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Ukraine - Résistance Populaire

Discussion dans 'Luttes Internationales' créé par Ungovernable, 5 Mars 2022.

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  10. ninaa
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  11. anarchiste, anarcho-féministe, individualiste
    Interview des anarcho-syndicalistes Russes : pas de guerre sauf la guerre de classe
    Nous avons traduit l'échange entre les anarchosyndicalistes de la KRAS-AIT (section en Russie de l'Association Internationale des Travailleurs) et le groupe anarchoféministe de Moiras (Espagne). Ce texte donne un éclairage de classe et géopolitique sur la guerre menée par la Fédération de Russie en Ukraine, en remplaçant ce conflit dans le contexte général des luttes de pouvoir dans l'espace post-soviétique. Il donne aussi des informations sur le résistance contre la guerre en Russie.

    ================================

    INTERVIEW DE LA SECTION EN RUSSIE DE L’AIT (KRAS-AIT) SUR LA GUERRE EN UKRAINE

    Publié le 13 mars 2022 sur KRAS-AIT ACERCA DE LA GUERRA EN UCRANIA | Grupo Moiras

    Compte tenu de la rapidité avec laquelle les événements de la guerre en Ukraine avancent et de la fragmentation, de la confusion et de la partialité des informations qui nous parviennent à travers les différents médias, le groupe anarcoféministe espagnol Moiras a décidé d'adresser quelques questions cette semaine à la section russe de l'AIT, avec afin d'obtenir une perspective libertaire sur le conflit qui nous aide à nous positionner et à prendre des décisions basées sur vision plus ample de la situation.

    Dans le texte qui suit, ces questions sont rassemblées avec les réponses envoyées par KRAS, que nous remercions d'ici pour leur réponse rapide et éclarante.

    Grupo Moiras (GM) : Dans votre déclaration à l'AIT sur la guerre en Ukraine, vous désignez les marchés du gaz comme la principale raison du conflit. Nous aimerions que vous nous en disiez plus sur les intérêts capitalistes spécifiques derrière cette guerre, tant du côté russe que du côté pro-OTAN, et que vous nous parliez de l'évolution récente de la politique dans votre région, basée sur ces marchés et leur influence sur l'économie des pays occidentaux. Cette information reste généralement au second plan dans la version du média ici, très focalisée sur l'actualité quotidienne, mais où il y a peu d'analyses.

    KRAS-AIT : Tout d'abord, il faut comprendre qu'il existe différents niveaux de conflit et différents niveaux de contradictions inter-capitalistes.

    Au niveau régional, la guerre d'aujourd'hui n'est que la continuation de la lutte entre les castes dirigeantes des États post-soviétiques pour le redécoupage de l'espace post-soviétique. Contrairement au mythe populaire, l'effondrement de l'Union soviétique n'est pas le résultat de mouvements de libération populaire, mais plutôt celui des actions d'une partie de la nomenklatura soviétique alors au pouvoir, qui a divisé les territoires et les zones d'influence entre eux, alors que les méthodes habituelle et établies de leur pouvoir étaient en crise. Depuis cette division initiale, qui était basée sur l'équilibre des forces hérité de l'époque [soviétique], une lutte constante pour la redistribution des territoires et des ressources s'est développée, conduisant à des guerres constantes dans toute la région post-soviétique. Dans le même temps, les classes dirigeantes de tous les États post-soviétiques (qui sont toutes, à un degré ou à un autre, issues de la nomenklatura soviétique ou de ses successeurs) ont adopté le nationalisme militant comme l'idéologie, le néolibéralisme dans l'économie et les méthodes de gestion autoritaires. en politique.

    Le deuxième niveau de conflit est la lutte pour l'hégémonie dans l'espace post-soviétique entre d’une part l'État le plus fort de la région, la Russie, qui se dit puissance régionale et considère l'ensemble de l'espace post-soviétique comme une zone de ses intérêts hégémoniques, et d’autre part les États du bloc occidental (même si, ici aussi, les intérêts et les aspirations des États-Unis et des États européens individuels de l'OTAN et de l'UE peuvent ne pas être exactement les mêmes). Les deux parties cherchent à établir leur contrôle économique et politique sur les pays de l'ex-Union soviétique. D'où l'affrontement entre l'élargissement de l'OTAN à l'Est et la volonté russe de sécuriser ces pays sous son influence.

