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Révolte au Kazakhstan

Discussion dans 'Luttes Internationales' créé par ninaa, 8 Janvier 2022.

  1. ninaa
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  2. anarchiste, anarcho-féministe, individualiste
    NE TOUCHEZ PAS AU KAZAKHSTAN |INTERNATIONAL
    Articles,Actualités,International,International
    Le 2 janvier 2022, des manifestations de masse ont éclaté au Kazakhstan en réaction à la hausse du coût de la vie.Sans direction centralisée, posture politique de parti ou pression géopolitique extérieure, les manifestations ont éclaté en un mouvement véritablement populaire et spontané aux proportions révolutionnaires.Le nouvel empire russe de Poutine a réagi de manière prévisible, effectuant une invasion de son voisin d'Asie centrale pour réprimer le peuple kazakh.

    Voici deux déclarations du groupe anarcho-communiste russeAutonomous Action, aux côtés des manifestants contre le coup impérialiste.

    Première déclaration :
    Les manifestations au Kazakhstan, qui ont dégénéré en affrontements de rue avec la police, ont commencé en raison d'une forte hausse des prix du gaz liquéfié, qui n'est pas seulement un moyen de chauffage, mais aussi du carburant pour les voitures (de 70 à 120 tenge le litre), ce qui entraînerait une augmentation des prix de tous les produits.Les habitants de Zhanaozen ont été les premiers à descendre dans la rue, leur protestation a commencé le 2 janvier, mais s'est rapidement étendue à d'autres grandes villes.

    Les manifestants s'indignent du fait que dans le pays, qui est l'un des plus gros fournisseurs de gaz à l'exportation, il soit devenu déficitaire : « Le gaz que nous produisons ne nous est plus disponible !Les exigences économiques se sont rapidement transformées en exigences politiques.

    Des affrontements ont commencé avec la police.La police a tiré sur les gens avec des grenades assourdissantes, en réponse, ils ont attaqué des voitures de police et les ont détruites à l'aide de moyens improvisés.Les autorités ont clairement sous-estimé la force de la fureur de la rue et la capacité de s'auto-organiser.Des témoins oculaires notent l'absence de leaders clairs et la manifestation collective des manifestants.Les ressources pro-gouvernementales russes, comme d'habitude, blâment les machinations du département d'État et les provocateurs.Il est trop tôt pour dire comment cette nuit se terminera maintenant, mais il est clair que les gens sont poussés au désespoir.

    Maintenant, dans certaines villes du Kazakhstan, l'Internet mobile est désactivé, dans d'autres, les principaux messageries instantanées sont bloquées.L'état d'urgence a été déclaré à Alma-Ata et dans l'oblast de Mangistau.

    Deuxième déclaration :
    Les élites kazakhes tentent à tout prix de rester au pouvoir.Alors que la police et l'armée commençaient à se ranger du côté des rebelles, le président Tokayev a eu recours au dernier argument de tous les autoritaires : demander de l'aide au voisin dictateur.Formellement, il s'agit d'un appel à l'Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC), mais en fait c'est un appel à l'aide au Kremlin : à part la Russie et le Kazakhstan, il n'y a tout simplement aucun autre État dans l'OTSC avec une armée assez forte pour être envoyés pour réprimer un soulèvement dans un pays voisin... Ni le Tadjikistan, ni le Kirghizistan, ni l'Arménie, ni la Biélorussie n'enverront certainement leurs soldats au Kazakhstan.Tokayev espère clairement que les troupes de Poutine le sauveront de ses propres citoyens insurgés.

    Il semble que pour les Kazakhs cela devrait signifier la perte définitive de toute légitimité par les Tokaïev.Un président qui qualifie son propre peuple de « gangs terroristes » est un coup bas, même selon les normes des « républiques » autoritaires post-soviétiques.

    Mais qu'est-ce que cela signifie pour le peuple russe ?Le CSTO a formellement accepté la « demande » de Tokayev ;Les aérodromes militaires russes se préparent à envoyer un "contingent temporaire" au Kazakhstan.En fait, il s'agit d'une invasion forcée d'un autre pays du côté du gouvernement qui a perdu la confiance du peuple.Cela signifiera une reproduction sans fin du scénario « La Russie est une prison des peuples » et sera comparable à la répression des révolutions hongroises en 1848 et 1956, avec les chars dans les rues de Prague en 1968 et avec l'invasion de Afghanistan en 1979.

    Maintenant, il est important d'empêcher cela, ou du moins de montrer au monde que tout le monde en Russie n'est pas d'accord avec un acte aussi honteux.Une pétition a été lancée contre l'introduction de troupes au Kazakhstan, mais, bien sûr, il est peu probable que ces signatures soient très importantes pour Poutine.Néanmoins, il s'agit au moins d'une sorte d'action, et nous vous exhortons à signer cette pétition.

    De plus, il est important d'établir des contacts avec la diaspora kazakhe dans vos villes et, si possible, de vous rendre dans les ambassades et consulats du Kazakhstan pour faire valoir votre position.Le peuple kazakh peut et doit décider de son sort en toute indépendance, sans « l'aide » de soldats étrangers.

    Pas de guerre!

