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Compte-rendu en direct du procès des meurtriers de Clément Méric

Discussion dans 'Anti-fascisme et luttes contre l'extrême-droite' créé par allpower, 5 Septembre 2018.

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  6. Stéphane Bazoches
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    L'article de Mediapart :

    Eux, nazis? Les accusés du procès Méric nient
    6 septembre 2018 Par Michel Deléan

    L'un était surnommé « le Führer », l’autre s’est fait tatouer « Travail, famille, patrie » sur le bras. Aujourd’hui, jugés devant la cour d’assises de Paris pour la mort de Clément Méric, en juin 2013, ces anciens skinheads teUn procès d'assises offre ceci de précieux qu'il permet de prendre le temps de disséquer un dossier, mais aussi d'étudier avec minutie la personnalité des accusés. On y juge des hommes, pas seulement des faits. On se dit donc, lors du procès, commencé depuis mardi à Paris, des trois skinheads impliqués dans la mort de Clément Méric, le 5 juin 2013, que l'on va peut-être apprendre comment fonctionne un cerveau d'ultradroite. Qu'y a-t-il au juste sous ce crâne rasé ? S'y passe-t-il des choses qui peuvent expliquer l'obsession morbide de la force, la haine de l'autre, le culte de la virilité, le goût pour la violence qui cimentent les nazillons à travers les époques ?
    Esteban Morillo, 25 ans, qui a reconnu avoir frappé Clément Méric au visage et provoqué sa chute mortelle, fait tout pour gommer son passé. Le skinhead efflanqué de 2013 est devenu un jeune homme empâté, aux cheveux bien peignés en arrière et au costume noir présentable. « Je suis attristé par cette affaire. Ça me touche énormément, je suis catastrophé », commence-t-il, lorsqu'on lui demande de parler de sa personnalité. Esteban Morillo semble avoir tendance à s'apitoyer sur son sort. Accroché à la barre, il s'efforce en tout cas de faire bonne impression. Père plombier (espagnol), mère au foyer, famille unie, jeunesse dans l'Aisne, Esteban Morillo raconte une vie simple et ordinaire. « J'étais plus manuel que scolaire, les études ne m'ont jamais attiré », explique-t-il.
    Après la classe de troisième, il commence une formation de boulanger-pâtissier dans un centre de formation des apprentis (CFA). Le métier lui plaît, mais un patron l'exploite, et le CFA le renvoie sous un mauvais prétexte quand il quitte son poste d'apprenti, assure-t-il, se posant en victime. Morillo monte à Paris et trouve un job dans la sécurité incendie. La société de gardiennage qui l'emploie le fait travailler dans des parcs des expositions et pour une chaîne de télévision, raconte-t-il. Jusqu'à l'affaire, qui l'envoie en prison pour 15 mois.

    Il n'est pas encore question des faits, et on poursuit sur son parcours après sa sortie de prison. Esteban Morillo enchaîne les jobs, mais il est renvoyé à chaque fois quand son nom et sa photo « ressortent dans les médias », déplore-t-il à la barre. Il avait réussi à grimper les échelons dans une société de nettoyage, mais a été viré d'un coup de fil à la veille du procès, déclare le jeune homme.

    Esteban Morillo a des projets d'avenir. Il voudrait « ouvrir un refuge pour animaux maltraités ». Il adore les animaux, sa compagne aussi. « Elle est très gentille. » Il l'a rencontrée « à une expo de véhicules américains ». Ils ont acheté une maison et font des travaux.
    À l'époque des faits, il aimait bien les jeux de stratégie et les soirées entre amis, mais ne faisait pas beaucoup de sport, assure-t-il. Certes, il a fait un peu de judo et de kick-boxing, mais n'en parle pas spontanément. Quant aux activités associatives, il ne cite que le bénévolat pour la défense des animaux.
    Il faut que la présidente de la cour d'assises, Xavière Simeoni, ramène l'accusé à quelques réalités pour que ce tableau touchant s'assombrisse légèrement. « J'ai été quelque temps à Troisième Voie », reconnaît-il. Le groupuscule d’ultradroite lui était inconnu. « On m'avait expliqué que c'était un syndicat ni de droite ni de gauche avec une conception solidariste. À vrai dire, je ne savais pas trop ce que ça voulait dire. » Oui, il y avait là le skinhead historique Serge Ayoub, mais c'est à peine si Morillo l’aurait fréquenté.
    « J'y suis resté six mois, comme sympathisant », minimise-t-il. « Deux amis m'ont amené là-bas et m'ont présenté des gens. On se retrouvait dans un bar du XVe arrondissement [Le Local – ndlr]. C'était un bar associatif, mais il y avait tout type de clientèle, des jeunes, des personnes âgées », dit-il très sérieusement au sujet du QG des skinheads de Troisième Voie et des Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR).
    Il y avait bien des discussions politiques d'extrême droite, au Local d’Ayoub, mais « ça m'ennuyait, et je ne connaissais rien à la politique », assure Esteban Morillo. Il dit s'être éloigné de Troisième Voie quand il a réalisé une chose : « On se servait de nous pour faire nombre dans les manifs. » Le jeune homme l'assure, il connaissait à peine le fonctionnement du groupuscule et de son service d’ordre. « Je sais seulement qu'il essayaient d'éviter les problèmes au maximum », lâche-t-il, malgré l’ultraviolence du groupuscule.
    À l'en croire, tout cela ne serait qu'une affaire de camaraderie. « À l'époque, je ne connaissais personne sur Paris. On avait un communautarisme assez poussé. En cas de problème, c'était un peu une deuxième famille. » Esteban Morillo jure qu'il avait déjà commencé à s'éloigner de tout ça quand il a croisé la route de Clément Méric. « Les skinheads, c'est des gros bourrins. Je ne voulais pas leur ressembler », déclare-t-il, quand le dossier pénal montre plutôt le contraire.
    Certes, il s'est fait tatouer la devise pétainiste « Travail, famille, patrie » sur le bras, mais il n'en connaissait pas la signification, dit-il. « Je la trouvais belle. » Le trident de Troisième Voie, à même la peau sur la poitrine, « c'était seulement pour impressionner les gens ». Quant à la toile d'araignée tatouée autour du coude, signe distinctif des militants de ce groupuscule, ce serait le symbole inoffensif des marins rentrés au port et devenus piliers de comptoir.
    Se disant « pourchassé » par les antifascistes, alors qu'il jure avoir changé, Esteban Morillo a fait recouvrir ses tatouages par une ancienne amie du Local, deux mois avant le procès. « J'ai essayé de demander à plein de tatoueurs, mais aucun n'a voulu le faire, j'ai été traité de facho et menacé », se plaint-il. Deux poings américains ont été découverts chez lui, mais il assure ne jamais en avoir utilisé. Son passé fasciste ne serait qu’une histoire de mauvaises rencontres. « Je regrette énormément. Ça ne m'a apporté que des problèmes, et ça continue. J'étais très influençable. Je voulais avoir des amis, et j'étais prêt à tout pour les garder », euphémise-t-il.
    Il dit ne plus se souvenir de ses bagues nazies, des croix gammées, des références à Hitler et à Mein Kampf sur sa page Facebook. Ce ne serait que des erreurs de jeunesse, « pour se faire bien voir des amis ».

