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Sexisme en milieu militant

Discussion dans 'Féminisme et luttes d'émancipations LGBTQ' créé par ninaa, 7 Avril 2017.

  1. ninaa
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    ninaaMembre du forum Membre actif

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  2. anarchiste, anarcho-féministe, , individualiste
    Le sexisme dans les milieux militants libertaires
    par Marie Joffrin

    (...)

    Pour lire l'article en entier:

    Le Monde Libertaire

    L'article date de 2014. Depuis l'auteure de l'article a pu vérifier à plusieurs reprises que le sexisme en milieu militant n'est pas une vue de l'esprit. Intelligente, dynamique, militante active (trop pour une femme, sans doute) elle s'est par exemple vue renvoyer par plusieurs militants à "plutôt rester à la maison élever son gosse"...
     
    Sullivan et WhiteSheep aiment ça.
  3. ninaa
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    ninaaMembre du forum Membre actif

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  4. anarchiste, anarcho-féministe, , individualiste
    Un blog intéressant "Combien de fois quatre ans?"

    Combien de fois 4 ans
     
    Marc poïk apprécie ceci.
  5. Sullivan
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    SullivanGlandeur rêveur Membre actif

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  6. libertaire
    Typiquement, c'est le genre de truc qui fait désespérer. Merci pour ces articles Ninaa
     
  7. ninaa
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    ninaaMembre du forum Membre actif

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  8. anarchiste, anarcho-féministe, , individualiste
    Education à la mode Anar
    Les hommes même si leurs critiques te dérangent tu ne les appelles pas "le môme" MC2 par exemple.
    Même familiarité déplacée: je suis "LA Ninaa", alors qu'anarchie13 est simplement "anarchie13".
    Si j'étais une ado je penserais que c'est de l'âgisme. Mais dans ce cas je pense que cette condescendance est typiquement sexiste (au conseil municipal d'Ivry certains militants de parti appellent carrément les militantes - quel que soit leur âge - "les filles" ou "les pisseuses"...).

    Quelques exemples du sexisme "supposé" de Proudhon:
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    Anarchiste et sexiste, c'est possible?
    Il me semble que le minimum, au lieu de se foutre de ma gueule parce que ces propos me révoltent, serait un peu d'empathie et de compréhension envers ce que je ressens, à ce que ressentent les femmes en général, face à un sexisme aussi décomplexé.
    Bien sûr rares sont ceux qui vont aussi loin: mais ce forum est lu par des femmes contemporraines, bien vivantes, à qui ces "petites phrases" rappellent bien des préjugés machistes: "les femmes ne dédaignent point d'être violées" "elles ne sont bonnes qu'à faire la cuisine" "il faut empêcher les gonzesses de trop la ramener", on peut citer pas mal d'exemples tout à fait actuels. De plus le sexisme actuel n'a rien de nouveau ou spontané, c'est bien sur ce genre d'idées reçues très anciennes, officialisées et largement partagées, qu'il prend son sens et ses racines.
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  9. Barbe_Noire ou l'un de ses multi-comptes
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    Barbe_Noire ou l'un de ses multi-comptesPirate & corsaire Expulsé par vote

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    Août 2016
    Sais-tu (tu ne me croiras pas mais on s'en fiche) que c'est plutôt affectueux dans mon esprit cette expression ?
    Rien de protecteur ou autre bien que ce soit, dans mon esprit, une façon aimable de te proposer de descendre de ton piédestal.


    Là par contre c'est voulu et même assumé ^^
    Tu adores te mettre en avant et avoir le dernier mot, ce "leadership" t'est assez souvent contesté me semble t-il et cette omniprésence qui est la tienne, cette certitude affichée de savoir, ces pleines pages d'articles copiés-collés, font que tu es d'évidence LA Ninaa (celle qui incarne l'anarchisme, l'élue chargée de porter sa parole de par le monde, celle qui tente de monopoliser les débats) .

    Et puis "la Ninaa", ça t'a un air de fier galion espagnol (tu ne te vois pas en figure de proue ?) parti bravement découvrir les Amériques. J'attends juste que tu te sabordes la môme...

    Anarchie 13 ou tout(e) autre aurait ton attitude il aurait droit lui(elle) aussi à son article plus ou moins défini ;)

    A chacun ses défauts hein ? Moi, c'est plus fort que moi, j'ai une tendance naturelle à contester toute forme d'autorité, à provoquer les autoritaristes.
     
  10. mc²
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    mc²Membre du forum Membre actif

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    Août 2014
  11. Marc poïk
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    Marc poïkSous l'arbre en feuille la vie est plus jolie Membre actif

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    Déc 2016
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    Ninaa ce n'est pas bien de me tendre la main :p
    Je vais laisser te répondre Joseph Déjacque via une de ses lettres à Proudhon. Elle ne manque pas de piquant O:){content}{peur}{langue}

    De l’être-humain mâle et femelle
    Lettre à P.J. Proudhon

    Qu’est-ce que l’homme ? rien. – Qu’est-ce que la femme ? rien. – Qu’est-ce que l’être-humain ? – TOUT.

    Du fond de la Louisiane où m’a déporté le flux et le reflux de l’exil, j’ai pu lire dans un journal des Etats-Unis, la Revue de l’Ouest, un fragment de correspondance entre vous, P.J. Proudhon, et une dame d’Héricourt.

    Les quelques mots de Madame d’Héricourt cités par ce journal me font craindre que l’antagoniste féminin ne soit pas de force – polémiquement parlant – à lutter avec son brutal et masculin adversaire.

    Je ne connais rien de Madame d’Héricourt, ni de ses écrits, si elle écrit, ni de sa position dans le monde, ni de sa personne. Mais pour bien argumenter de la femme, comme pour bien argumenter de l’homme, l’esprit ne suffit pas : il faut avoir beaucoup vu et beaucoup médité. Il faudrait, je le crois, avoir senti ses passions personnelles se heurter à tous les angles de la société ; depuis les cavernes de la misère jusqu’aux pics de la fortune ; depuis les cimes argentées d’où s’ébranle en masse compacte l’avalanche du vice heureux, jusqu’au fond des ravins où roule la débauche souffreteuse. Alors, de ce caillou humain, ainsi frotté de choc en choc, la logique, cette étincelle de vérité, pourrait jaillir.

    J’aimerais à voir traiter cette question de l’émancipation de la femme, par une femme ayant beaucoup aimé, et diversement aimé, et qui, par sa vie passée, tînt de l’aristocratie et du prolétariat, du prolétariat surtout ; car la femme de la mansarde est plus à même de pénétrer par la vue et par la pensée au sein de la vie luxueuse officielle, ou secrète, de la grande dame, que la femme de salon n’est capable d’entrevoir la vie de privation, apparente ou cachée, de la fille du peuple.

    Cependant, à défaut de cette autre madeleine répandant les fécondes rosées de son coeur aux pieds de l’Humanité crucifiée et battant de l’âme vers un monde meilleur ; à défaut de cette voix de civilisée repentie, croyante de l’Harmonie, fille anarchique ; à défaut de cette femme abjurant hautement et publiquement tous les préjugés de sexe et de race, de lois et de moeurs qui nous rattachent encore au monde antérieur ; eh bien ! moi, être humain du sexe mâle, je vais essayer de traiter envers et contre vous, aliboron-Proudhon, cette question de l’émancipation de la femme qui n’est autre que la question d’émancipation de l’être humain des deux sexes.

    Est-il vraiment possible, célèbre publiciste, que sous votre peau de lion se trouve tant d’ânerie ?

    Vous qui avez dans les veines de si puissantes pulsations révolutionnaires pour tout ce qui dans nos sociétés touche au travail du bras et de l’estomac, vous avez des emportements non moins fougueux, mais d’une stupidité toute réactionnaire, pour tout ce qui est travail du cœur, labeur du sentiment. Votre nerveuse et peu flexible logique dans les questions de production et de consommation industrielles, n’est plus qu’un frêle roseau sans force dans les questions de production et de consommation morales. Votre intelligence, virile, entière pour tout ce qui a trait à l’homme, est comme châtrée dès qu’il s’agit de la femme. Cerveau hermaphrodite, votre pensée a la monstruosité du double sexe sous le même crâne, le sexe-lumière et le sexe-obscurité, et se roule et se tord en vain sur elle-même sans pouvoir parvenir à enfanter la vérité sociale.

    Autre Jeanne d’Arc du genre masculin, qui, dit-on, avez pendant quarante ans gardé intacte votre virginité, les macérations de l’amour ont ulcéré votre cœur ; de jalouses rancunes en dégouttent ; vous criez : « guerre aux femmes ! » comme la Pucelle d’Orléans criait : " guerre aux Anglais ! " – Les Anglais l’ont brûlée vive… Les femmes ont fait de vous un mari, ô saint homme, longtemps vierge et toujours martyr !

    Tenez, père Proudhon, voulez-vous que je vous le dise : quand vous parlez de femmes, vous me faites l’effet d’un collégien qui en cause bien haut et bien fort, à tort et à travers, et avec impertinence pour se donner des airs de les connaître, et qui, comme ses adolescents auditeurs, n’en sait pas le plus petit mot.

    Après avoir pendant quarante ans profané votre chair dans la solitude, vous en êtes arrivé, de pollution en pollution, à profaner publiquement votre intelligence, à en élucubrer les impuretés, et à en éclabousser la femme.

    Est-ce donc là, Narcisse-Proudhon, ce que vous appelez la civilité virile et honnête ?

    Je cite vos paroles :

    Non, Madame, vous ne connaissez rien à votre sexe ; vous ne savez pas le premier mot de la question que vous et vos honorables ligueuses agitez avec tant de bruit et si peu de succès. Et si vous ne la comprenez point, cette question ; si, dans les huit pages de réponses que vous avez faites à ma lettre, il y a quarante paralogismes, cela tient précisément, comme je vous l’ai dit, à votre infirmité sexuelle. J’entends par ce mot, dont l’exactitude n’est peut-être pas irréprochable, la qualité de votre entendement, qui ne vous permet de saisir le rapport des choses qu’autant que nous hommes vous le faisons toucher du doigt. Il y a chez vous, au cerveau comme dans le ventre, certain organe incapable par lui-même de vaincre son inertie native, et que l’esprit mâle est seul capable de faire fonctionner, ce à quoi il ne réussit même pas toujours. Tel est, madame, le résultat de mes observations directes et positives : je le livre à votre sagacité obstétricale et vous laisse à en calculer, pour votre thèse, les conséquences incalculables.