    Autonomous Action

    Première déclaration :https://avtonom.org/news/kazahstan-vyshel-na-ulicy-policiya-bezhit
    Deuxième déclaration :https://avtonom.org/news/protiv-vvoda-v-kazahstan-voysk-stran-chlenov -odkb


    Nous vousdemanderonségalement de lire les articles d'autres camarades, qui offrent tous deux une excellente couverture, l'histoire et la compréhension politique de la situation actuelle.Nous continuerons à développer cet article le cas échéant.

    Pramen
    https://pramen.io/en/2022/01/colonialism-of-the-twenty-first-century/
    CrimthInc
    https://crimethinc.com/2022/01/06/the-uprising-in-kazakhstan- an-interview-and-évaluation

    Médias connexes La
    police d'Akobi - Kazakstan occidental annonce qu'elle n'agira plus contre les manifestants.
    JGid on TikTok

    Le LiveUAmap suit la situation en cours :Map of Central Asia: Kazakhstan, Kyrgyzstan, Tajikistan, Turkmenistan, Uzbekistan - centralasia.liveuamap.com Ils ont également un fil Twitter ici :https://twitter.com/Liveuamap/status/1478303987921305601

    Compte TwitterBad Immigranta suivi événements avec un éventail de séquences et de médias.

    Et voici le témoignage d'Abdujalil Abdurasulovjournaliste de la BBC qui est actuellement le seul journaliste de langue anglaise connu sur le terrain(à l'heure actuelle le 06/01)au Kazakhstan.

    Notre solidarité va à la classe ouvrière du Kazakstan alors qu'elle prend position contre l'injustice et l'étranglement de leur gouvernement et la menace imminente de l'État russe.
     
  3. Anarchie 13
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    Anarchie 13  Comité auto-gestion Membre actif

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  4. libertaire, anarchiste, marxiste, individualiste, révolutionnaire, anti-fasciste
    La question se pose du rôle des états unis derrière tout ça. Sachant la situation en Ukraine (il faudrait ouvrir un topic sur ce sujet en vrai mais je me sens pas assez calé pour le faire alors que c'est quand même très important ce qui s'y passe).
    La russie refuse qu'une base de l'OTAN soit établie à sa frontière ouest (en ukraine). Et alors que la situation devient explosive à ce niveau voilà qu'un régime à sa frontière sud qui était de son côté se fait contester...

    Enfin comme il est dit dans le texte, espérons que la classe ouvrière prenne la tête de ce mouvement si elle y est pas déjà et qu'elle ne se fasse pas utiliser et tromper par des forces transatlantiques et leurs fausses promesses de démocratie.
     
  5. ninaa
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  6. anarchiste, anarcho-féministe, individualiste
    Tu as raison, il en est de cette révolte comme de toutes les révoltes: elles risquent toujours d'être récupérées, voire manipulées, pourtant on ne peut que les encourager et surtout encourager à ce qu'elles s'orientent vers une autonomie des luttes.
     
  7. ninaa
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  8. anarchiste, anarcho-féministe, individualiste
    Le dernier message que nous avons reçu de notre camarade au Kazakhstan, une anarcha-féministe d’Almaty, peu avant 16 heures (heure du Kazakhstan oriental) le 5 janvier, avant que nous ne perdions contact.

    Twitter montrant les forces russes en route pour le Kazakhstan.

    [​IMG]
    Un fragment de la statue renversée de l’ex président et homme fort du pays, Nursultan Nazarbayev.
    Le soulèvement au Kazakhstan : entretien et analyse

     
  9. ninaa
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  10. anarchiste, anarcho-féministe, individualiste
    LES ANARCHISTES RUSSES SOLIDAIRES DE LA RÉVOLTE DU KAZKHSTAN
    LIEN PERMANENT : HTTPS://MONDE-LIBERTAIRE.NET/INDEX.PHP?ARTICLEN=6162
    MESSAGE TRANSMIS PAR LA SECTION EN RUSSIE DE L’ASSOCIATION INTERNATIONALE DES TRAVAILLEURS (KRAS-AIT)
    Les anarcho-syndicalistes et les anarchistes de Russie expriment leur pleine et entière solidarité avec la protestation sociale des travailleurs du Kazakhstan et leur envoient leurs cordiales salutations !

    L’explosion actuelle de protestation sociale au Kazakhstan, l’une des plus marquantes et des plus brillantes depuis le début du nouveau siècle, est devenue l’apogée de la vague de grèves des travailleurs du pétrole et d’autres catégories de travailleurs du pays, qui n’a pas arrêté depuis l’été dernier.

    [​IMG]




    Les travailleurs du Kazakhstan se sont progressivement remis du terrible massacre des prolétaires, organisé en 2011 par le régime dictatorial de Nazarbayev, et ont commencé à rechercher constamment des salaires plus élevés et la possibilité de créer des syndicats et d’autres associations de travailleurs.

    La pauvreté de la majorité de la population, l’exploitation cruelle du travail, la hausse des prix, l’oppression quotidienne et l’absence de droits rendaient la position des travailleurs insupportable et les a obligés à se lever pour protester. La goutte d’eau a été le licenciement de dizaines de milliers de travailleurs du pétrole en décembre 2021, l’instauration d’une dictature « sanitaire » sous prétexte de « lutter contre la pandémie » et une augmentation draconienne des prix du gaz.

