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transhumanisme ?

Discussion dans 'Politique et débats de société' créé par the black daemon, 7 Novembre 2017.

  1. IOH
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    Avr 2017
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    ça m'a l'air compliquer. Il faut croire qu'on a le choix.
    Mais par exemple, les césariennes d'office (d'office juste dans le sens, il y en a plein) au brésil, par ce que c'est plus simple, ça supprime la douleur et ça ne risque pas d'abimer la quéquette, un anar transhumain il en pense quoi ?

    Croire à la techno pour un transhumaniste anar et croire à la nature pour un primitiviste anar, On part sur des croyances dans les deux cas et le schmilblick il avance pas
     
  2. minus
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    minusMembre du forum Compte fermé

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    Juin 2018
    Actuellement on a pas le choix. Mais ce sera peut-être pas toujours comme ça. Si j'avais ce choix je n'hésiterais pas une seconde.

    Si les césariennes d'office suppriment la douleur, pourquoi se l'interdire ?
    Il n'y a aucune fierté à avoir mal, à se faire violence.Quand je vais voir le dentiste je lui dis pas "surtout m'endormez pas, réparez à vif j'adore avoir mal !"
    Si c'est le d'office qui t'embête c'est ça le problème et non la césarienne.
    Après je pense que les femmes auraient à gagner de ne plus être considérée comme reproductrices. La technologie pourra peut-être aider à aller dans ce sens, pour celles qui veulent.

    La technologie peut améliorer la qualité de vie. Aucun rapport avec les primitivistes. La "nature" ? On a du et doit encore la dominer pour vivre. La technologie est "notre" création, pas la "nature". Libre aux primitvistes de vivre comme ils le désirent tant qu'ils m'imposent pas leur mode de vie. Moi je leur imposerai pas celui que j'ai choisis.
     
  3. IOH
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    Avr 2017
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    beaucoup d'orgueil ici. Encore un truc de transhum. Serais tu spéciste ?
    Le corps et l'esprit ne font qu'un, vouloir les séparer est ridicule. Tu veux enlever la souffrance de l'esprit et du corps ? c'est ce qu'ont fait les méduses je crois :)
    Si tu sens une fleur, comment peut tu savoir si l'odeur va t'être agréable si tu n'a que le choix : "bonne odeur"
    Si tu écoute du son très fort, comment peut tu savoir si c'est agréable si ton corps ne te donne que le choix : "bon son"
    en plus d'être ridicule, ces théories transhumanistes atomisent au lieu de diversifier.
     
  4. minus
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    minusMembre du forum Compte fermé

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    Juin 2018
    C'est pourtant une réalité qu'on domine la "nature" pour vivre. Les espèces qui nous ont précédé le faisaient déjà. Il est fort probable que des espèces qui naitront après la disparition de la notre le fasse aussi.

    Je ne pense pas être spéciste mais je suis pas végan. L'humanité 100% végane c'est pas possible, sauf si la technologie permet de se passer de produits carnés pour les personnes souffrant de maladies orphelines.

    Je dissocie pas le corps et l'esprit. Si ce qu'on appelle esprit existe il ne peut exister sans corps puisqu'il en est un produit, comme l'intelligence artificielle.

    Je pense et j'espère que la recherche et ses applications technologiques mettront fin à la souffrance et à la douleur humaines. Libres aux personnes qui veulent encore souffrir de souffrir.

    Je vois pas le rapport avec sentir une fleur ou écouter du son très fort et l'absence de douleur.

    L'atomisation c'est mal ? C'est incompatible avec la diversité ?
     
  5. ninaa
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  7. IOH
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    IOHMembre du forum

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    Avr 2017
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    Les russes transhumanistes depuis de XIX - Et retour à la mode (un peu long mais très intéressant):

    Juliette Faure
    Doctorante, Centre d’études et de recherches internationales (CERI), Sciences Po - Centre national de la recherche scientifique (CNRS) :

    "
    À Moscou, cet été, le Parc d’exposition des réalisations de l’économie nationale (VDNKh) reprenait les allures de haut lieu du tourisme qu’il affichait durant son âge d’or soviétique. Vitrine des fiertés nationales, le parc est un lieu majeur de représentation de la puissance russe. Construit en 1934, il célèbre d’abord la collectivisation de l’agriculture. Dans les années 1960, on y admire les réussites technologiques et industrielles de l’économie soviétique. Avec l’effondrement de l’URSS, le parc se désintègre. La pièce maîtresse de l’exposition, le pavillon du Cosmos, est vidée pour laisser place à un marché, symbole des années 1990, marquées par la privatisation de l’économie.

