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Médias SARKOZY-DESMARAIS : UNE AMITIÉ DONT LA FRANCE ET LE QUÉBEC PAIENT DÉJÀ LE PRIX

Discussion dans 'Webzine - actualité des luttes et partage d'articles de presse' créé par Ungovernable, 14 Août 2009.

  1. Ungovernable
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  2. anarchiste, autonome
    [Un petit texte très intéressant écrit par Normand Baillargon un prof anarchiste du département de science de l'éducation de Université du québec à montréal, posté sur son blog - http://nbaillargeon.blogspot.com/]

    À la réception donnée au Fouquet’s le 6 mai 2007 pour célébrer son accession à la présidence, Nicolas Sarkozy avait invité un certain Paul Desmarais. Le 15 février 2008, ce même Desmarais a reçu de Nicolas Sarkozy la Grand-Croix de la Légion d’honneur, une des plus hautes décorations décernée par la France .

    À cette occasion, le Président français va prononcer un discours dans lequel il fera un aveu d’autant troublant que le remerciement qu’il exprime, on a toutes les raisons de le croire, est pleinement mérité:

    «Si je suis aujourd’hui président de la République, dira-t-il, je le dois en partie aux conseils, à l’amitié et à la fidélité de Paul Desmarais. 1995 n’était pas une année faste pour moi. Un homme m’a invité au Québec dans sa famille. Nous marchions de longues heures en forêt et il me disait : «Il faut que tu t’accroches, tu vas y arriver, il faut que nous bâtissions une stratégie pour toi ». […] Nous avons passé dix jours ensemble au cours desquels tu m’as redonné confiance à un tel point que, maintenant, je me considère comme un des vôtres .»

    Je présume que la référence à l’an 1995 est limpide pour la plupart des Français: 1995, c’est en effet l’année de la défaite de Balladur aux mains de Chirac, Chirac que Sarkozy avait lâché en novembre 1993 pour appuyer le candidat défait.

    Mais je soupçonne que beaucoup de Français ignorent qui est ce Paul Desmarais à qui Sarkozy reconnaît tant devoir. Qui il est et ce qui s’est noué entre les deux hommes durant ces dix jours de 1995, tout cela mérite pourtant amplement d’être connu; d’autant que les répercussions de cette amitié se sont déjà fait ressentir — et se feront sans doute longtemps encore ressentir —dans la vie économique et politique des pays des deux hommes.

    Paul Desmarais (né en 1927) est un milliardaire franco-canadien à la tête de Power Corporation, vaste conglomérat d’entreprises présentes dans de nombreux pays et oeuvrant, notamment, dans les pâtes et papiers, les services financiers, l’énergie et les médias.

    «Ton nom, cher Paul, dira de lui Sarkozy à la même occasion, est associé au récit prodigieux d’une ascension prodigieuse ».

    Cette affirmation est trompeuse et inexacte, comme le montre Robin Philpot dans un récent ouvrage qui retrace le parcours des Desmarais (le père et se deux fils, qui lui succèdent) . En fait, Paul Desmarais incarne plutôt chez nous, de manière exemplaire, ce paradoxe devenu courant à l’échelle planétaire de l’ultralibéral fervent partisan du tout-au-marché, mais qui doit pourtant sa propre fortune aux fonds publics, à la protection de l’État et à d’innombrables privilèges que lui et ses semblables s’octroient sans retenue, mais qu’ils refusent aux plus démunis et aux plus humbles.
    Le lieu même où Desmarais a reçu Sarkozy durant ces journées de 1995 (et sans doute à diverses autres reprises depuis lors), appelé Domaine de Sagard, fournira une parfaite illustration de ce paradoxe. À la suite d’un complexe jeu de papier, le très vaste domaine (sa superficie est d’environ 75 kms2 et il comprend une trentaine de lacs) sera en effet acquis par Desmarais en 1988 pour …$1,00 ; situé sur un TNO (Territoire non organisé), il est de ce fait exempt de taxes municipales, des taxes dont le petit village de Saint-Siméon, où sévit un chômage important, aurait bien besoin; quant au minuscule aéroport local, il a, fait unique, joui de privilèges et de subventions afin de pouvoir accueillir les avions des Bush, des Clinton, des Juan Carlos, des Sarkozy et de tous ces autres prestigieux invités du maître des lieux.
    Les premiers faits d’armes de Desmarais et de Power en Europe et en France remontent déjà à plusieurs années. En 1981, avec son partenaire de toujours, le Belge Albert Frère (qui siège alors au CA de Paribas et de sa filiale belge, Copebas), Desmarais a pris part à l’opération «Arche de Noé», qui voulait contrer la nationalisation de la banque souhaitée par François Mitterand. Il en résultera des profits pour le duo, mais aussi, avec Pargesa, un important levier financier.

