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Répression & dérives sécuritaires Surveillance : quelques pas en plus vers le panoptique

Discussion dans 'Webzine - actualité des luttes et partage d'articles de presse' créé par mc², 21 Juin 2018.

  1. mc²
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    Août 2014
    La Défense, laboratoire du contrôle

    Le Parisien / mercredi 13 juin 2018

    Un «hyperviseur» récoltant les données de 14 000 balises et de 321 caméras a été déployé sous la dalle. Un outil de surveillance ultra-pointu destiné à sécuriser au maximum le quartier d’affaires.
    Sous la dalle de La Défense, mille yeux vous observent… Installé dans un espace de 350 m², le nouveau PC de sécurité et d’exploitation du quartier d’affaires a été inauguré ce mercredi midi. L’établissement public Paris La Défense a investi 8 M€ pour cet outil, opérationnel depuis six mois, et qui doit faire de La Défense, « un des endroits les mieux protégés de France » selon Patrick Devedjian, président de l’entité.

    Dans la salle opérationnelle, active 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, une dizaine d’écrans s’alignent devant les agents. « Quatre personnes y travaillent en permanence : un superviseur, une au poste sûreté, une pour la maintenance et une pour la surveillance des 14 tunnels », détaille Marie-Laure Bettoli, codirectrice des services exploitation, gestion et sécurité de Paris La Défense.
    « Pendant la journée, quatre autres agents sont sur le terrain, en véhicule ou en VTT. Mais ils tournent sur tous les postes, car il est important de connaître le quartier », reprend-elle. Les agents postés dans le PC de sécurité reçoivent les images des 321 caméras installées sur la dalle, dans les souterrains et dans tous les espaces publics… Ils ne disposent pas de celles des parkings, des transports (où la RATP et la SNCF disposent de leur propre système de vidéosurveillance) ou du centre commercial, qui dont toutefois transmises, en temps réel au commissariat, qui a seul le pouvoir de police, et à la préfecture.
    Mais la salle opérationnelle n’a pas que des yeux. Elle reçoit également dans un « hyperviseur », un puissant cerveau informatique, les alertes des 14 000 capteurs posés sur les équipements publics : ascenseurs, escaliers mécaniques ou encore candélabres.
    Ces capteurs déclenchent une alarme quand une barrière est bloquée, un luminaire en panne… En cas d’incident, les agents reçoivent non seulement les informations des capteurs et la localisation sur une cartographie 3D, mais aussi des procédures à suivre. Le système d’aide à l’exploitation intègre par exemple le plan d’action pour les tunnels, tout ce qu’il faut faire si un incendie se produit.
    Ce dispositif « unique en France », souligne Marie-Célie Guillaume, directrice générale de Paris La Défense, permet au PC de « jouer un rôle de coordination entre tous les acteurs qui, en cas d’intervention, ne connaissent pas toujours le quartier sur et sous dalle ».
    « Dans le contexte d’aujourd’hui, où la sûreté est une question brûlante, et dans ce quartier hors normes, avec des entreprises emblématiques comme Total ou Engie, qui sont des cibles potentielles, avec une telle concentration humaine (NDLR : 500 000 personnes par jour), un nœud routier et ferroviaire, la sécurité est stratégique », a rappelé Patrick Devedjian. Pour l’établissement public, cette sécurité est aussi un gage d’attractivité car « les grandes entreprises demandent cette sécurité ».
    La prochaine étape, c’est l’utilisation de toutes les données recueillies, notamment en étudiant la cartographie des points chauds et en utilisant l’intelligence artificielle, pour anticiper et prédire des événements.
    « Imaginons qu’on tire sur la dalle, qu’il y ait un mouvement de panique… » Le préfet des Hauts-de-Seine, Pierre Soubelet, envisage un scénario catastrophe pour justifier la mise en place, depuis 2016, d’une modification des procédures du plan de mise en sécurité de La Défense (PMSD).
    En cas de danger imminent, le PC sécurité est ainsi autorisé à déclencher une mise à l’abri générale du quartier, sur requête des services de secours, mais sans passer par la préfecture. « La procédure habituelle nécessite l’activation par la préfecture du COD (centre opérationnel départemental), ce qui prend entre 15 et 30 minutes », explique le préfet.
    « Il nous a paru opérant de gagner du temps et nous avons proposé à l’établissement public de pouvoir déclencher cette mise à l’abri immédiate, reprend le représentant de l’Etat. Compte tenu du site immense, labyrinthique, du monde, l’idée est d’être efficace, il faut faire vite… C’est dérogatoire au droit courant sur la première alerte. Ensuite, la préfecture reprend la main sur les opérations ». Même si cette dérogation existe depuis 2016, le préfet Soubelet estime que cette procédure courte sera d’autant plus efficace avec ce nouveau PC sécurité.