    Travail, famille, musculation

    Samuel Dufour, 25 ans, a un peu plus de chance que son ami Esteban Morillo. Ni sa photo ni son nom n’ont été diffusés dans les médias, dit-il à la barre. Cheveux ras, lunettes rectangulaires, air buté, trapu et recouvert de tatouages, jusqu'à la nuque et aux mains, le jeune homme s'exprime avec un débit très rapide, sans articuler. Accusé lui aussi d'avoir porté des coups à Clément Méric, il nie catégoriquement et semble fuir ses responsabilités. Il avait déjà « oublié » de se présenter à la reconstitution des faits. Et au premier jour du procès, il n'avait ni carte d'identité ni convocation et s'est fait embarquer au commissariat des Halles pour un contrôle, retardant l'ouverture des débats d'une demi-journée.
    Enfance en Seine-et-Marne. Un père agent d'entretien, une mère coiffeuse, famille modeste et recomposée. Avares de mots et de démonstrations affectives, ses parents l'ont laissé mener sa vie très tôt et dériver peu à peu. Samuel Dufour est du genre fruste. « L'école ne m'a jamais plu. J'attendais que le temps passe. On m'a toujours pris pour un con », résume-t-il. Difficultés à s'exprimer et retard scolaire l'amènent (lui aussi) à un CAP de boulangerie. Il devient apprenti à 15 ans. « Ça ne me plaisait pas trop, c'était le choix de mes parents. Mais je ne connaissais que ça. J'avais mes après-midi de libres. Je dormais, et après j'allais à la salle de sports », raconte-t-il. Son truc, c'est la musculation. Lui aussi préfère passer pour un bon à rien.

    Assez constant dans son genre, Samuel Dufour est toujours boulanger et pratique encore la musculation à haute dose. Comme Esteban Morillo, son look skinhead et ses sorties racistes lui ont bien valu quelques soucis au CFA, où des élèves le surnommaient « le Führer ». Mais il relativise. Comme ses « chamailleries » passées avec un collègue martiniquais. « C'était juste pour le faire chier. C'est une ambiance particulière, la boulangerie. On aime bien se toucher, se provoquer. Vous ne pouvez pas comprendre. C'est tous des malades », lance-t-il à la présidente. Aucun racisme là-dedans, à l’en croire. La preuve, avec son nouveau collègue, « on aime bien se pincer les tétons », rigole-t-il. Aujourd'hui, il a une copine et aimerait bien acheter une maison.

    Dufour dit avoir adopté le look skinhead après qu'un copain l'a amené au Local. « On était là pour boire et être entre amis, rien de particulier, assure-t-il. La politique, ça ne m'intéressait pas trop. » Les tatouages fachos ? Tout le monde en avait. Dufour se couvre le corps de slogans d'extrême droite, comme « Sang et honneur » ou la croix celtique, sans en comprendre le sens, même s'il se sentait nationaliste à l'époque. Il s'était aussi fait tatouer un cochon ailé et portait une bague avec une tête de cochon, mais ça, c'est seulement parce qu'il « aime les cochons », rien de plus.
    Le seul livre qu'il ait lu, c'est en prison, une biographie de Napoléon Ier dont il ne connaît pas l'auteur. Il s'est fait tatouer un N pour Napoléon sur la main, « parce qu'il a fait de grandes choses pour la France, et qu'au niveau structures, il n'y a pas eu grand-chose de fait depuis ». C'est son personnage historique préféré. Alors qu'Hitler, dont on a retrouvé nombre de photos, slogans et symboles divers sur sa clé USB, « c'était par provocation », « pour suivre le groupe ». Nuance. D'ailleurs, Samuel Dufour s'était aussi fait tatouer les titres des films de Tim Burton. C'est donc un gentil garçon. Il avait bien un couteau et un poing américain, mais dit ne s'en être jamais servi. Il ne savait même pas qui étaient les « antifas ».

