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Recherche "La Grève des ventres" de Francis Ronsin

Discussion dans 'Recherche de livres' créé par Fanya, 26 Avril 2018.

  1. Fanya
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    FanyaMembre du forum Compte fermé Membre actif

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    L'auteur est historien et non anarchiste mais son livre "La Grève des ventres — Propagande néo-malthusienne et baisse de la natalité en France — 19e–20e siècles" (Editions Aubier, 1980) peut s'inscrire dans l'histoire des mouvements féministe et libertaire. Il est en partie consultable sur le site de la BNF...

    Sur le néomalthusianisme

    Néomalthusianisme — Wikipédia

    José Ardillo : Malthus et les libertaires
     
  3. ninaa
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  6. anarchiste, anarcho-féministe, , individualiste
    Juste pour info, Francis Ronsin vient de décéder.
    Toujours pas réussi à trouver son bouquin à télécharger...

    Ephéméride Anarchiste 27 mars

    [​IMG]

    Francis Ronsin en 2004 à Arrras

    Le 27 mars 1943, naissance de Francis RONSIN à Paris.
    Historien du mouvement néo-malthusien.
    En juin 1974, il obtient un Doctorat en histoire avec sa thèse sur les "Mouvements et courants néo-malthusiens en France", qu'il complètera en 1988 avec un Doctorat d'Etat ès Lettres et Sciences humaines : "Du divorce et de la séparation de corps en France au XIXème siècle". En 1982, il est assistant en histoire, et sera à partir de 1986 maître de conférences à l'Université de Paris VII Jussieu. En 1993, à Dijon, il devient Professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Bourgogne, poste qu'il occupera jusqu'à son départ en retraite en 2005.
    Il va, durant sa carrière universitaire, prendre part à divers colloques et expositions ayant pour thèmes le néo-mathusianisme, le mariage, le divorce, le suicide, la famille, la sexualité, la natalité ou encore ayant trait à des personnalités comme Jean Jaurès ou Madeleine Pelletier.
    Il est également l'initiateur du séminaire international de recherche sur "Socialisme et sexualité".
    Il est en outre l'auteur des essais : "La Grève des ventres - Propagande néo-malthusienne et baisse de la natalité en France XIXe-XXe siècles"(1980), "Le Contrat sentimental - Débats sur le mariage, l'amour, le divorce, de l'Ancien Régime à la Restauration"(1990), "La Guerre de l'oseille - Une lecture de la presse financière française 1938-1945" (2003).
    S'étant vu confier par Jeanne Humert le sort de ses archives, (qu'il déposera à l'Institut International d'Histoire Sociale (IISG) d'Amsterdam),
    celles-ci lui permettront d'écrire en collaboration avec Roger-Henri Guerrand l'ouvrage : "Jeanne Humbert et la lutte pour le contrôle des naissances" (réédition de l'ouvrage "Le sexe apprivoisé" publié en 1990).
    A signaler son entretien avec Jeanne Humbert dans le film de Bernard Baissat "Ecoutez Jeanne Humbert", son interview dans le n° 810 de janvier 1991 du "Monde Libertaire" à propos des pratiques de la contraception et de l'avortement en France au début du XXe siècle.
    En 2001, il participera aux rencontres de "Liber terre" à Bieuzy-les-Eaux (56), abordant le sujet de l'amour libre "Parlons-nous d'amour!".
    "Malthus (...) ne s'adressait qu'à la classe dirigeante alors que ses disciples néo-malthusiens, fortement influencés par les idées socialistes et libertaires, se tournaient vers la classe ouvrière et situaient leur combat dans le cadre de la révolution prolétarienne."
    In "La Grève des ventres".
     
  7. marestan toujours le même troll
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    marestan toujours le même trollMembre du forum Expulsé du forum Membre actif

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  8. anarchiste, autonome
    J'ai ce bouquin en papier. Pas mal du tout.

    fag m'avait fait lire "La Libre Maternité, 1896-1969" de son collègue Roger-Henri Guerrand, lui aussi décédé. Un peu dans la même optique mais nettement moins bon à mon avis. Téléchargeable sur Anarlivres.

    D'où tiens-tu cette info de décès ninaa ?
     