    Depuis lors, Desmarais (et Frère) ont accru leur présence et décuplé leur puissance au sein du capitalisme européen. La présence de Bernard Arnault, de Martin Bouygues, de Claude Bébéar et de Serge Dassault à la cérémonie de remise de sa médaille confirme l’importance de la place occupée par Power en France, qui y est notamment présent avec des actions dans Total, dans Lafarge, dans Pernod-Ricard, dans GBL, et aussi avec des fonds de capital-investissement appelés … Sagard I et Sagard II.

    Desmarais a donc aidé Sarkozy alors que ce dernier était un politicien défait et à l’avenir incertain. Mais le chef de Power n’en est pas à sa première expérience du genre et sa carrière est jalonnée de politiciens qu’il a mis en place, façonnés et qui, élus, ont œuvré en faveur de ses intérêts. La liste de ses prises est impressionnante, puisqu’elle comprend, outre l’actuel président français, les ex-premiers ministres du Canada Pierre Elliott Trudeau, Jean Chrétien, Paul Martin et Brian Mulroney et de très nombreux autres, dont l’actuel premier ministre du Québec. Desmarais est l’ami des puissants et ses amis soit sont puissants soit le deviennent.
    La prise Sarkozy s’est d’ores et déjà avérée rentable. Comme l’écrit Philpot, les Desmarais, avec Albert Frère, sont à présent «les actionnaires de référence de deux des plus grandes entreprises françaises, soit la pétrolière Total, quatrième au monde, et la gazière GDF-Suez». Mieux, et comme on sait, en ce dernier cas, «c’est Sarkozy qui a privatisé Gaz de France au profit de l'entreprise Suez contrôlée par Desmarais et Frère [les fils Desmarais] ». Sarkozy poursuit en ce moment sur cette lancée et privatise encore , cette fois afin de favoriser Power et ses projets de ports méthaniers en France .

    Avec Sarkozy et Desmarais dans les rôles titres, les capitalismes canadiens et français nous donnent donc, une fois de plus, le triste et sinistre spectacle de cette funeste alliance du pouvoir et de l’argent, oligarchie qui tente tant bien que mal de se donner les apparences de la respectabilité et de la légitimité démocratiques, mais que ne répugnent comme terrains de jeu ni le Soudan, ni la Birmanie, ni le Tibet, ni aucun lieu où la démocratie et les droits de l’homme sont bafoués.

    Mais ce n’est pas tout en l’occurrence puisque, de leur côté, les indépendantistes québécois surveillent avec une attention toute particulière les relations entre Sarkozy et Desmarais.

    C’est que Desmarais est bien connu au Québec pour ses positions — et ses actions — farouchement anti-indépendantistes, voire carrément haineuse à l’endroit du Québec et des Québécoises et Québécois. Sarkozy, et il ne faut dès lors pas s’en étonner, donne donc, depuis son élection, tous les signes qu’il est en train de procéder à une rupture avec la politique de « non-ingérence / non-indifférence » inaugurée il y a plus de quarante ans par le Général De Gaulle et qui avait, durant toutes ces années, caractérisé les relations, singulières et privilégiées, entre la France et le Québec. Ce faisant, Sarkozy se fait le fidèle porte-parole du point de vue d’une personne en qui l’exécration du socialisme se double d’une haine et d’une peur viscérales de l’indépendance du Québec.

    Paul Desmarais a déjà décrit René Lévesque comme un «maudit socialiste». Lévesque, qui était de surcroît indépendantiste, a sûrement pris ces mots comme un compliment. Il a quant à lui décrit Paul Desmarais comme un «parfait mélange d’inhumanité et de duplicité».

    À défaut de constituer un compliment, ce sont là des mots d’une très grande objectivité. Il reste à savoir s’ils s’appliquent aussi à son ami Sarkozy. "
     
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