    Mais – vieux sanglier qui n’êtes qu’un porc –, s’il est vrai, comme vous le dites, que la femme ne peut enfanter du cerveaux comme du ventre sans le secours de l’homme – et cela est vrai –, il est également vrai – la chose est réciproque – que l’homme ne peut produire par la chair comme par l’intelligence sans le secours de la femme. C’est de la logique et de la bonne logique, maître-Madelon-Proudhon, qu’un élève, qui a toujours été, lui aussi, un sujet désobéissant, peut bien vous arracher des mains et vous jeter à la figure.

    L’émancipation ou la non-émancipation de la femme, l’émancipation ou la non-émancipation de l’homme : qu’est-ce à dire ? Est-ce que – naturellement – il peut y avoir des droits pour l’un qui ne soient pas des droits pour l’autre ? Est-ce que l’être-humain n’est pas l’être-humain au pluriel comme au singulier, au féminin comme au masculin ? Est-ce que c’est en changer la nature que d’en scinder les sexes ? Et les gouttes de pluie qui tombent du nuage en sont-elles moins des gouttes de pluie, que ces gouttes traversent l’air en petit nombre ou en grand nombre, que leur forme ait telle dimension ou telle autre, telle configuration mâle ou telle configuration femelle ?

    Mettre la question de l’émancipation de la femme en ligne avec la question de l’émancipation du prolétaire, cet homme-femme, ou, pour dire la même chose différemment, cet homme-esclave – chair à sérail ou chair à atelier –, cela se comprend, et c’est révolutionnaire ; mais la mettre en regard et au bas du privilège-homme, oh ! alors, au point de vue du progrès social, c’est dépourvu de sens, c’est réactionnaire. Pour éviter tout équivoque, c’est l’émancipation de l’être-humain qu’il faudrait dire. Dans ces termes, la question est complète ; la poser ainsi c’est la résoudre : l’être-humain, dans ses rotations de chaque jour, gravite de révolution en révolution vers son idéal de perfectibilité, la Liberté.

    Mais l’homme et la femme marchant ainsi du même pas et du même cœur, unis et fortifiés par l’amour, vers leurs destinées naturelles, la communauté-anarchique ; mais tous les despotismes anéantis, toutes les inégalités sociales nivelées ; mais l’homme et la femme entrant ainsi –le bras appuyé sur le bras et le front l’un vers l’autre penché, dans ce jardin social de l’Harmonie ; mais ce groupe de l’être-humain, rêve réalisé du bonheur, tableau animé de l’avenir ; mais tous ces bruissements et tous ces rayonnements égalitaires sonnent mal à vos oreilles et vous font cligner des yeux. Votre entendement bourrelé de petites vanités vous fait voir dans la postérité l’homme-statue, érigé sur le piédestal-femme comme dans l’antérité l’homme-patriarche, debout auprès de la femme-servante.

    Ecrivain fouetteur de femmes, serf de l’homme absolu, Proudhon-Haynau qui avez pour knout la parole, comme le bourreau croate, vous semblez jouir de toutes les lubricités de la convoitise à déshabiller vos belles victimes sur le papier du supplice et à les flageller de vos invectives. Anarchiste juste-milieu, libéral et non LIBERTAIRE, vous voulez le libre échange pour le coton et la chandelle, et vous préconisez des systèmes protecteurs de l’homme contre la femme, dans la circulation des passions humaines ; vous criez contre les hauts barons du capital, et vous voulez réédifier la haute baronie du mâle sur la vassale femelle ; logicien à bésicles, vous voyez l’homme par la lunette qui grossit les objets, et la femme par le verre qui les diminue ; penseur affligé de myopie, vous ne savez distinguer que ce qui vous éborgne dans le présent ou dans le passé, et vous ne pouvez rien découvrir de ce qui est à hauteur et à distance, ce qui perspective de l’avenir : vous êtes un infirme !

    La femme, sachez-le, est le mobile de l’homme comme l’homme est le mobile de la femme. Il n’est pas une idée dans votre difforme cervelle comme dans la cervelle des autres hommes qui n’ait été fécondée par la femme ; pas une action de votre bras ou de votre intelligence qui n’ait eu en vue de vous faire remarquer de la femme, de lui plaire, même ce qui en paraît le plus éloigné, même vos insultes. Tout ce que l’homme a fait de beau, tout ce que l’homme a produit de grand, tout les chefs-d’œuvre de l’art et de l’industrie, les découvertes de la science, les titanesques escalades de l’homme vers l’inconnu, toutes les conquêtes comme toutes les aspirations du génie mâle sont dues à la femme qui les lui a imposées, à lui, chevalier, comme reine du tournoi, en échange d’un bout de faveur ou d’un doux sourire. Tout l’héroïsme du mâle, toute sa valeur physique et morale lui vient de cet amour. Sans la femme, il ramperait encore à plat ventre ou à quatre pattes, il brouterait encore l’herbe ou les racines ; il serait pareil en intelligence au bœuf, à la brute ; il n’est quelque chose de supérieur que parce que la femme lui a dit : soit ! c’est sa volonté à elle qui l’a créé, lui, ce qu’il est aujourd’hui, et c’est pour satisfaire aux sublimes exigences de l’âme féminine qu’il a tenté d’accomplir les plus sublimes choses !

    Voilà ce que la femme a fait de l’homme ; voyons maintenant ce que l’homme a fait de la femme.

    Hélas ! pour plaire à son seigneur et maître, elle n’a pas eu besoin d’une grande dépense de force intellectuelle et morale. Pourvu qu’elle singeât la guenon dans ses grimaces et ses minauderies ; qu’elle s’attachât de la verroterie ou de la bimbeloterie au cou et aux oreilles ; qu’elle s’accoutrât de chiffons ridicules, et se fit des hanches de mère Gigogne ou de Vénus hottentote à l’aide de la crinoline ou de l’osier ; pourvu encore qu’elle sût tenir un éventail ou manier l’écumoire ; qu’elle se dévouât à tapoter sur un piano ou à faire bouillir la marmite ; c’était tout ce que son sultan demandait d’elle, tout ce qu’il en fallait pour mettre l’âme masculine en jubilation, l’alpha et l’oméga des désirs et des aspirations de l’homme. Cela fait, la femme avait conquis le mouchoir.

    Celle qui, trouvant honteux un pareil rôle et de pareils succès, voulut faire preuve de bon goût et de grâce, joindre le mérite à la beauté, témoigner de son cœur et de son intelligence, celle-là fut impitoyablement lapidée par la multitude des Proudhons passés et présents, poursuivie du nom de bas-bleu ou de quelqu’autre imbécile sarcasme, et forcée à se replier sur elle-même. Pour cette foule d’hommes sans cœur et sans intelligence, elle avait péché par trop de cœur et trop d’intelligence : on lui jeta la pierre ; et bien rarement il lui fut donné de rencontrer l’homme-type qui, la prenant par la main, lui dit : femme relevez-vous, vous êtes dignes [sic] d’amour et digne de la Liberté.

    Non, ce qu’il faut à l’homme, c’est-à-dire à celui qui usurpe ce nom, ce n’est pas la femme dans toute sa beauté physique et morale, la femme aux formes élégantes et artistiques, au front auréolisé de grâce et d’amour, au cœur actif et tendre, à la pensée enthousiaste, à l’âme éprise d’un poétique et humanitaire idéal ; non, à ce niais badaud coureur de foires, ce qu’il faut c’est une figure de cire enluminée et empanachée ; à ce gastronome de bestialité, en extase devant les étals de boucheries, ce qu’il faut, vous dis-je, c’est un quartier de veau orné de guipures ! Si bien que, rassasiée de l’homme qu’elle trouvait si crétin, blasée de celui en qui elle cherchait en vain l’organe du sentiment, la femme – c’est l’histoire qui le dit, je veux croire que c’est une fable, un conte, une bible – la femme – oh ! voilez-vous, chastes yeux et chastes pensées – la femme aurait passé du bipède au quadrupède… Ane pour âne, il était naturel, après tout, qu’elle se laissât séduire par la bête de plus gros calibre. Puis enfin, comme la nature l’avait douée de facultés morales trop robustes pour être anéanties par le jeûne, elle s’est détournée de l’Humanité et est allée chercher dans les temples de la superstition, dans les religieuses aberrations de l’esprit et du cœur, l’aliment aux aspirations passionnelles de son âme. A défaut de l’homme rêvé par elle, elle a donné ses sentiments d’amour à un dieu imaginaire, et, pour les sensations, le prêtre a remplacé l’âne !

    Ah ! s’il est de par le monde tant d’abjectes créatures femelles et si peu de femmes, hommes, à qui faut-il s’en prendre ? Dandin-Proudhon, de quoi vous plaignez-vous ? Vous l’avez voulu…

    Et cependant vous avez, vous, personnellement, je le reconnais, fourni de formidables coups de boutoir au service de la Révolution. Vous avez entaillé jusqu’à la moëlle le tronc séculaire de la propriété, et vous en avez fait voler au loin les éclats ; vous avez dépouillé la chose de son écorce, et vous l’avez exposée dans sa nudité aux regards des prolétaires ; vous avez fait craquer et tomber sur votre passage, ainsi que des branches sèches ou des feuilles mortes, les impuissantes repousses autoritaires, les théories renouvelées des Grecs des socialistes-constitutionnels, la vôtre comprise ; vous avez entraîné avec vous, dans une course à fond de train à travers les sinuosités de l’avenir, toute la meute des appétits physiques et moraux. Vous avez fait du chemin, vous en avez fait faire aux autres ; vous êtes las, vous voudriez vous reposer ; mais les voix de la logique sont là qui vous obligent à poursuivre vos déductions révolutionnaires, à marcher en avant, toujours en avant, sous peine, en dédaignant l’avertissement fatal, de sentir les crocs de ceux qui ont des jambes vous déchirer.