  9. ninaa
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    ninaa  Comité auto-gestion Membre actif

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  11. marestan toujours le même troll
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    marestan toujours le même trollMembre du forum Expulsé du forum Membre actif

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    Merci !
     
  13. Anarkia multicompte
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    Anarkia multicompteMembre du forum Expulsé du forum

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  14. libertaire, chaos/Nihiliste, individualiste, révolutionnaire, anti-fasciste, primitiviste
    CONTRACEPTION ET AVORTEMENT : LES PRATIQUES D'ANTAN

    Entretien avec Francis Ronsin

    [Le Monde Libertaire - N° 810 - 10 au 16 janvier 1991 - P. 4.]​

    [​IMG]

    Nous vous présentons cette semaine le 9e volet de notre dossier sur la contraception et l'avortement libres et gratuits.
    Avec Francis Ronsin, historien, nous évoquons la situation des femmes à la fin du siècle dernier et lors les premières décennies du XXe.

    * * *

    ML [Monde Libertaire] : Quelle est la situation juridique, en France, à la fin du XIXe siècle, en matière d'avortement et de contraception ?

    Francis Ronsin [FR] : L'avortement était interdit, bien sûr, comme dans tout le monde occidental depuis l'Antiquité, mais il y avait un vide juridique en ce qui concerne la contraception.

    ML : A quels moyens avait-on alors recours pour tenter d'éviter les naissances ?

    FR : On a tout d'abord une pratique, liée la misère sociale, qui a presque disparu, mais qui à l'époque a une grande importance : c'est l'infanticide. Infanticide pratiqué par des personnes isolées, désarmées. C'est, par exemple, le cas, en région parisienne, de jeunes filles placées comme domestiques et qui, enceintes - et souvent d'ailleurs du fait de leur patron ou du fils de leur patron - se retrouvent, pour cela, renvoyées et sans aucune relation à Paris. Elles se débrouillent alors toutes seules. Ce sont souvent leurs enfants que l'on retrouve dans les poubelles. On en trouve par moment presque un par jour. Là, c'est le degré de misère absolue.

    ML : Que se passe-t-il alors dans les autres milieux ?

    FR : Dans les milieux plus aisés, se sont formés de véritables réseaux d'infanticides. On peut lire régulièrement dans la presse des petites annonces proposant d'élever un enfant jusqu'à sa majorité, contre le versement d'une somme forfaitaire, d'ailleurs pas très élevée. Les parents perdant en principe tout contact avec le bébé, on imagine facilement que cet enfant une fois le capital versé, mourra dès les premiers froids !

    Ce sont des systèmes qui sont dénoncés couramment, sans pouvoir aller, faute de preuve, jusqu'à la répression.

    Les avortements demandent des contacts, des relations avec quelqu'un qui connaît une technique, ou à la limite qui prétend l'avoir acquise. Il y a bien sûr ces réseaux de faiseuses d'anges, de bonnes adresses qu'on se donne entre femmes, où que les hommes communiquent à leurs compagnes. Il y a également des publicités plus ou moins déguisées qui tournent généralement autour de formules permettant le retour des règles. Ce sont des potions, des propositions de consultation que bien des femmes savent traduire par des adresses d'avorteuses et d'avorteurs.

    Les recettes sont plus ou moins dangereuses, plus ou moins efficaces. Lorsqu'il s'agit de tisanes, ou de retenir sa respiration pendant un certain temps, il n'y a pas tellement de risques.

    Au contraire, le système le plus courant des sondes plus ou moins bien stérilisées, susceptibles de causer de très graves infections, que l'on tente de soigner dans la clandestinité est un procédé barbare et dangereux.

    ML : Quelles étaient les méthodes contraceptives ?

    FR : Les méthodes utilisées étaient des méthodes connues depuis l'Antiquité. De nombreux traités médicaux anciens mentionnent des recettes de contraception. La méthode signalée comme la plus courante est celle du retrait masculin. On a également recours aux lavements intimes féminins, aux préservatifs masculins (qui au XIXe siècle sont écologiques, puisque faits avec des intestins d'agneaux, et réutilisables !) et aux préservatifs féminins : éponges, houppettes, mouchoirs, enduits de produits censés avoir des vertus spermicides plus ou moins efficaces - le vinaigre, par exemple !

