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  1. Pour consulter le Webzine : https://www.libertaire.net/articles
  1. Anarchie 13
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    Anarchie 13Adolescent immature Comité auto-gestion Membre actif

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    Jan 2009
    France
  2. libertaire, anarchiste, chaos/Nihiliste, individualiste
    https://paris-luttes.info/j-accuse-michel-cadot-prefet-de-4352

    Lesdites photos sont déjà reproduites dans l'article précédent du coup je les ai pas mise là mais vous pouvez toujours consulter le blog de Claude Guillon pour les admirer à nouveau :
    https://lignesdeforce.wordpress.com/2015/11/30/profanation/

    LE CULTE DE LA CHAROGNE d'Albert Libertad paru dans le journal L'Anarchie, en 1907 toujours d'actualité :

    https://infokiosques.net/lire.php?id_article=1201
     
  3. Anarchie 13
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    Anarchie 13Adolescent immature Comité auto-gestion Membre actif

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  4. libertaire, anarchiste, chaos/Nihiliste, individualiste
    Il est peut-être aussi utile de rappeler que "profane" s'oppose à "sacré". Profanation signifie donc "rendre profane".
    Étant "athée et matérialiste", comme dirait d'autres, je ne fétichise pas la mort qui est pour moi un phénomène naturel et banal. Que l'on juge que la mort appelle un deuil c'est au contraire en faire quelque chose d'exceptionnel.
    Je suis sûr que plein de chercheurs on fait des travaux là-dessus, je ne les ai pas lu. Mais à mon avis cette tradition du deuil est un héritage religieux, dans pas mal de culte des rituels servent à permettre à l'âme d'un mort d'aller au paradis plutôt qu'en enfer (genre mettre des pièces sur les yeux cadavres avant de les brûler pour payer le passeur qui guidera l'âme sur le fleuve dont je ne connais plus le nom jusqu'au tartare si je me souviens bien en grèce antique).
    Alors d'habitude le deuil est quelque chose qui reste dans la vie privée (quand quelqu'un de ta famille meurt d'un cancer tu t'habilles en noir, tu pleures, tu l'enterres ou tu le brûles selon la taille de ton porte-feuille...) mais il n'y a pas de "deuil national". Le choix de faire entrer le deuil dans l'espace public est un choix politique. En l'occurrence c'était un faux choix, vu le nombre de morts et les circonstances, il aurait été difficile au gouvernement d'assumer de ne pas avoir appelé au deuil national même si il n'y a pas eu de grande manifestation de commémoration comme après les assassinats du 7 janvier. Mais le gouvernement a quand même une marge de manœuvre pour diffuser quel forme de commémoration est légitime et qu'est-ce-qui est un manquement à l'injonction au deuil. Par exemple la minute de silence : légitime, respecter les lois et l'état d'urgence anticonstitutionnel par "respect pour les victimes" : légitime, au contraire transgresser l'état d'urgence une des manières que le gouvernement à trouver la plus explicite pour exprimer sa compassion avec les victimes (oué oué oué...) c'est s'opposer au deuil.
    Mais bon, outre que l'état nous explique comment on doit faire pour exprimer qu'on est touché par les événements, il nous ordonne d'être touché par les événements et se permet même de nous dire par quoi en particulier on doit être touché. De toute manière la rengaine on la connait, c'est la même qui nous fait comprendre qu'on doit voter "par respect pour ceux qui sont morts pour qu'on ait ce droit".
    J'ai de la peine pour les proches des victimes parce que je me mets à leur place et je sais que je souffrirais de perdre quelqu'un que j'aime dans ces circonstances. Mais je n'ai pas de peine pour les morts parce qu'ils sont morts, leur douleur est finie et que c'est irrémédiable. Les fleurs, les bougies, ça les ramènera pas à la vie et ils ne souffrent de toute manière même pas de ne pas pouvoir y revenir.

    Une autre réflexion peut peut-être montrer l'ambiguïté de la situation. La religion est souvent définie comme l'institution qui a le monopole du sacré en gros - c'est de Weber. Or nous sommes dans un état laïc. Ce n'est pas pour autant que le "sacré" a disparu, comme le démontre le "deuil national" mais celui-ci se fait à l'aune de l'état. Mais la religion ayant le monopole du sacré avait aussi des rituels bien définis pour adorer le sacré. La question qui se pose concrètement c'est quand et selon quels critères le deuil sera fini (du moins sur l'espace public) ? C'est une question sensible qui est illustrée par la position des humoristes qui se demandent "à partir de quand pourra-t-on faire de l'humour (noir) sur ces attentats ?" mais pas seulement. Quand facebook pourra arrêter de proposer de mettre le drapeau de la france ? Quand pourra-t-on retirer l'écusson "je suis paris" de son sac à dos ? Comment on décide de la durée socialement acceptable du deuil ou du moins de ses manifestations dans l'espace public ? ça me rappelle un peu ces films où le gamin engueule sa mère veuve parce qu'elle n'accepterait pas le décès de son mari pourtant survenu 20 ans plus tôt (bon j'ai pas d'exemple mais j'ai déjà vu des films comme ça). Ou les films catastrophes où les réalisateurs sont obligés à la fois de montrer le ravage causé au héro par la mort de son ami mais aussi faire en sorte qu'il déguerpisse au bon moment ou tempère assez ses émotions pour ne pas subir le même sort. Comme jamais les morts n'auront réparation (ce qui serait pour eux un retour à la vie) c'est difficile de trancher.
    Enfin bon comme c'est dit dans l'article au-dessus profaner une tombe c'est rendre au mort son statut de mort.

