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Renzo Novatore: Trois textes

Discussion dans 'Bibliothèque anarchiste' créé par Marc poïk, 6 Octobre 2017.

  1. Marc poïk
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    Trois textes de Renzo Novatore



    "Hurlement de liberté au royaume des fantômes" (1921)



    Le monde est une église pestifère et bourbeuse où tous sont tenus d'adorer une idole à la façon d'un fétiche et où s'élève un autel sur lequel ils doivent se sacrifier. Même ceux qui allumèrent le bûcher iconoclaste destiné à incendier la croix sur laquelle pendait, cloué, l'homme-dieu, même ceux-là n'ont pas encore compris ni l'appel de la vie ni le hurlement de la liberté.



    Après que le Christ, du fond de sa légende, eût craché sur la face de l'homme le plus sanglant des outrages en l'incitant à se renier pour s'approcher de Dieu - se présenta la Révolution française qui, ô féroce ironie, renouvela le même appel en proclamant les Droits de l'Homme.



    Selon le Christ et la Révolution française l'homme est imparfait. La croix du Christ symbolise possibilité de devenir homme ; les "Droits de l'Homme" symbolisent absolument la même chose. Pour atteindre la véritable perfection, il importe, selon le premier, de se diviniser, pour les seconds de s'humaniser.



    Mais le Christ et la Révolution française sont d'accord pour proclamer l'imperfection de l'homme-individu, du Moi réel, en affirmant que c'est seulement à travers la réalisation de l'idéal que l'homme peut atteindre aux cimes magiques de la perfection.



    Le Christ te dit: "Si tu gravis patiemment le calvaire désolé et t'y fais clouer sur la croix, devenant mon image, l'image de l'homme-dicu, tu seras une créature parfaite, digne de t'asseoir à la droite de mon père qui est dans le royaume des cieux." Et la Révolution française te dit : "J'ai proclamé les Droits de l'Homme; si tu entres dévotement dans le cloître symbolique de l'humaine justice sociale, pour te sublimer et t'humaniser par la grâce des règles morales de la vie sociale, tu seras un citoyen et je t'octroierai tes droits et te proclamerai homme." Mais qui oserait jeter aux flammes la croix où pend, cloué, l'homme-dieu, et ces tables où sont gauchement gravés les droits de l'homme, afin de pouvoir planter sur la masse vierge et granitique de la libre force, l'axe épicentrique de sa propre vie - cet homme-là serait un impie et un malfaiteur que menaceraient les crocs sanglants de deux sinistres fantômes: le divin et l'humain.



    A droite, les flammes sulfureuses et sempiternelles de l'enfer qui punit le péché, à gauche le sourd grincement de la guillotine qui condamne le crime.



    Le progrès (?), la civilisation (?), la religion (?), l'idéal ('?) ont enserré la vie dans un cercle mortel où les fantômes les plus répugnants ont établi leur règne fétide.



    L'heure d'en finir est venue. I1 faut rompre violemment le cercle et en sortir. Si les chimères des légendes divines ont terriblement influencé l'histoire humaine et si l'histoire humaine poursuit la mutilation de l'homme instinctif réel - eh bien! nous, nous nous rebellons! Ce n'est pas notre faute si des plaies symboliques du Christ ont giclé des gouttes purulentes sur le disque rouge de l'humanité pour y engendrer l'infecte pourriture civile qui proclama les Droits de l'Homme. Si les hommes veulent croupir dans les tanières systématiques de la putréfaction sociale (...), qu'ils s'en accommodent ! Nous ne ferons certes rien pour les libérer.



    Si je regarde autour de moi, j'ai envie de vomir. D'un côté, le savant en qui je dois croire pour ne pas être ignorant. De l'autre côté, le moraliste et le philosophe dont je dois accepter les commandements pour ne pas être une brute. Ensuite vient le Génie que je dois glorifier et le Héros devant lequel je dois m'incliner tout ému.