    Reste une inconnue : la fréquence du recours aux méthodes dites « contre-nature », dont on ne parle pour ainsi dire jamais dans les ouvrages traitant de contraception. Les auteurs d'ouvrages pornographiques ou érotiques, de chansons grivoises les décrivent pourtant fréquemment, ce qui prouve que la pratique pouvait être relativement courante. Il serait étonnant d'ailleurs que des gens n'aient pas vu le rapport entre la contraception et ces pratiques érotiques.

    ML : Quelle est l'origine du mouvement néo-malthusien, qui s'est battu pour améliorer ces pratiques ?

    FR : Le mouvement néo-malthusien français est un mouvement qui a une double origine. Une origine militante révolutionnaire très largement liée au courant libertaire. Avec une opposition de certaines tendances du courant, en particulier de certains communistes-anarchistes, qui ont alors un grand prestige. Ceux-ci repoussent le mouvement néo-malthusien, comme ils repoussent le syndicalisme, comme ils repoussent tout ce qui fait dévier de la pure spéculation sociale et qui est taxé par eux de réformisme. Le deuxième « père » de la pensée néo-malthusienne, c'est bien entendu Malthus. Père totalement trahi d'ailleurs. Malthus était pasteur, et s'il était favorable à la limitation des naissances dans les classes populaires, il s'agissait pour lui d'écarter le péril révolutionnaire. Les méthodes qu'il préconisait étaient les méthodes que sa morale pouvait approuver : mariage tardif, relations sexuelles espacées et limitées au cadre du mariage.

    Les néo-malthusiens, sous ces deux influences, vont faire un mélange « personnel ». Ils luttent pour la limitation des naissances dans les classes populaires, qui sont, il est vrai, les plus prolifiques, les moins éduquées, et font de la « procréation consciente » un encouragement à la libération sexuelle, à l'agitation révolutionnaire.

    ML : En quoi consiste leur discours ?

    FR : Ils ont une grande variété d'arguments, selon les publics à qui ils s'adressent. Face à des révolutionnaires, ils remarquent qu'un ouvrier ayant de nombreux enfants est rarement syndiqué, ne fait pas grève parce qu'il est pris à la gorge et qu'il est donc un esclave servile pour le patron.

    Lorsqu'ils s'adressent à des ouvriers peut-être moins conscients politiquement, ils leurs expliquent que - je reprends une de leurs formules - lorsque plusieurs ouvriers se pressent à la porte d'un patron pour avoir un emploi, les salaires baissent ; lorsque plusieurs patrons sont à la recherche d'un ouvrier, les salaires montent. L'avantage de l'ouvrier est d'avoir moins d'enfants.

    Ils s'adressent aussi aux parents, en leur expliquant que les enfants qui naîtront nombreux dans une famille défavorisée seront réduits à perpétuer leur misère et à devenir de la « chair à plaisir », de la « chair à travail », de la « chair à canon » à l'usage des bourgeois. Ils s'adressent à la société en disant qu'il vaut mieux employer des méthodes préventives peu dangereuses que des méthodes tardives : avortements et infanticides.

    Ce discours s'adresse très fréquemment aux femmes. Paul Robin, le précurseur du néo-malthusianisme en France, était un féministe et un grand ami des femmes. Sa vie privée est une suite de rencontres féminines et il a toujours été très attentif à tous les aspects de la condition et de la personnalité féminine (n'a-t-il pas été jusqu'à tenter la création d'un syndicat de prostituées ?). Dans sa définition des vertus d'une méthode contraceptive, il jugeait essentiel que les femmes puissent l'utiliser, la maîtriser elles-mêmes.

    Ce discours à l'adresse des femmes prend alors beaucoup d'importance dans le mouvement, parce que rapidement on prend conscience que c'est la un point décisif : il faut convaincre les femmes. C'est par les femmes que l'on pourra avancer.

    ML : Le mouvement néo-malthusien est-il suivi par le mouvement syndicaliste, particulièrement important à l'époque ?

    FR : Oui, il y a une très forte adhésion. Les dirigeants de la CGT, qui sont des anarcho-syndicalistes, participent à des meetings néo-malthusiens. La CGT imprime le même type de tracts et le même type de papillons gommés que collent les organisations néo-malthusiennes dans les lieux publics. Ce sont les mêmes, avec les mêmes textes, mais qui au lieu d'être signés « Régénération », par exemple, sont signés CGT. Des sections néo-malthusiennes sont fondées dans les Bourses du travail, avec des heures de réception, de visites.