    Mais, en 2014, à l’initiative du maire de Moscou, le parc recouvre son prestige avec l’adoption d’un plan de développement d’envergure comprenant la restauration de trente-sept pavillons et l’ouverture de onze musées. Quatre ans plus tard, la foule de visiteurs venus pour la Coupe du monde de football pouvait ainsi déambuler entre la célèbre statue L’Ouvrier et la Kolkhozienne, conçue en 1937 par l’artiste Vera Moukhina, emblème de la société bolchevique, et l’exposition «La Russie, mon histoire», préparée par le conseil culturel du patriarcat de l’Église orthodoxe. À l’intérieur de l’exposition, le public circule entre des hologrammes et des écrans interactifs qui reconstituent l’histoire tsariste, tandis que les murs sont tapissés de citations de penseurs slavophiles, eurasistes ou chrétiens. Le tout au service d’un message clair, appuyé par une déclaration du président Vladimir Poutine : «C’est l’orthodoxie qui a donné à l’ancienne Russie une impulsion puissante vers le développement, le déploiement de la culture, de l’éducation et des Lumières.»

    Plus loin, un parc d’attractions en réalité virtuelle promet des «émotions irréelles pour toute la famille». À l’accueil, sollicitée par des touristes, une hôtesse s’adresse à son smartphone avant de le tendre au groupe. Dans un anglais aux accents victoriens, l’appareil traduit instantanément : «Le pavillon des robots se situe près de la fontaine de l’Amitié entre les peuples.» Les visiteurs s’en vont alors observer un robot-artiste dessinant des portraits aux côtés d’un robot-violoniste et d’un robot-Pouchkine qui récite des poèmes. À la sortie, une pancarte annonçant «Bientôt, ici, le premier café-robot de Russie» semble sortie d’un roman de Vladimir Sorokine, l’écrivain à la mode dont les récits de science-fiction décrivent des théocraties néomédiévales servies par les nouvelles technologies (1).

    Ne plus attendre le salut de Dieu
    En Russie, cette alliance de la science et de la religion remet en question les termes de la grande querelle idéologique qui opposa au XIXe siècle les occidentalistes, promoteurs de la science et des techniques occidentales, aux slavophiles, défenseurs des traditions russes et de l’orthodoxie. La fin de siècle est alors hantée par la recherche d’une idée nationale, «l’idée russe», susceptible de définir l’identité et la destinée du peuple russe, mais aussi son rôle dans l’histoire universelle et sa vocation à unir et à transformer l’humanité. En réponse à l’incitation à l’action politique exprimée par la fameuse question du révolutionnaire Nikolaï Tchernychevski «Que faire?», le fossé se creuse entre les partisans d’un matérialisme marxiste et les défenseurs d’un dogmatisme religieux, nationaliste et antioccidental. Nikolaï Fiodorov, que l’on identifie aujourd’hui comme le fondateur du cosmisme, propose une troisième voie, à la confluence de ces lignes idéologiques.

    Marginal et ascétique, Fiodorov (1829-1903) gagne quelques roubles par mois comme employé à la bibliothèque centrale de Moscou. Il partage le constat de Karl Marx : philosophes et savants ont suffisamment interprété le monde; il s’agit désormais de le transformer. Il affiche la même foi dans la science et la technique que les positivistes de son temps. Mais il est hostile à l’idée de progrès, qui conduit selon lui à sacrifier les générations passées pour le bien futur : «Le progrès est précisément la production de choses mortes; il va de pair avec l’éviction de personnes vivantes. Il peut être appelé véritablement et effectivement l’enfer (2). »

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    Vassily Kandinsky. — «Kleine Welten I» (Petits Mondes I), 1922
    Centre Pompidou, MNAM-CCI - RMN-Grand Palais / Georges Meguerditchian et Philippe Migeat
    À rebours de la célébration du progrès, Fiodorov prône un culte des ancêtres. De manière inédite, il préconise l’utilisation de la science à destination d’une seule «œuvre commune» : la résurrection des morts, qu’il considère comme la tâche morale suprême de la société. Selon lui, «l’unification [des vivants] en vue de la résurrection [est] l’acte de créer des frères, créer des âmes, créer la vie, tandis que l’éloignement des fils par rapport aux cendres de leurs pères crée des sociétés sans vie et sans âme». Il propose très concrètement de réunir et de ramener à la vie les particules désintégrées des ancêtres. La Terre devenant trop petite pour cette humanité immortelle, il envisage la conquête et l’habitation de l’espace. Ce faisant, il compte employer les avancées techniques pour dompter la «force aveugle de la nature» et en faire «l’outil de la raison collective et de la volonté une et collective».