    Après la détention provisoire, le boulanger a déménagé et s'est « éloigné de tout ça ». « Je n'ai plus le droit de parler à mes amis. Et puis, entre le travail et la musculation, je n'ai pas le temps », explique-t-il. Il s'était livré à la police après la mort de Clément Méric, pensant être relâché. Il enrage d'être aux assises. Il est écrasé par tout ça. Il veut maintenant refaire sa vie. Un point c'est tout.
    Le troisième accusé est un peu en retrait. Alexandre Eyraud, 28 ans, n'est jugé que pour des « violences en réunion », ayant participé à la bagarre mortelle du 5 juin 2013. Cheveux ras, sourcil froncé, massif, il n'a pas encore eu l'occasion de s'exprimer devant la cour d'assises. Une enquêtrice de personnalité d'abord, son père ensuite, ont décrit les séquelles que lui ont laissé un accident à la naissance et raconté une enfance marquée par un conflit familial sévère. Difficultés d'acquisition des connaissances, retard scolaire, Alexandre Eyraud a voulu travailler avec les animaux et a été agent de sécurité. Il est aujourd'hui éducateur canin. « Il était skinhead plus pour s'affirmer que pour l'affrontement. C'était un endroit où il pouvait se faire reconnaître », estime son père. Comme ses coaccusés, il aurait mûri et changé de vie.
     
  7. ninaa
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    Merci pour l'info.
    En tout cas c'est pas au cours d'un procès qu'on risque de comprendre "comment fonctionne un cerveau d'ultradroite", vu que miracle toutes ces pourritures se sont changés en bisounours! D'ailleurs ils ont toujours été des bisounours:

     
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  9. allpower
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  10. Stéphane Bazoches
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    Un article du Monde :

    Au « procès Méric » : « Nous voulons que sa mémoire soit respectée »
    La mère de Clément Méric a décrit, jeudi, un « garçon de conviction », « espiègle » et « curieux », lors du procès des trois skinheads impliqués dans sa mort.

    Le Monde, 7 sept 2018 par Yann Bouchez

    La journée s’annonçait rude pour la dame du deuxième rang, et elle le fut. Il lui a fallu, dès le matin, affronter les photos du visage abîmé de son fils inanimé, montrées à la cour d’assises de Paris. Il lui a fallu, ensuite, écouter les conclusions du médecin légiste, son vocabulaire chirurgical, et les longs débats entre avocats se perdant en conjectures quant à l’utilisation ou non d’un poing américain.
    Il lui a fallu, l’après-midi, entendre cinq témoins raconter les derniers instants de son fils, le 5 juin 2013, détailler leurs souvenirs parcellaires et évoquer ce militant « antifa » qu’ils ont parfois décrit comme « provocateur » et « excité », si loin du garçon de 18 ans qu’elle a toujours connu. Durant ces épreuves, Agnès Méric n’a pas quitté la salle d’audience. Les traits fins, sous des cheveux mi-longs et grisonnants, elle a pris des notes sur un petit carnet, assise un rang derrière ses avocats. Comme elle le fait chaque jour, depuis le début du procès des trois skinheads d’extrême droite impliqués dans la rixe au cours de laquelle son fils est mort.
    Jusque-là, il avait beaucoup été question de mort. Alors Agnès Méric a voulu raconter la vie de son fils
    En fin de journée, jeudi 6 septembre, la mère a été invitée à prendre la parole, pour la première fois. « Clément était le plus jeune de mes enfants. C’est difficile… », commence-t-elle, la voix douce. « Il a beaucoup été évoqué, au moment de sa mort, comme un militant d’extrême gauche, ce qu’il était, évidemment. Mais pour nous, il n’était pas que ça, il était un fils, il était un frère affectueux, il était un cousin, un oncle, un ami… » Tout, soudain, paraît si petit à côté de la dignité de cette femme qui s’est levée pour parler.
    Jusque-là, depuis trois jours, il avait beaucoup été question de mort. Alors Agnès Méric a voulu raconter la vie de son fils. Au jury, au public, aux accusés peut-être, elle décrit un garçon « espiègle, joueur », « qui aimait parfois se moquer gentiment », « curieux » surtout. Elle évoque l’enfance à Brest puis le départ de l’étudiant à Paris, pour intégrer Sciences Po, à 17 ans. Son goût pour la musique, surtout la guitare, qu’il pratique au sein d’un groupe. Cette capacité à « susciter beaucoup d’affection ».