    Le troisième niveau de contradictions est de nature économico-stratégique. Ce n'est pas un hasard si la Russie moderne est appelée "un appendice du gazoduc et de l'oléoduc". La Russie joue aujourd'hui en premier lieu sur le marché mondial le rôle de fournisseur de ressources énergétiques, de gaz et de pétrole. La classe dirigeante prédatrice et complètement corrompue, purement parasitaire dans son essence, n'a pas commencé à investir dans la diversification de la structure économique, se contentant des surprofits de l'approvisionnement en pétrole et en gaz. Pendant ce temps, le capital et les États occidentaux entament la transition vers une nouvelle structure énergétique, la soi-disant «énergie verte», visant à réduire la consommation de gaz et de pétrole à l'avenir. Pour le capital russe et son économie, cela signifiera le même effondrement stratégique que la chute des prix du pétrole a provoqué autrefois pour l'économie soviétique. Par conséquent, le Kremlin cherche à empêcher ce retournement énergétique, ou à le ralentir, ou du moins à se créer des conditions plus favorables dans la redistribution du marché de l'énergie. Par exemple, rechercher des contrats d'approvisionnement à long terme et de meilleurs prix, repousser les concurrents, etc. Si nécessaire, cela peut impliquer une pression directe sur l'Occident de diverses manières.

    Enfin, le quatrième niveau (global / mondial) est celui des contradictions entre les principales superpuissances capitalistes, les États-Unis – qui sont sur le recul - et la Chine qui elle avance, [deux blocs] autour desquels se forment des blocs d'alliés, de vassaux et de satellites. Les deux pays se disputent désormais l'hégémonie mondiale. Pour la Chine, dans le cadre de sa stratégie des « nouvelles routes de la soie » ( « one belt, one road ») et de la conquête progressive des économies d'Asie, d'Afrique, d'Amérique latine et la pénétration de l'Europe, la Russie est un partenaire certes mineur mais important. La réponse des États-Unis et de leurs alliés occidentaux est l'expansion de l'OTAN vers l'Est, s'étendant à travers l'Ukraine et la Géorgie vers le Proche et le Moyen-Orient et ses ressources. Cette expansion est également d'un projet de type "ceinture". Elle se heurte à la résistance de ses rivaux impérialistes : la Chine et la Russie, qui dépendent de plus en plus de l’un de l’autre.

    Dans le même temps, l'aspect politique interne ne doit pas être négligé. La crise du Covid a mis à nu la profonde instabilité interne de la structure politique, économique et sociale de tous les pays du monde. Cela vaut également pour les États de l'Ouest, la Russie, l'Ukraine, etc. La détérioration des conditions de vie, la croissance des prix et des inégalités sociales, l'indignation massive de la population face aux mesures et interdictions sanitaires coercitives et dictatoriales ont suscité un mécontentement généralisé dans la société. Et dans de telles situations, les classes dirigeantes ont toujours eu recours à des méthodes éprouvées pour restaurer la fameuse "unité nationale" et la confiance de la population dans le pouvoir : en créant l'image d'un ennemi et attisant l'hystérie militaire, voire [en provoquant] une "petite guerre victorieuse ". »

    Grupo Moiras : Dans les pays de l'Union européenne, les médias, faisant écho aux gouvernements, ne cessent de nous répéter que Poutine est le seul responsable de cette guerre. Connaissant l'histoire de l'OTAN, avec les États-Unis en tête, nous pensons que ce n'est pas le cas. Comment expliquer cela à nos populations sans donner l'impression que nous justifions l'attaque russe et que nous nous rangeons du côté du gouvernement Poutine ?