    L'injonction au deuil, qui n'est rien d'autre qu'une injonction à montrer qu'on est triste sur l'espace public, ne s'explique pas juste par la mort, ni par le nombre de morts, ni uniquement pas le fait que ce furent des meurtres. Car ce qu'oublient de rappeler les médias (alors qu'ils s'empressent de nous informer que "c'est le premier attentat kamikaze sur le territoire français depuis la guerre") c'est que ça a été la journée la plus meurtrière depuis... le 17 octobre 1961 et Papon (bien qu'il y ait débat sur les chiffres). Je ne crois pas qu'à cette dernière occasion il y ait eu de "deuil national" décrété par l'état ni de "minute de silence".
    Bref si j'étais mauvaise langue je dirais que c'est avant tout une injonction à être hypocrite (en témoigne la performance digne des césars de François Hollande qui au sortir d'un match de foot a du faire sa déclaration, il était sans doute chamboulé par la nouvelle mais je ne suis pas sûr qu'il fût triste, de toute manière on ne choisit pas d'éprouver une émotion, en tout cas pas spontanément).
    Contrairement à ce qu'on pourrait comprendre si on était complètement démago, je ne mets pas en doute la sincérité des gens qui ont commémoré ce massacre. Comme je suis sûr que la "profanation" à pu réellement choquer des gens, ici parce que c'est justement le propre du sacré d'investir de sens des objets communs (dans le présent propos des bougies, des fleurs, des tombes, etc...) et d'éprouver des sentiments à leur évocation. De toute manière on apprend à ressentir des émotions dans certaines situations plutôt que dans d'autres par notre vie en société (par exemple je refuse l'idée qu'on naisse homosexuel ou hétérosexuel, c'est quelque chose qui s'acquiert, de la même manière ce n'est pas de naissance qu'une fille aime le rose et les barbies et qu'un supporter de foot est transporté par la victoire de son équipe). Prendre conscience de ça n'implique pas de rester indifférent aux conséquences de ses actes sous prétexte qu'il n'y aurait pas de fondement métaphysique à l'émotion. Parce que l'émotion est réelle même si son objet est un fétiche. Pour ce faire je ne cautionne pas la "profanation" à tout prix. Mais ça ne va pas sans la réciproque qui est bien plus dure à assumer : lorsqu'on ressent une émotion, tout le monde, dans la même situation, ne la ressentirait pas nécessairement. En tant que n'accordant pas de valeur aux symboles, je n'aurais pas profané pour profaner : ça fait souffrir des gens qui tiennent à ces symboles et dans l'absolu ne permet pas toujours d'effacer la ferveur qu'ils ont pour eux.
    Mais ce n'est pas ce qui a été fait. La profanation était, pour les flics comme pour les manifestants, bien loin des préoccupations du moment. C'était une conséquence "collatérale" de la lutte qu'ils se sont livrés. Les manifestants auraient-ils du, alors qu'ils se faisaient courser par les CRS, éviter les bougies jonchant le sol ? Je comprends aussi que sous le coup de la rage de se faire gazer et encercler, des manifestants ait plutôt vu dans les pierres qui empêchaient les mots en mémoire des morts de s'envoler des projectiles. Voilà pourquoi je crois que l'indignation parfaitement calculée que les médias hurlent en chœur est risible et déplacée.
    Mais pour continuer sur le "deuil national", de la même manière que je trouve ces condamnations intéressée et orientée politiquement, je ne suis pas d'accord pour dire que ceux qui ne sont pas tristes doivent être culpabilisés. ça n'a pas de sens pour moi. Or c'est là tout le problème. Le problème c'est pas que des gens posent des gerbes de fleur sur les tombes, aillent voter aux élections ou autre acte qui n'ont pas d'impact sur ce qui a provoqué l'objet de notre souffrance (évidemment qu'une bougie ne mettra pas fin aux délires de fanatiques qui iront faire sauter des innocents, de la même manière que massacrer ces innocents ne mettra pas fin au "mode de vie occidental" qui est un fétiche aussi n'existant pas en tant que tel). Je me dis anarchiste et refuse pour ça de dire aux gens comment ils doivent se comporter, s'ils doivent voter ou s'abstenir, être triste ou heureux, poser des fleurs ou poser des bombes. Mais pour la même raison je refuse que l'état m'impose et vous impose le deuil. Or ce deuil est un outil bien pratique dans les mains de l'état pour faire taire toute velléité. Pourtant ces meurtres n'ont pas effacé comme un coup de baguette magique les sources de tous les autres maux qui gangrènent nos vies. La misère, les licenciements, les expulsions de logement, l'exploitation salariale, les contrôles au faciès (qui ce sont même multipliés depuis)... la liste est longue de ce contre quoi nous nous mobilisions et qui perdure.
    Or en nous imposant la tristesse comme seule émotion exprimable dans l'espace public on condamne de facto l'expression de la colère qui pourtant reste pour moi un moteur de changement.