    Soyez donc franchement, entièrement anarchiste, et non pas quart d’anarchiste, huitième d’anarchiste, seizième d’anarchiste, comme on est quart, huitième, seizième d’agent de change. Poussez jusqu’à l’abolition du contrat, l’abolition non seulement du glaive et du capital, mais de la propriété et de l’autorité sous toutes formes. Arrivez-en à la communauté-anarchique, c’est-à-dire l’état social où chacun serait libre de produire et de consommer à volonté et selon sa fantaisie, sans avoir de contrôle à exercer ou à subir de qui que ce soit ou sur qui que ce soit ; où la balance entre la production et la consommation s’établirait naturellement, non plus par la détention préventive et arbitraire aux mains des uns ou des autres, mais par la libre circulation des forces et des besoins de chacun. Les flots humains n’ont que faire de vos digues ; laissez passer les libres marées : chaque jour ne les ramènent-elles pas à leur niveau ? Est-ce que j’ai besoin, par exemple, d’avoir en propre un soleil à moi, une atmosphère à moi, un fleuve à moi, une forêt à moi, toutes les maisons et toutes les rues d’une ville à moi ? Est-ce que j’ai le droit de m’en faire le détenteur exclusif, le propriétaire, et d’en priver les autres, sans profit même pour mes besoins ? Et si je n’ai pas ce droit, ai-je donc plus raison de vouloir, comme avec le système des contrats, mesurer à chacun – selon ses forces accidentelles de production – ce qui doit lui revenir de toutes ces choses ? Combien il devra consommer de rayons de soleil, de cubes d’air ou d’eau, ou de carrés de promenade dans la forêt ? Quel sera le nombre de maisons ou la portion de maison qu’il aura le droit d’occuper ; le nombre de rues ou de pavés dans la rue où il lui sera permis de mettre le pied et le nombre de rues ou de pavés où il lui sera interdit de marcher ? – Est-ce que, avec ou sans contrat, je consommerai plus de ces choses que ma nature ou mon tempérament le comporte ? Est-ce que je puis absorber individuellement tous les rayons du soleil, tout l’air de l’atmosphère, tout l’eau du fleuve ? Est-ce que je puis envahir et encombrer de ma personne tous les ombrages de la forêt, toutes les rues de la ville et tous les pavés de la rue, toutes les maisons de la ville et toutes les chambres de la maison ? Et n’en est-il pas de même pour tout ce qui est de consommation humaine, que ce soit un produit brut, comme l’air ou le soleil, ou un produit façonné, comme la rue ou la maison ? A quoi bon alors un contrat qui ne peut rien ajouter à ma liberté, et qui peut y attenter, et qui bien certainement y attenterait ?

    Et maintenant, pour ce qui est de la production, est-ce que le principe actif qui est en moi en sera plus développé parce qu’on l’aura opprimé, qu’on lui aura imposé des entraves ? Ce serait absurde de soutenir une pareille thèse. L’homme appelé libre, dans les sociétés actuelles, le prolétaire, produit beaucoup mieux et beaucoup plus que l’homme appelé nègre, l’esclave. Que serait-ce s’il était réellement et universellement libre : la production en serait centuplée. – Et les paresseux, direz-vous ? Les paresseux sont un incident de nos sociétés anormales, c’est-à-dire que l’oisiveté ayant les honneurs et le travail les mépris il n’est pas surprenant que les hommes se lassent d’un labeur qui ne leur rapporte que des fruits amers. Mais à l’état de communauté-anarchique et avec les sciences telles qu’elles sont développées de nos jours, il ne pourrait rien y avoir de semblable. Il y aurait bien, comme aujourd’hui, des êtres plus lents à produire que d’autres, mais par conséquent, plus lents à consommer, des êtres plus vifs que d’autres à produire, par conséquent, plus vifs à consommer : l’équation existe naturellement. Vous en faut-il une preuve ? Prenez au hasard cent travailleurs parmi les travailleurs, et vous verrez que les plus consommateurs sont aussi les plus producteurs. – Comment se figurer que l’être-humain, dont l’organisme est composé de tant d’outils précieux et de l’emploi desquels il résulte pour lui une foule de jouissances, outil du bras, outil du cœur, outil de l’intelligence, comment se figurer qu’il les laisserait volontairement ronger par la rouille ? Eh quoi ! à l’état de libre nature et de merveilles industrielles et scientifiques, à l’état d’exubérance anarchique où tout lui rappellerait le mouvement et tout mouvement la vie. Eh quoi ! l’être-humain ne saurait chercher le bonheur que dans une imbécile immobilité ? Allons donc ! Le contraire seul est possible.

    Sur ce terrain de la vraie anarchie, de la liberté absolue, il existerait sans contredit autant de diversité entre les êtres qu’il y aurait de personnes dans la société, diversité d’âge, de sexe, d’aptitudes : l’égalité n’est pas l’uniformité. Et cette diversité de tous les êtres et de tous les instants est justement ce qui rend tout gouvernement, constitution ou contration, impossible. Comment s’engager pour un an, pour un jour, pour une heure, quand dans une heure, un jour, un an on peut penser tout différemment qu’à l’instant où l’on s’est engagé ? – Avec l’anarchie radicale, il y aurait donc des femmes comme il y aurait des hommes de plus ou moins de valeur relative ; il y aurait des enfants comme il y aurait des vieillards ; mais tous indistinctement n’en seraient pas moins l’être-humain, et seraient également et absolument libres de se mouvoir dans le cercle naturel de leurs attractions, libres de consommer et de produire comme il leur conviendrait sans qu’aucune autorité paternelle, maritale ou gouvernementale, sans qu’aucune réglementation légale ou contrative put y porter atteinte.

    La Société ainsi comprise – et vous devez la comprendre ainsi, vous, anarchiste, qui vous targuez d’être logique – qu’avez-vous encore à dire de l’infirmité sexuelle de la femelle ou du mâle chez l’être-humain ?

    Ecoutez, maître Proudhon, ne parlez pas de la femme, ou, avant d’en parler, étudiez-la ; allez à l’école. Ne vous dites pas anarchiste, ou soyez anarchiste jusqu’au bout. Parlez-nous, si vous voulez, de l’inconnu et du connu, de Dieu qui est le mal, de la Propriété qui est le vol. Mais quand vous nous parlerez de l’homme, n’en faites pas une divinité autocratique, car je vous répondrai : l’homme, c’est le mal ! – Ne lui attribuez pas un capital d’intelligence qui ne lui appartient que par droit de conquête, par commerce d’amour, richesse usuraire qui lui vient toute entière de la femme, qui est le produit de son âme à elle, ne le parez pas des dépouilles d’autrui, car, alors, je vous répondrai : la propriété, c’est le vol !

    Elevez la voix, au contraire, contre cette exploitation de la femme par l’homme. Dites au monde, avec cette vigueur d’argumentation qui a fait de vous un athlétique agitateur, dites lui que l’homme ne pourra désembourber la Révolution, l’arracher de sa fangeuse et sanglante ornière, qu’avec l’aide de la femme ; que seul il est impuissant ; qu’il lui faut l’épaulement du cœur et du front de la femme ; que sur le chemin du Progrès social ils doivent marcher tous deux de pair, côte à côte et la main dans la main ; que l’homme ne saurait atteindre au but, vaincre les fatigues du voyage, s’il n’a pour le soutenir et pour le fortifier les regards et les caresses de la femme. Dites à l’homme et dites à la femme que leurs destinées sont de se rapprocher et de se mieux comprendre ; qu’ils n’ont qu’un seul et même nom comme ils ne font qu’un seul et même être, l’être-humain ; qu’ils en sont, tour-à-tour et tout à la fois, l’un le bras droit et l’autre le bras gauche, et que, dans l’identité humaine, leurs cœurs ne sauraient former qu’un cœur et leurs pensées un seul faisceau de pensées. Dites-leur encore, qu’à cette condition seule ils pourront rayonner l’un sur l’autre, percer, dans leur marche phosphorescente, les ombres qui séparent le présent de l’avenir, la société civilisée de la société harmonique. Dites-leur enfin, que l’être-humain – dans ses proportions et ses manifestations relatives, l’être-humain est comme le ver luisant : il ne brille que par l’amour et pour l’amour !

    Dites cela. – Soyez plus fort que vos faiblesses, plus généreux que vos rancunes ; proclamez la liberté, l’égalité, la fraternité, l’indivisibilité de l’être-humain. Dites cela : c’est de salut public. Déclarez l’Humanité en danger ; appelez en masse l’homme et la femme à rejeter hors des frontières sociales les préjugés envahisseurs ; suscitez un Deux et Trois Septembre contre cette haute noblesse masculine, cette aristocratie du sexe qui voudrait nous river à l’ancien régime. Dites cela : il le faut ! dites-le avec passion, avec génie, coulez-le en bronze, faites-le tonner… et vous aurez bien mérité et des autres et de vous.

    Joseph Déjacque,
    Nouvelle-Orléans, mai 1857.
     
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  12. Marc poïk
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    Marc poïkSous l'arbre en feuille la vie est plus jolie Membre actif

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    Et comme je t'aime bien Ninaa en voici un autre de Guerin sur Proudhon {content}{excité}{rire}{langue}{peur}O:) (désolé c'est mon côté punk )
    Proudhon, un refoulé sexuel
    Je voudrais considérer l’un des aspects les moins connus de l’œuvre du grand réformateur social : sa vive et insolite curiosité à l’égard de l’homosexualité.[1] Curiosité d’autant plus surprenante qu’il passait, a juste titre, pour un homme de mœurs rigides et que, par ailleurs, l’auteur de la posthume Pornocratie était enclin a tonner contre les écarts de la chair.

    Proudhon avait cru remarquer que l’homosexualité, de son temps, n’était guère pratiquée par les classes laborieuses. Ses adeptes étaient bien plutôt, selon lui, « des raffinés, des artistes, des gens de lettres, des magistrats, des prêtres ». Pourquoi ? parce que les travailleurs n’étaient « pas assez avancés dans le culte de l’idéal ». Pour lui, l’amour unisexuel était « une erreur de jugement produite par une illusion de l’idéal », par la poursuite « du beau et du bien ». Ce qui le frappait dans les mœurs antiques, c’était que de « grands poètes en vinrent à célébrer cette monstrueuse ardeur, privilège, à les entendre, des dieux et des héros ». Il ajoutait que c’était cette « poétique » de l’homosexualité qu’il s’agissait surtout d’expliquer. Et s’excusant à l’avance de l’audace de son incursion dans pareil domaine, il osait écrire :

    « J’ai consulté les témoignages écrits ; j’ai interrogé ces anciens qui surent mettre de la poésie, de la philosophie partout, et qui, parlant à une société habituée aux mœurs socratiques, ne se gênaient guère (...) Ce que je vais dire (...) aura (...) l’avantage d’alléger singulièrement le crime de ceux qui les premiers s’en firent les chantres et les panégyristes (...) Nous avons plaidé en faveur de quelques personnages, les plus grands qui aient illustré notre race, en faveur de la poésie et de la philosophie grecque, éternel honneur de l’esprit humain, l’innocence de l’amour unisexuel. »

    Proudhon ouvre son étude en rejetant délibérément l’explication de saint Paul « qui croit avoir tout dit quand il attribue le phénomène qui nous occupe au culte des faux dieux ». Pour lui « l’explication de saint Paul n’explique rien ». Il était trop commode pour le christianisme d’imputer au polythéisme et à la société fondée sur lui les comportements dont il prétendait purger la terre. « Mais (...) le christianisme n’a pas réussi dans son entreprise » et les passions dénoncées par l’apôtre « se sont perpétuées dans l’Eglise du Christ. »

    Remontant aux origines de l’amour grec, Proudhon suggère, avec raison, que l’homosexualité avait existé en Grèce bien avant Socrate. C’est en Ionie que cet amour fut d’abord « chanté et divinisé ». De bonne heure, chez les Syriens, les Babyloniens et autres Orientaux la religion avait fait de l’homosexualité un de ses mystères. A l’origine de l’humanité, régnait un « panthéisme érotique », ce que Charles Fourier, à qui Proudhon devait tant, appelait omnigamie et que Proudhon évoque en ces termes.