    KRAS-AIT : Malheureusement, l'opinion publique de masse a tendance à rechercher des réponses simples et grossières aux questions [complexes]. Nous n'avons aucune raison de sympathiser avec le propriétaire du Kremlin et son administration. Ses politiques néolibérales ont mené à un véritable effondrement des systèmes de santé et d'éducation, à la pauvreté des retraités et des travailleurs du secteur public en province. Les salaires dans le pays sont monstrueusement bas, le mouvement ouvrier est vraiment paralysé... Mais, quoi qu'il en soit, nous comprenons que tout cela est le produit d'un certain système basé sur l'Etat et le Capital. Nous ne vivons pas au XVIIe siècle, ni à l'ère des monarchies absolutistes. Considérer tout ce qui se passe dans le monde comme l'œuvre de quelques « héros » ou « anti-héros » individuels est pour le moins naïf, mais c'est en fait une des formes de la théorie du complot elle-même. C'était pardonnable au XIXe siècle quand c’était l’œuvre du romantique Thomas Carlyle ou de l'écrivain Alexandre Dumas. Mais à notre époque, il est nécessaire de comprendre que le monde est beaucoup plus compliqué et que le capitalisme, en tant que système social, fonctionne différemment. Par conséquent, notre tâche est d'expliquer aux gens la conditionnalité systémique des problèmes qui secouent le monde aujourd'hui. Y compris les guerres de ce monde. Et que la seule façon de résoudre ces problèmes est de détruire le système social qui les crée.

    Grupo Moiras : Les schémas de la guerre froide sont reproduits, de sorte qu'il semble que si vous critiquez un camp, c'est parce que vous êtes avec l'autre. Les anarchistes trouvent cela très problématique, surtout quand nous n'avons pas de force sociale. Nous voulons agir, mais nous craignons d'être entraînés et utilisés par les armées des États. Dans les manifestations qui se déroulent dans nos villes, la proclamation du « non à la guerre » se mêle aux demandes d'intervention de l'OTAN. Le journalisme lié au gouvernement du parti socialiste espagnol, le PSOE, nous présente la nécessité d'intervenir, établissant parfois un parallèle historique avec la guerre civile espagnole et les conséquences de la non-intervention des pays européens, ou la participation des exilés espagnols en France, parmi lesquels beaucoup d'anarchistes, dans les Forces Françaises Libres contre les nazis. Que faire ? Pacifisme et non-intervention, comme l'était la position majoritaire de l'anarchisme contre la Première Guerre mondiale, ou soutien à la résistance ukrainienne contre l'invasion des troupes russes ? Cette deuxième option peut-elle être considérée comme une action internationaliste contre l'impérialisme ?

    KRAS-AIT : De notre point de vue, il n'y a pas de comparaison avec la situation de la guerre civile en Espagne [qui était d'ailleurs une révolution et pas une guerre]. Les anarchistes espagnols prônaient une révolution sociale. De même, il ne peut y avoir de comparaison entre, disons, le mouvement makhnoviste en Ukraine et la défense de l'État ukrainien moderne. Oui, Makhno s'est battu contre les envahisseurs étrangers, les Austro-Allemands, et contre les nationalistes ukrainiens, et contre les Blancs et, à la fin, contre les Rouges. Mais les partisans makhnovistes ne se sont pas battus pour l'indépendance politique de l'Ukraine (à laquelle, en fait, ils étaient complètement indifférents), mais pour la défense de leurs acquis sociaux révolutionnaires : pour la terre aux paysans et la gestion ouvrière de l'industrie, pour des soviets libres. Dans la guerre actuelle, on parle exclusivement de l'affrontement entre deux États, deux groupes de capitalistes, deux nationalismes. Ce n'est pas aux anarchistes de choisir entre eux le « moindre mal ». Nous ne voulons pas la victoire de l'un ou de l'autre. Toute notre sympathie va aux travailleurs ordinaires qui meurent aujourd'hui sous les projectiles, les roquettes et les bombes.

    En même temps, il convient de rappeler que la position de la plupart des anarchistes pendant la Première Guerre mondiale n'était pas simplement pacifiste. Comme indiqué dans le manifeste anti-guerre de 1915, c’est un chemin pour transformer la guerre impérialiste en une révolution sociale. Quelles que soient les chances d'y parvenir à l'heure actuelle, les anarchistes, à notre avis, devraient constamment formuler et propager une telle perspective.