    Le 3 janvier, une grève générale des travailleurs a commencé dans la région de Mangistau, qui s’est rapidement étendue à d’autres régions du pays. Dans l’ancienne capitale du Kazakhstan, Almaty, des affrontements ont éclaté entre manifestants et forces répressives ; il y a des dizaines voire des centaines de personnes tuées et blessées.


    Pendant les manifestations, des personnes défavorisées, principalement des jeunes chômeurs et des migrants internes, ont commis des actes d’expropriation populaire, détruisant de nombreux grands centres commerciaux, magasins et succursales bancaires. Dans un certain nombre de cas, les troupes ont refusé d’ouvrir le feu sur les rebelles.

    La protestation dans le pays est spontanée et non coordonnée ; par conséquent, ses participants ont avancé une variété de slogans et de revendications souvent contradictoires. Nous, en tant qu’anarchistes, soutenons avant tout ceux d’entre eux qui ont une orientation sociale distincte et sans équivoque et distinguent nettement la grève et le soulèvement au Kazakhstan des nombreuses manifestations électorales et coups d’État politiques de ces dernières années.

    Ces revendications se sont propagées lors des rassemblements de protestation et des mouvements sociaux : abolition de la hausse des prix du gaz ; augmentation des salaires de 100 % ; annulation du relèvement de l’âge de la retraite; prendre des mesures pour lutter contre le chômage; abolition de la vaccination obligatoire contre le COVID-19, confinements et mesures de ségrégation discriminatoires, etc.

    Afin de mettre fin à la révolte sociale et de gagner du temps, le régime effrayé a été contraint de faire des concessions : déclarer une baisse des prix du gaz, geler les prix des biens « socialement importants » pendant 180 jours, limoger le gouvernement et destituer le dictateur de facto du poste de chef du Conseil de sécurité du Kazakhstan, le milliardaire Nazarbayev. Mais rien de tout cela n’a aidé. Les compagnies pétrolières occidentales ont exigé avec insistance que le président Tokayev rétablisse l’ordre capitaliste. Les dirigeants du pays ont imposé l’état d’urgence et des couvre-feux, interdit les rassemblements et les grèves, et lancé des opérations punitives contre les manifestants et les émeutiers, répandant des flots de sang et arrêtant des milliers de personnes.

    À la demande du régime kazakh, des troupes d’un certain nombre de pays du bloc militaro-politique dirigé par la Fédération de Russie sont arrivées dans le pays pour réprimer les manifestations sociales. Ces militaires sont appelés à remplir le rôle de gendarme du capital mondial et à piétiner les flammes de la rébellion sociale pour éviter que son exemple, ses slogans et ses revendications se répandent dans d’autres pays, que ne se répandent les grèves des travailleurs et les manifestations de masse contre la dictature « sanitaire » généralisée et ses apartés.

    Nous, anarcho-syndicalistes et anarchistes russes, condamnons fermement toutes répressions des protestations sociales des travailleurs du Kazakhstan et la honteuse intervention étrangère contre-révolutionnaire menée par le Kremlin.

    Nous condamnons toutes tentatives des politiciens de tous bords d’utiliser la protestation sociale des travailleurs kazakhs pour se hisser eux-mêmes au sommet du pouvoir et accaparer les biens en leur faveur.

    Nous nous tenons fermement, résolument et sans la moindre hésitation du côté de la révolte sociale actuelle au Kazakhstan et appelons les travailleurs de Russie et du monde entier à faire preuve de solidarité concrète avec elle.

    SATISFACTION DES EXIGENCES SOCIALES DES TRAVAILLEURS DU KAZAKHSTAN !

    ARRÊTEZ DE RÉPRIMER LES MANIFESTATIONS AU KAZAKHSTAN ET LA RÉPRESSION CONTRE LEURS PARTICIPANTS !

    LIBERTÉ POUR TOUS LES PROTESTATAIRES ARRÊTÉS !

    PAS D’INTERVENTION MILITAIRE ETRANGERE !

    HONTE AUX PROFITEURS !

    Initiative anarchiste StopTotalControl

    Le Monde Libertaire
     
  11. ninaa
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  12. anarchiste, anarcho-féministe, individualiste
    Afin d’approfondir notre couverture du soulèvement de la semaine dernière au Kazakhstan, nous avons traduit plusieurs textes sur la situation provenant de diverses sources anarchistes russes, et interviewé deux anarchistes d’Almaty, la plus grande ville du Kazakhstan mais aussi le lieu où les combats ont été les plus intenses.

    Cet article comporte également des photos inédites prises par certains de nos contacts à Almaty.

    Les témoignages qui suivent pourront servir à débunker toute déformation facile du soulèvement de la part des autorités du Kazakhstan, de la Russie ou des États-Unis – ou de leurs partisans malavisés.

    A celles et ceux qui diffusent des théories du complot présentant les États-Unis comme instigateurs d’une « révolution colorée » au Kazakhstan, nous rappelons que les protestations ont commencé en réaction à la suppression des subventions du gaz, qui est produit au Kazakhstan par un monopole d’état très rentable. Défendre les gouvernements du Kazakhstan et de la Russie revient à défendre des forces répressives qui imposent des mesures d’austérité néo-libérales à des travailleur⋅ses exploité·es dans une économie extractiviste. La place de celleux qui s’opposent sincèrement au capitalisme est aux côtés des travailleur⋅ses ordinaires et des rebelles qui s’opposent à la classe dominante, pas du côté des gouvernements qui prétendent représenter les manifestant⋅es tout en les mitraillant et les emprisonnant.

