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Sous-Commandant Marcos - IRAK: Cette guerre est la guerre de la peur

Discussion dans 'Bibliothèque anarchiste' créé par Ungovernable, 9 Juin 2009.

  1. Ungovernable
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    Armée Zapatiste de Libération Nationale, Mexico, 15 février 2003

    Frères et soeurs de l'Italie rebelle:

    Recevez le salut des hommes, femmes, enfants et vieillards de l'Armée Zapatiste de Libération nationale. Notre parole se fait nuage pour traverser l'Océan et parvenir jusqu'aux mondes qui sont dans vos coeurs. Nous savons qu'aujourd'hui ont lieu des mobilisations dans le monde entier pour dire non à la guerre de Bush contre le peuple de l'Irak. Et c'est ainsi que nous devons dire parce que ce n'est pas une guerre du peuple américain et ce n'est pas non plus une guerre contre Saddam Hussein. C'est une guerre de l'argent, qui est représenté par Mr Bush (peut être pour faire remarquer qu'il manque* absolument d'intelligence). Et c'est une guerre contre toute l'Humanité, dont le destin se joue, aujourd'hui, en terre irakienne.

    Cette guerre est la guerre de la peur.

    Son objectif n'est pas de renverser Saddam Hussein en Irak. Son but n'est pas d'en finir avec Al Quaida. Elle ne cherche pas non plus à libérer le peuple irakien. Ce ne sont ni la justice, ni la démocratie ni la liberté qui alimentent cette terreur. C'est la peur. La peur que l'humanité toute entière se refuse à accepter qu'un policier lui dise ce qu'elle doit faire, comment elle doit le faire et quand elle doit le faire. La peur que l'humanité refuse d'être traitée comme un butin. La peur de ce qui est essentiel dans l'être humain et qui s'appelle révolte. La peur que triomphent les millions d'êtres humains qui aujourd'hui se mobilisent partout dans le monde pour défendre la cause de la paix.

    Parce que les bombes qui seront lancées sur le territoire irakien n'auront pas pour seules victimes les civils irakiens, enfants, femmes, hommes et vieillards dont la mort ne sera qu'un accident au passage arbitraire et délirant de celui qui appelle à ses côté Dieu, comme alibi à la destruction et à la mort.

    Celui qui est à la tête de cette stupidité (qui est appuyée par Berlusconi en Italie, Blair en Angleterre et Aznar en Espagne),* ce Monsieur Bush, c'est avec de l'argent qu'il a acheté les forces qu'il prétend lancer contre le peuple irakien.

    Parce qu'il ne faut pas oublier que Mr Bush sert de chef de la Police mondiale autoproclamée, grâce à une fraude si grande qu'il a fallu les décombres des Tours jumelles à New York et le sang des victimes des attentats terroristes du 11 septembre 2001 pour l'occulter.

    Le gouvernement américain n'a rien à faire d'Hussein ni du peuple Irakien. Ce qui lui importe c'est de démontrer qu'il peut commettre ses crimes dans n'importe quelle partie du monde, et qu'il peut le faire en toute impunité.

    Les bombes qui tomberont en Irak cherchent aussi à tomber sur toutes les nations de la terre. Elles veulent aussi tomber sur nos coeurs et ainsi rendre universelle la peur qu'elles portent en elles.

    Cette guerre est menée contre toute l'humanité, contre tous les hommes et femmes de bonne volonté.

    Cette guerre cherche à nous faire peur, à nous faire croire que celui qui a l'argent et la force militaire a, par là même, raison.

    Cette guerre cherche à nous faire hausser les épaules, à nous faire prendre le cynisme pour une nouvelle religion, à nous faire taire, à faire avec, à nous conduire à la résignation, à nous faire baisser les armes, à nous faire oublier.

    A nous faire oublier Carlo Giulani, le rebelle de Gênes.

    Pour nous , Zapatistes, les hommes sont ce qu'ont rêvé leurs morts. Et aujourd'hui nos morts rêvent d'un "non" rebelle.

    Pour nous il n'y a qu'un seul mot digne et qu'une seule action conséquente face à cette guerre : le mot "non" et l'action rebelle.