    Puis viennent le compagnon et l'ami, l'idéaliste et le matérialiste, l'athée et le croyant, et toute une autre infinité de singes définis et indéfinis qui m'accablent de leurs conseils et veulent, en fin de compte, me mettre sur la bonne voie. Parce que, bien entendu, le chemin que je suis est mauvais, Comme sont mauvais ma pensée, mes idées, moi tout entier. "Je suis un homme qui me suis trompé". Ces pauvres insensés sont tous pénétrés de l'idée que la vie les a désignés pour être des pontifes, officiant sur l'autel des plus grandes missions, car l'humanité est appelée a de grands destins.



    Ces pauvres et compatissants animaux, trompés par des menteurs idéaux et transfigurés par la démence, n'ont jamais pu comprendre le miracle tragique et joyeux de la vie, pas plus qu'ils ne se sont jamais aperçus que l'humanité n'est nullement appelée à un grand destin.



    S'ils avaient compris quoi que ce soit de tout ce qui précède, ils auraient au moins appris que leurs soi-disant semblables n'ont aucune envie de se briser l'épine dorsale pour franchir l'abîme qui les sépare l'un de l'autre.



    Mais je suis qui je suis, peu importe le reste.



    Et les coassements de ces bavards multicolores ne servent qu'à égayer ma noble et personnelle sagesse.



    N'entende/-vous pas - ô singes apostoliques de l'humanité et du devenir social - ce vrombissement qui bruit au-dessus de vos fantômes ?



    Écoutez., écoutez donc! C'est mon ricanement qui s'élève et se répercute, furibond, dans les hauteurs.



    Vertice

    Pour la défense de l'anarchisme héroïque et expropriateur (1922)



    "Le délit est la vigoureuse manifestation de la vie pleine, complète, exubérante, qui veut librement s'épandre et trépider au-delà de toute règle et de toute frontière, ne reconnaissant d'obstacles ni dans les personnes, ni dans les choses...



    Et c'est justement là le côté esthétique du délit, ce qui le rachète, l'ennoblit et l'élève, Jusqu'à la lumière pure et éclatante d'une vraie et authentique oeuvre d'art." (E. Brunetti)



    Quelques-uns - trop nombreux parmi les militants (mot impropre et anti-anarchiste que ce mot de militant) - et qui jouissent du privilège (pauvre et triste privilège) d'être considérés par le plus grand nombre - le plus grand nombre même dans notre camp, hélas! est souvent un troupeau - comme les seuls, les uniques, les vrais gardiens du feu divin qui brûle et crépite sur le mystique autel de la Vestale sacrée, de la Sainte-Anarchie, quelques-uns donc vont braillant depuis longtemps, depuis trop longtemps, que l'époque obscure de l'anarchisme héroïque est désormais, heureusement, dépassée; que le temps est finalement venu de ne plus se laisser dominer par les ombres troubles et tragiques d'Henry et de Ravachol, que la bande en automobile de Jules Bonnot et de ses compagnons réfractaires ne fut qu'une triste expression de la décadence anarchiste, assimilable à une certaine dégénération intellectuelle de la morale bourgeoise; que le vol n'est et ne peut être action anarchiste, mais bien plutôt un dérivé de la morale bourgeoise elle-même , que...



    Mais à quoi bon continuer? (...)



    Il y a, pour nous, trois raisons anarchistes qui militent pour la défense de l'acte terroriste et de l'expropriation individuelle.



    La première est d'ordre social, sentimental et humain et comprend le vol comme nécessité de conservation matérielle de cet individu qui, tout en ayant toutes les prédispositions de la bête, les sacrifie vite pour se soumettreaux lois sociales et auquel la société nie également les moyens les plus misérables pour une existence encore plus misérable.



    Pour cet individu, que la sadique et libidineuse société s'est amusée - à travers les jeux macabres de sa bestiale perversité - à pousser jusqu'aux derniers degrés de la dégradation humaine, Errico Malatesta lui-même -qui ne peut être accusé d'avoir de l'anarchisme un concept païen, dionysiaque, nietzschéen - admet que le vol, en plus d'un droit, peut être même un devoir.



    Mais, en vérité, pour admettre ce genre de vol, il me semble qu'il n'y aurait pas absolument besoin d'être anarchiste.