    ML : Et dans d'autres courants, pacifistes, féministes... ?

    FR : L'adhésion est très forte également dans le courant pacifiste. Le néo-malthusianisme est foncièrement pacifiste. Il y a des féministes indifférentes, ou même hostiles car trop imprégnées de la morale traditionnelle ; toutefois de grandes personnalités de l'histoire du féminisme participeront à ce mouvement. Je pense à Gabrielle Petit, Nelly Roussel, à Madeleine Pelletier et à bien d'autres...

    ML : Quelle est la position des néo-malthusiens sur l'avortement ?

    FR : Il y a deux discours : le premier qui présente l'avortement comme une épreuve catastrophique pour bien des femmes, et qui défend l'idée que la contraception permet de l'éviter. Le second qui, à l'opposé, rapproche l'avortement d'une méthode contraceptive. Du fait de leur origine anarchiste, les militants ne demandent pas une bonne loi à la Chambre qu'ils considèrent comme une Chambre bourgeoise et qu'ils insultent régulièrement, mais l'arrêt de la répression. Ils relèvent donc systématiquement dans la presse les très fréquents faits divers relatant des tentatives d'avortements dramatiques. Ils suivent les procès et prennent systématiquement la défense des avortées et des avorteuses.

    ML : Quels sont les autres moyens de propagande utilisés ?

    FR : Les néo-malthusiens font des journaux, éditent des tracts, des brochures, des livres, donnent des consultations. Ils organisent des conférences, avec en général une partie théorique et une description pratique des méthodes contraceptives.

    ML : Comment les autorités réagissaient-elles ?

    FR : Les condamnations, amendes, emprisonnements ont commencé à pleuvoir sur les néo-malthusiens. Leur activité, avant 1920, n'est pas interdite, sauf à la comprendre comme pornographique. Aussi les peines qu'ils subissent sont liées aux « atteintes aux bonnes mœurs ». Très souvent, d'ailleurs, il s'agit de provocations menées par de puissantes ligues « pour la défense de la morale publique » ou « Alliance nationale pour l'accroissement de la population française ». En revanche, ils bénéficient en général du régime de la prison politique, ce qui est pour le moins curieux : être condamné pour outrage à la morale publique et se retrouvent au quartier politique de la Santé... La répression s'abat mais avec mauvaise conscience, mais la guerre de 1914, la propagande néo-malthusienne va être assimilée à une trahison nationale, puisqu'elle cherche à réduire le nombre de petits soldats. Elle va quasiment devoir s'interrompre. Après 1918, la volonté de réprimer devient féroce, d'autant qu'accède au pouvoir une Chambre d'extrême droite, la Chambre « bleue horizon ».

    Alors est votée la loi de 1920, qui interdit toute propagande en faveur de la limitation des naissances et toutes divulgations des procédés la permettant. Cela touche bien sûr la contraception, mais aussi l'avortement, la seule chose qui échappe à la loi, c'est le préservatif masculin, au nom de la lutte contre les maladies vénériennes. Il reste en vente, mais il est interdit de dire qu'il pourrait servir à limiter les naissances. On en est toujours là... L'avortement fait, de plus, l'objet d'une loi séparée en 1923. Jusque là il était considéré comme un crime et poursuivi en tant que tel en assises, devant des jurés. Or l'expérience avait prouvé que les jurés se montraient généralement compréhensifs. Après 1923, l'avortement ne sera donc plus un crime, mais un délit. Il sera ainsi poursuivi en correctionnelle, sans jury, mais avec un juge professionnel qui est incité à se montrer féroce. Les peines vont être très lourdes et tomber systématiquement. On va s'acharner sur les avortées et les avorteuses. Sous le gouvernement Vichy, elles seront passibles de la guillotine. Les néo-malthusiens, pour continuer leur lutte dans ces conditions particulièrement répressives, vont devoir redoubler d'imagination et de vigilance... Le plus actif, disciple de Paul Robin, Eugène Humbert, est pourtant mort en prison.