    Grupo Moiras : D'autre part, nous recevons des images d'internet de groupes armés qui se présentent comme un bataillon anarchiste de l'armée ukrainienne, savez-vous s'ils sont vraiment anarchistes et quelle est leur façon de voir le conflit ? Et quant au recours aux armes occidentales pour combattre l'attaque russe, cela ne conditionne-t-il pas trop la possibilité de bataillons libertaires dans l'armée ou d'une guérilla anarchiste ukrainienne indépendante ? Savez-vous ce qu'il reste de la Makhnovichina, la révolution anarchiste d'il y a un siècle, dans la mémoire du peuple ukrainien ? Existe-t-il un mouvement anarchiste en Ukraine aujourd'hui ?

    KRAS-AIT : En 2014, le mouvement anarchiste ukrainien était divisé entre ceux qui soutenaient la protestation libérale-nationaliste de Maïdan et qui ensuite ont aidé le nouveau gouvernement contre les séparatistes du Donbass et ceux qui essayaient d'adopter une position plus internationaliste. Malheureusement, les seconds était moins nombreux, mais ils existaient.

    Aujourd'hui la situation est similaire , mais encore plus aiguë. En gros, il y a trois positions. Certains groupes (comme les groupes « Nihiliste » ou « Revolutionary Action » à Kiev) considèrent ce qui se passe comme une guerre contre l'impérialisme russe et la dictature de Poutine. Ils soutiennent pleinement l'État nationaliste ukrainien et ses efforts militaires dans cette guerre. La tristement célèbre photo des combattants « anarchistes » en uniforme montre exactement les représentants de cette tendance : elle montre en particulier les supporters du club de football « antifasciste » Arsenal et les participants de « l'Action révolutionnaire ». Ces « antifascistes » ne sont même pas gênés par le fait que des formations armées ouvertement profascistes, comme Azov, figurent parmi les troupes ukrainiennes.

    La deuxième position est représentée, par exemple, par le groupe «Drapeau Noir» de Kiev et Lvov. Avant la guerre, il menaient un critique sévère de l'État ukrainien, de la classe dirigeante, de ses politiques néolibérales et de son nationalisme. Avec le déclenchement de la guerre, le groupe a déclaré que le capitalisme et les dirigeants des deux côtés étaient à blâmer pour la guerre, mais a en même temps il a appelé à rejoindre les forces de la soi-disant "autodéfense territoriale" - des unités militaires volontaires d'infanterie légère. , qui sont formés sur une base territoriale, sur le terrain.

    La troisième position est exprimée par le groupe «Assemblée» à Kharkov. Il condamne également les deux côtés du conflit, bien qu'il considère l'État du Kremlin comme la force la plus dangereuse et la plus réactionnaire. Il n'appelle pas à rejoindre des formations armées. Les militants du groupe organisent désormais une assistance à la population civile et aux victimes des bombardements de l'armée russe.

    La participation des anarchistes à cette guerre dans le cadre des formations armées opérant en Ukraine, nous la considérons comme une rupture avec l'idée et la cause de l'anarchisme. Ces formations armées ne sont pas indépendantes, elles sont subordonnées à l'armée ukrainienne et exécutent les tâches fixées par les autorités. Elles ne possèdent pas de programmes [politique] et n’ont pas de revendications sociales. L’espoir de mener une agitation anarchiste parmi ces formations armées est douteux. Il n'y a pas de révolution sociale à défendre en Ukraine. En d'autres termes, ces personnes qui se disent anarchistes sont simplement envoyées pour "défendre la patrie" et l'État, jouant le rôle de chair à canon pour le Capital et renforçant les sentiments nationalistes et militaristes parmi les masses.

    Grupo Moiras : Dans nos villes, les communautés de travailleurs migrants ukrainiens, avec la collaboration des organisations humanitaires et des municipalités, organisent la collecte et l'envoi vers l'Ukraine de nourriture, de vêtements chauds, de médicaments... La population espagnole est très solidaire mais ni la guerre ni la pandémie de covid semble avoir servi nos sociétés à s'interroger sur les dépendances aux ressources énergétiques et aux matières premières, dépendances qui entretiennent le néo-colonialisme et détruisent l'équilibre naturel de la planète. Compte tenu de la rareté des ressources, un retour au charbon et une relance du nucléaire sont attendus. Peut-être que la société russe est plus consciente des dangers et du besoin d'alternatives ? Existe-t-il un plan d'action en ce sens de la part des mouvements sociaux ?

