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Transgenre & féminisme queer

Discussion dans 'Féminisme et luttes d'émancipations LGBTQ' créé par Freak, 30 Août 2016.

  1. ninaa
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    ninaa  Comité auto-gestion Membre actif

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    Fev 2014
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  2. anarchiste, anarcho-féministe, communiste libertaire, individualiste
    Pour info, deux membres trans du forum se sont exprimées sur le sujet:

     
  3. anarkia ou l'un de ses multicomptes
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    anarkia ou l'un de ses multicomptesMembre du forum Expulsé par vote Membre actif

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    Août 2018
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    je suis plutot d'accord mais je comprends pas encore pourquoi on arrive à se définir avec des catégories imposées par un système oppressif (patriarcat) qui scinde l'espèce humaine en deux ou en trois dans certaines cultures.

    avant je me définissais comme "genderfuck" puis après réflexion j'ai arrêté parce que je considérais encore le "gender" comme un étalon, un repère fiable et ça me correspondait pas dans mon "intimité" (je me sentais opprimée par ces repères imposés), ni pour mon combat contre le pouvoir sous tous ses aspects.

    je ne détiens pas LA Vérité mais comme je disais la "déconstruction" questionne plus sur ce que le sens commun nomme le réel, l'objectivité scientifique, etc. qu'elle n'affirme. après on peut en faire "un peu ce qu'on veut".
     
  4. Marzhin
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    MarzhinLibertiste critique Compte fermé

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    Mai 2019
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    Je vais un peu relancer le débat une seconde. De base, il me semble que les questions sont légitimes : par définition, dans féminisme, il y a féminin, or si on part sur le queer et le transgenre ou l'agenre, soudain ça fait tout drôle. En fait c'est très simple : la notion de féminisme devait fatalement susciter des réactions dites masculinistes ou virilistes, parce que ça va ensemble. Le sexe biologique (y en a-t-il un autre ?) de l'espèce humaine, souffre certes certaines influencent chromosomiques et hormonales, mais globalement il se manifeste en tant qu'incubateur ou fécondateur : féminin ou masculin. De ça on ne se débarrasserait que le jour où nous ne nous reproduirions plus qu'en mode transhumaniste, via utérus artificiels par exemple, à moins que sur des générations nous ré-évoluions vers la parthénogenèse, ce qui semble peu probable vue notre complexité, enfin reste l'option du clonage. Seulement nous voyons bien que ça pose des problèmes éthiques en biotechnologies, et que ce n'est pas aussi simple, d'autant plus qu'en attendant ce qui compte pour nous, là, présentement, dans nos vies belles et bien vécues, c'est justement notre tripe d'existence organique/biologique, pour le meilleur et pour le pire, et elle implique un sexe incubateur et un sexe fécondateur manifestes et largement partagés.

    Anthropologiquement, toutes les sociétés ont dû faire quelque chose de la sexuation, et ce qu'elles en firent fut justement une plus ou moins grande accentuation binaire, sachant que certaines établirent des statuts ou des moments un peu spéciaux, plus ou moins honorés, quant aux amoures non-potentiellement sexuelles au sens incubateur-fécondateur du terme. Par exemple, l'homosexualité initiatique chez les Anciens Grecs : Socrate avait la réputation d'être un sacré coureur de damoiseaux. Est-ce que Socrate se demandait s'il était efféminé ? ... Non seulement nous savons que l'effémination ne fait pas l'homosexuel, mais en plus nous nous doutons bien que le genre auquel appartenait Socrate, dans une société pourtant viriliste et misogyne, intégrait à la notion de virilité ces manifestations homosexuelles. A condition d'ailleurs, que l'aîné soit le preneur, et le jeune le pris, au risque de se sentir efféminé ! mais voilà que 2000 ans plus tard c'est l'homosexualité en elle-même, qui passa pour efféminée, et Socrate avec, ruinant son bel idéal viriliste, genre.

    Socrate s'y sentait bien, parce qu'il avait confiance en soi (encore que marginalisé par la communauté athénienne, comme corrupteur intellectuel de la jeunesse, en tant que philosophe original et réputé). Socrate avait confiance en soi, et il bénéficia d'une reconnaissance "dans le milieu" de la pensée d'alors (à sa mort, Platon en fit une apologie, ce qui le popularisa jusqu'à nos jours). Tout rôde autour de la question de l'estime de soi, qui dépend évidemment de notre proximité avec un certain idéal du moi, mais aussi avec le besoin d'appartenance à différents degrés, que nous éprouvons. Quelqu'un qui ressent fort le besoin d'appartenance, alors qu'il est "particulier" va commencer par s'auto-condamner, s'auto-exclure, de façon quasi-paranoïde, mais par simple manque de confiance en soi. C'est qu'il est galvanisé par son sentiment de particularité, et il s'imagine que c'est marqué sur son front alors que généralement ça passe à des kilomètres à la ronde pour le commun des mortels. Mais, quand certains comportements peuvent éventuellement surprendre, rapport à des habitus culturel - de genre, en l'occurrence, mais cela vaut pour tout - toute la question est alors de savoir dans quelle mesure la personne est attachée, par besoin d'appartenance, aux autres, c'est-à-dire aussi la prégnance de leur influence sur son estime de soi, voire intimement sur sa confiance en soi (ce qui est particulièrement vrai avec les plus jeunes).

    A partir de là, tout dépend des personnes bien entendu, mais se communautariser est positivement une façon de se ré-encourager, donc de reprendre confiance en soi, comme dans un groupe de soutien thérapeutique, jusqu'au point où notre estime de soi dépend moins de la reconnaissance des autres en général (du besoin d'appartenance global). D'un autre côté, la communautarisation entretient, dans la reconnaissance des autres en général, justement, l'idée d'une particularité non-normale. Je dis bien non-normale parce que, même quand il est admis qu'elle n'est pas anormale, elle peut continuer de sembler non-normale : les gens font semblant de ne pas la voir, ce qui est justement le moment où c'est le plus gênant pour tout le monde. A partir de là, il me semble qu'un peu d'autodérision de la part de la personne concernée ne fait pas de mal, et a d'ailleurs tendance à rendre autrui admiratif, ce qui n'est pas dégueulasse comme résultat au final.

    Et, de fil en aiguille, d'autant plus qu'on mûrit/vieillit, on devient capable de faire fi de toutes ces histoires joyeusement. Néanmoins, ça ne supprime pas la question des éventuels violent-es qui nous agresseraient, seulement je pense qu'il faut aussi savoir raison garder, et effectivement savoir ne pas vivre dans la peur. C'est-à-dire qu'il ne faut pas monter tous les faits divers de cet acabit en épingle, parce que sinon c'est le même mécanisme pour tout le reste : ça finit en chiens de faïence, ce qui n'est pas ce que l'on peut appeler une vie commune heureuse. Et, aussi, n'ayons pas d'idéal du moi trop élevé, et surtout d'idéal du toi trop élevé : ça aide beaucoup. C'est-à-dire que l'être humain est un animal craintif qui n'admet pas aisément qu'il est faillible, inquiet et ignare en bien des choses, à commencer par l'autre là, en face de soi.
     
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