    Il ne s’agit pas de dire que les affrontements au Kazakhstan sont le fruit d’une lutte anticapitaliste unifiée, ni même d’un mouvement de travailleur⋅ses. Les récits les plus crédibles de la composition sociale des manifestations témoignent d’une vaste diversité de participant⋅es, utilisant différentes tactiques pour arriver à diverses fins. Bien sûr, notre sympathie va aux travailleur⋅ses qui protestent contre l’augmentation du coût de la vie et nous soutenons également les chômeur⋅ses et marginalisé⋅es qui pratiquent le pillage.

    Une crise comme celle que connaît le Kazakhstan rouvre toutes les fractures qui traversent la société. Tout conflit préexistant est poussé jusqu’à un point de rupture : tensions religieuses et ethniques, rivalités entre élites dirigeantes, course géopolitique pour l’influence et le pouvoir. Nous avons également, dans une moindre mesure, observé le même phénomène lors du mouvement des Gilets Jaunes en France, et aux États-Unis lors du soulèvement George Floyd. Ces crises n’ont cependant pas été aussi loin que le soulèvement au Kazakhstan, où, en raison du caractère retranché et autoritaire du pouvoir, toute lutte est de l’ordre du « quitte ou double ».

    S’il est vrai, comme nous l’avons avancé, que les manifestant⋅es kazakh⋅es s’opposent aux mêmes forces que celles auxquelles nous nous confrontons partout dans le monde, alors la violente répression de ces manifestations par les soldats de six armées différentes doit nous interroger. Alors que des catastrophes politiques, économiques et écologiques frappent les unes après les autres tout autour du globe, il semble que de telles éruptions deviennent pratiquement inévitables. Comment alors se préparer et anticiper pour augmenter les chances que ces ruptures tournent en notre faveur, malgré toutes les forces qui convergent contre nous ? Dans de tels moments de potentialité révolutionnaire, comment interroger la transformation avec celles et ceux qui font société avec nous ? Comment concentrer le conflit sur des axes libérateurs et créateurs, alors même que nous sommes au coude-à-coude avec d’autres factions, qui cherchent à donner une place centrale à leurs idéologies et à servir leurs intérêts ? Comment éviter à la fois le conspirationnisme et la manipulation, à la fois le défaitisme et la défaite ?

    Dans le montage qui suit, composé en collaboration avec des anarchistes russes, nous présentons une analyse du soulèvement survenu au Kazakhstan, dans la région ex-soviétique, et partageons un entretien que nous avons mené avec des anarchistes à Almaty, aussitôt que l’accès à Internet a été rétabli, après la coupure.

    [​IMG]
    5 janvier à Almaty; photographie de Zhanabergen Talgat.

    La prison des nations
    A partir du 1er janvier, ce qui avait commencé comme une simple protestation contre l’augmentation du coût de la vie s’est transformé en soulèvement à l’échelle nationale, qui a pour l’instant été brutalement réprimé par une combinaison de forces militaires nationales et étrangères.

    Au départ, les manifestant⋅es demandaient la démission du gouvernement, une diminution du prix du gaz, et le départ de l’ancien président – Nursultan Nazarbayev, l’éminence grise du Kazakhstan – de la tête du Conseil de Sécurité Nationale. Le slogan “Shal ket!”—”Papy, dégage !” a résonné dans tout le pays. Alors que les manifestations prenaient de l’ampleur, les gens en sont vite arrivés à ne plus vouloir rien d’autre qu’un changement complet du gouvernement, y compris du président actuel Jomart Tokayev.

    Le régime a tenté de réprimer les manifestations. Mais les participant⋅es ont réussi à s’emparer de certaines armes de la police et a répliquer en pillant des magasins et en incendiant ou en occupant des bâtiments municipaux. Le président Tokaev a déclaré l’état d’urgence et envoyé les militaires contre les manifestant⋅es avec ordre de tirer à vue sur quiconque oserait résister. Au même moment, Tokayev a officiellement demandé à l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC, alliance militaire comprenant la Russie et plusieurs autres pays voisins) de l’aide pour reprendre le contrôle du pays.

    Selon le ministre de l’Intérieur kazakh, près de 8000 personnes ont été arrêtées durant les manifestations, et au moins 164 ont été tuées ; depuis, des chiffres bien plus importants ont circulé. Certain⋅es blogueur⋅ses influent⋅es et leaders syndicaux ont été déclaré·es disparu⋅es. Internet a été coupé pendant plusieurs jours. Plusieurs personnes ont été abattues sur les places et dans les rues par des snipers ou des soldats.

    La répression militaire du soulèvement, et l’intervention de l’OTSC, ont joué un rôle majeur dans le dénouement de la crise. A partir du 10 janvier, certains reportages et témoignages qui nous parviennent du Kazakhstan font état de l’arrêt des combats à Almaty et des rassemblements de masse dans les autres villes.