    KRAS-AIT : Malheureusement, l'état des mouvements sociaux dans la Russie moderne est déplorable. Il est vrai que, ces dernières années, il y a eu plusieurs protestations environnementales actives et persistantes au niveau local : contre les décharges, les incinérateurs de déchets ou la destruction de l'environnement par l'industrie minière, y compris l'extraction du charbon. Mais ces luttes n'ont jamais abouti à un mouvement puissant au niveau du pays dans son ensemble. Quant à la lutte contre l'énergie atomique et les centrales nucléaires, qui a atteint son apogée en Union soviétique et en Russie à la fin des années 1980 et dans les années 1990, il n'y a pratiquement plus de mobilisations de ce type.

    Grupo Moiras : Les manifestations des Russes contre la guerre aident à comprendre aux peuples européens que ce ne sont pas les Russes qui attaquent l'Ukraine, mais l'armée de l'Etat qui gouverne la Russie. Cela se reflète dans les médias de nos pays, et nous savons qu'il y a des milliers de détenus là-bas en Russie à la suite des manifestations, comment cela affecte-t-il l'anarchisme russe ? Qu'est-ce que cela signifiera pour votre liberté d'expression et d'action dans votre pays ?

    KRAS-AIT : Les manifestations et diverses autres actions contre la guerre n'ont pas cessé tous les jours depuis le premier jour. Des milliers de personnes y participent. Les autorités interdisent leur célébration sous prétexte de "restrictions anticovid" et les dispersent brutalement. Au total, jusqu'au 8 mars, quelque 11 000 personnes ont été détenues lors de manifestations dans plus de 100 villes du pays. La plupart encourent des amendes de 10 000 à 20 000 roubles pour avoir organisé des manifestations « non autorisées ».

    Cependant, il y a déjà des accusations plus graves : 28 personnes ont déjà été accusées de vandalisme, d'extrémisme, de violence contre les autorités, etc., pour lesquelles elles risquent des peines pouvant aller jusqu'à plusieurs années de prison.

    Les autorités utilisent clairement la guerre comme une opportunité pour « serrer la vis » à l'intérieur du pays. Les médias critiques sont fermés ou bloqués. Une campagne de guerre hystérique est menée dans les médias officiels. Une loi a été votée selon laquelle la diffusion de « fausses informations » sur les activités de l'armée et le « discrédit de l'armée », ainsi que la résistance à la police, sont passibles d'une peine pouvant aller jusqu'à 15 ans de prison. Un projet de loi a même été déposé au parlement qui permettrait d'envoyer au front les opposants à la guerre arrêtés. Des gens sont licenciés de leur travail, des étudiants sont expulsés des universités pour des discours anti-guerre. La censure militaire a été introduite.

    Dans cette situation, le petit mouvement anarchiste divisé en Russie fait ce qu'il peut. Certains participent à des manifestations de protestation. Ainsi, deux de nos collègues ont également été arrêtés et condamnés à de lourdes amendes. D'autres critiquent ces manifestations, car les appels en leur faveur viennent souvent de l'opposition libérale de droite et sont souvent moins anti-guerre que pro-ukrainiens (et parfois même pro-OTAN). Reste la possibilité d'aller aux manifestations avec nos slogans et banderoles (certains anarchistes le font), ou d'entreprendre de petites actions indépendantes et décentralisées. Les anarchistes écrivent des slogans anti-guerre sur les murs, peignent des graffitis, collent des autocollants et diffusent des tracts, accrochent des banderoles anti-guerre. Il est important de transmettre au peuple notre position particulière et indépendante, à la fois anti-guerre, anticapitaliste, anti-autoritaire et internationaliste.

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    « Aucune guerre sauf la guerre de classe »

    никакой войны кроме классовой

    Graff à Saint Petersbourg
     
  12. allpower
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    P'tite manif hier à Rangoun en soutien à l'Ukraine...



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  13. ninaa
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  14. anarchiste, anarcho-féministe, individualiste
    18 mars 2022
    Entretien avec A., 17 mars 2022

    Entretien avec A., 17 mars 2022

    Quelle a été l’évolution des pillages et de leur répression ?