    De Victor Hugo à Zola, de Dostoïevski à Gorki, de Tourgueniev à Korolenko, toute une longue cohorte d'artistes et de poètes romantiques ou véristes, humanistes ou néo-chrétiens, ont admis, expliqué et justifié ce genre de vol. (...)



    (...) Le fameux juriste Cesare Beccario lui-même, après avoir reconnu que "les lois", dans l'état présent, ne sont que des privilèges odieux qui sanctionnent le tribut de tous à la domination de quelques-uns, affirme que "le vol n'est pas un délit congénital à l''homme, mais bien l'expression de la misère et du désespoir, le délit de cette partie la plus misérable des hommes, pour laquelle le droit de propriété ne concède qu'une cruelle existence".



    Sur cette première raison du vol, il n'y a donc, croyons-nous, aucun besoin de s'arrêter trop longtemps pour démontrer ce qui désormais n'a plus aucun besoin d'être démontré.



    Nous pouvons ajouter simplement que pour l'homme à qui la société nie le pain, si un délit existe, c'est bien celui de ne pas voler et de ne pas pouvoir voler.



    Je le sais, il n'y a encore que trop de reptiles malfaisants à apparence humaine, qui exaltent et chantent la "grande vertu" des "pauvres honnêtes". Ce furent eux, dit Oscar Wilde, qui traitèrent pour leur compte personnel avec l'ennemi, en vendant leurs droits d'aînesse pour un ignoble plat d'exécrables lentilles.



    Être pauvre - et "pauvre honnête" -signifie, pour nous, être les ennemis, et les ennemis les plus répugnants de toute forme dignité humaine et de toute élévation de sentiment.



    Que peut bien symboliser un "pauvre honnête", sinon la forme la plus dégradante de la dégénération humaine ?



    "Autre chose est la guerre. Je suis par nature batailleur. Assaillir est un de mes instincts", Ainsi parle Frédéric Nietzsche, le fort et sublime chantre de la volonté et de la beauté héroïque.



    Et la seconde raison anarchiste qui milite pour lad éfense de l'acte terroriste et de l'expropriation est une raison héroïque.



    C'est une raison héroïque qui comprend le vol comme arme de puissance et libération qui peut être employée seulement par cette minorité audacieuse d'êtres ardents qui, tout en appartenant à la classe des "prolétaires" discrédités, ont une nature vigoureuse et vaillante, riche de libre spiritualité et d'indépendance, qui ne peut accepter d'être enchaînée aux fers d'aucun esclavage, ni moral, ni social, ni intellectuel, et d'autant moins à cette servitude économique qui est la forme d'esclavage la plus dégradante, la plus mortifiante et la plus infâme, impossible à supporter quand dans les veines bat un sang sain, généreux et frémissant; quand dans l'âme gronde le tragique orage aux mille tempêtes; quand dans l'esprit crépite l'inextinguible feu de la rénovation perpétuelle; quand dans la fantaisie étincellent les images de mille mondes nouveaux; quand dans la chair et dans le coeur battent les ailes frémissantes des mille désirs insatisfaits; quand dans le cerveau brille l'héroïque pensée qui incendie et détruit tous les mensonges humains et les conventionnalismes sociaux.



    Et ce sont ces petites minorités exubérantes et audacieuses de nature dionysienne et apollonienne, tantôt sataniques et tantôt divines, toujours aristocratiques et inassimilables, méprisantes et antisociales, qui, embrasées par la flamme anarchiste, constituent les grands bûchers éternels où toute forme d'esclavage tombe en cendre et meurt.



    Ce furent de tout temps ces natures mystérieuses et énigmatiques, mais toujours anarchistes qui, volontairement ou involontairement, écrivirent en lettres de sang et de foi, de passion et d'amour, l'hymne glorieuse et triomphale de la révolte et de la désobéissance qui brise règles et lois, morales et formes, poussant la brute et pesante humanité toujours en avant, à travers l'obscur chemin des siècles, vers ce libre communisme humain dans lequel ils ne croient peut-être pas eux-mêmes-, ce furent toujours eux, les torches flambantes, qui jetèrent à travers les sombres ténèbres sociales la lumière phosphorescente d'une vie nouvelle; ce furent toujours eux les grands annonciateurs des tempêtes révolutionnaires qui bouleversèrent tout système social au sein duquel toute individualité virile se sent horriblement suffoquer. (...)