    « Cet amour suprême, qui débrouilla le chaos et qui anime tous les êtres, n’a pas besoin, pour jouir, de la forme humaine. Pour lui, les règnes, les genres, les espèces, les sexes, tout est confondu (...) C’est Cénis, changée de fille en garçon ; Hermaphrodite, à la fois mâle et femelle ; Protée, avec ses mille métamorphoses (...) Théocrite va plus loin : dans une complainte sur la mort d’Adonis, il prétend que le sanglier qui le tua d’un coup de croc ne fut coupable que de maladresse. Le pauvre animal voulut donner un baiser à ce beau jeune homme : dans le transport de sa passion il le déchira ! »

    Quand l’humanité, sortie du chaos, entra dans la civilisation, ce panthéisme érotique se mua en « idéalisme érotique » :

    « Avant tout, pensaient les anciens, l’homme ne peut vivre sans amour ; sans amour la vie est une anticipation de la mort. L’antiquité est pleine de cette idée ; elle a chanté et préconisé l’amour ; elle a disputé à perte de vue de sa nature comme elle a disputé du souverain Bien, et plus d’une fois il lui est arrivé de les confondre. Avec la même puissance que ses artistes idéalisaient la forme humaine, ses philosophes et ses poètes idéalisèrent l’Amour (...) Ce fut (...) parmi eux, à qui découvrirait et réaliserait le parfait amour (...) Mais cette idéalité de l’amour, où la trouver ? Comment en jouir, et dans quelle mesure ? »

    Dans le mariage ? Proudhon réplique d'après un proverbe :

    « Le mariage est le tombeau de l’amour. Et cela était vrai pour les Grecs (...) incomparablement plus qu’il ne l’est pour nous. La dignité d’épouse, aristocratique dans son principe et dans sa forme, ne conférait guère à la femme antique que de hautaines prétentions qui la rendaient peu aimable. »

    L’auteur fait ici allusion, mais trop sommairement d’ailleurs, aux conditions sociales (patriarcat) dont était victime la femme grecque :

    « L’épouse telle qu’au sortir de l’âge héroïque la civilisation dut la faire, n’ayant pour elle que son orgueil, la trivialité de ses occupations et son importune lascivité, que réprimaient à peine les ennuis de la grossesse et les rebuffades maritales, l’amour s’envolait au matin des noces, et le cœur restait désert. Il n’y a pas la moindre parcelle d’amour dans le gynécée, dit énergiquement Plutarque. »

    Si l’union conjugale était ainsi « destituée d’idéal, partant, d’amour » à qui demander l’amour ? A l’hetaïra, à la concubine, à la courtisane ? Mais ce genre d’ « amour à gages » se réduit à une « satisfaction des sens », à une « sécrétion de l’organisme », à une « sentine », peste Proudhon. « Je l’aime, dites-vous ; oui comme j’aime le vin, le poisson et tout ce qui me donne du plaisir. »

    « Ainsi l’hetaïra et la courtisane n’offrant rien de plus, quant a la délectation amoureuse, offrant même moins que la femme légitime, l’amour tel que le veut l’âme humaine, l’amour idéalisé devient impossible entre les deux sexes (...) Les anciens n’avaient que trop bien suivi cette analyse. Ils comprenaient merveilleusement que la beauté, au physique comme au moral, est immatérielle, que l’amour qu’elle inspire est tout entier dans l’âme (...) Où donc, se demandait l’homme de l’antiquité, où trouver l’amour sans lequel je ne puis vivre, et que je ne puis saisir ni avec ma femme, ni avec ma maîtresse, ni avec mon esclave ? Où est-il, cet amour, feu follet qui ne se montre que pour tromper les hommes ? J’ai trouvé la femme plus amère que la mort, s’écrie Salomon ; il désigne évidemment, non pas la personne, mais le sexe. Néant partout, amour nulle part. »

    Et Proudhon de suivre attentivement « la marche de cette séduction idéaliste qui, après avoir fait repousser le mariage comme étranger par sa nature à l’amour », aboutit à « l’hallucination » de l’homosexualité.

    « C’est donc par un raffinement de délicatesse en même temps que par une recherche quintessenciée du beau et de l’honnête que les anciens en vinrent à mépriser l’amour conjugal, et avec lui tout rapport physique avec la femme. Telle est la série d’idées par laquelle les Grecs, à force de spéculer sur l’amour et de le dégager des indignités de la chair, arrivèrent aux derniers excès. Cela peut paraître prodigieux, mais cela est : et l’histoire entière en témoigne. »

    Proudhon, avec une singulière complaisance, abandonne maintenant la théorie pour les exemples :

    « Anacréon, suivant Elien, étant a la cour de Polycrate, tyran de Samos, conçut une vive affection pour un jeune homme nommé Smerdias. Il le chérissait, dit l’historien, pour son âme, non pour son corps. De son côté, l’adolescent avait une affection respectueuse pour le poète. »

    Et Proudhon de surenchérir :

    « Le bel éphèbe Smerdias dont il est ici question était aussi aimé par le tyran Polycrate. »

    Ayant surmonté, enfin, et la prudence et l’inhibition, l’auteur se lance à corps perdu dans l’exaltation de l’amour grec :

    « Il faut bien croire que cette théorie extraordinaire était entrée jusqu’à un certain point dans les mœurs, quand on voit les hommes les plus vertueux de l’antiquité et les moins suspects en faire profession. Socrate, qui donna son nom a l’amour parfait avant que Platon lui eût donné le sien, faisait, au vu et au su de toute la ville, l’amour a Alcibiade. Il lui enseignait la philosophie, lui reprochait son orgueil, l’arrachait aux séductions des courtisanes, le formait à la continence, et, par son exemple et ses discours, apprenait aux Athéniens à aimer la jeunesse et à la respecter. Il y a une belle leçon de lui dans le dialogue de Platon appelé le Théétète. Théétète est un jeune homme sans grâce, au nez camus, aux petits yeux enfoncés, vrai portrait de Socrate, et qui est présenté et recommandé au philosophe par un citoyen d’Athènes, que ses amis accusaient ironiquement, et à son grand déplaisir, de faire l’amour à ce vilain garçon. Socrate interroge Théétète, le force par ses questions de montrer son intelligence, fait ressortir son heureux naturel, et lui dit à la fin devant tout le monde : Va, tu es beau, Théétète ; car tu possèdes la beauté de l’âme, mille fois plus précieuse que celle du corps. Parole digne de l’Evangile, qui dut frapper vivement les Athéniens, et que Platon n’aurait eu garde de perdre.

    « Cornéhus Népos, dans la vie d’Epaminondas, raconte que, le roi de Perse ayant eu dessein de l’acheter, Diomédon de Cyzique, qui était chargé de la commission, commença par mettre dans ses intérêts un tout jeune homme, appelé Micythus, qu’Epaminondas aimait de tout son cœur. Que fit le héros thébain ? Après avoir admonesté sévèrement l’entremetteur du grand roi, il dit a son jeune ami : Pour toi, Micythus, rends-lui vite son argent, ou je te dénonce au magistrat ! (...) Etrange occupation pour des pédérastes, de prêcher à leurs gitons, de parole et d’exemple, la modestie, l’étude, le désintéressement, la chasteté, tous les genres de vertu, et de les menacer du châtiment s’ils s’en écartent !

    « Dans une guerre que ceux de Chalcis soutenaient contre leurs voisins, ils durent la victoire au courage de Cléomaque, un des leurs, qui se dévoua (...) à la seule condition de recevoir auparavant, en présence de l’armée, un baiser de son ami, et de mourir sous ses yeux. C’est Plutarque qui raconte le fait. Je voudrais savoir si la chevalerie a produit rien de plus beau et de plus chaste que ce trait ?

    « Tout le monde sait que le bataillon sacré de Thèbes, qui périt tout entier à Chéronée, était formé de trois cents jeunes gens, cent cinquante paires, dont l’amour autant que le patriotisme formait la discipline. »

    Passant de la littérature grecque à la poésie latine, Proudhon poursuit dans la même veine :

    « Virgile, chantant le messianisme romain et la régénération universelle, Virgile, disciple de Platon, n’oublie pas cette épuration de l’amour pédérastique. Son épisode de Nisus et Euryale s’inspire de l’amitié grecque, où l’amour s’allie à l’émulation guerrière : Un même amour les unissait et ils se ruaient ensemble dans les combats,[2] dit-il des jeunes héros : Euryale, type de jeunesse splendide et de grâce vertueuse, que toute l’armée aime autant qu’elle l’admire, Euryale remarquable par sa beauté et par sa jeunesse en fleur,[3] Ce charme plus séduisant qui apparaît dans un beau corps,[4] et Nisus, son pur et pieux amant. Lisez aux 5e et 9e livres de l’Enéide l’histoire touchante de cet amour : on dirait un épisode du bataillon sacré de Thèbes. Et c’est après avoir raconté leur mort que le poète s’écrie : Heureux couple ! Si mes vers ont quelque puissance, votre mémoire durera autant que le Capitole, aussi longtemps que Rome tiendra l’empire du monde ! »

    Et Proudhon, que rien n’étonne plus, que rien ne retient plus, s’exclame :

    « Pourquoi nous étonner si fort, après tout, d’un attachement qui a des racines dans la nature même ? Ne savons-nous pas qu’il existe entre l’adolescent et l’homme fait une inclination réciproque, qui se compose de mille sentiments divers et dont les effets vont bien au-delà de la simple amitié, Qu’était-ce que l’affection de Fénelon pour le duc de Bourgogne, cet enfant de son cœur et de son génie, qu’il avait créé, formé, la Bible dirait engendré, comme il avait créé son Télémaque ? De l’amour, dans le sens le plus pur et le plus élevé que lui donnaient les Grecs. Fénelon instruisant le duc de Bourgogne, c’est Socrate révélant à ses auditeurs la beauté de Théétète, c’est Epaminondas réprimandant Micythus. Qu’il eût voulu mourir pour ce fruit de ses entrailles, le tendre Fénelon !