    Il est vraiment difficile d’estimer à quel point les pillages se sont développés : ce qu’on voit le plus souvent ce sont les arrestations, qui sont restées courantes. La répression s’est assurément durcie depuis l’amendement à la loi sur les pillages, et j’ai vu les premiers rapports de pillards ‘trouvés morts dans leur confinement temporaire’, ce qui est horrible et probablement seulement la partie visible de l’iceberg, puisque certains sont simplement laissés nus au milieu de la rue gelée.

    Des grèves ont-elles eu lieu ? D’autre part, y a-t-il des signes d’une transition de l’économie vers une économie de guerre ?

    L’Ukraine dépend essentiellement des importations d’armes à présent, et les usines qui produisaient de l’armement ukrainien dans l’est ont été détruites par les bombardements russes. L’État ukrainien semble complètement impuissant face aux difficultés engendrées par la guerre, il est incapable de réguler les loyers, les prix du carburant et leur disponibilité sont aléatoires, et l’appel à un ‘retour à la normale’ dans le paisible ouest repose surtout sur des campagnes de propagande et non pas sur une quelconque contrainte au travail. Le gouvernement a cependant suspendu certaines taxes, pour essayer d’encourager les importations et inciter les gens à établir et à investir dans des entreprises pendant le temps de la guerre, et les banques ont repoussé les échéances de certaines dettes et augmenté les limites de crédit, comme un acte de fier patriotisme.

    Concernant le ‘peuple en armes’, nous nous disons que la situation actuelle n’a rien à voir avec celle de l’Espagne en 1936. Qu’en est-il des groupes armés ? Quel est leur degré d’autonomie ?

    La situation n’est pas comparable à l’Espagne en 1936 dans le sens où il n’y a pas de possibilité pour l’émergence d’un vaste mouvement armé de la classe ouvrière, mais je pense que l’Espagne a révélé certaines limites de l’action anarchiste : on ne peut simplement pas affronter des armées régulières d’égal à égal, nous devrions plutôt essayer de rendre le retour aux rapports capitalistes impossible, à travers la perturbation et la redistribution de masse, tout en sapant l’effort de guerre, mais on en est loin, bien sûr.

    Les groupes anarchistes ukrainiens sont très petits et se battent simplement aux côtés des autres milices et formations de l’armée régulière, prenant leurs ordres de l’État. Mais il faut faire attention à ne pas généraliser à partir de ça : ça ne veut pas dire que ‘les anarchistes soutiennent [le régiment] Azov’, mais seulement que, sans organisation large, dans une situation désespérée comme celle-ci, les anarchistes n’ont pas beaucoup de choix. Puisque tu vas être conscrit de toute façon, pourquoi ne pas te battre aux côtés de tes camarades ?

    Le fait que les gens soient armés est-il à considérer comme un signe d’une montée en puissance des groupes de droite ? Si un accord se faisait entre l’Ukraine et la Russie, est-ce que ces groupes armés pourraient être tentés de prendre le pouvoir ?

    Je pense que les envois actifs d’armes en Ukraine en ce moment vont assurément servir des buts réactionnaires (sans parler du fait qu’ils permettent à plusieurs pays d’Europe d’exploser leurs budgets militaires), mais je ne suis pas sûr que les groupes nationalistes voudront ou seront en capacité de prendre le pouvoir politique. Je pense que Zelensky a indéniablement peur d’eux cependant, ce qui explique pourquoi il essaie de ne paraître trop ‘pro-Russe’ pendant les négociations de paix, alors qu’il a été considéré comme ça pendant toute sa présidence. Les nationalistes ukrainiens préfèrent [d’habitude] prendre les rues, patrouiller comme des miliciens, ce qui leur permet de contrôler et de prévenir les ‘activités dégénérées’, que ce soient les personnes queer qui se promènent, les gens qui s’amusent ou qui boivent un coup, ou les manifestations pour les droits des femmes. Cette invasion pourrait changer leurs ambitions en ce qu’ils progressent vers une position ‘mainstream’ et exercent de plus en plus de pouvoir, mais je me garderai de toute prédiction.

    As-tu entendu parler de désertions ou de refus de la conscription ? Y a-t-il des réseaux d’aide aux hommes qui voudraient éviter la conscription et peut-être fuir le pays ou se cacher ?

