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Psychanalyse et militantisme

Discussion dans 'Activisme, théories et révolution sociale' créé par ninaa, 25 Février 2017.

  1. ninaa
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    ninaaMembre du forum Membre actif

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  2. anarchiste, anarcho-féministe, , individualiste
    Les théories et pratiques psy sont-elles d'une quelconque utilité dans les luttes (antisexisme, antiracisme, âgisme, antihomophobie, lutte des classes?)? Peuvent-elles mener à des prises de conscience politiques, à une révolution sociale et libertaire?

    En règle générale ceux qui ont une grille d'analyse sociale et politique ne s'intéressent pas à la grille d'analyse psy (et vice versa). Les militants ont tendance à considérer que tous les problèmes ont une origine politique, les adeptes de la psy voient plutôt les choses sous l'angle du "développement personnel" et des problèmes individuels (principalement d'origine familiale...).
    Cependant certains théoriciens ont tenté de démontrer que la psy pouvait mener à des changements sociaux et politiques.
    Exemples:
    - Willem Reich. Selon ses admirateurs (encore assez nombreux aujourd'hui, y compris dans les milieux anarchistes) il serait possible de changer l'ensemble de la société grâce à des thérapies basées sur "l'orgone", une énergie sexuelle censée libérer des processus créatifs et révolutionnaires inédits.
    Critique sur charlatans.org:
    Wilhelm Reich et l'orgone - La thérapie par l'orgone
    Wilhelm Reich et l'orgone - La thérapie par l'orgone


    Quelques remarques complémentaires:
    - On peut déjà légitimement douter de l'efficacité même individuelle de ces techniques New age. Et même si c'était le cas, comme toutes les psychothérapies celle ci repose sur le volontariat. Reich lui même n'a pas envisagé que les oppresseurs (patrons, dirigeants politiques...) s'y soumettent. Cependant il pensait que grâce aux bienfaits de l'orgone les militants deviendraient plus conscients et motivés, que les patients en viendraient à refuser la soumission, etc. Je n'ai pas connaissance de tels cas (des gens devenus plus actifs et lucides politiquement grâce à une thérapie reichienne), mais je note que les chantres de ses théories ne sont pas des modèles de lucidité. Reich est vanté par des gens comme Roger Dadoun
    ou le site du MIEL (ouvertement défenseur, sous prétexte de liberation sexuelle, de la pédophilie). La revue SEXPOL fondée par Reich défendait également la pédophilie: la plupart des articles moquaient la lutte des classes (selon eux, anti-révolutionnaire puisqu'éloignant les individus de la libération sexuelle - la seule méthode véritablement subversive).
    Contrairement aux idées reçues les bourgeois ont souvent une sexualité libérée. Moins fatigués, stressés, plus de temps pour baiser que les ouvriers. Ce qui ne les mène pas pour autant à des prises de conscience sociales et politiques.

    Alice Miller, une psychanaliste allemande, a également tenté de s'attaquer à la résolution de problèmes sociaux et politiques. Dans "C'est pour ton bien", elle livre des réflexions passionnantes sur les sources du nazisme: la "pédagogie noire", les méthodes d'éducation en vigueur en Allemagne à l'époque. Elle s'attache plus particulièrement à décrypter les raisons de l'antisémitisme d'Hitler (son arrière-grand mère aurait été accusée d'avoir eu son enfant avec un palefrenier juif: or Hitler exigeait de prouver qu'on n'était pas juif "en remontant à la deuxième génération". Le livre est tout à fait passionnant et pertinent. Le problème c'est que même une fois convaincus que le nazisme trouve ses sources dans ces méthodes d'éducation, que Hitler était antisémite en raison d'un traumatisme généalogique... concrètement, que faire?
    A l'époque, il va sans dire qu'il aurait mieux valu ne pas publier de telles théories. Peu de chances que Hitler ou aucun autre nazi s'écrie en les lisant: "Bon sang mais c'est bien sûr, c'est pour ça que je suis devenu un salaud!"
    Heureusement les moeurs ont globalement évolué sur le plan de la pédagogie comme sur bien d'autres. Pour les parents qui sont encore adeptes de "pédagogie noire", difficile de les convaincre de se montrer moins froids et autoritaires. Par ailleurs, Alice Miller a consacré beaucoup de ses ouvrages à démontrer que l'humiliation, le manque de respect et d'empathie, pouvaient être plus destructeurs que des coups (voir l'excellent "Le Drame de l'enfant doué"). Vers la fin de sa vie il semble qu'Alice Miller ait pris conscience de son impuissance devant les mauvais traitements psychologiques infligés aux enfants. Ses livres ont sensibilisé un certain nombre de lecteurs (sachant que lire un tel ouvrage part déjà - en principe - d'une volonté de rupture avec les notions de pédagogie traditionnelles), mais elle n'avait noté aucune influence sur la situation globale. Elle a fini par militer pour l'interdiction de la fessée. Triste constat d'échec. Je ne sais pas combien de parents arrêteront de fesser leurs gosses par peur d'une sanction pénale (sachant qu'il y a peu de chances que les enfants portent plainte), ensuite parce qu'Alice Miller affirmait elle même, exemples à l'appui, que les humiliations et le manque d'empathie étaient plus destructeurs que les coups. Mais comment faire appliquer une loi contre le manque d'empathie???
    C’est pour ton bien | Alice Miller fr