    (...) Outre les deux raisons énumérées, une troisième raison d'ordre supérieur milite pour la défense de l'anarchisme héroïque et expropriateur: une raison esthétique! (...)



    (...) Puisque entre le délit et l'intellectualité, il n'y a aucune incompatibilité, dit Oscar Wilde, il est logique que le "délit anarchiste" ne peut et ne doit être considéré par personne que comme un délit d'ordre supérieur. Matière et propriété de l'art tragique, et non pas "chronique noire" pour rassasier les avides et monstrueux appétits de la foule grossière et bestiale fatalement égarée.



    "Si j'avais commis un délit, s'écrie Wolfgang Goethe, ce délit ne mériterait plus ce nom ". Et Conrad Brand, dans Plus que l'amour : "Si cela est pour moi un délit, que toutes les vertus du monde s'agenouillent devant mon délit. "



    Comme le poète allemand et le héros de D'Annunzio, ainsi s'exclame l'anarchiste. Car l'anarchiste est un fils vigoureux de la vie, qui rachète le délit en exaltant - avec lui - sa Mère.



    Qu'importe si aujourd'hui, hier et demain, la morale -cette Circé maléfique et dominatrice - appelle, appela et appellera "péché", ".sacrilège", "délit" et "folie" l'héroïque manifestation de l'audacieux rebelle qui, décidé a s'élever au-dessus de tout ordre social cristallisé et au-dessus de toute frontière préétablie, veut affirmer - par sa propre puissance - l'effrénée liberté de son moi, pour chanter - à travers la tragique beauté du fait - l'anarchique et pleine grandeur de toute son individualité intégralement libérée de tout fantôme dogmatique et de tout faux conventionnalisme social et humain, créé par une plus fausse et répugnante morale devant laquelle seulement la peur et l'ignorance s'inclinent.



    Le Bien et le Mal, comme ils sont aujourd'hui valorisés par la foule et interprétés par le peuple et les dominateurs du peuple, sont de vides fantômes contre lesquels nous retournons, en pleine maturité de conscience, toute notre sacrilège irrévérence fortifiée d'implacable logique stirnérienne ainsi que du rire grondant, supérieur et serein du sage Zarathoustra.



    Sur les tables des nouvelles valeurs humaines nous sommes en train d'écrire avec notre sang - qui est sang volcanique d'Antéchrists dionysiens et innovateurs - un autre Bien et un autre Mal. (...)



    Finissons-en avec l'ignoble comédie de notre solidarité accordée seulement aux "innocents". Si les innocents la méritent, il y a des "coupables" qui la méritent encore plus que les innocents !



    "Coupable" doit être pour nous synonyme de meilleur.



    L'Adunata del Affrattari



    Faisons sauter la dernière arche ! (1919)



    L'individualisme anarchiste tel que nous l'entendons - et je dis nous parce que pensent ainsi une poignée de camarades non négligeable - est ennemi de toute école et de tout parti, de toute morale religieuse ou dogmatique, de même que de toute sottise plus ou moins académique.



    Toute forme de discipline, de règle et de pédanterie, répugne à la noblesse sincère de notre moi, inquiet, vagabond et rebelle.



    Notre logique est de n'en avoir aucune. Notre idéal est la négation catégori-que de tous les autres idéaux pour le triomphe maximum et suprême de la véritable vie réelle, instinctive, échevelée et joyeuse.



    Pour nous, la perfection n'est pas un songe, un idéal, une énigme, un mystère, un sphinx, niais une réalité gaillarde et puissante, lumineuse et palpitante. Tous les hommes sont parfaits en eux-mêmes. Seulement, il leur manque le courage héroïque de leur perfection. Du jour où l'homme a cru que la vie était un devoir, un apostolat, une mission, il a eu honte de sa propre puissance d'être vrai et, poursuivant des fantômes, il s'est renié lui-même et s'est éloigné du vrai. (...)