    Je pense que tout le monde essaie de survivre de son côté, il n’y a pas d’effort de masse ici. Les gens se cachent dans les villages, se cachent dans des coffres de voiture pour essayer de passer la frontière, mais ceux qui sont pris par la police sont promenés publiquement [paraded around] comme traîtres : les hommes n’ont pas le droit de quitter le pays, et refuser de rester et de se battre est considéré comme une trahison. La conscription se fait de façon aléatoire, les gens sont attrapés dans leur chambre d’hôtel au moment même où ils arrivent de l’est, les gens sont arrêtés aux checkpoints, donc certains décident de s’engager volontairement dans des milices locales pour ne pas être envoyés au front.

    La ‘solidarité extraordinaire’ de l’Occident ne durera probablement pas. Y a-t-il des réseaux d’aide aux émigrés, en Ukraine comme en Europe ?

    Il y a un bon nombre de volontaires qui aident les gens à partir, aussi bien dans les villes assiégées que dans les gares partout dans le pays, et j’ai entendu beaucoup d’histoires merveilleuses sur l’aide que les gens reçoivent de la part de gens ordinaires. C’est assez remarquable dans la mesure où il n’y a eu aucun effort officiel d’évacuation, et où l’État continue de dire que chaque ville sera défendue et qu’il n’y a pas besoin de fuir. Je ne suis pas sûr qu’il y ait de ‘plan’ ou de ‘prévisions’ cependant, la plupart des réfugiés se contentent de dépenser ce qu’ils possèdent et essaient de trouver n’importe quel travail, et le fait d’être séparés et envoyés dans des villes différentes [en Europe] par les autorités rend difficile d’établir des liens durables, particulièrement avec la barrière de la langue.

    As-tu des informations concernant les mouvements de protestation en zone occupée ? Et sur la collaboration avec les Russes ?

    Les mouvements de protestation continuent de se produire, mais à une échelle plus réduite que pendant les premiers jours. La Russie a tué plusieurs personnes lors de ces manifestations, mais les gens sont à présent relativement habitués à voir des corps, ce qui fait que ça n’a pas beaucoup d’impact. La police anti-émeute russe tire en l’air continuellement, donc les gens sont au courant du danger à ces manifestations, mais continuent de venir. C’est manifestement insuffisant pour perturber l’occupation russe, mais pour l’instant je n’ai pas entendu parler de la formation de résistance de ‘partisans’ non plus.

    Un bon nombre de policiers et de maires des localités frontalières collaborent avec les Russes, surtout dans les endroits qui ont été conquis le premier jour, mais certains décident de collaborer pour éviter que la ville ne soit bombardée toutes les cinq minutes.

    Que peux-tu nous dire sur d’éventuelles luttes en Russie contre la guerre ?

    Quelques-uns de mes camarades russes ont quitté le pays, ou sont à présent de plus en plus terrifiés pour leur vie, puisque les sanctions et le blocus du pays ont intensifié la répression et que l’État a lâché toutes ses forces pour emprisonner quiconque essaie d’exprimer la plus petite forme de dissidence. Honnêtement je ne vois pas comment un mouvement peut se former dans ces conditions, aussi longtemps que la police anti-émeute russe continue à réussir à contenir et à briser les quelques manifestations qui continuent de se produire.

    Veux-tu ajouter quelque chose ?

    Alors que la guerre se prolonge et que l’avance de la Russie se ralentit encore davantage, je ne vois toujours pas comment la guerre pourrait se terminer : Poutine veut clairement plus et envoie davantage de forces, et Zelensky refuse de reculer et demande la Crimée, le Donbass et des garanties de sécurité. Il y a quelques étincelles de révoltes, mais elles sont rapidement supprimées, et pendant ce temps des millions de gens continuent de se déverser en Occident à travers les checkpoints de la frontière ; je sais de moins en moins à quoi m’attendre… L’image d’une guerre patriotique que l’Ukraine serait en train de remporter donne seulement davantage de pouvoir aux forces nationalistes, et diminue la probabilité d’un accord de paix. Alors que l’Ukraine essaie de relancer la production à l’ouest, on pourrait voir des mouvements d’agitation des travailleurs, mais de façon générale je crois qu’il faut nous habituer aux conflits, et développer notre propre stratégie sur cette base : comment un mouvement peut-il émerger des ruines ?
     