    Voici l’analyse, publiée sur leur canal Telegram, d’Anarchist Fighter, une plateforme anarchiste qui a observé les événements depuis la Russie :

    1) Intervention de l’OTSC. Toutes les sources relativement fiables parmi les kazakh·es y voient une intervention et une atteinte à leur souveraineté par « Big Brother ». Chaque heure de présence de ces forces dans le pays amplifie le mécontentement et la colère ;

    2) La règle autoritaire n’a pas disparu. Le président Tokayev a concentré encore plus de pouvoir entre ses mains, a fait intervenir des armées étrangères, a ordonné à ses troupes de « tirer sans sommation »… Mais les kazakh·es ne sont pas résigné·es par la brutalité gouvernementale. Elle ne les arrête pas, et le mécontentement à l’égard du gouvernement ne disparaît pas.

    3) Les crises économiques ne cesseront pas sans réformes fondamentales en faveur de la justice sociale. Ce qui est actuellement mis en œuvre n’est essentiellement qu’un report de l’augmentation des prix. Aucune mesure pour combattre la pauvreté et diminuer les inégalités n’est promise par les autorités. Par conséquent, le mécontentement qu’ils ont créé ne s’apaisera pas.

    [​IMG]
    Au XXIème siècle, l’ordre social dominant ne se maintient que par l’exercice toujours plus intense de la force brute.

    “Wahhabites, Terroristes, Manifestant⋅es”—Désinformation sur le soulèvement
    D’après le podcast d’avtonom.org, “Trends of order and chaos,”

    Les autorités kazakhes font tout ce qu’elles peuvent pour sauver la face et construire leur propre version de la réalité. L’opération punitive est appelée « contre-terrorisme », comme si le terme « terroriste » pouvait désigner toute personne s’opposant aux autorités par des moyens violents. Les gens en rébellion sont qualifiés de « militants et bandits [qui doivent] être tués », et la cause du soulèvement est censée être à chercher dans « les médias libres et les personnalités étrangères », selon les mots de Tokayev lui-même. Nous assistons au déploiement d’une propagande quasiment en direct. Quiconque refuse de croire que le noir est blanc et que la guerre c’est la paix finira au poteau. Après tout, personne ne plaint les « terroristes », et c’est une logique que les dictateurs post-soviétiques connaissent par cœur.

    Depuis le début des affrontements les médias, qu’ils soient kazakhs ou étrangers, ont souvent affirmé savoir qui étaient les protestataires. Les qualificatifs ont varié de « manifestants » à « jeunes agressifs » en passant par « maraudeurs » jusqu’aux « brigades nationalistes », aux « 20 000 bandits qui attaquent Almaty » ou aux « terroristes islamiques ». S’il est vrai que de nombreux groupes et factions ont participé au soulèvement, c’est même plutôt logique puisque toute la société était représentée dans ce soulèvement, avec toutes les différences et les contradictions que cela implique. On peut facilement imaginer que des personnes très différentes ont participé aux actions contre le régime, y compris aux affrontements et aux pillages.

    D’après Anarchist Fighter:

    Le journaliste Maksim Kurnikov a apporté quelques éléments très intéressants dans le podcast d’Ekho Moskvy. Il a notamment remarqué que le motif « prendre des armes dans les magasins d’armes puis attaquer les forces de sécurité » n’est pas nouveau au Kazakhstan.

    Il s’est passé exactement la même chose dans la ville d’Aktobe en juin 2016 : plusieurs dizaines de jeunes hommes, divisés en plusieurs groupes, ont récupéré des armes dans deux magasins, se sont emparés de véhicules, et ont attaqué la Garde Nationale, qui les a vaincus. Les autorités kazakhes se sont montrées très confuses à propos de cette affaire. On ne sait toujours pas vraiment sur quoi se repose leur affirmation d’une « connexion islamiste ».

    Kurnikov parle également de gardes paramilitaires dans des raffineries illégales dans l’Ouest du Kazakhstan, composées de villageois locaux, péjorativement appelés “mambets” (fermiers collectifs) par les citadins kazakhs. Ces groupes se sont aussi parfois engagés dans des affrontements armés avec la police.

    Qu’est-ce que tout cela nous dit ? Bien sûr, que les mots du président Tokayev à propos de « groupes terroristes soigneusement formés à l’étranger » relèvent de la pure propagande et très certainement du mensonge grossier. Il semble également très peu probable que ces cellules armées, capable de prendre le contrôle des institutions de sécurité et des arsenaux, prennent soudain sous la forme d’une foule hétéroclite. En outre, nous n’avons aucune preuve de l’implication de groupes islamistes ou nationalistes dans les événements d’Almaty. Cependant, en principe, de tels groupes existent bel et bien dans la société kazakhe. Il est probable que les personnes engagées dans les affrontements directs avec les forces de sécurité comprenaient à la fois des membres de tels groupes, et des manifestant⋅es spontanément auto-organisé⋅es. On peut faire l’analogie avec le mouvement autour de la place Maidan en 2014 i.e., les manifestations à Kiev], pendant lequel la défense était organisée à la fois spontanément par la foule, et au travers de la participation de groupes organisés qui s’y sont joints.