    Positiviste, voire transhumaniste avant l’heure, Fiodorov est en même temps un penseur religieux. Son idée de l’homme-dieu, cause et agent de son propre salut, s’inspire d’une interprétation originale de la figure du Christ ressuscité et de son œuvre de transformation miraculeuse de la nature. Son modèle de société s’organise autour de la résurrection en tant que celle-ci représente «le triomphe complet de la loi morale sur la nécessité physique» et la construction d’un lien intergénérationnel entre vivants et morts, «à l’image et à la ressemblance de la Très Sainte Trinité». Il prône ainsi un christianisme scientifique qui requiert un travail moral et technique sur la nature. Le salut n’est plus un miracle à attendre de Dieu, mais l’œuvre de l’humanité, qui se saisit de sa responsabilité cosmique en déployant son activité au-delà du globe terrestre.

    Fiodorov suscite immédiatement l’intérêt et l’admiration de ses contemporains : Fiodor Dostoïevski loue ses idées, Léon Tolstoï le tient pour un saint, et le théologien Vladimir Soloviev pour un maître. Plus tard, le philosophe Nicolas Berdiaev, expulsé d’Union soviétique en 1922, écrira que la pensée de Fiodorov, «mélange de foi chrétienne et de foi en la puissance de la science et de la technique», contient «beaucoup d’éléments dignes d’être retenus et englobés dans l’idée russe». Et d’ajouter : «Je ne connais pas de penseur plus typiquement russe» (3).

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    Vassily Kandinsky. — «Kleine Welten III» (Petits Mondes III), 1922
    Centre Pompidou, MNAM-CCI - RMN-Grand Palais / Georges Meguerditchian et Philippe Migeat
    Au-delà de Fiodorov, de nombreux intellectuels ou artistes mettent l’innovation technique au service d’une quête spirituelle et d’une méditation cosmique. C’est le cas de l’avant-garde russe, à cheval entre les périodes impériale et soviétique. Avec son poème symphonique Prométhée, Alexandre Scriabine (1871-1915) explore un langage musical symboliste et dissonant, délivré de la gravité tonale et orienté vers un accord mystique et synthétique. En associant les sons aux couleurs et à la lumière, il poursuit la recherche d’une harmonie rayonnante, à l’immatérialité et à la légèreté cosmiques. Dans ses réflexions sur son projet inachevé, intitulé Mystère, il envisage encore la composition d’une œuvre totale, mobilisant tous les sens, dont l’exécution englobera l’humanité et l’Univers jusqu’à son extinction dans l’extase. L’affranchissement de la pesanteur et de la matière ainsi que la réflexion sur l’origine et la création de l’univers inspirent aussi les tableaux de Vassily Kandinsky (1866-1944) et son évolution vers l’abstraction géométrique. En littérature, l’écrivain Andreï Platonov (1899-1951) imagine un cosmos hominisé et conquis par l’anthropotechnique.

    Au lendemain de la révolution bolchevique, le cosmisme, en tant que philosophie invitant l’humanité à évoluer vers une nouvelle phase de gestion active de l’univers et d’amélioration technique de la condition humaine, s’acclimate bien à l’optimisme et au scientisme de la nouvelle société soviétique. Les expériences biotechnologiques des années 1920 poursuivent la réalisation d’un surhomme techniquement amélioré. À travers ses recherches sur la régénération physique par transfusion sanguine, le médecin Alexandre Bogdanov partage la conviction de Fiodorov selon laquelle la science peut améliorer la nature humaine.

    On retrouve chez Constantin Tsiolkovski une volonté de perfectionner et de transfigurer l’humanité par la science. L’inventeur de l’astronautique moderne et père du programme spatial soviétique anticipe l’habitation du cosmos et la perte de la corporalité et de l’individualité des êtres humains au profit d’une évolution vers un état de «radiation», «immortel dans le temps et infini dans l’espace» (4). L’utopisme immortaliste guide aussi les plans de l’architecte Constantin Melnikov, qui a conçu le premier sarcophage de Lénine (5). La pensée de Fiodorov pénètre jusqu’aux cercles politiques. Il était encore cité en 1928 dans une allocution de Mikhaïl Kalinine, futur chef de l’État soviétique, alors membre du Politburo.