    Propos recueillis par Nathalie Brémand

    FRANCIS RONSIN
    Il est maître de conférences à l'université Paris VII-Jussieu. Il est l'auteur de La Grève des ventres, propagande néo-malthusienne et baisse de la natalité en France (XIXe et XXe siècles), édition Aubier, 1980. Et avec Roger-Henri Guerrand, il vient de publier aux éditions La Découverte, en 1990 : Le Sexe apprivoisé, Jeanne Humbert et le contrôle des naissances. Ces ouvrages sont en vente à la librairie du Monde Libertaire.

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  15. Anarkia multicompte
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    Anarkia multicompteMembre du forum Expulsé du forum

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  16. libertaire, chaos/Nihiliste, individualiste, révolutionnaire, anti-fasciste, primitiviste
    ANARCHISTES ET NÉO-MALTHUSIANISME

    (Extrait de Francis Ronsin, « La classe ouvrière et le néo-malthusianisme : l'exemple français avant 1914 », Le Mouvement Social N° 106, Janvier-Mars 1979.)


    Le néo-malthusianisme est ainsi condamné de façon quasi unanime par les anarchistes « purs et durs » : « les communistes ». Dès 1877, Paul Robin, fraîchement converti, devait être surpris par l'incompréhension, et même l'opposition, qu'il rencontra auprès de James Guillaume, Pierre Kropotkine et des compagnons réunis pour le congrès libertaire de Saint-Imier. L'opposition des grands théoriciens du communisme libertaire à la loi de la population ne devait jamais faiblir. Si Kropotkine considérait l'action de Paul Robin comme une trahison de la révolution, le jugement d'Elisée Reclus n'était guère moins sévère : « Elisée Reclus que j'ai aimé et vénéré pendant trente-cinq ans, appelle dans un journal brésilien, L'Aurora, notre propagande une grande mystification » (8). Quant à Jean Grave, il qualifiait ainsi le néo-malthusianisme : « c'est la doctrine la plus réactionnaire que je connaisse » (9) et il s'employa périodiquement à rappeler cette condamnation dans son journal Les Temps nouveaux. Cependant, bien des disciples de Kropotkine, Reclus et Grave étaient loin de partager leur rigueur dogmatique. A côté de Paul Robin, Léon Marinont, qui fut le premier administrateur-gérant de Régénération, se voulait également communiste avant d'adhérer au Parti socialiste unifié. Quant à Eugène Humbert il ne connut également le néo-malthusianisme qu'après avoir été gagné au communisme libertaire par un camarade de travail, Lapique, qui était à Nancy, où il résidait alors, le correspondant de Jean Grave et le dépositaire de La Révolte.

    Le néo-malthusianisme devait, en revanche, rencontrer un accueil beaucoup plus favorable auprès des anarchistes groupés autour du Libertaire. Dès 1900, Antignac y écrit deux articles favorables à Robin et à sa Ligue et se charge de la propagande directe auprès des anarchistes de Bordeaux. Puis Urbain Gohier est gagné à son tour (10).

    Les arguments favorables et défavorables aux néo-malthusiens vont, pendant plusieurs années, alterner au sein des colonnes du Libertaire, jusqu'à ce que, dans le courant de l'automne 1903, soit réalisée une conversion d'une importance considérable : celle de Sébastien Faure. Paul Robin avait tenté à plusieurs reprises de gagner Sébastien Faure à ses idées. Sans y être réellement hostile, celui-ci était, pour le moins, très sceptique. L'enthousiasme du jeune militant anarchiste qu'était alors Eugène Humbert lui donna semble-t-il à réfléchir. Il accepta d'étudier avec beaucoup plus d'attention le problème de la population et, après plusieurs visites d'Humbert, adhéra au néo-malthusianisme.

    Sébastien Faure était alors une des figures les plus prestigieuses du mouvement ouvrier. Orateur prodigieux, il faisait se déplacer et se passionner les foules, la dizaine de grandes conférences néo-malthusiennes au cours desquelles il devait prendre la parole connurent toutes un succès spectaculaire.