    Des « idéaux forts »
    La leucémie, diagnostiquée en 2011, qui lui avait valu, lycéen, de passer plusieurs semaines en chambre stérile, à l’hôpital, ne l’avait pas empêché d’obtenir son bac « brillamment ». « Il était discret avec sa maladie », résume-t-elle. Quelques jours avant la rixe fatale, Clément Méric avait subi une énième ponction lombaire. Il était en rémission, sa santé ne suscitait plus d’inquiétude.
    Par petites touches, la mère esquisse le portrait de ce fils « sensible aux questions de racisme, d’homophobie, de sexisme ». « En grandissant, on a vu apparaître un garçon de convictions », dit-elle. « Vers 14-15 ans », il rencontre à Brest un groupe de jeunes anarchistes « qui se réunissaient dans un bar – autogéré, évidemment ». A cet âge-là, Clément devient végétarien. Il se forge « des idéaux forts ». Le jeune homme développe « une vision que, de notre point de vue d’adultes, on considérait comme un peu utopiste, mais il réfléchissait beaucoup ». Ce n’est pas pour déplaire à cette professeure d’université désormais à la retraite, comme son époux, Paul-Henri, même si cela passe par des discussions « parfois vigoureuses ». Arrivé dans la capitale à l’automne 2012, Clément Méric s’engage dans un syndicat étudiant à Sciences Po. Il rejoint l’Action antifasciste Paris-Banlieue, participe à des manifestations.
    Jeudi, avant que sa mère prenne la parole, plusieurs témoins avaient déclaré que le jeune « antifa », dans les minutes précédant la rixe mortelle, aurait provoqué les skinheads. Un agent de sécurité, présent ce 5 juin 2013 dans l’immeuble de la vente privée où les deux groupes se sont croisés, avait assuré que l’étudiant « voulait en découdre ». Un vendeur dit l’avoir entendu lancer en direction des skinheads : « Descendez si vous avez des couilles. »
    Sans qu’on lui pose la question, Mme Méric a abordé le sujet d’elle-même lors de sa déposition, estimant que « ce type de propos ne correspond[ait] pas » à son fils. Au sujet des skinheads, elle suppose que Clément « les jugeait sévèrement, parce qu’il estimait que chacun, quel que soit son milieu, quel que soit son capital culturel, a les moyens de réfléchir et qu’il y a des choses qui ne se justifient pas. Il aurait pu affirmer une condamnation de ces postures, mais absolument pas avec une agressivité physique ». Plus que de la « provocation », elle y voit de « l’indignation face à des sujets qui méritent que l’on s’indigne ». Et de conclure : « Nous voulons que sa mémoire soit respectée. »
    « J’aurais voulu ne pas être là »
    Tout a été dit, ou presque. La présidente lui demande si elle a envie de s’adresser aux accusés. Elle hésite. Puis répond par une autre question : « Est-ce que eux ont envie de nous dire quelque chose ? » Ces derniers jours, « l’absence de prise de conscience de la gravité de ce qu’il s’est passé » l’a choquée. « Est-ce qu’on a quelque chose d’humain à partager ? », s’interroge-t-elle.
    « Je suis sincèrement désolé de ce que j’ai pu vous faire souffrir, vous et vos proches, sanglote Esteban Morillo, qui a reconnu avoir adressé deux coups à Clément Méric, dont celui qui l’a fait chuter mortellement. Je regrette tout ce que j’ai pu faire. Je ne sais pas comment me faire pardonner. J’aurais voulu ne pas être là. »
    Quelques minutes plus tard, Aude, la petite amie de Clément Méric, incitera les accusés à franchir un pas supplémentaire. « Je souhaiterais que Messieurs Morillo, Dufour et Eyraud, s’ils ont changé, assument les idées qui ont pu être les leurs à un moment, car c’est important de reconnaître ces choses-là. » Les trois jeunes hommes ont encore jusqu’au 14 septembre, date de la fin du procès, pour le faire.
    Sur les écrans de la salle d’audience, à la demande de la famille Méric, s’affichent de nouvelles photos, loin des images de l’autopsie présentées dans la matinée. On y voit un jeune homme souriant. Ce fils auquel sa mère a redonné vie, jeudi, le temps d’une déposition.
     
  11. Stéphane Bazoches
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    Un autre article de Mediapart :

    L’ombre de Clément Méric au procès des skinheads

    Mediapart, 8 septembre 2018
    Critiquée par les uns, glorifiée par les autres, la personnalité de Clément Méric est omniprésente au procès des trois skinheads accusés d’avoir provoqué sa mort, lors d’une rixe en juin 2013.


    Une ombre légère, mais obsédante, plane au-dessus de la cour d’assises de Paris, où l’on juge depuis mardi trois skinheads d’extrême droite impliqués dans la mort de Clément Méric, le 5 juin 2013 à Paris. Au-delà du sort des trois accusés, et sans même parler des enjeux politiques du procès, c’est la personnalité de la victime, icône juvénile morte à 18 ans sous les coups de ses adversaires, qui revient à chaque instant dans les débats et imprègne les esprits. Les trois brutes repentantes qui comparaissent n’ont – a priori – que peu d’atouts pour inspirer de la sympathie au jury. L’affaire est grave, malgré les zones d’ombre qui subsistent. Il s’agit donc, pour la défense, de susciter une once de pitié qui puisse cheminer jusqu’au cœur des jurés, et surtout d’instiller le doute dans les esprits.
    À cette aune, tout est bon pour relativiser les faits, et remettre en cause les charges qui pèsent contre les trois skins. Le moindre espace d’interprétation dans un rapport d’autopsie, la plus petite divergence entre des témoignages, chaque détail compte et devient essentiel. Ainsi, une contusion observée sur la joue pourrait-elle – qui sait ? – avoir été provoquée par ceux ont qui mis Clément Méric en position latérale de sécurité après qu’il fut tombé inanimé ? Et le témoignage fragmentaire de l’un des vigiles qui sécurisait la vente privée de vêtements où les deux groupes se sont croisés, ce jour-là, devient presque vital.