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    Des mouchards « made in France »

    Le Parisien / lundi 20 mars 2017

    La multinationale Thales, installée à Gennevilliers, peaufine un arsenal haute technologie pour protéger le quartier d’affaires… comme elle l’a fait à Mexico.

    Faire de La Défense le quartier d’affaires le plus sûr du monde. Voilà l’objectif visé par Thales, leader européen des solutions de sécurité, dont le siège est basé à Gennevilliers. A l’horizon 2020, le « Manhattan français » bénéficiera des technologies de pointe développées par la multinationale française. Des solutions innovantes dignes d’un film de science-fiction qui, depuis 2010, ont déjà fait leurs preuves à… Mexico.

    C’est en effet dans la métropole latine, longtemps considérée comme la capitale mondiale du crime, que Thales a mis au point sa solution « Safe City ». Avec à la clé, des résultats spectaculaires. « En cinq ans, la criminalité y a été réduite de 56 %, assure Hervé Derrey, directeur général de Thales. Désormais, une voiture volée sur deux y est retrouvée en moins de 72 heures. Conséquence, les primes d’assurance ont en moyenne baissé de 30 % et tout ceci a considérablement renforcé l’attractivité de la ville… »

    Caméras prédictives, détecteurs de coups de feu, capteurs de température ou encore détecteurs de présence. A La Défense, Thales s’appuiera sur le même arsenal que celui utilisé au Mexique. Comme ce fameux logiciel de traitement intelligent de l’image qui permettra d’optimiser les bandes-vidéo captées par l’une des 1 200 caméras braquées sur le quartier d’affaires. En clair, une simple caméra deviendra un instrument d’anticipation.

    « Grace à un système d’algorithmes, l’intelligence artificielle permet d’analyser un comportement anormal ou suspect par rapport à une situation habituelle, comme une même personne qui revient plusieurs fois au même endroit, décrypte la sous-préfète des Hauts-de-Seine, Isabelle Herrero. Mais surtout l’opérateur, derrière son écran, saura en temps réel ou se trouvent les secours et pourra ainsi les diriger. » Car les dispositifs de sécurité imaginés et développés par Thales reposent avant tout sur le partage d’informations et une connectivité sans limite. Et surtout sans faille.

    Les images collectées et les données récupérées par les caméras, les détecteurs de mouvements ou les capteurs de présence seront instantanément transmis à des patrouilles (de la police, des pompiers ou de la RATP) reliés via des tablettes ou des montres connectées dernier cri. « Il faut démorceler tous les services publics fondés sur la donnée et fusionner ces données pour faire du big data, insiste-t-on chez Thales. C’est le meilleur moyen de coordonner les forces en présence et de permettre aux autorités de prendre les meilleures décisions au bon moment… »

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    Et le ministère de l’intérieur veut la reconnaissance faciale

    TV5 Monde / samedi 9 juin 2018

    La reconnaissance faciale « intelligente » est annoncée comme une nécessité pour le ministère de l’Intérieur. Le modèle chinois de contrôle et surveillance de la population par des caméras et des algorithmes d’identification des personnes semble inspirer le gouvernement et l’administration française qui lance des expérimentations et des partenariats. Explications.

    L’identification en temps réel des personnes par des réseaux de caméras de rue n’est plus un fantasme de film d’anticipation : la Chine a massivement déployé ces sytèmes et s’en vante. Le « réseau céleste » — ainsi nommé par le gouvernement central — de 20 millions de caméras, est un œil géant piloté par des intelligences artificielles qui travaillent jour et nuit à analyser les millions de visages des passants des grandes villes chinoises. Un journal de Hong Kong — cité dans le Courrier international — l’Apple Daily, résume les capacités surhumaines du « réseau céleste » avec délectation :

    « Le système peut identifier en temps réel avec exactitude le type de voiture, l’habillement, le sexe et même l’âge d’un passant… Ces informations sur les passants s’affichent automatiquement à l’écran. Quand il s’agit d’un criminel recherché, l’alarme du système se déclenche en montrant les données le concernant sur l’écran. » Extrait du Courrier International : « Surveillance. Le “réseau céleste”, version chinoise de Big Brother », le 28/09/2017.

    La France est l’un des pays champion des technologies numériques de surveillance. Pionnier dans le domaine du « Deep packet inspection » (DPI, inspection profonde de paquets) grâce à sa recherche universitaire et des montages d’entreprises spécialisées dans l’exportation de ces systèmes à des dictatures, le pays de Victor Hugo a légiféré en cascade depuis plusieurs années pour autoriser les services de police et de renseignement à surveiller et capter les échanges numériques des citoyens de façon administrative, sans contrôle d’un juge d’instruction.