    À la faveur de la révolution scientifique du début du XXe siècle, le cosmisme se diffuse au-delà des frontières russes. En France, le prêtre et paléontologue Pierre Teilhard de Chardin est marqué par sa rencontre avec le géochimiste cosmiste russe Vladimir Vernadski, venu donner une série de cours à la Sorbonne. À partir de la figure d’un Christ cosmique, Teilhard de Chardin élabore une compréhension théologique des découvertes scientifiques et de l’amélioration technologique des capacités humaines. Il se déclare «passionnément séduit et satisfait par une Croix en laquelle se synthétisent les deux composantes de l’avenir : le transcendant et l’ultra-humain (6) », prélude au concept de «transhumain» conçu par le biologiste et théoricien de l’eugénisme Julian Huxley.

    Le stalinisme met un terme au foisonnement créateur des années 1920 en Union soviétique. Mais l’utopisme cosmiste renaît dans une version strictement techniciste pendant l’âge d’or de la conquête spatiale, déclenché par le lancement du premier satellite, en 1957, suivi du premier vol d’un homme dans l’espace, effectué par Youri Gagarine en 1961. La philosophie de Fiodorov demeure une des seules à enjamber la rupture révolutionnaire, malgré la censure. Dernier philosophe religieux à être mentionné en Union soviétique, il est également le premier à être à nouveau publié, dès les années 1970. C’est alors qu’universitaires et intellectuels réunissent sous le terme «cosmisme» un ensemble hétéroclite de théologiens, scientifiques et artistes affiliés à son œuvre (7).

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    Vassily Kandinsky. — «Kleine Welten II» (Petits Mondes II), 1922
    Centre Pompidou, MNAM-CCI - RMN-Grand Palais / Georges Meguerditchian et Philippe Migeat
    Depuis la disparition de l’URSS, le regain d’intérêt pour le cosmisme s’inscrit dans la quête d’une nouvelle idée russe. Au même titre que l’eurasisme ou le slavophilisme, le cosmisme se trouve ainsi mobilisé dans les années 1990 pour refonder une idéologie nationale susceptible de succéder au communisme. Le spécialiste allemand de Fiodorov, Michael Hagemeister, y dénonce d’ailleurs une tentative d’instrumentalisation idéologique : «Sous l’Union soviétique, Fiodorov était considéré comme un matérialiste pur, et maintenant ses partisans le présentent comme un penseur religieux, dont les enseignements ont ouvert une troisième phase après l’Ancien et le Nouveau Testament — la phase d’un christianisme actif (8). »

    Les références cosmistes intègrent les plus hauts niveaux de réflexion sur la puissance russe. En 1994, le ministère de la défense fonde l’Institut de noocosmologie au sein de son université militaire, avec pour mission d’étudier les «hiérarchies cosmiques» ou encore la «raison supérieure», le sens et le but de l’Univers. En 1995, un membre du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie, un organe consultatif rattaché au président, propose de placer le cosmisme au fondement de l’identité nationale russe (9).

    Aujourd’hui, sans se revendiquer directement du cosmisme, certains idéologues nationaux-patriotiques cherchent eux aussi à allier le développement technologique au traditionalisme moral et religieux. C’est le sens du «conservatisme dynamique» promu par le club d’Izborsk, un think tank qui compte parmi ses membres Sergueï Glaziev, conseiller du président, l’intellectuel nationaliste Alexandre Douguine (10), ou encore l’ancienne députée Natalia Narotchnitskaïa, fondatrice d’un institut proche de l’Église orthodoxe à Paris. «Le but de l’idéologie proposée et du programme de réformes est de créer un centaure à partir de l’orthodoxie et de l’économie de l’innovation, à partir d’une haute spiritualité et de la technologie de haut niveau, écrit Vitali Averianov, son vice-président. Ce centaure représentera le visage de la Russie du XXIe siècle (11). »

    Au sommet de l’État, la défense des valeurs traditionnelles s’accommode aisément de la promotion du progrès technoscientifique. D’un côté, M. Poutine promeut les «religions traditionnelles» ou encore la «sexualité traditionnelle» (12). Dans le même temps, il appelle à une hypermodernisation technologique. Dans son discours du 1er mars 2018 faisant office de programme pour son quatrième mandat, il annonçait ainsi la «suppression de toute barrière au développement et la large utilisation des équipements robotiques, de l’intelligence artificielle, des voitures sans conducteur, du commerce en ligne et des technologies de traitement du big data». Le gouvernement a multiplié les initiatives pour promouvoir le développement technologique du pays : la création de technopôles à Skolkovo ou Akademgorodok, la fondation de fleurons nationaux chargés de développer les nouvelles technologies comme Rusnano ou Rostec, ou encore le soutien à l’installation de grandes infrastructures de recherche dans le cadre du projet fédéral Mégascience.