    Le Clément Méric que décrit ce témoin-là n’était-il pas un jeune homme énervé, provocateur, dont les amis voulaient en découdre avec les skinheads ? Sauf que les antifas disent le contraire. Ils attendaient que ceux-là partent, pour que leur ami, arrivé après eux, puisse faire ses emplettes sans grabuge, avant de repartir à une soirée. Ils ont d’ailleurs prévenu ce vigile de ce que les skinheads avaient des poings américains, cachés dans un sac avant d’entrer dans le showroom. Celui-ci a estimé que ce problème n’était pas de son ressort.

    Et devant la cour, chaque détail du dossier de se discuter à l’infini…

    Ce même jour, un vendeur qui travaillait dans le showroom a bien vu un skinhead qui faisait mimer le salut nazi à un mannequin en lui levant le bras, et ses comparses se gondoler, mais cela ne l’a pas choqué outre mesure. Il se souvient, en revanche, d’un Clément Méric « très excité », qui aurait provoqué à lui tout seul le groupe de skins, en des termes très crus. Comme si le folklore hitlérien était inoffensif, mais ses contempteurs dangereux.

    Un autre vendeur a senti les crânes rasés « contraints de se battre », parce que les antifas les attendaient dans la rue. Le amis de Clément Méric, eux, disent tout autre chose. Ils attendaient que les skinheads s’en aillent pour que Clément, arrivé sur le tard, puisse faire ses emplettes sans avoir à les croiser dans un espace restreint (un appartement). Qui croire ? Cinq ans après les faits, les souvenirs s’estompent, les témoignages sont de plus en plus flous, et les contradictions toujours aussi insolubles.

    Plusieurs témoins, en revanche, sont d’accord sur un point : ils ont vu les skins se diriger droit vers le groupe de Clément Méric en quittant l’immeuble où avait lieu la vente privée, alors que le vigile venait de leur indiquer la direction opposée, justement pour éviter les ennuis en croisant les antifas. Et cinq personnes au moins ont vu les crânes rasés enfiler ou porter au moins un poing américain avant l’affrontement. Les témoins de la rixe décrivent un combat inégal et sauvage, qui a laissé le frêle Clément Méric inanimé.

    Pour les avocats de la défense, la seule issue possible consiste à diviser les torts en parts égales. Il faut absolument que la rencontre entre les deux groupes ait été fortuite, la violence partagée, et le contexte politique – une ultra droite adepte de la violence – relativisé par une critique symétrique de l’adversaire (sur le thème d’une ultra gauche elle aussi violente).
    Mais plusieurs témoins de cette rue piétonne (la rue Caumartin, dans le IXe arrondissement de Paris), très fréquentée en fin de journée, le racontent à la barre : le groupe de Clément Méric était tranquillement adossé à un mur, le long de l’église Saint-Louis d’Antin, et ce sont les skinheads qui leur ont foncé dessus. Si ceux-là l’avaient souhaité, les autres itinéraires pour quitter le showroom étaient nombreux, remarque la présidente de la cour, Xavière Simeoni.

    « Le respect de la mémoire de Clément »

    Est-il mort pour ses idées ? Était-il un ange ou un agitateur ? Qui est au juste le Clément Méric dont on parle lors de ce procès ? Pour sa mère, il ne s’agit pas seulement du militant d’extrême gauche qu’il a été, mais aussi et surtout d’un « fils, un frère affectueux, un neveu, un cousin, un oncle, et un ami ». Impressionnante de dignité, de sensibilité et de pudeur, Agnès Méric décrit à la barre de la cour d’assises celui qui était son dernier enfant. « Un jeune garçon plein de vie, gai, espiègle, vif, joueur, curieux de beaucoup de choses », commence-t-elle.

    Adolescent, Clément Méric a acquis de solides convictions. « Ce qui était extrêmement important pour lui, c’était l’idée d’un égal respect pour tous », raconte sa mère. Injustices sociales, discriminations, racisme, homophobie, sexisme, gouvernance du monde, tout l’intéresse et le passionne. Séduit par les conceptions anarchistes, la démocratie directe et l’absence de hiérarchie dans les rapports humains, « Clément réfléchissait beaucoup pour que le monde soit plus respectueux de l’autonomie des personnes, à l’idée que c’est par l’éducation que les choses peuvent progresser, par la discussion, le travail de conviction ».

    Passionné de politique et de musique, l’adolescent doit soudain combattre la leucémie, à l’âge de 16 ans, avec un courage et une maturité exemplaires, expose Agnès Méric d’une voix douce. « On a été admiratifs de la façon dont il traversait ça. Il ne se plaignait pas, il avait l’intelligence du traitement, il voulait que les médecins lui expliquent tout. Il a eu beaucoup de courage, et il a été très discret sur sa maladie. Il a sous-estimé ses souffrances, de la chimiothérapie aux ponctions lombaires. Ça l’a fait mûrir », dit-elle.

    Après une adolescence heureuse à Brest, Clément Méric est reçu à Sciences-Po et s’installe à Paris en septembre 2012. « On savait qu’il militait, qu’il était impliqué dans le syndicalisme étudiant et l’action antifasciste, contre le racisme et l’homophobie, mais il était toujours ouvert à l’opinion d’autrui, même s’il avait des fondamentaux extrêmement fermes », témoigne sa mère.