    Les allégations concernant la participation de groupes islamistes fondamentalistes aux événements peuvent être vraies, dans une certaine mesure. Mais il est également certain que les autorités utilisent toute information les concernant pour discréditer tous les autres groupes et individus impliqués dans le soulèvement. Le désespoir économique et les persécutions politiques et sociales conduisent parfois au fondamentalisme, comme à d’autres formes de radicalisme.

    Selon Anarchist Fighter:

    « La question de l’équilibre réel des forces parmi les acteurs non-étatiques reste urgente :

    Le journaliste d’opposition Lukpan Akhmedyarov a exprimé sur la radio Ekho Moskvy sa conviction que les attaques armées contre les autorités à Almaty étaient l’œuvre des agents de Nazarbayev. Les arguments qui fondent sa conviction ne sont pas très clairs.

    Il faut dire qu’Akhmedyarov a remarqué à Uralsk – la ville dont il est originaire – sur la place à côté des manifestant⋅es, un groupes de plusieurs dizaines de personnes organisées et appelant à un assaut sur l’Akimat. Un petit groupe d’« instigateurs habillés à l’identique » a été également remarqué à Kostanai.

    De quoi s’agit-il ? Une force rebelle organisée dans l’ombre, des groupes criminels, ou des provocateurs appuyés par les services d’État ? Ou peut-être une fiction « non-violente », qui chercherait à immédiatement étiqueter celles et ceux qui pratiquent l’action directe comme des agents de l’État ? Il n’y a pour l’instant pas de réponse certaine.

    Une chose est sûre : la division des manifestant⋅es entre « pacifistes » et « terroristes » est une déformation de la réalité. Même avant les événements à Almaty, on pouvait voir des clips en provenance de la même ville d’Uralsk, dans lesquels les manifestant⋅es libéraient courageusement des personnes arrêtées par la police.

    Permettons nous un truisme : oui c’est vrai, une protestation radicale « violente » ne garantit pas du tout le succès, ni n’immunise contre les provocations d’état. Mais dans notre réalité autoritaire, une protestation purement « non-violente » est condamnée par avance. « Vous avez été entendu⋅es, nous allons régler le problème et nous allons emprisonner les plus violente⋅es d’entre vous » est la réponse systématique du pouvoir en Russie, en Biélorussie, au Kazakhstan….

    Les différentes rumeurs sur les conflits internes dans la structure du pouvoir au Kazakhstan et les spéculations à propos des manœuvres géopolitiques en jeu dans le soulèvement pourraient bien être toutes vraies. Mais leur donner une place centrale dans l’explication de ce qui est en train de se passer au Kazakhstan est un choix politique : le choix de nier l’agentivité des innombrables personnes « ordinaires » qui ont participé au soulèvement pour leurs propres raisons. Comme dans toute théorie conspirationniste, cela suppose que les seules personnes qui peuvent avoir un effet sur la situation sont des hommes et femmes de pouvoir agissant dans l’ombre ; cela sert également à détourner l’attention des choses évidentes, que tout le monde sait, comme le fait que l’élite politique kazakhe profite de l’expertise de tous et toutes..

    Rumeurs et spéculation servent à influencer les événements et la façon dont nous les comprenons et nous y engageons. Vraie ou pas, chacune de ses interventions sert à concentrer l’attention sur certaines figures, et à diffuser un certain nombre d’assertions sur la façon dont le monde fonctionne. Si ces théories conspirationnistes jettent suffisamment le doute sur les participant⋅es au soulèvement pour empêcher les gens de soutenir celles et ceux qui se lèvent contre l’exploitation économique et la domination politique, alors elles auront atteint leur objectif : faire en sorte que tout le monde, partout, reste dépendant⋅e des élites politiques.

    [​IMG]
    Un trône, après le pillage de la résidence du président à Almaty.

    Tokayev lui-même n’a pas hésité à propager les histoires les plus surprenantes, affirmant que les terroristes internationaux qui auraient dirigé les révoltes ne pourraient pas être identifiés car leurs corps auraient été volés dans les morgues. Selon Anarchist Fighter :

    « Il s’avère que les terroristes ne peuvent pas être montré⋅es au public, même mort⋅es. Leur compagnon·nes d’armes ont kidnappé les mort·es directement dans les morgues !

    Et le pire est que les autorités kazakhes déclarent ouvertement, sans honte, que les manifestant⋅es radica⋅les se déguisent en policiers et en soldats (!!!) Maintenant, n’importe quelle atrocité peut être attribuée aux révolutionnaires eux-mêmes. Peut-être que les manifestant⋅es se sont en fait fait tirer dessus par « les déguisé⋅es » ? Et si maintenant il s’avère que les enfants et les journalistes se font fait tirer dessus par des hommes en uniforme, alors vous le saviez déjà : bien sûr, il s’agissait d’« émeutier⋅es » déguisé⋅es et pas des bourreaux des forces spéciales de Tokayev.

    Au delà de poser la question de qui participe au soulèvement, il faut se demander qui bénéficie de la répression. Comme l’a formulé quelqu’un⋅e dans un commentaire,

    Poutine n’est pas un nationaliste mais un garant. Il garantit la sécurité des élites post-soviétiques et la sûreté de leurs propriétés. Il ne la garantissait auparavant que dans la Fédération de Russie, mais il semble aussi faire la même chose au Kazakhstan désormais . Après tout, le capital russe est aussi présent là-bas.