    Le thème de la modernisation technologique est principalement porté par la frange libérale et technocratique du pouvoir, héritière directe de l’élite politique des années 1990. En témoigne la présence à la tête de Rusnano de M. Anatoli Tchoubaïs, ancien vice-président du gouvernement chargé du programme de privatisations de l’économie postsoviétique durant la présidence de Boris Eltsine. Mais le progrès technoscientifique se conjugue également avec une rhétorique romantico-nationaliste, en particulier dans les industries régaliennes de la défense et de la conquête spatiale. «Notre pays était fait pour devenir une grande puissance spatiale depuis la naissance de notre État, affirme M. Dmitri Rogozine, directeur général de l’agence spatiale Roscosmos et représentant de l’aile nationale-conservatrice du gouvernement. Cela a été prédéterminé par le caractère national du peuple russe, habitué à penser dans des catégories globales et prêt à sacrifier sa vie pour une idée. [Le cosmos] est un synonyme du monde russe. Par conséquent, la Russie ne peut pas vivre sans le cosmos, en dehors du cosmos. Elle ne peut pas restreindre ses rêves de conquérir l’inconnu, qui attire l’âme russe (13). »

    C’est dans cet esprit que, au printemps 2018, le pavillon du Cosmos ouvrait à nouveau ses portes au VDNKh, témoignant de la reprise d’un programme spatial de grande ampleur. Entre 2016 et 2025, celui-ci prévoit notamment la construction de complexes spatiaux pour contrôler l’activité solaire et la météorologie spatiale, la création d’une nouvelle génération de vaisseaux de transport humain ou encore le lancement de cinq navettes spatiales automatiques pour entamer la première phase du programme d’habitation lunaire. À l’intérieur du pavillon, les citations de Tsiolkovski, le penseur et physicien cosmiste, abondent, et font honneur à l’ambivalence rationaliste et spiritualiste de leur auteur : «D’abord viennent la pensée, les fantasmes et les contes de fées, puis le calcul scientifique.»

    La synthèse entre modernisation technologique et traditionalisme religieux est symbolisée par la construction récente d’une église orthodoxe au cœur de la Cité des étoiles, le centre d’entraînement des cosmonautes. Lorsqu’il vient consacrer la nouvelle église, en 2010, le patriarche de l’Église orthodoxe, Cyrille, explicite le sens religieux du cosmos : «Le Seigneur nous a invités à habiter et à conquérir notre planète et l’univers entier. C’est pourquoi le désir de l’homme de s’élever vers les étoiles n’est pas un caprice, un fantasme ou une mode, mais un programme implanté par Dieu dans la nature humaine (14). »

    Si l’astronautique était un des fers de lance de l’athéisme d’État sous Nikita Khrouchtchev, c’est au contraire l’union de la science et de la foi qui est désormais mise en avant par les autorités religieuses. Gagarine, revenu de l’espace en déclarant qu’il n’y avait «pas vu Dieu», est présenté aujourd’hui comme un croyant qui aurait suggéré de faire reconstruire la cathédrale du Christ-Sauveur détruite sous Staline. «Tous les grands scientifiques qui ont étudié l’espace et ont cherché à connaître les lois de l’univers et la structure de l’univers, en règle générale, étaient profondément religieux ou, à terme, sont venus à la foi, sachant que le monde ne pouvait être organisé que par un Créateur intelligent. (...) Nous pouvons certainement dire que Sergueï Korolev [ingénieur fondateur du programme spatial soviétique] était croyant», déclare encore le père Ioff, aumônier de l’église de la Cité des étoiles (15).

    De son côté, le cosmonaute Valeri Korzoune, héros national et actuel commandant de l’entraînement au vol des jeunes cosmonautes, s’emploie également à contredire le diagnostic de la mort de Dieu prêté à Gagarine. «Il est difficile pour moi de croire que l’on puisse voyager dans le cosmos et ne pas voir Dieu, ne pas sentir Sa présence», déclare-t-il à une revue orthodoxe (16). Les relations entre Roscosmos et l’église orthodoxe sont au beau fixe, explique Korzoune : missionné par un cadre de l’agence spatiale, le père Ioff est envoyé bénir les fusées au cosmodrone de Baïkonour.