    C'est pour cela que nous devons dire "non" à la guerre.

    Un "non" sans "mais" et sans conditions.

    Un "non" sans demi-teintes.

    Un "non" qui ne soit pas tâché de gris.

    Un "non" avec toutes les couleurs dont est peint le monde.

    Un "non" clair, net, puissant, définitif, mondial.

    Ce qui est en jeu dans cette guerre c'est la relation entre le puissant et le faible. Le puissant est puissant parce qu'il nous rend faibles. Il s'alimente de notre travail, de notre sang. C'est ainsi qu'il grossit tandis que nous dépérissons.

    Dans cette guerre le puissant a invoqué Dieu à ses côtés, pour que nous acceptions sa puissance, et notre faiblesse, comme quelque chose d'établi par les desseins de la divinité.

    Mais derrière cette guerre il n'y a pas d'autre Dieu que celui de l'argent, ni d'autre raison qu'un désir de mort et de destruction.

    La seule force du faible est sa dignité. Elle l'encourage à lutter pour résister au puissant, pour se révolter.

    Aujourd'hui il y a un "non" qui affaiblit le puissant et renforce le faible : le "non" à la guerre.

    Certains se demanderont si ce mot qui réunit tant de gens dans le monde entier sera capable d'éviter la guerre, ou, une fois commencée, de l'arrêter.

    Mais la question n'est pas de savoir si nous pourrons détourner les desseins criminels du puissant. Non. La question que nous devrions nous poser est : pourrons-nous vivre ensuite avec la honte de ne pas avoir fait tout ce qui était en notre pouvoir pour éviter et arrêter cette guerre ?

    Aucun homme ou femme de bonne volonté ne peut rester muet et indifférent en ce moment.

    Tous et toutes, chacun avec son accent, à sa façon, avec sa langue, et son action, nous devons dire "non".

    Et si le puissant veut universaliser la peur par la mort et la destruction, nous, nous devons universaliser le "non.

    Parce que le "non" à cette guerre est aussi un "non" à la peur, un "non" à la résignation, un "non" au défaitisme, un "non" à l'oubli, un "non" à renoncer à être humains.

    C'est un "non" pour l'humanité et contre le néolibéralisme.

    Nous souhaitons que ce "non" franchisse les frontières, qu'il se moque des douaniers, qu'il transcende les différences de langue et de culture, et qu'il réunisse la part honnête et noble de l'humanité, qui sera toujours, il ne faut pas l'oublier, majoritaire.

    Parce qu'il y a des refus qui unissent et rendent la dignité. Parce qu'il y a des refus qui confirment chez les hommes et les femmes ce qu'ils ont de meilleur en eux-mêmes, c'est à dire leur dignité.

    Aujourd'hui le ciel du monde se couvre d'avions de guerre, de missiles qui s'autodénomment "intelligents", à seule fin de cacher la stupidité de celui qui les envoie et de ceux qui, comme Berlusconi, Blair et Azanar les justifient, et aussi de satellites qui signalent les endroits où il y a de la vie et où il y aura de la mort.

    Et le sol du monde est sali par des machines de guerres qui ne manqueront pas de peindre la terre avec le sang et la honte.

    L'ouragan* s'approche.

    Mais il ne refera jour que si les mots devenus nuages pour traverser les frontières se changent en un "non" de pierre et ouvrent une fissure dans l'obscurité, une lézarde, par où le lendemain pourra se frayer un chemin.

    Frères et soeurs de l'Italie rebelle et digne :

    Acceptez ce "non" que, depuis le Mexique, nous ,les plus petits, les zapatistes, vous envoyons.

    Permettez que notre "non" se joigne fraternellement au vôtre, et à tous les "nons" qui aujourd'hui fleurissent sur la terre entière.

    Vive la révolte qui dit "non" !

    Mort à la mort !

    Depuis les montagnes du sud-est Mexicain.

    Pour le Comité clandestin Révolutionnaire Indigène- Quartier général de l'Armée Zapatiste de libération nationale. Sous-commandant Insurgé Marcos.

    México, février 2003.
     
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