    Le portrait dressé par certains d’un Clément « provocateur » et grande gueule ne colle pas du tout, dit-elle. « C’était un garçon calme, courtois, jamais en colère. Il était déterminé, sans complaisance, mais jamais violent physiquement. » Idéaliste, passionné, cohérent avec ses convictions, le jeune homme savait toutefois composer, en mettant entre parenthèses son régime végétarien quand les médecins le lui ont conseillé, raconte sa mère. La « droiture » et l’« élégance » dont son fils faisait preuve rendent certaines assertions peu crédibles, explique-t-elle à la cour.

    Qu’attendre d’un procès, quand on a perdu un enfant ? « Le respect de la mémoire de Clément », répond Agnès Méric. Que son fils ait pu manifester son indignation à la vue de messages racistes arborés par des skinheads, elle le comprend, et cela la rendrait plutôt fière. Que souhaiterait-elle dire aux accusés, demande la présidente de la cour d’assises ? Après un moment d’hésitation, Agnès Méric suggère avec tact que ce soit eux qui lui parlent. Qu’ils prennent enfin conscience de la gravité de ce qui s’est passé, et de ce qui les lie, explique-t-elle.

    Samuel Dufour se dit « désolé », mais semble peu concerné, car il ne s’est pas battu avec Clément Méric, dit-il en peu de mots. Il trouve tout cela « plus dur pour ceux qui restent ». Esteban Morillo, qui a reconnu avoir porté des coups à Clément Méric et avoir provoqué sa chute, se met à sangloter. « Je suis sincèrement désolé de ce que j’ai pu faire, je regrette », répète-t-il en pleurant. Quant à Alexandre Eyraud, moins impliqué pénalement que les deux autres skinheads, il estime que « ça fait réfléchir beaucoup de monde », et « regrette que la rencontre se soit passée ».

    Aude, qui était l’amie de Clément Méric, émet un vœu en regardant les trois accusés. « Je souhaiterais, s’ils ont changé, qu’ils assument les idées qui ont pu être les leurs à un moment », dit la jeune femme à la cour d’assises. Le repentir des skinheads lui semble peu sincère. Clément devait lui trouver un cadeau, un portefeuille, le jour où il est tombé sous les coups des skins.

    La jeune femme témoigne encore de son courage physique : malgré sa maladie et sa faible constitution, son ami s’était mis en ligne avec un service d’ordre pour protéger des manifestants lors d’un raid de skinheads, et il avait été blessé, lors d’une manifestation en mai 2013, raconte-t-elle. Ange ou pas, Clément Méric est encore vivant dans les esprits de tous ceux qui l’ont croisé.
     
  12. ninaa
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    Depuis le début de l'affaire on parle de "rixe" entre fachos et antifas: pourtant il apparaît depuis le début que ça n'ait pas été une "rixe" mais un tabassage!
    C'est aussi choquant que si on parlait de "rixe" entre Bertrand Cantat et Marie Trintignant et qu'on les renvoyait dos à dos, sous prétexte que peut-être avant d'être battue à mort Marie Trintignant aurait échangé des insultes avec Bertrand Cantat.
    Et que donc ayant "provoqué" verbalement son agresseur, elle aurait sa part de responsabilité dans son assassinat.
    Si les fachos s'étaient contenté de répondre aux insultes par d'autres insultes Clément Méric ne serait pas mort.
    D'ailleurs à ma connaissance ce sont les fachos qui tuent les antifas, pas l'inverse.

    [​IMG]

     
  14. allpower
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  17. anarchiste, anarcho-féministe, , individualiste
    Pour les antifascistes l'intérêt de ce procès ne consiste pas à espérer une "Justice" de la part de l'Etat, mais de rétablir certaines vérités après toutes les désinformations au sujet de ce meurtre:

    Comité pour Clément

    Comité pour Clément

    Un rassemblement est prévu pour la fin du procès:

    Vendredi 14 septembre à 18h30 : manifestation au départ de République
     
  18. allpower
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  19. allpower
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  20. Stéphane Bazoches
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    Mort de Clément Méric : 7 et 12 ans de prison requis contre les deux principaux accusés skinheads

    La peine la plus lourde a été demandée contre Esteban Morillo, qui a reconnu être l’auteur des coups mortels.

    Le Monde
    | 13.09.2018 à 11h01


    Une bagarre « évitable » et d’une « sauvagerie parfaitement inadmissible ». L’accusation a requis, jeudi 13 septembre, des peines de sept et douze ans de prison à l’encontre de deux skinheads pour des coups mortels portés à l’antifasciste Clément Méric en 2013 à Paris.
    La peine la plus lourde a été demandée contre Esteban Morillo, qui a reconnu être l’auteur des coups mortels. Sept ans ont été requis pour Samuel Dufour, porteur d’une « arme » – poing américain ou bagues –, et une peine de quatre ans dont deux avec sursis contre Alexandre Eyraud, arrivé plus tard mais dont la seule présence a favorisé « l’action collective ».
    Le 5 juin 2013, à 18 h 43, Clément Méric, étudiant de 18 ans, s’écroule, mortellement blessé, lors d’une brève bagarre entre militants antifascistes et skinheads d’extrême droite, en marge d’une vente privée de vêtements.