    « J’irais plus loin : qu’était cette prédilection tant remarquée du Christ pour le plus jeune de ses apôtres ?[5] Pour moi, j’y vois, comme dans l’épisode de Nisus et Euryale, une imitation chrétienne de l’amour grec. Et ce n’est pas la moindre preuve à mes yeux que l’auteur du 4e Evangile ne fut pas un Hébreu de Jérusalem, incapable de ces délicatesses, mais un helléniste d’Alexandrie, qui connaissait son public, et ne trouvait rien de mieux, pour vanter la sainteté du Christ, que d’en faire un amant à la manière de Socrate. Nous calomnions les anciens, et nous ne voyons pas que leurs idées, ramenées à leur juste mesure, ont leur source dans le cœur humain, et qu’elles ont coulé jusque dans notre religion.

    « La distinction des amours et la différence de leurs caractères était si bien établie chez les Grecs, que nous les voyons habiter ensemble, sans se combattre ni se confondre. Achille a pour compagne de sa couche, hetaïra, Briséis, la belle captive ; pour ami de cœur, Patrocle, son hetaïros. Aussi, quelle différence dans les regrets qu’il leur donne ! Pour Briséis, il pleure, il jure de ne plus combattre et de retourner en Thessalie ; pour Patrocle, il viole son serment, tue Hector, massacre ses captifs et décide la prise de Troie.

    « Tous les poètes grecs qui ont chanté l’amour sous sa double hypostase ont suivi l’exemple d’Homère. Je veux que le Bathylle d’Anacréon soit suspect : l’indiscrétion du poète, dans le portrait qu’il a tracé de son ami, a laissé tomber sur la pureté de l’original une ombre obscène ; mais combien le sentiment que Bathylle lui inspire l’emporte sur toutes ses fantaisies de maîtresses ! Quoi de plus ravissant que cette chanson de la colombe messagère ! Et quelle rêverie dans ces deux couplets, que les traducteurs séparent comme si c’étaient deux odes : Rafraîchissez, ô femmes, de vin doux ma gorge desséchée ; rafraîchissez de roses nouvelles ma tête brûlante. Mais qui rafraîchira mon cœur, incendié par les amours ? Je m’assoirai à l’ombre de Bathylle, le jeune arbre à la verdoyante chevelure ; auprès de lui coule et murmure la fontaine de persuasion. C’est la, voyageur épuisé, que je prendrai une nouvelle force. »

    Maintenant ce n’est plus tant l’amour grec que sa pureté qui intrigue Proudhon :

    « Ce qui m’étonne dans toute cette poésie socratique, platonique, anacréontique ou saphique, comme on voudra l’appeler, c’est l’extraordinaire chasteté de la pensée aussi bien que du langage, chasteté qui n’a d’égale que l’ardeur de la passion. M’explique qui pourra, dans l’hypothèse d’un amour impie, cet inconcevable mélange de tout ce que la tendresse la plus exaltée, la pensée la plus sévère, la poésie la plus divine, pouvaient offrir de traits pénétrants, d’images gracieuses et d’ineffable harmonie, avec ce que la rage des sens aurait fait inventer de plus atroce ; quant à moi, une pareille alliance du ciel et de l’enfer dans un même cœur me paraît inadmissible, et je reste convaincu que, s’il y a là-dessous quelque horreur, elle est toute notre. »

    L’amour « unisexuel » des anciens était-il vraiment pur ? Proudhon, après l’avoir affirmé, n’en est plus tellement certain. Mais leur idéal, tout au moins, était, selon lui, de pureté :

    « Pour nous, sans prétendre à plus de science en pareille matière qu’il ne convient à d’honnêtes gens d’en avoir, nous maintenons l’opinion établie par nous dans le texte, savoir, que l’amour pédérastique n’impliquait pas nécessairement, pour les anciens Grecs, comme il implique aujourd’hui pour nous, des rapports corporels ; que tout au contraire cet amour avait la prétention de rester pur, et que c’est ainsi que le pratiquèrent Socrate, Epaminondas, et une foule d’autres. Les passages que nous avons cités de Plutarque, de Platon, de Virgile, de l’Evangile selon saint Jean, en sont des témoignages irrécusables. Nous soutiendrons en conséquence que c’est ce pur amour que chantèrent Anacréon et Sapho ; qu’il importe, si l’on veut être juste, de distinguer ici entre la théorie passionnelle des anciens et ce que put être leur pratique, et qu’avant d’accuser de mœurs abominables les plus grands des poètes, il faudrait commencer par comprendre leurs sentiments et leurs idées. De quelque façon qu’en aient usé, dans le secret, Anacréon avec Bathylle, Sapho avec son amie, ce dont nous ne savons absolument rien ni ne saurons jamais rien, une chose reste positive, démontrée, acquise (...) les anciens se faisaient de l’amour un autre idéal que nous, idéal qu’il ne s’agit pas ici de justifier (...) ; mais idéal irréprochable dans leur pensée, et qui avait sa poésie. »

    Proudhon, cependant, instruit par son expérience personnelle, a une notion trop profonde de la « rage des sens » pour se bercer de naïves illusions. Il sait trop bien qu’il est impossible d’interposer une cloison étanche entre le platonisme et la chair : ce genre d’amour, « quelque spiritualiste qu’en soit le principe », n’en demeure pas moins physique :

    « Un des interlocuteurs de Plutarque, celui qui défend la cause de l’amour androgyne ou bi-sexuel, fait à son adversaire, qui protestait au nom des sectateurs du parfait amour contre les accusations dont on les chargeait, l’objection suivante : Vous prétendez que votre amour est pur de tout rapprochement des corps, et que l’union n’existe qu’entre les âmes ; mais comment peut-il y avoir amour là où il n’y a pas possession ? C’est comme si vous parliez de vous enivrer en faisant une libation aux dieux, ou d’apaiser votre faim à l’odeur des victimes. A cette objection, pas de réponse. Quelque opinion que l’on se lasse de la distinction des corps et des âmes, il reste toujours que celles-ci ne s’unissent que par le rapprochement de ceux-là. »

    Et Proudhon de conclure, comme un homme qu’a dévasté, au plus profond de lui-même, le combat de l’ange et de la bête :

    « Tout amour, si idéal qu’en soit l’objet, tel qu’est par exemple l’amour des religieuses pour le Christ ou celui des moines pour la Vierge, à plus forte raison l’amour qui se rapporte à un être vivant et palpable, retentit nécessairement dans l’organisme et ébranle la sexualité. Il y a de la délectation amoureuse chez la jeune Vierge qui caresse sa tourterelle ; et quel délire, on le sait trop, allume dans leurs sens consumés l’imagination des mystiques ! Parvenu au sommet de l’empyrée, l’amour céleste, attiré par cette beauté matérielle dont la contemplation le poursuit, retombe vers l’abîme : c’est Eloa, la belle archange, amoureuse de Satan, qu’il lui suffit de regarder pour se perdre. Telle est (...) l’antinomie à laquelle l’amour, comme toute passion, est soumis : de même qu’il ne peut se passer d’idéal, il ne peut pas non plus se passer de possession. Le premier le pousse invinciblement à la seconde. »

    * * *

    Pourquoi Proudhon portait-il tant d’intérêt à l’homosexualité ? Il me reste à chercher la clé de l’énigme dans sa vie et sa personne. La plupart de ses nombreux commentateurs se sont dérobés devant une aussi indiscrète enquête. Tout au plus, l’un d’eux, Jules L. Puech s’est-il borné à indiquer, sommairement, que la source de ses refoulements serait « sans doute » révélée par la psychanalyse.[6]

    Tout jeune, à l’âge de 17 ans, Proudhon éprouve, comme il nous le raconte lui-même, un « amour platonique » qui le rend « bien sot et bien triste ». Il s’éprend d’une jeune fille à la manière d’un chrétien, c’est-à-dire avec « la foi à l’absolu ».[7]

    En dépit de sa « verte jeunesse » qui réclame des satisfactions plus concrètes, il se fait le « gardien » et le « participant » de la virginité de la demoiselle. A la fin, « ayant trop attendu, la jeune personne s’est elle-même détachée et mariée à un autre ».

    Pourquoi ce singulier comportement amoureux, qui s’est prolongé durant cinq années ? Proudhon attribue son « affection mentale » à la lecture de Paul et Virginie, de Bernardin de Saint-Pierre, « pastorale prétendue innocente et qui devrait être à l’index de toutes les familles ». Et il dénonce « le péril de ce platonisme qu’une vaine littérature voudrait ériger en vertu ». Il nous suggère une autre explication lorsqu’il note dans ses Carnets : « Je souhaite, si je me marie jamais, d’aimer autant ma femme que j’ai aimé ma mère ».[8] Peut-être a-t-il été paralysé, comme tant d’autres, par le trop fameux complexe d’Œdipe. Toujours est-il qu’il dut à ce malheureux amour de rester puceau, pendant dix ans après sa puberté :

    « Celui qu’une passion idéale a saisi de bonne heure et conduit fort avant dans la virilité est devenu, par son idéalisme même, gauche et maladroit avec le sexe, dédaigneux de la galanterie, où il ne réussit pas, brusque et sarcastique envers les jolies personnes, intraitable à l’endroit des positions mitoyennes, qu’il qualifie, non sans raison, d’immorales. Bref, il regimbe, malgré son appétit et ses dents, contre l’amour qui le pique, l’irrite, le fait rougir comme un lion (...) Il se sent extravagant, ridicule (...) il prend en aversion et l’amour, et le mariage, et la femme. »

    Pendant des années, Proudhon, « lamentable martyr de la continence », sera « assailli par le diable qui taquinait saint Paul » :

    « Le diable qui, si longtemps m’avait brûlé du côté du cœur, maintenant me rôtissait du côté du foie, sans que ni travail, ni lectures, ni promenades, ni réfrigérants d’aucune sorte pussent me rendre la tranquillité (...) Une scission douloureuse s’opérait en moi entre la volonté et la nature. La chair disait : je veux, la conscience : je ne veux pas... »

    C’est alors que Proudhon nous entrouvre ses réduits les plus intimes. Ce « platonisme » dont il dénonçait de façon imprécise le « péril »,[9] il l’explicite maintenant :

    « O vous tous, jeunes hommes et jeunes filles, qui rêvez d’un amour parfait, sachez-le bien, votre platonisme est le droit chemin qui conduit à Sodome. »[10]

