rictus d’horreur troublât un instant la pureté de leurs masques. Dieux de jeunesse, ils mouraient en pleine beauté, sous l’immonde ruée de ceux qui devaient être quelques mois plus tard les soldats du Droit, de la Justice et de la Civilisation.

    Enfin il y eut les guillotines. Comment le dire ? Cela dépasse tout. Ils furent plus grands que le Christ sur la croix — parce qu’ils n’avaient pas l’espérance du Père. Et ils allaient vers leur mort, chacun tout seul, eux qui ne croyaient qu’en leur vie. Mais ils savaient aussi qu’il n’y avait qu’eux à y marcher de ce pas là et en soi-même chacun d’eux se sentaient une âme sereine.

    Symentoff voyait ses montagnes et leurs sources chantantes d’eau claire et il rêvait à sa « petite » — la douce belle et si purement fidèle dont les 16 ans allaient le suivre de quelques mois à peine dans la mort. Et, d’un élan, sans voir personne, il se jeta lui-même sur la bascule, comme on se précipite dans la mer.

    Callemin pensait. Lucidement son fort génie jouissait des dernières minutes de sa conscience, supérieurement. Il observait tout, pour en faire son bien, tout jusqu’à la guillotine. Après la décapitation de Symentoff, c’était son tour. Il le savait et, comme Soudy, en son enthousiasme de toujours, généreusement, s’élançait le premier, Raymond, d’un geste bref, l’écarta : « Non, moi avant. » Et il passa, la tête haute. Il vit la foule et lui jeta, comme une aumône, en un sourire de dédain cette critique en apostrophe : « Ah ! c’est beau de voir mourir un homme ». Puis haussant les épaules, il se dirigea vers la mort décidément.

    Alors Soudy, le plus jeune de tous, apparut dans sa pâleur charmante. Il était blanc comme une fille et ses yeux noirs luisaient encore pour quelque fabuleux espoir. Et quand le couperet s’abattit pour la troisième fois, il ne s’éclaboussa aucun sang : il venait de trancher un lys.

    . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

    Voilà l’histoire des « bandits », telle que j’aimais me l’imaginer, pendant un hiver de 1916, tandis que les hommes s’entretuaient sauvagement, « glorieusement », par millions — au champ d’honneur— et pour l’amour de l’humanité… [14]


    André COLOMER
    La Revue anarchiste N°12 – Décembre 1922, pp. 6-12.


    NOTES

    [1] « Libertad, debout, ne reculait pas devant cette marée ascendante d’ordure populaire » [version journal (VJ) 1922].

    [2] « Tel fut l’enseignement de la mort du sage. Il porta ses fruits superbement. Ceux que l’on appela les « bandits tragiques » furent les dignes fils de Libertad. En vérité, ils devaient être les bandits individualistes. » (VJ)

    [3] « Après l’assassinat de Libertad, ses jeunes compagnons laissèrent la ville et les millions de servitudes mécanisées où s’atrophient les jeunes forces. A la campagne, ils allaient faire du sport selon la méthode anarchiste. » (VJ)

    [4] « Rien des contingences objectives ne peut atteindre une libre personnalité. » (VJ)

    [5] « ils restaient les individualistes » (VJ)

    [6] Guillemets supprimés dans la VJ.

    [7] « jeté dans les prisons ou dans les maisons de fous tous les êtres qui, nés avec un corps d’homme, se permettaient de manifester quelque âme d’individuelle lumière. » (VJ)

    [8] « Et, pour se venger que les individualistes » (VJ)

    [9] « Ils avaient l’horreur de tous gestes conventionnels. » (VJ)

    [10] « les individualistes » (VJ)

    [11] « exceptionnelle », mot supprimé dans la VJ.

    [12] « une matière à dominer sans pitié aucune, indifféremment, afin de se jouer en elle pour en tirer quelques fruits — comme ils le faisaient jadis parmi les plantes de la terre. » (VJ)

    [13] « J’ai déjà dit Bonnot » (VJ)

    [14] Fin de la VJ :

    « Avec du sport et de l’intelligence, pour le seul plaisir de se sentir vivre en soi, chacun pour soi, ces grands joueurs surent faire de leurs vies des œuvres de beauté qui dressent immortellement au rythme de l’épopée le souvenir de leur individualiste héroïsme.

    •​

    Revenons maintenant aux « jeunes gens de l’Opinion » pour voir un peu comment en usant du sport comme ils le faisaient de la pensée — pour la discipline et l’ordre social, chacun pour tous — ce double jeu devait les conduire servilement jusqu’à la Cochonnerie sanglante où pataugea durant quatre ans leur héroïsme national. »
     
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