    Adhésion à une idéologie « de haine »

    Durant le procès, Morillo a reconnu avoir porté deux coups – à poings nus – à Méric. Dufour affirme s’être battu, mais pas avec Méric. Eyraud, lui, assure n’avoir frappé personne. Ils nient avoir porté un poing américain et accusent les « antifas » d’avoir provoqué la bagarre.
    Une ligne de défense qu’ont tenté d’enfoncer les parties civiles, reconvoquant une série de témoins qui ont distinctement vu un poing américain sur les principaux accusés, ou les SMS de Samuel Dufour où il se vante lui-même d’en avoir utilisé un.
    Michel Tubiana, avocat de deux camarades de Méric, a fustigé des accusés qui n’ont pas de réels « regrets » mais cherchent à « gommer » leur adhésion à une idéologie « de haine de celui qui est différent : on n’aime pas le Noir, l’Arabe, le Tzigane, le PD ». Et après les coups mortels, a souligné Me Ouhioun, « il y a un groupe qui présente des lésions de défense, un autre qui va boire des bières au Local », le bar de la figure de l’ultradroite Serge Ayoub.
     
  21. ninaa
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  22. anarchiste, anarcho-féministe, , individualiste
    Déjà que la taule est une torture, douleur pour les prisonniers Noirs, Arabes, antiracistes... qui vont se retrouver avec Morillo et ses potes...
     
  23. ninaa
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    ninaa  Comité auto-gestion Membre actif

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  24. anarchiste, anarcho-féministe, , individualiste
    L’extrême droite a tué une centaine de personnes en Europe en dix ans - Rapports de Force
     
  25. guerradiclasse
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    guerradiclasseNouveau membre

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  26. libertaire, anarcho-communiste, internationaliste, situationniste, auto-gestionnaire, autonome, anti-fasciste, anti-autoritaire
    Il est tout a fait possible de suivre les comptes rendus quotidiens sans passer par le figaro.

    Je vous invite a regarder du côté de france info :
    Procès Méric : sept à douze dans de prison requis

    Et les compte-rendus des camarades de l'AIM, comme celui ci :

    A retrouver donc via la page facebook ALTERNATIVE INTERNATIONAL MOVEMENT !

    Allez, on croise les doigts pour demain.
    Ni Oubli Ni Pardon
     
  27. Stéphane Bazoches
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    Stéphane BazochesMembre du forum Membre actif

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    Au procès Méric, le jury face à deux questions cruciales

    L’avocat général a requis sept et douze ans de réclusion criminelle contre les deux principaux accusés, jeudi. La cour d’assises de Paris rend son verdict vendredi.
    LE MONDE | 14.09.2018


    Leur tâche s’annonce ardue. Et elle risque de nécessiter du temps, car les questions en suspens ne manquent pas. A l’issue de délibérations à la durée incertaine, les trois magistrats professionnels et les six jurés qui composent le jury de la cour d’assises de Paris doivent rendre leur verdict, vendredi 14 septembre, sur le cas des trois skinheads d’extrême droite impliqués dans la rixe lors de laquelle Clément Méric est mort, le 5 juin 2013.
    Faute d’images de vidéosurveillance incontestables devant l’église Saint-Louis-d’Antin, dans le 9e arrondissement de Paris, où le militant antifasciste de 18 ans est tombé, faute aussi d’expertises médicales concordantes, l’essentiel du dossier d’instruction reposait sur des témoignages nombreux mais souvent incomplets et contradictoires.
    Les huit journées d’audience de ce procès n’ont pas permis de lever les inconnues concernant le déroulement exact de l’affrontement. « Les débats n’ont pas été faciles, non pas qu’ils n’aient pas été sereins, mais les faits remontent à cinq ans », a résumé Me Michel Tubiana, avocat de deux parties civiles.

    Echanges de coups

    Jeudi, Rémi Crosson du Cormier, l’avocat général, a requis douze et sept ans de réclusion criminelle à l’encontre d’Esteban Morillo et de Samuel Dufour. Les jeunes hommes, 25 ans désormais, sont accusés de coups mortels en réunion et avec arme, circonstances aggravantes. Si le premier a reconnu avoir asséné deux coups de poing mortels, le second a toujours nié avoir frappé le jeune étudiant, tout en reconnaissant des échanges de coups avec un autre « antifa » qui l’a d’ailleurs dédouané de toute attaque sur Clément Méric.
    Une peine de quatre ans de prison dont deux avec sursis a été demandée contre Alexandre Eyraud. Le troisième accusé, présent sur la rixe, réfute avoir donné le moindre coup – ce qu’ont confirmé les différents témoignages depuis le début du procès.
    « Il est question d’une bataille voulue qui aurait pu être évitée par un minimum de réflexion dont les trois accusés étaient capables », a estimé jeudi l’avocat général, dénonçant « une sauvagerie inadmissible » après « une montée de testostérone chez des accusés nourris de représentations violentes ». Comme pour se prémunir de toute critique éventuelle sur la sévérité de ses réquisitions, il avait prononcé cette phrase introductive : « Ce procès n’est pas et ne sera pas un procès politique. »