    * * *

    Si l’on fouille dans ses moindres recoins la jeunesse de Proudhon, on n’y trouve, à part cette chaste passion, aucune aventure féminine. Son biographe, Daniel Halévy, convient que « folâtrer avec le beau sexe n’était pas de son goût ».[11] Lui-même nous avoue que lorsqu’il vivait encore à la campagne et qu’il voyait les filles de ferme masturber le taureau, « il ne sentait jamais rien pour ces luronnes ».[12]

    Par contre, nous lui découvrons une liaison masculine. A 22 ans, il a fait la connaissance, à l’imprimerie où il travaille, d’un jeune étudiant de Besançon. Bien que d’origine sociale différente, les deux jeunes gens deviennent des inséparables : « Je vous ai connu, je vous ai aimé » écrira plus tard Gustave Fallot à Pierre-Joseph Proudhon.[13] Il presse son ami de le suivre à Paris. Proudhon ne résiste pas à cet appel. Tout est commun entre eux : chambre, lit, table, bibliothèque, pécule. Ensemble, ils « platonisent ». Mais la terrible épidémie de choléra de 1836 atteint Fallot. Son ami le soigne jour et nuit. Il s’épuise pour sauver celui qu’il aime. Mais il ne réussit pas à le disputer à la mort. Sa douleur est affreuse :

    « Je sentis que la moitié de ma vie et de mon esprit m’était retranchée : je me trouvai seul au monde. »

    Le souvenir de Fallot occupe sa pensée « comme une idée fixe, une vraie monomanie ». Il se rend au Père-Lachaise et reste une heure entière en méditation sur sa tombe.[14]

    Toute sa vie Proudhon restera fidèle à l’amitié masculine. Dans un écrit posthume, il observera :

    « Tout homme a des secrets qu’il confie à un ami, et qu’il ne dit pas à sa femme. »[15]

    A un camarade, que lui enlève une épouse, il écrit, avec amertume :

    « Le mariage opère d’une façon étrange sur vous, messieurs qui avez pris femme (...) Vous retranchant peu à peu dans le ménage, vous finissez par oublier que vous fûtes compagnons. Je croyais que l’amour, la paternité augmentaient l’amitié chez les hommes ; je m’aperçois aujourd’hui que ce n’était là qu’urne illusion. »

    Et il ajoute cette remarque significative, pour le lecteur qui sait déjà le prix qu’il attachait à l’amitié antique :

    « Si Oreste avait épousé Hermione, de ce jour, il eût oublié Pylade. »[16]

    Ailleurs Proudhon presse un amoureux, à qui il veut du bien, de sauvegarder sa liberté :

    « Souviens-toi, jeune homme, que les baisers qu’on te donne sont des liens dont tu te charges et que trois jours de carême suffisent pour faire de la femme, sans que tu t’en aperçoives, d’une douce amoureuse un tyran. »[17]

    Proudhon voudrait préserver ses amis de la délétère influence féminine :

    « La conversation et la société des femmes rapetissent l’esprit des hommes, les efféminent, les émoussent. »[18]

    * * *

    Quand il arrive à sa plume d’évoquer un beau mâle, Proudhon contient mal son émoi. Dans une curieuse parabole, il décrit un personnage de sang plébéien, dont « l’énergie passionnée, la fermeté de ses muscles, le timbre de sa voix (...) exerçaient une séduction irrésistible » au point que la jeune veuve dont il était l’un des adorateurs « ne pouvait, en sa présence, se défendre d’un frisson délicieux. »[19] En revanche, l’effémination lui répugne :

    « Le mignon qui affecte les grâces féminines est dégoûtant. »

    La perspective lui fait horreur d’une société où l’homme serait « joli, gentil, mignon » et où il n’y aurait plus « ni mâles ni femelles ».[20] Ailleurs Proudhon trahit sa prédilection pour l’anatomie masculine. Comparé au corps de l’homme celui de la femme est, à ses yeux, un « amoindrissement, un sous-ordre » :

    « Les muscles sont effacés ; cette carrure virile est arrondie ; ces lignes expressives et fortes sont adoucies et molles. »[21]

    Proudhon n’est pas tendre pour le sexe faible. Il ne trouve pas de mots assez dégradants pour stigmatiser la femme que l’amour possède. Elle jappe, elle redevient une bête, une folle, une catin, une guenon, elle est atteinte de luxure inextinguible, elle est un puits de coquinerie.

    « La femme sollicite, agace, provoque l’homme ; elle le dégoûte et l’embête : encore, encore, encore ! »[22]

    Pour Proudhon, la femme est une créature inférieure, « subalterne ». Elle ne sera jamais un « esprit fort ». Il nie radicalement le génie féminin. « Une femme ne peut plus faire d’enfant quand son esprit, son imagination et son cœur se préoccupent des choses de la politique, de la société et de la littérature. » Sa vraie vocation est le ménage :

    « Nous autres hommes, nous trouvons qu’une femme en sait assez quand elle raccommode nos chemises et nous fait des beefsteaks. »[23]

    Accorder à la femme le droit de vote serait « porter atteinte à la pudeur familiale » et Proudhon, qui a pris pour épouse une ménagère, profère cette risible menace :

    « Le jour où le législateur accordera aux femmes le droit de suffrage sera le jour de mon divorce. »[24]

    Il va jusqu’à prescrire aux hommes de mener la femme à la trique :

    « Elle veut être domptée et s’en trouve bien (...) L’homme a la force ; c’est pour en user ; sans la force la femme le méprise (...) La femme ne hait point d’être un peu violentée, voire même violée. »[25]

    La bête noire de Proudhon, c’est la femme émancipée, atteinte de « nymphomanie intellectuelle », qui imite les manières masculines, la « virago », la femme de lettres, dont George Sand est, à ses yeux, le détestable prototype.[26] Mais cette frénésie anti-féministe lui vaudra de cinglantes ripostes. A l’âge de dix-huit ans, une jeune romancière publiera contre Proudhon un vigoureux pamphlet, suivie bientôt par une consœur.[27] Rendu furieux par ces attaques, Proudhon rédigera une réponse échevelée, d’ailleurs inachevée, et qui, heureusement pour lui, ne verra le jour qu’après sa mort.[28]

    * * *

    Par-delà la femme, c’est toute la société moderne en voie de révolution sexuelle qui suscite l’ire de Proudhon. Il dénonce « la folie amoureuse qui tourmente notre génération », « cette pornocratie qui depuis trente ans a fait reculer en France la pudeur publique », « cet esprit de luxure et de dévergondage » qui est « la peste de la démocratie », « le culte de l’amour et de la volupté (...) cancer de la nation française ». Apostrophant ses contemporains, il leur lance :

    « Vous voulez de la chair ! vous aurez de la chair jusqu’au dégoût. »[29]

    La faute en est aux arts et aux lettres, qui surexcitent les sens.[30] La lecture d’un roman amoureux n’est-elle pas suivie infailliblement par une visite à la maison de tolérance - où l’on « ne rencontre que dégoût, déplaisance, remords » ?[31] Et Proudhon de s’en prendre aux socialistes utopiques, ses prédécesseurs, qui ont voulu réhabiliter la chair, au Père Enfantin, chef de la « religion saint-simonienne » à qui il lance : « Vous êtes une église de proxénètes et de dévergondés »,[32] à Charles Fourier, qui prêchait le libre essor des passions et prétendait les mettre au service de sa société régénérée.[33]

    Mais, plus encore que la luxure, c’est l’homosexualité qui ne cesse de hanter le cerveau dérangé de Proudhon. Le communisme, en tendant « à la confusion des sexes » serait « au point de vue des relations amoureuses, fatalement pédérastique ».[34] Il suspecte « l’androgynie sacerdotale » des saints-simoniens tout comme l’ « omnigamie » de Fourier, sur qui il fait peser le soupçon inquisitorial d’avoir « étendu fort au-delà des barrières accoutumées les relations amoureuses » et d’avoir « sanctifié jusqu’aux conjonctions unisexuelles ».[35] La fureur des sens, à l’entendre, aboutit nécessairement aux jouissances « contre nature », à la « sodomie ».[36]

    « Nous sommes en pleine promiscuité, tant la paillardise est devenue universelle... Nous voilà parvenus à l’amour unisexuel. »[37]

    Toute nation qui s’adonne au plaisir « est une nation que dévore la gangrène sodomitique, une congrégation de pédérastes ».[38] La pédérastie serait « l’effet d’une volupté furieuse que rien ne peut assouvir ».[39] Et il demande, sur un ton d’étrange délectation :

    « Y aurait-il (...) dans ce frictus de deux mâles, une jouissance âcre, qui réveille les sens blasés, comme la chair humaine qui, dit-on, rend fastidieux au cannibale tout autre festin ? »[40]

    * * *

    Le dernier mot de Proudhon, c’est le terrorisme antisexuel. Livrée à elle-même, la passion charnelle lui paraît sans remède : « Il n’a servi de rien aux Bernard, aux Jérôme, aux Origène, de vouloir dompter leur chair par le travail, le jeûne, les veilles, la solitude. » Comprimée, la passion éclate avec encore plus de furie. Au lieu de s’amortir, elle renaît de l’assouvissement et cherche de nouveaux objets :

    « Jouir, jouir encore, jouir sans fin. »[41]

    Proudhon n’hésite donc pas à appeler le législateur, le gendarme, le juge à la rescousse. Qu’on interdise le divorce, qu’on assimile la sodomie au viol et qu’on la punisse de vingt ans de réclusion.[42] Mieux encore, qu’on déclare légalement excusable le meurtre, par le premier venu, d’un « sodomite » pris en flagrant délit.[43] Proudhon songe sérieusement à adresser une dénonciation au procureur général afin de faire poursuivre pour « immoralité » l’école phalanstérienne :

    « Désormais, triomphe-t-il, on est en droit de dire aux fouriéristes vous êtes des pédérastes (...) S’il est démontré que le fouriérisme est immoral, il faut les interdire (...) Ce ne sera pas de la persécution, ce sera de la légitime défense. »[44]

    Proudhon prône, pour extirper la luxure, le plus implacable des eugénismes :

    « Il faut exterminer toutes les mauvaises natures et renouveler le sexe, par l’élimination des sujets vicieux, comme les Anglais refont une race de bœufs, de moutons et de porcs. »[45]

    Le socialisme, tel qu’il le conçoit, emploiera les grands moyens. Le tort du christianisme n’est pas, selon lui, d’avoir voulu condamner tout rapport sexuel hors légitime mariage, mais de n’avoir pas su le faire. La Révolution, elle, le fera.[46]

    Nous voici prévenus : « Tout se prépare pour des mœurs sévères. » Dans la société future, « une guerre perpétuelle » sera faite « aux appétits érotiques » ; « une guerre de plus en plus heureuse ». On saura bien nous inculquer « le dégoût de la chair. »[47]

    Ainsi, ô paradoxe, pour éteindre « le feu du sang »[48] qui le consume et que, désespérément, il refoule, Proudhon, anarchiste en matière d’organisation sociale, sombre dans le plus autoritaire des puritanismes.