    La synthèse entre le progrès technique et la religion s’opère également dans le domaine nucléaire. C’est l’orthodoxie atomique, conçue par l’idéologue conservateur Iegor Kholmogorov, qui renchérissait sur une déclaration antérieure de M. Poutine (17). Lors d’une conférence de presse, en février 2007, celui-ci affirmait que l’orthodoxie et la stratégie nucléaire du pays «sont liées car les religions traditionnelles de la Fédération russe et la protection nucléaire de la Russie sont les éléments qui consolident l’État russe et créent les conditions nécessaires pour la sécurité intérieure et extérieure du pays».

    «L’alliance de la foi et de la science»
    Cet alliage prend corps dans la ville de Sarov, qui est à la fois un lieu saint orthodoxe, où se tint la dernière canonisation sous l’empire tsariste, et le site secret de développement du programme nucléaire soviétique. En 2012, le patriarche Cyrille et Sergueï Kirienko, alors directeur général de l’agence nucléaire russe Rosatom et désormais directeur de l’administration présidentielle, y fondaient un centre spirituel et scientifique destiné à rassembler scientifiques, universitaires, représentants de l’Église orthodoxe, membres du gouvernement et hommes d’affaires pour discuter des liens entre science, technologie et religion. En 2016, le centre organisait une table ronde aux accents cosmistes : «L’alliance de la foi et de la science, une interaction au bénéfice de la Russie». Le patriarche Cyrille y déclarait que «les façons religieuse et scientifique de comprendre le monde ne se contredisent pas (18) ». Dans le même esprit concordiste, le conseiller scientifique du Centre fédéral de recherche nucléaire rappelait le soutien essentiel de l’Église au programme nucléaire pendant les années 1990 et confirmait que l’institution religieuse et la science demeurent des partenaires stratégiques, sans lesquels «l’avenir de la Russie est impossible (19) ».

    Ce partenariat s’observe également au sein de l’enseignement supérieur. Pas moins de cinquante universités séculières sont désormais dotées d’un département de théologie. Le plus symbolique d’entre eux, ouvert en 2013 au sein du prestigieux Institut d’ingénierie physique de Moscou (MIFI), est placé sous la direction du métropolite Hilarion, président du département des relations extérieures de l’Église orthodoxe. «Quel est le rapport entre la théologie et la recherche nucléaire?, interrogeait-il dans son discours d’inauguration. Étant donné la spécificité du MIFI et le rôle unique que cette université joue dans notre système d’enseignement, je suis convaincu que le département de théologie au sein de cette université particulière peut jouer un rôle novateur fondamental en promouvant un dialogue entre la religion et le savoir scientifique. Un tel dialogue est désormais nécessaire tant pour les tenants du savoir scientifique que pour les détenteurs des traditions religieuses (20). » On retrouve d’ailleurs cette hybridité des formations dans les rangs de l’Église, qu’a rejoints une génération formée dans des universités techniques et scientifiques d’Union soviétique.

    S’il partage avec le cosmisme le rejet de la division entre foi et raison, le discours de l’Église orthodoxe maintient cependant une dénonciation de l’anthropocentrisme radical de Fiodorov, qui remplace l’œuvre de Dieu par celle de l’homme. À cet égard, elle s’oppose clairement à une autre interprétation technophile de l’idée russe promue par les transhumanistes, également à partir du cosmisme. Ainsi de l’Initiative 2045, un mouvement fondé par l’oligarque Dmitri Itskov, qui finance la recherche en génétique moléculaire, neurosciences et prothèses neuronales pour permettre la prolongation de la vie et la création d’avatars androïdes connectés à un cerveau humain et dotés de sa conscience. En filiation explicite avec le cosmisme, le manifeste du mouvement invoque la venue d’une néohumanité, caractérisée entre autres par une «synergie entre le développement technologique et spirituel» et par la capacité de «s’unir en un seul esprit collectif immense, la noosphère». Spiritualité, science et nouvelles technologies sont ainsi invoquées au fondement d’une nouvelle réalité futuriste. En 2011, dans une lettre au président Dmitri Medvedev, M. Itskov vantait en ces termes l’intérêt de son programme : «L’immortalité doit devenir notre idée nationale (21). »
     

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