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Discriminations sociales Une médecine de classe

Discussion dans 'Webzine - actualité des luttes et partage d'articles de presse' créé par mc², 29 Juin 2017.

  1. mc²
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    mc²Membre du forum Membre actif

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    Août 2014
    « Un médecin n’a pas la même relation, le même discours sur la santé et le traitement à suivre, avec un cadre supérieur qu’avec un ouvrier. Ces rapports de classe, mais aussi de sexe ou de race, influencent la façon de pratiquer la médecine. »


    La médecine française demeure une médecine de classe. Elle ne soigne pas de la même façon les malades selon leur origine sociale. Un point de vue de Maud Gelly et Laure Pitti, sociologues, extrait de la revue Agone.

    La dernière loi de santé, promulguée le 26 janvier 2016, a fait du combat contre « les injustices et les inégalités de santé et d’accès au système de soins » l’un des « trois défis majeurs » pour améliorer la santé de la population en France. Dans sa présentation de la loi, le ministère de la Santé a multiplié les exemples d’inégalités sociales de santé : « les enfants d’ouvriers ont dix fois plus de risques d’être obèses que les enfants de cadres, les cadres vivent dix années de plus que les ouvriers sans limitations fonctionnelles… ». Le constat n’est pas nouveau : les écarts entre les classes sociales en matière de santé font l’objet d’un consensus, en épidémiologie [1] comme en sciences sociales. On reconnaît aujourd’hui le poids des déterminants sociaux, tels que les conditions de vie et de travail, dans les inégalités face à la maladie et à la mort.
    Les conditions d’accès différenciées aux soins, qu’elles découlent d’inégalités de richesse ou d’inégalités territoriales, demeurent la principale grille de lecture des inégalités de santé. Ces conditions structurent ainsi les politiques de santé, depuis la loi dite « Hôpital, Patients, Santé, Territoires » de juillet 2009, qui crée les agences régionales de santé en vue notamment de lutter contre les déserts médicaux, jusqu’à celle de janvier 2016, dont la généralisation du tiers payant était la mesure phare pour lutter contre l’inégal accès. En revanche, la question de l’inégale qualité des soins, elle, n’est jamais pensée comme un facteur explicatif de la permanence des inégalités sociales en matière de santé. Pourtant l’offre et la qualité des soins – c’est-à-dire la manière dont s’organisent le système de soins et les professions de santé – jouent également un rôle dans le maintien, voire l’accroissement des inégalités de santé.

    À nombre de consultations égal, on est plus ou moins bien soigné selon le niveau de l’échelle sociale où l’on se situe et son origine nationale. L’anthropologue Sylvie Fainzang [2] montre que les malades d’un cancer sont moins bien informés sur leur maladie par leur médecin quand ils appartiennent aux classes populaires. L’étude des registres dédiés aux maladies cardiaques aboutit à un constat similaire : la prise en charge hospitalière des patients pour un infarctus du myocarde ne diffère pas selon les catégories sociales mais les trajectoires de soins qui précèdent et suivent l’infarctus varient, quant à elles, fortement. Au moment de l’apparition d’une douleur thoracique, premier signe d’un infarctus, les catégories sociales les plus favorisées font l’objet d’une prise en charge médicale « plus approfondie, plus spécialisée que dans les autres groupes », notamment du fait d’examens complémentaires plus poussés. Cette étude épidémiologique, descriptive, ne permet pas de comprendre les raisons de cette prise en charge médicale socialement différenciée, mais les auteurs d’une synthèse de ces travaux concluent que le problème de l’accès aux soins est moins important que la relation entre les patients et le système de santé.
    D’autres recherches menées dans le domaine de la santé périnatale (du dernier trimestre de grossesse aux premiers jours qui suivent la naissance) et infantile (durant la première année de l’enfant) concluent à un cumul des inégalités où l’organisation des soins constitue un facteur aggravant : une étude menée en 2015 en Seine-Saint-Denis, « département qui présente des taux de mortalité périnatale et infantile de 30 à 50 % plus élevés que la moyenne française », indique que « la prévalence des facteurs de risque sociaux, comme le jeune âge maternel, le faible niveau scolaire, l’absence de vie en couple et l’absence de couverture sociale en début de grossesse [plus élevée que dans d’autres départements] », est aggravée par l’organisation des soins, en particulier par la « saturation des consultations hospitalières, [qui contribue à] une prise en charge plus tardive des femmes à l’hôpital » [3] et donc à un accroissement des risques de mortalité périnatale. Plus largement, les recommandations médicales nationales sont moins bien appliquées par les médecins pour les membres des classes populaires, par exemple pour les examens par frottis et mammographie en dépistage des cancers du col de l’utérus et du sein, dont plusieurs études montrent qu’ils sont moins prescrits par les médecins aux femmes des classes populaires [4].