    Il fait ainsi la preuve par l’absurde qu’il faut pour délivrer les victimes de son espèce une révolution sexuelle.

    Daniel Guérin

    Adages réactionnaires
    Voici quelques citations que l’on qualifiera de « sexistes » sans trop de contestations, bien que certaines puissent paraître surprenantes. A personnalités réactionnaires... adages réactionnaires.

    * * *

    Septimius Florens Tertullianus, TERTULLIEN (v.150-v.222) :

    « La femme est la porte de l’enfer »

    Aurelius Augustinus, SAINT-AUGUSTIN (354-430) :

    « Homme, tu es le maître, la femme est ton esclave ; c’est Dieu qui l’a voulu. »

    SAINT-THOMAS d’AQUIN (1228-1274) :

    « En tant qu’individu, la femme est un être chétif et défectueux. »

    Charles BAUDELAIRE (1821-1867) :

    « J’ai toujours été étonné qu’on laisse les femmes entrer dans les églises. Quelle conversation peuvent-elles avoir avec Dieu ? »

    Alexandre DUMAS, dit DUMAS FILS (1824-1895) :

    « La femme est, selon la Bible, la dernière chose que Dieu a faite. Il a dû la faire le samedi soir. On sent la fatigue. »

    Anatole François THIBAULT, dit ANATOLE FRANCE (l844-l895) :

    « La tête chez les femmes n’est pas un organe essentiel. »

    Paul VALÉRY (1871-1945) :

    « Dieu créa l’homme et ne le trouvant pas assez seul, il lui donna une compagne pour lui faire mieux sentir sa solitude. »

    Adolf HITLER (1889-1945) :

    « L’intellect ne compte pas chez une femme. »

    Charles André Joseph Marie de GAULLE, plus connu sous le doux sobriquet de GENERAL DE GAULLE (1890-1970) :

    « Un Ministère de la condition féminine ? Et pourquoi pas un Sous-secrétariat d’Etat au tricot ?! »

    Jacques René CHIRAC, dit HIROCHIRAC (1932-...) :

    « Pour moi, la femme idéale, c’est la femme corrézienne, celle de l’ancien temps, dure à la peine, qui sert les hommes à table, ne s’assied jamais avec eux et ne parle pas. »

    Plus étonnant, Pierre-Joseph PROUDHON (1809-1865), celui que l’on considère parfois comme « le père de l’anarchisme » - vous avez dit « PERE » ? -, n’avait rien à envier à ses compères machistes... Egalement « douteux » sur d’autres points de vue, pas besoin de renier tout culte de la personnalité pour rayer un pareil réactionnaire de nos lectures favorites ! Nous ne voulons ni Dieu ni Maître, ni Patrie ni Patriarche, nous ne voulons pas de PROUDHON comme référence positive, jugez vous-mêmes :

    « Les femmes, plus enclines au sentiment qu’à la raison, ont en général de la haine pour les penseurs (...). Elles aiment ce qui les fait jouir, non ce qui les fait réfléchir. Elles se laissent imposer la loi de chasteté, (...), mais ce n’est qu’une marque d’emprunt chez elle ; elles ne sont pas chastes du tout. C’est nous qui le sommes, et qui leur en rapportons tout l’honneur. » (Carnet n°3, 1846)

    « La vraie dignité de la femme est dans le ménage : cela est prouvé économiquement (...) ; le travail de cuisine, lingerie, etc. est égal en honneur à celui de la littérature. » (Carnet n°4, 1846)

    « Tout ce que les femmes ont produit en littérature pourrait être retranché, sans que la littérature perdît rien. » (Carnet n°4, 1847)

    « La conversation et la société des femmes rapetissent l’esprit des hommes, les efféminent, les émoussent. La femme, hormis la société conjugale, est pour l’homme mauvaise compagnie, fatigante, énervante, démoralisante. - Entre mari et femme il convient que les rapports soient de chef à lieutenant, de curé à vicaire, de roi à ministre ; non d’associé à associé. - Il est absurde de dire que la société puisse être réformée par les femmes ; parce que la femme n’est elle-même que ce que l’homme la fait être. » (Carnet n°4, 1847)

    « Cas où le mari peut tuer sa femme, selon la rigueur de la justice paternelle :

    1. adultère,

    2. impudicité,

    3. trahison,

    4. ivrognerie et débauche,

    5. dilapidation et vol,

    6. insoumission obstinée, impérieuse et méprisante.
    (...) L’homme, époux, a le droit de justice sur sa femme ; la femme n’a pas le droit de justice sur le mari. Cette réciproque est incompatible avec la subordination matrimoniale. (...) C’est une honte pour notre société, une marque de déchéance, que la femme puisse demander le divorce pour incompatibilités d’humeur ou violences du mari ; tant qu’il n’y a pas de haine de celui-ci, immoralité, incapacité, de vices grands et sans motifs, la femme qui se plaint doit être présumée coupable et renvoyée à son ménage. (...) Si l’homme a reçu la supériorité d’intelligence sur la femme, c’est pour en user. Intelligence et caractère obligent. » (La Pornocratie ou les femmes dans les temps modernes, posthume, 1875)

    « Notez que les femmes, à qui on a enlevé le blanchissage, la boulangerie, le soin du bétail, ont encore abandonné le tricotage et la couture. J’ai vu ma mère faire tout cela. Elle pétrissait, faisait la lessive, repassait, cuisinait, trayait la vache, allait au champ lui chercher de l’herbe ; tricotait pour cinq personnes et raccommodait son linge. » (La Pornocratie ou les femmes dans les temps modernes, posthume - 1875)

    « Jeune homme, si tu as envie de te marier, sache d’abord que la première condition, pour un homme, est de dominer sa femme et d’être maître. » (Notes et Pensées)

    « Une femme ne peut plus faire d’enfants quand son esprit, son imagination et son cœur se préoccupent des choses de la politique, de la société et de la littérature. » (Notes et Pensées)

    « J’ai eu tort de dire trop de bien des femmes, j’ai été ridicule. » (Notes et Pensées)

    Impressionnant, non ?...Méfions-nous des légendes.

    L'Empereur Tom@to Ketchup

    p. 320 ; t. II, p. 340.

    [1] Toutes les citations de Proudhon qui suivent sont extraites de De la Justice dans la Révolution et dans l’Eglise, 1858, édition Rivière, t. IV.

    [2] Enéide, IX, 188.

    [3] Ibid.., V. 295.

    [4] Ibid., V. 344.

    [5] Jean, XIII, 23 ; XIX, 26, 27 ; XXI, 20.

    [6] Introduction au volume des œuvres Complètes de P.J. Proudhon contenant Du Principe de l’Art, La Pornocratie ou les femmes dans les temps modernes, 1939, p. 304.

    [7] Cité par Daniel Halévy, La Jeunesse de Proudhon, 1913, p. 36.

    [8] Philosophie de la Misère, 1867, t. Il, p. 384 ; - Carnets, 1960-1961, t. I,

    [9] De la Justice dans la Révolution et dans l’Eglise, édition Rivière, t. IV, p. 131-132.

    [10] Ibid., p. 69.

    [11] Daniel Ha1évy, La Jeunesse de Proudhon, 1913, p. 102.

    [12] La Pornocratie ou les femmes dans les temps modernes, ouvrage posthume, 1875, p. 84.

    [13] Lettre du 5 décembre 1831, Correspondance, 1875, t. I, p. XV.

    [14] Halévy, op. cit., p. 122, 133.

    [15] La Pornocratie..., p. 193.

    [16] Lettre à Ackermann du 4 octobre 1844, Correspondance, t. Il, p. 158.159.

    [17] La Pornocratie..., p. 264.

    [18] Carnets, 1961, II, p. 12.

    [19] Contradictions Politiques, 1864, ouvrage posthume, édition Rivière, p. 297. On peut comparer ce portrait à celui d’Hercule, athlète « aux cuisses longues et fortes » emprunté, avec complaisance, par Proudhon, à un manuel scolaire en latin (La Guerre et la Paix, 1861, édition Rivière, p. 15).

    [20] La Pornocratie..., p. 33, 59-63. La Pornocratie..., p. 33, 59-63.

    [21] Carnets, 1961, II, p. 11.

    [22] La Pornocratie..., p. 30, 92, 198, 235, 265 - Contradictions Politiques, p. 298.

    [23] La Pornocratie..., 33, 225, 170 - De la Justice..., t. IV, p. 304 ; - Carnets, 1961, II, p. 12.

    [24] La Pornocratie..., p. 59 ; - Contradictions Politiques, p. 274.

    [25] La Pornocratie..., p. 191, 194, 267.

    [26] Ibid., p. 28 - Carnets, t. I, p. 227, 321, 342-343, 354 ; t. II, p. 202, 363.

    [27] Juliette La Messine (la future Madame Adam, connue en littérature sous le nom de Juliette Lamber), Idées antiproudhoniennes, 1858 - Jenny d’Héricourt, La femme affranchie, 1860 ; - cf. Jules L. Puech, Introduction à La Pornocratie..., édition Rivière, 1939, p. 315.

    [28] La Pornocratie...

    [29] Philosophie de la Misère, t. II, p. 376 ; - cf. également Carnets 1960, t. I, p. 242 : « Tous sont contents pourvu qu’ils baisent (...) On fait l’amour en chien ».

    [30] De la Justice..., t. IV, p. 71 ; - Philosophie de la Misère, t. Il, p. 384 ; - Lettre de Proudhon à Joseph Garnier, 23 février 1844 cit. par Sainte-Beuve, P. -J. Proudhon, 1872, p. 105.

    [31] La Pornocratie..., p. 250 ; - De la Justice..., t. IV, p. 132.

    [32] La Pornocratie..., p. 166 et 23, 31, 108, 113.

    [33] Ibid., p. 229.

    [34] De la Justice..., t. IV, p. 71.

    [35] Avertissement aux Propriétaires, 1842, édition Rivière, 1939, p. 222

    [36] La Pornocratie..., p. 164, 247, 261.

    [37] De la Justice..., t. IV, p. 131.

    [38] Ibid., p. 71.

    [39] De la Justice..., t. IV, p. 54.

    [40] De la Justice..., t. IV, p. 54-55.