    Aussi on essaye de nous faire croire que manifester et user de violence physique lors des manifs c'est manquer de respect aux victimes et famille des victimes. La violence est d'autant plus condamnée lorsqu'elle vient des manifestants qu'elle est assimilée plus facilement aux fusillades. Faut pas oublier que ça fait des années qu'on nous explique que "les extrêmes se rejoignent" du fait de leur antiparlementarisme et de l'exercice épisodique de la violence directe et que "la violence est l'expression des faibles" - or il est de notoriété publique que les faibles n'ont pas le droit de s'exprimer.
    Le terrain idéologique était déjà préparé, dire "utiliser de la violence plutôt que de se taire en période de deuil c'est donner du crédit aux actes qui ont été perpétrés par les sous-merdes de daech donc manquer de respect aux victimes" n'est qu'un rappel de cet éternel crédo.
    D'un côté c'est pas totalement faux : utiliser la violence directe c'est admettre que dans certain cas celle-ci est tolérable. D'un autre côté faut pas être un as de l'analyse pour comprendre que le gouvernement cherche à faire un glissement sémantique du style "qui vole un œuf, vole un bœuf", "qui jette une bougie sur un CRS, massacre des innocents à la terrasse des cafés". Faut pas non plus être un as de l'analyse pour voir que c'est réduire nos idéologies respectives (l'anarchie d'un côté et le djihadisme salafiste de daech de l'autre) à une simple entreprise de légitimation de l'usage de la violence directe. C'est donc occulter tout ce qui nous rend complètement incompatibles : notre parti c'est de se battre contre une réalité sociale : la relation de pouvoir, de domination alors que daech se bat contre "un mode de vie", une façon de pensée ou plutôt une façon de ne pas penser (comme eux le voudrait), daech se bat contre une "race" d'apostats. Notre violence est une résistance à la violence exercée par le dominant sur le dominé dans une relation de pouvoir (en l'occurrence une domination de classe lors des manifs), leur violence est une oppression, une violence exercée aveuglément sur quiconque n'est pas musulman sunnite résidant sur le territoire de leur califat (et encore, même ces musulmans ne doivent pas être tranquilles). Ce qui fait selon moi que leur violence se rapproche plus dans son fondement de la violence (directe toujours, je parle même pas de la violences symbolique, économique, culturelle, etc...) exercée par l'état républicain via sa police que de celle exercée par les révolutionnaires matérialistes (parce que le fait de se battre contre une relation de pouvoir et non contre le dominant c'est matérialiste et c'est ça qui fait la différence : on peut faire cesser la domination sans buter le dominant, mais difficilement sans rendre les coups qu'il nous donne ou nous fait donner par ses chiens de garde pour défendre sa place).

    Notez que, sauf sur la fin, j'ai résisté à la tentation de renvoyer dos à dos l'état républicain français et le capitalisme en général et daech alors qu'il y a moult choses à dire à propos de le violence inhérente au système capitaliste dont l'état républicain n'est qu'un gérant. Ce dernier est très mal placé pour nous faire des reproches y compris sur notre soi-disant fanatisme (dont pour ma part je doute fortement) alors que lui-même est un fanatique de l'idéologie bureaucratique au point de transgresser sa propre constitution et un défenseur acharné du capitalisme.

    edit : désolé pour le pavé, j'avais pas prévu d'écrire ça d'ailleurs au début mais de digression en digression j'ai tellement écrit que je me suis dit que ce serait des efforts pour rien si je postais pas... jme suis pas relu j'espère que tout est bien clair et que je serai pas mal interprété. Au pire je résume : nique daech et son obscurantisme meurtrier, nique l'état et sa propagande fallacieuse, nique le capitalisme, paix aux proches des victimes et à tous ceux qui ont été affectés par les attentats, paix à ceux qui luttent, paix à touTEs celles et ceux qui souffrent du capitalisme et de ses symptômes : guerre, misère, aliénation... longue est la liste... Hasta Siempre...
     
    Dernière édition par un modérateur: 1 Décembre 2015
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