    Telle est la partie éthique de notre individualisme : ni mystique romantique, ni idéaliste monacal, ni moral, ni immoral, mais amoral, sauvage, furieux, guerrier, qui tient ses racines lumineuses voluptueusement affermies entre l'involucre phosphorescent de la nature païenne et son feuillage verdoyant, reposant, sur la bouche purpurine de la vie vierge.



    A toute forme de société qui voudrait imposer renoncement et douleur artificielle à notre Moi anarchiste et rebelle, assoiffé d'expansion libre et trépidante, nous répondrons avec un hurlement strident et sacrilège de dynamite.



    A tous ces démagogues de la politique et de la philosophie qui portent en leur poche un système tout fait, hypothéquant un lambeau d'avenir, nous répondons avec Bakounine : "Vous êtes des ânes et des impuissants"; tout devoir qui nous sera imposé, nous le foulerons furieusement sous nos pieds sacrilèges.



    Tout noir fantôme qui sera dressé devant nos pupilles avides de lumière, nous l'éteindrons de nos mains profanatrices et libérées des préjugés.



    Nous, les fils rebelles de cette humanité pourrie qui a enchaîné les hommes dans la fange dogmatique des superstitions sociales, nous ne nous ferons pas faute de porter notre frémissant coup de maillet sur les maillons rouillés de l'odieuse chaîne.



    Nous sommes donc, individualistes anarchistes, pour la révolution sociale, mais à notre façon, s'entend.



    La révolte de l'individu contre la société ne date pas de la révolte des foules contre les gouvernements. Lorsque les foules subissent les gouvernements, végétant dans la paix sainte et honteuse de leur propre résignation, l'individu anarchiste se dresse contre lit société, parce qu'entre elle et lui la guerre est éternelle et ne connaît pas de trêve, niais quand â un détour de l'histoire il croise la foule en révolte, il hisse son drapeau noir et, avec eux, lance sa dynamite.



    L'individualiste anarchiste s'avère dans la Révolution sociale, non un démagogue, mais un élément démolisseur, non un apôtre, mais une force vive, agissante, destructrice...



    Toutes les révolutions passées se sont révélées, en fin de compte, bourgeoises et conservatrices. Celle qui illumine le rouge horizon de notre époque si magnifiquement tragique s'achèvera en un féroce humanisme socialiste. Nous, anarchistes individualistes, nous pénétrerons dans la révolution sociale incités par notre besoin exclusif d'incendier, d'exciter les esprits. Pour que ne soit pas une nouvelle révolution, comme dit Stirner, celle qui s'approche, mais quelque chose d'autrement puissant, d'orgueilleux, ne respectant rien, sans honte, sans conscience, un crime surgissant avec ses éclairs zébrant l'horizon, quelque chose devant qui, lourd de pressentiments, le ciel s'obscurcisse et se taise. Écoutez Ibsen : "Je lie connais qu'une révolution - qui fut vraiment radicale- je fais allusion au Déluge. C'est la seule révolution vraiment sérieuse. En fin de compte, le Diable y perdit alors tous ses droits ; vous savez que Noé prit la dictature. Refaisons cette révolution d'une façon plus complète. Mais voici qu'apparaissent les hommes et en même temps les orateurs. Vous donc préparez l'eau pour l'inondation. Je fournirai le baril qui fera sauter l'arche... "



    Ou, comme la dictature s'indique, hélas, inévitable dans la sombre révolu-tion mondiale qui de l'Orient envoie ses livides éclairs sur notre fieffée pusilla-nimité, notre tâche ultime, à nous individualistes anarchistes, sera de faire sauter la dernière Arche à coups de bombes et le dernier dictateur à coups de Browning. La nouvelle société restaurée, nous retournerons en marge d'elle pour vivre notre vie dangereusement, notre vie de nobles criminels et d'audacieux pécheurs !



    Il Liberario

    1 De son vrai nom : Abele Rizzieri Ferrari.
     
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