    [41] Philosophie de la Misère, édition 1867, t. II, p. 376, 385.

    [42] De la Justice..., t. IV, p. 52, 298.

    [43] Carnets, t. I, p. 232.

    [44] La Justice poursuivie par l’Eglise, 1861, éd. Rivière, 1946, p. 237 ; - Carnets, I, p. 168, 275, 288-289 ; II, p. 113, 128.

    [45] La Pornocratie..., cit., p. 252.

    [46] De la Justice..., IV, p. 155.

    [47] Carnets, I, p. 135, 190.

    [48] Philosophie de la Misère, p. 379
     
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  13. ninaa
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  14. anarchiste, anarcho-féministe, , individualiste

    Indymedia Nantes | Articles | Show | La CNT protège-t-elle les violeurs ? Retour sur une nouvelle agression sexiste en milieu militant
     
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  15. ninaa
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  16. anarchiste, anarcho-féministe, , individualiste
    Commentaire sur Indymédia suite à l'article précédent:
    Indymedia Nantes | Articles | Show | La CNT protège-t-elle les violeurs ? Retour sur une nouvelle agression sexiste en milieu militant
     
  17. ninaa
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  18. anarchiste, anarcho-féministe, , individualiste
    Une affaire édifiante...
    De prime abord on serait tentés de se dire:
    "Des brebis galeuses y en a partout, de là à parler de "sexisme dans les squats" pour les agissements d'un seul?"
    Mais d'une part les femmes qui ont donné l'alerte ne parlent pas que de ce mec mais de tous ceux qui l'ont couvert, qui ont minimisé le problème.
    D'autre part, suite à cette alerte, de nombreux mecs se sont exprimés sur le Net pour traîner ces femmes dans la boue "hystériques, fouteuses de merde, menteuses, manipulatrices, féminazis..."

    Suite aux collages anarchistes féministes (Région parisienne/2013) | Anarcha-Féministes

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  19. pilou-ilou
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  20. libertaire, anarchiste, féministe, anarcho-syndicaliste, syndicaliste, auto-gestionnaire, synthèsiste, anarcho-fédéraliste, anti-fasciste, anti-autoritaire
    Pour moi le viol est intolérable !!! je défendrai jamais un mec qui à fait ça. Pour moi la dite solidarité masculine à ses limites.
    Que ce soit, pédophiles, violeurs pour moi ces gens ce sont exclus d'eux mêmes du genre humain. Ce sont des bêtes. Et encore les animaux valent cent milles fois mieux qu'eux.

    IL y a quelques années j'ai fais un cauchemar. j'étais une femme et je me faisais violer par un mec répugnant. Croyez moi ce cauchemar m'a fait comprendre l'horreur du viol.
     
  21. ninaa
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  22. anarchiste, anarcho-féministe, , individualiste
    Je suis sensible à ton empathie et ta solidarité, mais même quand on est une femme on ne comprend l'horreur du viol que quand on l'a vraiment vécue... J'en ai parlé avec d'autres femmes, pourtant féministes, qui se sont toutes dites sidérées par leurs propres ressentis, la honte, le sentiment de culpabilité, alors que tout comme moi elles étaient conscientes intellectuellement et depuis longtemps que la faute n'est pas du côté de la victime! La peur aussi des réactions de l'entourage (même militant) car trop souvent les amis du violeur le défendent en enfonçant la victime (menteuse, hystérique, droguée, alcoolique, nymphomane et j'en passe...).
    Je précise que la plupart des viols ou abus sexuels ne s'accompagnent pas forcément de violences, ça peut être une contrainte morale, de la manipulation, profiter d'un état de faiblesse... dans ce cas la honte et la culpabilité sont encore plus fortes: "Pourquoi je ne me suis pas débattue plus fort?" "Est-ce que j'ai fait quelque chose pour provoquer ça?"
     
  23. pilou-ilou
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    pilou-ilou  Comité auto-gestion Membre actif

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  24. libertaire, anarchiste, féministe, anarcho-syndicaliste, syndicaliste, auto-gestionnaire, synthèsiste, anarcho-fédéraliste, anti-fasciste, anti-autoritaire
    Oui il est difficile de comprendre ce que ressent la victime d'un viol. Parfois une thérapie et une prise en charge psychologique s'avère nécessaire, pour se reconstruire. Pour ne pas être une victime à vie. Bousiller le reste de sa vie ce serait donner raison à l'agresseur et lui offrir un trop beau cadeau qu'il ne mérite pas.
     
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  25. ninaa
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  26. anarchiste, anarcho-féministe, , individualiste
    On sort un peu du thème du topic mais je tiens à souligner qu'il n'y a pas que des femmes qui peuvent être victimes d'agressions sexuelles en général et en milieu militant (même s'ils sont minoritaires, que ça ne s'inscrit pas dans la logique patriarcale dominante et que les agresseurs sauf exceptions sont des hommes).
    Dans tous les cas les victimes sont en situation de faiblesse.Exemple, le tristement "célèbre" (dans les milieux militants) cas Paco:
    Des espaces temporaires d'anarchie? [/QUOTE]
     
  27. depassage
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    depassageMembre du forum Membre actif

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    Qu'il y ai des pervers sexuels dans des organisations libertaires ne me surprend pas !
    Par contre , le soutien par certains membres de ses organisations a l'agresseur me donne la gerbe !
    Comprenne qui pourra:kiss:
     
  28. pilou-ilou
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    pilou-ilou  Comité auto-gestion Membre actif

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  29. libertaire, anarchiste, féministe, anarcho-syndicaliste, syndicaliste, auto-gestionnaire, synthèsiste, anarcho-fédéraliste, anti-fasciste, anti-autoritaire
    Malheureusement il y en a partout des pervers. et pas que dans certains milieux et organisations.
     
  30. Marc poïk
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    Marc poïkSous l'arbre en feuille la vie est plus jolie Membre actif

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    Le problème du sexisme est que ses racines proviennent de la petite enfance très souvent. S'en est d'autant plus difficile de l'extraire. Le faire remarqué est un des premier pas vers la solution mais je doute qu'on y parvienne rien qu'en faisant cela surtout avec certains cas que tu cites là ninaa. Pour la main aux fesses je me demande si il ne faudrait pas tester la main aux couilles mais non fait par une femme mais par un homme. ( désolé fanya mais je n'ai toujours pas trouver comment déterminer constamment femme et homme ;) ça doit être ma fainéantise ). L'individu se sentirait agressé sexuellement et peut être comprendrait il le coté agression qu'il fait quand il porte a main aux fesses d’une femme. Bien évidement en lui expliquant le pourquoi de la chose. Je dis cela mais si ça tombe rien n’en ressortira de bon.
    On pourrait dire aussi qu'il faut les exclure. Ok mais alors on laisse l'individu sexiste continuer son sexisme ailleurs et donc on ne résout rien on ne fait que de s'en débarrasser pour qu'il continue ailleurs et peut être même on renforce par là son sexisme ou sa misogynie allez savoir. Si dans l'espace ou cela se produit il y a une majorité de non sexistes c'est peut être justement l'endroit pour guérir l'individu de son sexisme. Le mieux évidement est de créer des êtres non sexistes mais cela relève de la parentalité un autre sujet.
    Quand il y a réprobation plutôt que d'utiliser la sanction je suis bien plus pour la réparation, la transformation positive, que l'éviction.
     
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  31. ninaa
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    ninaaMembre du forum Membre actif

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  32. anarchiste, anarcho-féministe, , individualiste
    Je pense comprendre à quoi (et à qui...) tu fais allusion, et en effet c'est un cas qu'il est difficile d'évoquer puisque l'individu en question doit avoir un procès pour viol en cours. Note quand même que cet individu a été exclu quasiment à l'unanimité (à l'exception de sa copine et de deux ou trois amis proches) de cette organisation. (Désolée pour ceux qui ne comprendront pas de qui il est question...). Même dans le cas du viol commis à la CNT, la position "officielle" du groupe local de la CNT est loin d'être partagée et a donné lieu à des contre-communiqués et à un tract distribué hier à la fête de la CNT.

    Evidemment! D'ailleurs sur le site "combien de fois quatre ans" il est bien précisé:
    Combien de fois 4 ans
    Cela dit ça fait encore plus mal de trouver de tels comportements dans des lieux censés se présenterr en exemples, et prétendument engagés dans des luttes antisexistes!

    C'est hélas bien ce que Paco (voir post plus haut) a "testé" sur de nombreuses victimes, et pas pour leur faire comprendre quoi que ce soit, tu t'en doutes!
    Ce n'est pas une méthode que je préconiserais pour tout un tas de raisons (peut-on remettre en cause la violence sexuelle avec des violences sexuelles?). D'ailleurs beaucoup d'hommes estiment que ce "n'est pas la même chose" pour des raisons homophobes.

    Malheureusement les squats et milieux militants en général ne sont pas majoritairement antisexistes...
    A propos des problèmes d'agressions sexuelles et sexisme dans le squat le Transfo, on a pu assister à ce genre de réactions:
    Prétendument posté par "une féministe" anonyme... Or l'individu concerné a fini par reconnaître publiquement qu'il se comportait mal avec les femmes, et petit à petit certains autres hommes ont reconnu qu'il existait un réel problème de sexisme dans les squats.
    Y a pas que chez les curés qu'une Omerta couvre les violeurs et pédophiles. La crainte des conflits internes fait balayer beaucoup de sales histoires sous le tapis. Dans tous les cas la solution est de rendre ces problèmes publics. ça suscite des réactions violentes mais ça oblige à faire face aux problèmes.
    Si on se réfère à des cas précis on se rend compte que toute "réparation" est impossible. Pour se "réparer" les victimes de Paco ou de C. au Transfo n'ont pu compter que sur eux et elles mêmes, en se réunissant pour en parler. Pour ces victimes l'essentiel est de construire des espaces safe, et pour ça pas question de réintégrer des agresseurs avérés.
    Paco par exemple a disparu de la circulation depuis la publication de ces articles. Sa "méthode" de manipulation-agression ne pouvait marcher qu'en milieu militant et reposait en grande partie sur l'omerta: après ça il a été jeté plusieurs fois de manifs et évènements, il ne peut plus s'associer à des luttes comme celles de lycéens ou mineurs sans papiers car maintenant trop de gens sont au courant.
    Dans d'autres cas d'agressions sexuelles qui n'ont pas filtré publiquement (comme celle à laquelle fait allusion Depassage) l'info circule "officieusement" dans les squats et milieux militants, ce qui donne un sérieux coup d'arrêt à ces agresseurs.
     
    depassage et Marc poïk aiment ça.
  33. Fanya
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