    « Boites noires » chez les fournisseurs d’accès internet, sondes sur les câbles sous-marins, systèmes d’interception des communications « silencieux », logiciels de morpho-analyse intelligents : la plupart des technologies numériques de surveillance, d’identification et d’analyses prédictives sont en place dans les services de renseignement et de police français. Ne manque — visiblement — aujourd’hui qu’à déployer de façon massive les derniers outils de reconnaissance faciale, pilotés par intelligence artificielle, et les généraliser. Ce qui semble être en cours de discussion dans les ministères, les centres de recherche et les services d’Etat.

    Le ministre de l’Intérieur français, Gérard Collomb ne s’est pas caché depuis quelques mois de vouloir moderniser la police et les services de renseignement français. Cette modernisation passait pour l’instant par le déploiement de tablettes, de caméras connectées, le tout lié au nouveau fichier « monstre » TES de fichage biométrique de la quasi totalité de la population française.

    « L’intelligence artificielle doit permettre, par exemple, de repérer dans la foule des individus au comportement bizarre. » Gérard Collomb dans son bilan « d’un an de maintien de l’ordre », le 8 juin 2018

    Des déclarations sur l’utilisation de technologies à base d’IA comme aide à la décision pour les forces de police avaient déjà été effectuées alors par Gérard Collomb : « Les service de l’Etat vont analyser les données avec de l’intelligence artificielle pour être encore plus efficaces, avec une expérimentation déjà lancée dans onze départements. » La question de la concomitance de ces annonces avec les nouvelles disposition de surveillance technologique policières — prises par le gouvernement chinois — se posait déjà en février 2018.

    Aujourd’hui, le ministre de l’Intérieur annonce clairement ses intentions au sujet de la surveillance et l’identification par reconnaissance faciale dans son bilan « d’un an de maintien de l’ordre » (article La Croix) :

    » (…) en matière d’exploitation des images et d’identification des personnes, on a encore une grande marge de progression. L’intelligence artificielle doit permettre, par exemple, de repérer dans la foule des individus au comportement bizarre. »

    Sur la problématique des manifestants violents, le ministère veut explorer des voies technologiques prédictives, et ne s’en cache pas : « Les services ont identifié certains meneurs, il y a aussi sûrement de petits groupes assez structurés derrière eux, et il faudrait pouvoir agir en prévention. » Arrêter des futurs manifestants avant que les actes violents ne soient commis à l’aide de caméras intelligentes repérant les individus aux comportements suspects ? Les défenseurs des libertés et les avocats sont logiquement déjà alarmés par cette possibilité. Comment accepter, dans une démocratie, l’arrestation de personnes sans qu’elles n’aient commis de délit, mais seulement parce que des machines les ont repérés, identifiés et analysés de façon prédictive comme étant de futurs fauteurs de troubles ?

    L’annonce récente par le CNRS de la signature d’une convention avec la Direction du renseignement militaire (DRM) confirme l’intérêt des services de l’Etat pour le développement d’intelligences artificielles de reconnaissance d’image, comme Fabrice Boudjaaba, le directeur adjoint scientifique de l’Institut des sciences humaines et sociales du CNRS l’explique : « Les questions liées à l’Intelligence artificielle sont évidemment centrales. Les recherches sur la reconnaissance automatique d’image intéressent particulièrement le renseignement militaire. En effet, leur principal problème du renseignement aujourd’hui n’est pas le manque d’information, mais bien le trop plein d’information qui peut submerger et finalement paralyser l’outil de renseignement. »

    Si les technologies innovantes d’analyses d’image par intelligence artificielle pour la DRM sont avant tout liées à des théatres d’opérations à l’étranger, il n’est pas interdit de penser que ces recherches publiques seront utilisées aussi pour du renseignement intérieur ou de l’investigation policière.

    Les questions dans le cadre de la surveillance de la population et l’identification des personnes par apprentissage automatique restent donc toujours sans réponse de la part des autorités, et celles-ci sont pourtant très simples : peut-on ficher une population et laisser des agents numériques traiter les données biométriques qui s’y affèrent ? La surveillance d’Etat par reconnaissance et identification faciale est-elle compatible avec le respect des libertés publiques et des droits fondamentaux à la vie privée ? Quelles garanties la population a-t-elle que les données biométriques propres à chacun ne serviront pas à des fins de prévention ou de répression d’expression politique ou de contestation sociale ?

    La Chine, quant à elle ne s’est pas posée ces questions et applique sans états d’âme la surveillance électronique permanente des citoyens : la France, bien plus discrètement, et sans publicité s’apprête visiblement à faire de même. Jusqu’à copier aussi à terme le système de crédit social chinois ?

    Reste que l’on ne sait pas si la population française est prête à accepter de vivre dans une société sous contrôle de machines autonomes où chacun de ses faits et gestes sera enregistré, analysé et poteniellement… noté ?


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    ninaa apprécie ceci.
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