    Casse-tête juridique

    Certes, le sujet de l’idéologie des deux groupes a imprégné les plaidoiries des avocats des parties civiles comme de la défense. Les uns pour souligner son importance dans le déchaînement de violence, les autres pour la relativiser. Mais c’est un casse-tête juridique, aussi technique que crucial, qui a pris une place centrale depuis mercredi. Il pourrait être résumé par cette question : peut-on condamner une personne pour des faits de violence à l’encontre d’un autre individu qu’elle n’a pas touché ?
    A cette interrogation, l’avocat général a répondu oui. « Le groupe a été le moteur de l’acte commis le 5 juin 2013, a-t-il estimé. Qu’aurait été M. Morillo seul ? Qu’aurait été M. Dufour seul ? Qu’aurait été M. Eyraud seul ? Rien. Leur action est indivisible du groupe. »
    La veille, Me Cosima Ouhioun, avocate de la famille de Clément Méric, avait fait preuve de pédagogie pour illustrer cet enjeu. « Si devant moi, a-t-elle expliqué, l’avocat général se met à frapper le dessinateur [elle désigne Aurel, qui travaille pour Le Monde, assis juste devant Rémi Crosson du Cormier], et que je reste là, en empêchant le dessinateur de tenter de s’en aller, ou si je frappe le gendarme à côté, l’empêchant ainsi de défendre le dessinateur, je me rends coupable de coups en réunion. » Et de conclure : « La question n’est pas de savoir si M. Dufour a frappé Clément Méric, mais s’il a œuvré à sa mort. Là, il n’y a pas de doute. »
    « Peu importe, juridiquement », les personnes visées par les coups de Samuel Dufour, a renchéri Me Christian Saint-Palais, l’autre avocat de la famille Méric. Ce sont des violences portées par plusieurs personnes parce qu’ils ont un projet criminel commun. »

    Injustice

    Ce raisonnement a été dénoncé par les avocats des accusés. « Juridiquement, il n’y a rien », a plaidé Melissandre Gaudin, conseil d’Alexandre Eyraud, qu’elle décrit comme « un inquiet plus qu’un bagarreur ». « On ne répare pas une injustice par une autre injustice. La justice, c’est de savoir distinguer la responsabilité de chacun. » Elle a rappelé que son client n’avait donné aucun coup durant l’affrontement.
    Me Antoine Vey, avocat de Samuel Dufour, a déploré un « Gloubiboulga juridique ». « La scène unique de violence sert pour les voyous, lorsqu’ils se renvoient la responsabilité des coups portés. Elle n’est pas opérante dans cette affaire », a-t-il argumenté, en soulignant que dans cette rixe, on savait qui avait frappé qui.
    Mercredi, l’avocat général avait toutefois ouvert une porte de sortie, en posant deux questions subsidiaires au jury, concernant une éventuelle complicité des violences aggravées pour Alexandre Eyraud et des coups mortels pour Samuel Dufour.
    Certains coups ont-ils été portés avec une arme ? L’enjeu est majeur, et cette seconde question cruciale risque d’être l’autre source principale de débat parmi les membres du jury. Tous les avocats se sont attardés sur « le furet, le sparadrap de ce dossier, parce qu’il court dans toute cette affaire, parce qu’il colle sans qu’on puisse s’en débarrasser », comme l’a désigné Me Michel Tubiana. Le poing américain. On a appris, au fil de l’audience, qu’il pouvait exister de toutes les couleurs, en plastique, en fer, avec des pointes ou non, qu’un modèle de base coûte une quinzaine euros et que les skinheads aimaient bien se le faire tatouer sur le corps. Mais Samuel Dufour et Esteban Morillo s’en sont-ils servis, comme l’ont affirmé certains témoins ?

    Dissimulation ?

    Les avocats de la partie civile en ont acquis la conviction, au vu des éléments du dossier, et des échanges à l’audience. Me Tubiana a mis en garde le jury contre le « doute paralysant, qui empêche de juger ». Me Christian Saint-Palais, lui, a insisté sur le fait que la responsabilité des pièces manquantes du puzzle incombait aux accusés. « La question de la dissimulation, dans leur stratégie de défense, est là depuis le début », a-t-il estimé. Une allusion aux vêtements comportant des slogans racistes que portaient deux skinheads le jour des faits, et que les enquêteurs ne sont pas parvenus à trouver, pas plus qu’ils n’ont pu mettre la main sur un poing américain évoqué par Samuel Dufour dans un SMS le soir des faits.
    Une « dissimulation » que conteste la défense. Me Vey a souligné que Samuel Dufour avait spontanément amené les bagues qu’il portait lors de la rixe, quand il s’est rendu au commissariat, le lendemain des faits. « On a pu dire d’Esteban Morillo qu’il n’assumait pas. Mais s’il y a bien une personne qui a eu le courage de dire qu’il avait donné les coups, et de reconnaître sa responsabilité, c’est lui », a de son côté affirmé Me Antoine Maisonneuve.
    Pénaliste expérimenté, son père, Me Patrick Maisonneuve, a tenu à rappeler que « l’intime conviction, ce n’est pas “peut-être”, “pourquoi pas” ». Ce n’est pas des impressions. On ne condamne pas sur des hypothèses, il faut arriver à des certitudes. »

    Après avoir rappelé que le doute devait « profiter à l’accusé », il a évoqué les nombreuses expertises médicales aux conclusions divergentes, les témoignages imprécis et contradictoires. « Est-ce que ce jour-là, je peux dire avec quasi-certitude qu’Esteban Morillo a frappé ce malheureux Clément Méric avec un poing américain ? Je ne pense pas. » Se ralliant à certains de ses confrères qui déploraient des réquisitions « extrêmement lourdes », il a demandé au jury, après avoir « écarté la question du poing américain », de ramener la peine « à des proportions justes ». Le verdict dira s’il a été entendu.
     
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