    Pourquoi ne sommes-nous pas tous soignés de la même façon ? Cette différenciation renvoie à des explications plus larges que la seule relation entre les médecins et les patients. Celle-ci est toujours analysée comme une relation entre des individus, alors qu’elle est prise, imbriquée, dans des rapports sociaux qui l’incluent et la dépassent. Un médecin n’a pas la même relation, le même discours sur la santé et le traitement à suivre, avec un cadre supérieur qu’avec un ouvrier. Ces rapports de classe, mais aussi de sexe ou de race [5], influencent la façon de pratiquer la médecine. Ils ne s’arrêtent pas aux portes des hôpitaux ou des cabinets médicaux.
    Ainsi, les travaux sur les protocoles de traitement des malades atteints de sida et de tuberculose analysent comment opèrent les préjugés raciaux des professionnels de santé en filigrane du choix d’inclure ou non tel ou tel patient dans tel ou tel protocole [6]. D’autres recherches sur les effets pratiques des catégorisations ethnoraciales appliquées aux patient(e)s roms à l’hôpital [7], rendent compte de traitements différenciés selon la classe sociale, le sexe et l’origine (vraie ou supposée). Les catégories de pensée et de classement, les préjugés des professionnels de santé deviennent autant d’éléments à inclure dans les interprétations de ces inégalités.

    Une médecine de classe
     
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  2. ninaa
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    ninaa  Comité auto-gestion Membre actif

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  3. anarchiste, anarcho-féministe, communiste libertaire, individualiste
    A noter: si l'auteur de l'article utilise le concept de "race" ce n'est évidemment pas pour appuyer l'idée qu'il existerait réellement des "différences selon les races" ni même "l'existence de races" mais pour dénoncer les préjugés des racistes (ce qui dans ce cas amène à des discriminations sociales graves).

    Cet article me rappelle un échange plus que dérangeant avec une gynécologue en avril 2002. Je me rappelle bien la date parce que c'était au lendemain du résultat des élections au premier tour. Première fois que je voyais cette docteure à l'hôpital Jean Rostand d'Ivry (où j'ai accouché de mes deux enfants). A ma grande surprise elle a entrepris de me communiquer ses opinions politiques: "Je suis dans tous mes états, Le Pen au deuxième tour"... "En même temps ça a eu aussi des conséquences positives, comme de libérer la parole du personnel de l'hôpital"... "Certains médecins puéricultrices et infirmiers ont fait leur coming out FN, pour d'autres ça a permis de "lever un tabou": Le Pen ne dit pas que des conneries, des Noirs Arabes Roms "y en a trop" et ici on en a marre de leur comportement"..."
    Timidement (pas facile de polémiquer avec un spéculum planté là où je pense...) je lui demande de quels comportements elle se plaint au juste?
    "Déjà y en a trop... Vous avez accouché ici vous n'avez pas remarqué qu'il n'y avait quasiment que vous avec un bébé blanc?"
    - Euh non j'avais autre chose en tête que faire gaffe à la couleur des autres bébés. Mais maintenant que vous en parlez c'est bien possible en effet. (l'hôpital dessert les quartiers les plus pauvres d'Ivry, une ville majoritairement pauvre et précaire, population où les "non blancs" comme partout ailleurs sont surreprésentés). (Ce qui a fait dire à la conseillère municipale PC chargée des affaires sociales: "Y en a marre de tous ces immigrés qui viennent vivre en HLM ici, Ivry c'est pas un dépotoir".) Et alors? Où est le problème?
    - Vous verrez ça quand vos bébés seront en âge d'aller à l'école et qu'ils se retrouveront les seuls Blancs au milieu de Noirs et d'Arabes.
    (D'après la directrice - également très concernée par le problème de "trop de Noirs et d'Arabes", les Blancs représentaient à peu près dix pour cent des élèves. Pourtant mes fils n'ont jamais eu aucun problème de "racisme anti blanc" à l'école).
    Me voyant peu convaincue la docteure poursuit:
    "Ils ne font pas l'effort d'apprendre correctement le Français". "Ils profitent du système de santé et vont ruiner la Sécu". "Ils sont tout le temps en train de réclamer des explications".
    Et puis elle s'énerve: "Avant j'étais dans une clinique à Auteuil, il n'y avait que des gens bien, les Noirs Arabes il n'y en avait presque pas. J'ai rien contre eux je ne suis pas raciste mais ici y en a trop, vraiment trop".
     