    Je précise qu'Alice Miller m'a apporté beaucoup sur le plan personnel. Vraiment beaucoup. Mais je n'ai jamais trouvé comment appliquer ses théories à la lutte politique et sociale.
    Même remarque à propos de Georges Devereux (ethnopsychiatre),
    Georges Devereux et l'ethnopsychiatrie clinique en France
    J'ai souvent évoqué l'ethnopsychiatrie à propos de la "déviance criminelle en société libertaire". C'est donc un élément important de réflexion pour convaincre qu'une société libertaire est viable: et ces théories sont tout à fait passionnantes et basées sur des éléments très concrets (on ne devient pas criminel de la même manière selon les pays et les époques). Mais l'intérêt s'arrête là d'un point de vue politique. Ce qui n'est déjà pas si mal, mais loin d'être suffisant pour mener à une lutte collective.
    Je pense qu'un changement de société aurait des conséquences importantes sur les comportements individuels, sur la sexualité, les rapports sociaux en général, mais que les changements de comportement à l'échelle individuelle ont une influence très très limitée sur les mouvements collectifs.
     
    Dernière édition: 25 Février 2017
  3. mc²
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    mc²Membre du forum Membre actif

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    J'ai en effet assez souvent entendu dire du bien de Reich. L'idée de résoudre tous les problèmes facilement est séduisante, ok, mais là tout de même, ça parait aussi farfelu que la pierre miraculeuse ! Ceci dit, la révolution par le sexe, c'est pas plus con que la révolution par les urnes, tout en étant plus agréable.
     
  4. ninaa
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    ninaaMembre du forum Membre actif

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  5. anarchiste, anarcho-féministe, , individualiste
    Tu m'étonnes... :p
    Cela dit OK c'est pas plus con et dans les deux cas ça n'a rien à voir avec la révolution sociale: ce que je reprocherais à Reich c'est sûrement pas de vouloir pousser les gens à baiser, mais toutes ces âneries mystico-new age. Ce qui est chiant aussi c'est que tant de fans de Reich aient versé dans l'apoligie de la pédophilie.
     
  6. mc²
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    mc²Membre du forum Membre actif

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    Reich a créé en 1931 le Sexpol, "association pour une politique sexuelle prolétarienne". La revue Sexpol, "d'inspiration Reichienne", a été créée après la mort de Reich, dans les années 70.
     
  7. ninaa
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    ninaaMembre du forum Membre actif

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  8. anarchiste, anarcho-féministe, , individualiste
    Autant pour moi... le fait est qu'apparemment Reich lui même n'a jamais vanté la pédophilie. Ce n'est pas forcément sa faute si ses fans ont récupéré sa pensée dans ce sens! Reste quand même qu'il est difficile de prendre ses théories new age au sérieux...
     
  9. Fanya
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    FanyaMembre du forum Compte fermé Membre actif

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    Austria
  10. social-démocrate
    La psychanalyse n'est pas une science... cf. Le livre noir de la psychanalyse.
    Foucault disait que le psychanalyse est un produit de la fonction-Psy, fonction qui n'avait servi qu'à défendre la structure familiale. Structure qui depuis ses origines est oppressive (l'étymologie du mot "famille" en dit assez long).

    D'autres disaient qu'elle a servi de "caution scientifique" à la psychiatrie, ou plus justement, au pouvoir psychiatrique, "cet enfant mal aimé" de la médecine du XIXe siècle.

    D'un point de vue anti-sexiste la psychanalyse est une soupape de sécurité du patriarcat, malgré le fait qu'il existe des "psychanalystes féministes", "anarchistes" et cie. En France elle est comme une "religion" avec son clergé, ses institutions... Et une religion ça se démolit sans modération.
     
    pschrsrgnc apprécie ceci.
  11. ninaa
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    ninaaMembre du forum Membre actif

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  12. anarchiste, anarcho-féministe, , individualiste
    Plutôt que le terme "psychanalyse" effectivement très mal connoté il aurait mieux valu parler d'introspection (qui n'implique pas forcément le recours à un "spécialiste"). Alice Miller était psychanalyste mais n'avait rien de sexiste (rien d'anarchiste non plus hélas, mais vu que les anarchistes sont plus que minoritaires dans la société ils ne sont pas très représentés non plus chez les psy...)
    Un exemple quand même de psychanalyste anarchiste:

    Les naufragés. Avec les clochards de Paris
     
  13. pschrsrgnc
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    pschrsrgncGuest

    La psychanalyse,devrait être. Partie intégrante de l' individu.On y ajoute alors;Ne serait ce pas mieux? le préfixe auto.!
     