    Bien qu'elle ait été, en définitive, totale, la conversion du Libertaire aux thèses néo-malthusiennes fut très progressive. Ainsi, en 1904, alors que la parution du livre de Gabriel Giroud, Population et subsistance, relance la polémique dans les milieux anarchistes et qu'elle suscite de violentes critiques de la part de Jean Grave et d'Elisée Reclus, la controverse occupe six numéros successifs du Libertaire, au cours desquels Jeanne Dubois, Eugène Humbert et Paul Robin s'efforcent de répondre aux attaques de Victor Méric et de Francis et Georges Paul. Puis, Victor Méric fut convaincu à son tour, ainsi que Louis Matha qui assurait la direction du Libertaire en remplacement de Sébastien Faure (11) trop occupé par son activité de tribun et l'organisation de la « Ruche », le pensionnat libertaire qu'il avait fondé en 1901. Le Libertaire devint alors franchement néo-malthusien, à tel point que Matha envisagea en 1908, en profitant de la disponibilité forcée de Paul Robin, de faire du néo-malthusianisme la nouvelle base théorique du journal et qu'il organisa, avec son amie Louise Sylvette, l'un des réseaux de vente de brochure antinatalistes et d'objets de préservation sexuelle le plus prospère.

    Chez les individualistes, la seule opposition sérieuse fut celle de Libertad ; celui-ci cependant, comme il devait s'en expliquer au cours d'une conférence organisée par la Chambre syndicale des ouvriers graveurs et ciseleurs sur métaux (CGT) le 26 août 1904, condamnait uniquement le néo-malthusianisme du point de vue social : avec Elisée Reclus, il estimait que la terre pouvait produire suffisamment pour nourrir tous ses habitants ; en revanche, il admettait le néomalthusianisme du point de vue « individuel », ce qui, chez un individualiste, revêt une certaine importance.

    L'équipe rédactionnelle du Malthusien se trouva d'ailleurs presque uniquement composée d'anarchistes individualistes : Albert Lecomte, Edmond Potier, Manuel Devaldès, Armand se voulaient « anarchistes individualistes » pratiquant « l'éducationnisme » :

    La misère, la souffrance, l'oppression qu'ils aperçoivent autour d'eux, suffit, après réflexion, à leur faire remarquer que moins un être humain a de charge, plus il est indépendant de ceux qui l'exploitent et le dominent [...]. La fécondation irréfléchie ravale la femme au rang d'une pondeuse et fait de l'homme qui accepte les charges de la paternité une bête de somme (12).

    De leur côté, Marestan et Lorulot se livraient au même combat de façon « individuelle » : Jean Marestan, par la publication de son livre L'Education sexuelle, qui se vendit à près de 150 000 exemplaires et par les dizaines de conférences qu'il prononça, Lorulot, en développant les thèses néo-malthusiennes dans les journaux qu'il dirigea (L'Anarchie puis L'Idée libre) et en organisant, à l'exemple de Matha, son propre réseau de vente de préservatifs.

    Opposition des communistes, adhésion des individualistes... L'on ne saurait cependant juger de l'attitude du courant anarchiste envers le néo-malthusianisme par la seule étude des prises de position de ses « vedettes » et de ses journaux les plus importants. L'anarchie c'est alors, également, une multitude de petits groupes et d'individus isolés, de petites feuilles à parution plus ou moins régulière et brève, qui, à en croire les malthusiens, donnent de multiples preuves de leur solidarité. Mais l'anarchie est surtout un courant de pensée, certainement le plus puissant de ceux qui traversent le mouvement ouvrier de cette époque ; il domine le syndicalisme et exerce même une influence profonde sur un bon nombre de militants du Parti socialiste.

    Francis RONSIN

    Extrait de « La classe ouvrière et le néo-malthusianisme : l'exemple français avant 1914 », Le Mouvement Social N° 106, Janvier-Mars 1979, pp. 92-94.

    NOTES

    (8) Paul Robin, dans Régénération de juin 1905.
    (9) Le Syndicalisme dans l'évolution sociale (1908). Il faut signaler que, dans le même texte, Jean Grave condamne également d'autres hérésies du mouvement libertaire : « l'éducationnisme », le syndicalisme et l'antimilitarisme.
    (10) Ecrivain de talent, mais journaliste professionnel, Urbain Gohier devra souvent faire le silence sur ses convictions néo-malthusiennes : ainsi à L'Aurore.
    (11) Le Libertaire avait été fondé en 1895 par Sébastien Faure et Louise Michel.
    (12) ARMAND, « Le malthusianisme, le néo-malthusianisme et le point de vue individualiste », Le Malthusien, février 1911.

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  17. Anarkia multicompte
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