  4. Anarchie 13
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    Anarchie 13Adolescent immature Comité auto-gestion Membre actif

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  5. libertaire, anarchiste, chaos/Nihiliste, individualiste
    Et pourquoi tu lui as pas mis un taquet ?
    Blague à part, ça déprime d'entendre des propos comme ça.
     
  6. Rosenoire
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    RosenoireRosenoire

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    Putain, ça s'appelle du cumul!
    ça me rappelle une ordure de flic (je sais, pléonasme!)... On avait posé une table de presse (anar, la précision est importante!) sur une foire et les flics étaient assez mécontents de ça, donc après un échange avec eux leur disant que ça n'était pas illégal, ils ont ajouté d'un ton dégoûté, en regardant les livres:"pff, avec ce genre de littérature...!"
    Je les note ce genre de phrases de connards, qui, non seulement les pensent, mais les balancent tranquillement, totalement décomplexés...
     
  8. ninaa
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    ninaa  Comité auto-gestion Membre actif

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  9. anarchiste, anarcho-féministe, communiste libertaire, individualiste
    Excuse-moi je ne comprends pas le rapport avec la médecine de classe?
     
  10. Rosenoire
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    RosenoireRosenoire

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  11. anarchiste

    C'est tout simplement parce qu'il n'y en a pas. J'ai fait une petite parenthèse parce que les propos que tu rapportes m'en ont rappelé d'autres...
     
  12. KickTick
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    KickTickMembre du forum Membre actif

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  13. extrême-gauche, révolutionnaire
    Franchement c'est une question importante la médecine.

    J'ai eu une ptit expérience là dedans. J'ai fait un apprentissage et j'avais des problèmes qui m'empechaient de travailler, parce que c'était un travail vraiment physique. J'ai fais tous les médecins que j'ai pu et tout le monde m'a craché à la gueule, et quand je disais ce que je pensais, on me rigolait à la gueule. Résultat bah maintenant dès que je fais un taf physique j'ai mal.

    Je suis quasiment sur que si tu peux justifier d'un bac+5 tu as pas la même situation en face de toi.

    Ca à des vrais incidences sur ma vie, et plus généralement celle des gens. Les médecins refusent souvent d'écouter, se prennent pour la science infuse (comme si tu pouvais soigner quelqu'un sans la personne elle même...). Ton avis et ton choix ne comptent pas.
     
  14. Rosenoire
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    RosenoireRosenoire

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  15. anarchiste
    Bonjour,

    Oui, c'est une question importante, la médecine. Je ne compte plus le nombre de médecins qui ont refusé de me filer un rencard en disant: "non non, on ne prend pas les gens qui sont à la C.M.U"...
     
  16. KickTick
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    KickTickMembre du forum Membre actif

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  17. extrême-gauche, révolutionnaire
    Ca serait vraiment stylé de pouvoir intégrer cette question à des collectifs/organisation/partis (oups ^^ ) qui existent. En tous moi jme donne les moyens de se développer pour pouvoir porter ces questions. En allant pourquoi pas jusqu'aux représailles contre les médecins réfractaires.
     
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