  14. pilou-ilou
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    pilou-ilou  Comité auto-gestion Membre actif

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  15. libertaire, anarchiste, féministe, anarcho-syndicaliste, syndicaliste, auto-gestionnaire, synthèsiste, anarcho-fédéraliste, anti-fasciste, anti-autoritaire
    j'ai fais un parcours analytique pendant pas mal d'années. je me suis rendu compte de pas mal de choses. A titre personnel cette expérience je ne la regrette pas. De plus il n'est pas besoin d'être complètement out pour entamer une démarche psy.
    A vrai dire je crois que toute sa vie on s'interroge et qu'en fait le travail sur soi qu'on sait aidé ou pas s'étale jusqu'à temps que l'on expire.
    Nos souffrances rejaillissent sur les autres on devient parfois une vraie peste pour les autres.
    En gros c'est une chaine action réaction. Du moment on brise la chaine on se libère individuellement et collectivement.
    De plus j'ai remarqué que beaucoup de gens que ça étaient toxiques pour les autres, en gros je consultais pour les saloperies que me faisait certaines personnes.
    Si chacun de nous prenais conscience de sa personnalité cela permettrait de remettre à plat certains de nos comportements négatifs qui impactent les autres.
    En gros plus tu travaille sur toi plus tu stoppe le processus de souffrances supportée par la autres.
    Beaucoup de nos comportements et choix s'expliquent et trouvent une origine.
    Faire un parcours analytiques ou thérapeutiques libère et permet d'être vraiment soi et non plus un pantin de ses émotions et son vécu.
     
  16. pschrsrgnc
    Online

    pschrsrgncGuest

    ,j'évoquais l' auto psychanalyse,le questionnement du soi que nous effectuons comme tu l' a correctement relevé tout au long de notre existence.
    Les autres nous renvoient le reflet de nous même d' où, la nécessité d' une approche des autres.Mais,...nous sommes obligé de faire "le canard" avec toutes sortes d' individus ne partageant pas tjrs notre entente...être sociable,pour éviter les relations conflictuelles....aussi.A ce moment,le renvoi est déformé,déplaisant,donc faussé.Pour cette raison,les disciples de Freud,Jung,Lacan etc...peuvent être utiles mais,à quel prix ?Ces voyeurs diplômés,s' immisçant dans ta vie,tes rêves,tes phantasmes sont un déversoir.Un pote,une copine assez zen, ayant du recul et un peu d' analyse critique, est moins onéreux.se.Encore faut il accepter de se confier !O:)+:poop:+:\+:@+3:)+<.<+:'(+</3+>:)+>:O+<:(+:skull: etc =O:)&:) ?(Ah,je vais un peu mieux!)
    <3+<3<3,c' est pas mieux?De l' amour tout simplement!peut-être une solution.!Bien dans sa tête,bien dans son corps, pour militer,plus cool pour soi évidemment!
    Reste que;la théorie n' est pas la pratique,le débat reste ouvert.{il reste...ce...p...2...syst...ki...ns...hein...!!Çà. fait un peu de bien tiens...?:idea:?
     
  17. doublonàenlever1
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    doublonàenlever1Membre du forum Expulsé par vote

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    Intéressant la référence à Reich dans le sens où 68 est une sorte de résultante mais plutôt dans le sens positif des mésaventures arrivées à Reich, une prise de conscience que politique et psychanalyse avaient à voir entre elles ce qui ne s'est pas produit à son époque: Reich, psychanalyste et membre du parti communiste allemand lequel refusait et essayait d'interdire Sexpol, qu'on parle de sexualité aux jeunes ouvriers et enfants d'ouvriers, d'homosexualité, de prévention de la grossesse, d'éducation sexuelle en général etc.
    De l'autre côté Freud croyait dur comme fer que la psychanalyse en tant que médecine n'avait rien à voir avec la politique et il refusait tout ceux qui essayait de connecter les deux. Une jonction mais cette fois concrète entre psychanalytique et politique s'est faite en 68, en particulier chez les féministes.
    Malheureusement Reich est mort avant d'en être témoin. Tous ces problèmes sans compter l'accession au pouvoir d'Hitler ont fait je crois qu'il est mort fou, exilé aux USA.
     
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