  15. Ungovernable
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    Je ne comprends pas leur point de vue sur ce sujet et leur réponse est vague. L'Ukraine n'a pas de pétrole ni de gaz naturel, la Russie a déjà suffisamment de resources, et à cause de la guerre il y a embargo et boycott du pétrole Russe. Les projets d'oléoducs russes en Europe sont abandonnés à cause des sanctions économiques et l'Europe fait des actions pour réduire sa dépendance aux ressources Russes. Puis même si quelqu'un voudrait acheter le pétrole Russe, le rouble s'est effondré et n'a plus aucune valeur. Alors si le but de la guerre était le gaz c'est un échec total et c'est l'inverse qui se produit.

    Je suis contre la conscription, mais juste pour être clair : c'est vrai que les hommes ne peuvent pas quitter le pays, mais ces gens ne sont PAS envoyés au front. Les conscrits recoivent seulement quelques heures d'entrainement au tir, ils ne sont pas aptes à combattre au front. Leur rôle consiste principalement à patrouiller les villes qui ne sont pas encore attaqués, parce que tous les militaires de l'armée sont partis au front. Selon ce que j'ai lu, il y a tellement de civils volontaires et pas assez d'armes pour tout le monde. Donc ceux qui ne veulent pas se battre ne sont pas forcés vu le nombre de volontaires, en plus des combattants étrangers.

    J'ai aussi lu que ceux qui ne veulent pas utiliser d'armes peuvent être conscrits à d'autres rôles essentiels, comme la circulation routière pour évacuer les réfugiés au bord des frontières, les checkpoints pour identifier les saboteurs russes, aider les pompiers et ambulanciers, fabriquer des molotovs, fabriquer des barricades, travailler dans les usines d'armes, nettoyer les débris des bombardements, etc. Donc joindre les Forces de Défenses Terriroriales est jusqu'à maintenant un acte VOLONTAIRE et l'Ukraine a jusqu'à maintenant appelé uniquement les civils "qui ont de l'expérience au combat". Je n'ai pas vu nulle part d'info comme quoi les traitres seraient "paradés" ou forcés d'aller au front, j'aimerais bien voir leurs sources mais je viens de googler et j'ai rien trouvé. Forcer des civils sans qui n'ont jamais utilisé une arme de leur vie à aller au front contre les Russes serait une stratégie foireuse pour n'importe quel pays, et aussi un danger pour le "tir ami", il ne faut pas exagérer la situation.

    Je n'ai pas vu aucune info confirmant l'envoie de plus de forces. Ce sont les mêmes 200,000 soldats russes qui étaient mobilisés au bord de la frontière depuis Février qui sont en Ukraine. Il n'y a pas eu d'autres mouvements de troupes si c'était le cas on le verrait venir plusieurs jours d'avance vu que les bases militaires russes sont loin. Les seuls renforts qui ont été envoyés sont quelques mercenaires privés.

    Je ne veux pas défendre Zelensky mais il a toujours affirmé être ouvert à négocier la Crimée et le Donbass, et aujourd'hui il l'a affirmé encore plus clairement en disant qu'il va laisser le Donbass à la Russie "sinon ca déclencherait une 3e guerre mondiale". C'est clair que la Crimée et le Donbass va rester aux mains des Russes.
     
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    En anglais seulement, mais très intéressant. Kyiv vu par un youtuber qui habite la ville
     
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    Nous élargissons nos capacités opérationnelles et nous avons maintenant besoin de plus de véhicules ! Les Ukrainiens ont été incroyables en nous accueillant et en nous donnant l'opportunité de lutter contre le mal mais nous avons des ressources limitées. Nous prévoyons d'obtenir des véhicules blindés. Nous avons un réseau de fournisseurs à l'intérieur même du pays.
    Nous voudrions demander à nos concitoyens du
    Free World pour un soutien financier solide afin que nous puissions augmenter notre mobilité et notre efficacité au combat.
    Si vous souhaitez faire un don, vous pouvez le faire via le merchandising ou via notre compte bancaire :

    IBAN (numéro de compte bancaire international)
    FR76 11306 00090 48101904329 76
    Code d'identification bancaire (BIC) -
    Code rapide
    AGRIFRPP813

    Merci à tous pour votre incroyable soutien !
    ~HRULF~
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