    Regardez la liste Forbes pour le Kazakhstan. Les vrais bénéficiaires des opérations de maintien de la paix y sont listés. La liste est d’ailleurs internationale.

    Les deux premières places sont occupées par des homonymes kazakhs d’origine coréenne, Vladimir Kim et Vyacheslav Kim. Le premier est l’actionnaire majoritaire de KAZ Minerals, une “société britannique de cuivre”, selon Wikipedia. En 2021, sa fortune a augmenté de 600 millions de dollars. Le second Kim possède, avec la société d’investissement russe Baring Vostok, une des principales banques kazakhes, la Kaspi Bank, également côtée à Londres et qui a connu une croissance impressionnante, malgré la pandémie. En troisième place, j’ai été surpris⋅e de trouver un citoyen de Géorgie, Lomatdze, qui est également co-propriétaire et gestionnaire de la Kaspi Bank.

    Vient ensuite un certain Bulat Utemuratov, qui s’est spécialisé dans le commerce international lors de sa participation au gouvernement Nazarbayev dans les années 90. Il possède ForteBank, dont le chiffre d’affaire net de 2020 « s’est élevé à 53,2 milliards de tenges »(121 millions de dollars), ainsi que des intérêts majeurs chez les principaux opérateurs mobiles, 65 % de la compagnie minière RG Gold et tout un tas d’autres actifs, dont une franchise Burger King et les hôtels « Ritz-Carlton à Nur-Sultan, Vienne et Moscou »…

    Les cinquièmes et sixièmes places sont partagées par la fille et le gendre de Nazarbayev. Le gendre, Timur Kulibayev, détient « la majorité des parts dans la société Singapore’s Steppe Capital Pte Ltd », qui possède la société « néerlandaise » KazStroyService Infrastructure BV et Asset Minerals Holdings (Caspi Neft JSC, 50% de Kazazot JSC).

    Dinara Kulibayeva, la fille de Nazarbayev, possède avec son mari la Halyk Bank of Kazakhstan – dont « la capitalisation boursière a atteint 3,1 milliards de livres (4,3 millions de dollars). » En septième position on trouve Timur Turlov, un spéculateur financier russe, fondateur de la « Société américaine d’investissement » Freedom Holding Corp. « D’après les déclarations financières de la compagnie, ses actifs ont triplé en 2020 pour atteindre 1,47 milliards de dollars (432,5 millions en 2019), ses fonds propres ont presque doublé jusqu’à 225,5 millions de dollars (131,3 millions en 2019), son bénéfice net a été multiplié par 10 pour atteindre 42,3 millions de dollars (4 millions en 2019). »

    Et ainsi de suite.

    Et de l’autre côté de la barricade, on retrouve tout·es celles et ceux qui travaillent pour ce beau monde[en français dans le texte] pour 300 dollars par mois (salaire médian approximatif au Kazakhstan), extraient des minerais pour les compagnies « britanniques » ou « singapouriennes » ou travaillent pour leurs concitoyen·nes dans le secteur des services, qui appartient lui aussi aux personnes citées dans la liste ; ou celles et ceux qui n’ont pas trouvé de travail du tout dans les grandes et moyennes entreprises, et dont les revenus ne peuvent être que supposés (sans soute plus bas que le salaire médian). Les travailleur·ses, concentré⋅es autour des entreprises, demandent des garanties sociales (baisse des prix des services publics, soins médicaux gratuits, hausse des salaires, etc. ). Celles et ceux qui ne travaillent pas du tout essaient simplement d’obtenir ce qu’il leur faut en brisant les vitrines des magasins et des banques et en en pillant le contenu.

    Étant donné que les travailleur·ses sont certain·es d’être éjecté·es dès que la pression retombera, leurs actions ne peuvent pas décemment être qualifiées d’injustes ou d’irrationnelles.

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    Le centre-ville d’Almaty le 5 janvier; photographie de Zhanabergen Talgat.

    Un printemps retardé depuis trente ans
    Encore une fois, d’après le podcast d’avtonom.org, « Trends of order and chaos, » :

    « Les autorités kazakhes et le président Tokayev n’avaient pas confiance dans leurs propres structures gouvernementales et policières. La police et l’armée avaient déjà commencé à se ranger du côté des rebelles, et il était évident que toutes sortes de scénarios étaient possibles. Dans ces circonstances, Tokayev a opté pour la solution la plus extrême – en appeler aux forces punitives d’autres pays. C’était un suicide politique : il admettait en fait être en guerre contre son propre peuple et même contre son propre appareil d’État. »

    La situation au Kazakhstan a dégénéré très rapidement – et pas seulement les manifestations, mais aussi la brutalité avec laquelle elles ont été réprimées. Les affrontements dans les rues sont la conséquence de décennies de mise à l’épreuve de la patience des Kazakh·es. La société kazakhe a déjà connu des combats et des fusillades dans les rues – en 1986, quand le gouvernement de Mikhail Gorbachev a réprimé un soulèvement à Almaty, en perpétrant un massacre1, et en 2011, quand la police avait fait feu sur des travailleur·ses en grève à Zhanaozen , et avait tué plusieurs dizaines de personnes.

    Lorsque les premières nouvelles de l’intervention militaire intérieure sont tombées, cela n’a pas semblé porter un coup important au soulèvement. Les combats n’ont pas cessé pour autant – ils se sont même intensifiés. On a pu voir des vidéos de soldats désarmés dans la foule, acclamés pour avoir changé de camp.

    Puis Internet a été coupé. Officiellement, la coupure avait pour but « d’empêcher les terroristes de divers pays qui combattent à Almaty de communiquer avec leurs quartiers-généraux. » A cause de cela, un manque crucial d’informations en provenance des lieux où le soulèvement se déroulait s’est fait sentir, ce qui a facilité la déformation des événements. À une époque où tout est filmé, photographié, mis en ligne et partagé, couper un soulèvement social de ses moyens de communication permet de l’effacer de la réalité, et d’ouvrir un espace dans lequel les contrevérités peuvent prospérer.

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    La police anti-émeute filme les combats au Kazakhstan depuis leur poste d’observation. La guerre de l’information a toujours lieu sur un champ de bataille inégal.

    Pourtant l’un des événements les plus importants a eu lieu à la vue de tous et toutes : l’intervention de l’OTSC. Elle a soulevé de nombreuses contradictions à la fois. Officiellement qualifiée d’« aide au maintien de la paix par l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) », l’intervention a mobilisé un contingent de 200 soldats arméniens et tadjiks, 500 soldats biélorusses (où le dictateur Lukashenko a lui aussi récemment réprimé un soulèvement), un nombre indéterminé de soldats kirghizes et 3000 soldats russes. Il n’est pas anodin de remarquer que les parachutistes russes qui ont été déplacés au Kazakhstan sont commandés par Anatoliy Serdyukov, qui a l’expérience des guerres de Tchétchénie, de l’annexion de la Crimée et de la guerre en Syrie. L’impérialisme russe en pleine démonstration.

    Au Kazakhstan, le régime s’efforce de rester au pouvoir par tous les moyens nécessaires, quitte à inviter les dictatures voisines à envahir le pays. Pour les Kazakh·es, cela devrait signer la fin définitive de toute légitimité qu’iels pouvaient encore accorder à Tokayev. Tout le monde dans la région peut constater que l’OTSC incarne l’unité des gouvernements contre leurs peuples.

    Selon avtonom.org:

    « Un président qui appelle les gens de son propre pays des « groupes terroristes » constitue un nadir 2, même selon les standards des « républiques » autoritaires post-soviétiques.

    Dans les faits, il s’agit d’une invasion par un autre pays, effectuée au bénéfice d’autorités qui ont perdu la confiance de leur population. Cela peut conduire à la perpétuation du scénario de la « Russie prison des nations » et s’inscrit dans la continuité de la répression des révolutions hongroises de 1848 et 1956, des chars dans les rues de Prague en 1968, et de l’invasion de l’Afghanistan en 1979. »

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    La carcasse calcinée d’un véhicule militaire à Almaty, photographiée le 7 janvier. Aucun gouvernement n’est invincible, pas même le plus puissant empire.

    De Zhanaozen à Almaty : Se souvenir des mort·es
    Dans Anarchist Fighter:

    « Le soulèvement actuel au Kazakhstan a commencé par des manifestations à Zhanaozen. La ville où, en décembre 2011, les autorités avaient fait feu sur des travailleur·ses du pétrole en grève. La tragédie de Zhanaozen a laissé sa marque sur la culture protestataire au Kazakhstan. Les gens ont honoré la mémoire des mort·es. Le devoir des vivant·es était de continuer le travail de celles et ceux qui étaient tombé·es.

    Et en janvier 2022, Zhanaozen s’est à nouveau soulevée. La première ville du pays, un exemple pour toutes les autres. La raison officielle des manifestations était l’augmentation des prix du gaz et des denrées alimentaires. Mais, comme l’avait relevé Mikhaïl Bakounine, un simple mécontentement vis-à-vis de la situation matérielle ne suffit pas à une révolution, une idée mobilisatrice est nécessaire. Au Kazakhstan, c’est notamment la loyauté aux combattant·es tué·es en 2011 qui a joué ce rôle. Les travailleur·ses tombé·es sous les balles ne verront jamais le monde qu’iels avaient rêvé, mais la mort au nom de ce rêve est devenu un testament pour que les vivant·es continuent leur lutte. Et il n’y a donc plus de retour en arrière pour les rebelles du Kazakhstan.

    La culture de la rébellion kazakhe a beaucoup à nous apprendre. Nous aussi devons conserver la mémoire des martyrs du mouvement de libération en Russie et en Biélorussie. La mémoire de Michael Zhlobitsky, Andrey Zeltzer, Roman Bondarenko et des autres héros. Ils sont morts pour nous rendre plus courageu·ses et plus fort·es, et nous avons une dette envers eux. Nous devons raconter comment ils vivaient et la raison pour laquelle ils ont donné leur vie. Comme le montrent les événements au Kazakhstan, les martyrs sont capables de nous pousser à la révolte. »

    CrimethInc. : Kazakhstan : après le soulèvement : Récits de témoins à Almaty ; Analyse d’anarchistes russes
     
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