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NPA : camouflage libertaire pour trotskistes en voie d'institutionnalisation

Discussion dans 'Webzine - actualité des luttes et partage d'articles de presse' créé par Ungovernable, 25 Mai 2011.

  1. Ungovernable
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    UngovernableAutonome Comité auto-gestion Équipe technique Membre actif

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    Mar 2005
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  2. anarchiste, autonome
    Olivier Besancenot préface une réédition de « Évolution, Révolution et Idéal anarchique » d'Élisée Reclus 1 . La LCR lance le NPA pour « rassembler tous les révolutionnaires ». Les grandes manœuvres ont débuté du coté des trotskystes pour s'imposer comme la force d'opposition, à gauche, et tenter de prendre la place historique détenue par un Parti Communiste réduit, aujourd'hui, à devenir la succursale du Parti Socialiste. La Ligue a bien le droit de choisir les stratégies qu'elle souhaite. Ce qui est gênant, c'est qu'elle habille son discours d'une sémantique libertaire, ce qui n'est pas très honnête.

    Un processus qui vient de loin.
    En 2003, la revue théorique de la LCR, « Contre Temps », publie un dossier intitulé : « Changer le monde sans prendre le pouvoir » 2 . Ce dossier réunissait des articles théoriques venant de plumes anarchistes et des textes de militants de la LCR, comme Philippe Corcuff, beaucoup plus politiques. On voyait s'y profiler deux tendances au sein des penseurs de la LCR : une tendance assez classique défendant une vision marxiste léniniste orthodoxe, et la tendance à laquelle s'apparente plus ou moins Olivier Besancenot, prétendant renouveler le discours trotskiste par « une voie libertaire ».
    A l'époque déjà, Ariane Miéville avait réagit et démontré dans deux articles de réponse à Philippe Corcuff que l'habillage libertaire du nouveau discours de la ligue ne résistait pas à une réflexion méthodique. Elle nous éclairait sur les ambiguïtés des termes utilisés, la dissimulation de certains principes trotskistes tout à fait classique (comme le programme de transition) derrière un vocabulaire un peu abscons pour conclure que cet apparent « virage » idéologique n'était en fait qu'un choix tactique adopté par cette tendance de la ligue 3 dans le cadre d'un débat interne contradictoire entre « une vision « révolutionnaire » qui plaide pour le maintien d'une organisation censée faire le coup de force au cas où un mouvement social créerait une situation de double pouvoir » et une aile nettement plus « réformiste », qui s'éloigne de la lutte des classes en esquissant une continuité entre république, socialisme et altermondialisme. L'apport « libertaire » permettant à des penseurs comme Philippe Corcuff d'avancer vers ce qu'il définit lui-même comme « une société plus libre et plus démocratique » et de conclure « cette organisation fait une sorte de grand écart entre un néo-réformisme (qui prendrait la place de la social-démocratie) et une perspective « révolutionnaire ». Mais pour des raisons électorales, de recrutement, d'alliance [...] ni l'un, ni l'autre de ces deux discours ne peut être abandonné, ni précisément exposé. Pour bien faire, ses dirigeants doivent construire une rhétorique qui laisse croire à certains qu'ils ne disent pas tout ce qu'ils pensent et à d'autres qu'ils ne pensent pas tout ce qu'ils disent [...]. Pour garder la partie des troupes qui croit encore à la révolution, il faut expliquer que le discours « réformiste » est un discours de transition vers quelque chose de plus radical que l'on ne peut exposer précisément. Mais que faire pour garder ceux qui ont renoncé au « grand soir » et préconisent une « alternative » néo-réformiste ? C'est là que les « libertaires » interviennent. Derrière cette dénomination attrayante et subversive, on peut trouver de nombreuses approches dont certaines sont clairement réformistes; et surtout la faiblesse théorique et les divisions actuelles de ce courant permettent d'audacieuses redéfinitions. Bref, une approche « libertaire » pourrait bien servir de cache-misère aux difficultés actuelles du « marxisme révolutionnaire ». »

    Rassembler à tout prix ?
    « Je suis un libertaire [mais je ne suis pas d'accord avec le] rythme de dépérissement de l'État », déclarait Olivier Besancenot dans Alternative Libertaire 4 en février dernier. L'opération de charme continue, relayée par Philippe Corcuff, dans le Monde, lorsqu'il affirme : « C'est un constat historiquement assez banal que ceux qui ont conquis le pouvoir gouvernemental pour changer la société ont souvent été pris par lui, oubliant la transformation sociale. On ne peut donc plus faire aujourd'hui l'économie d'une critique libertaire dans le rapport au pouvoir d'État. » 5 Propos séduisant au premier abord, mais qui restent ambiguës. Ils accompagnent la création du NPA qui est censé être un parti « anticapitaliste, démocratique et pluraliste » regroupant « tous les anticapitalistes et les révolutionnaires », reposant sur la « transparence » et le « droit de tendances et de courants publics » 6 .
    Ce qui est proposé aux anarchistes, comme aux autres, est donc de s'unir dans un nouveau mouvement censé permettre l'émergence d'un pôle anticapitaliste et révolutionnaire fort en s'alliant avec des courants politiques très hétéroclites, pas du tout d'accord sur la société à construire, ni sur les moyens d'y parvenir. Lorsque la LCR nous promet un parti « révolutionnaire », on peut se poser des questions quand on sait qu'elle ne fait pas simplement du pied aux libertaires, mais aussi à l'aile « gauche » du PS et au PC. Elle a invité, par exemple, Clémentine Autain – ex-adjointe au Maire de Paris, Bertrand Delanoë - « a participer au processus » de création du nouveau parti en tant que « personnalité nationale ». Est-ce là le type de « révolutionnaires » avec lesquels nous allons construire un avenir meilleur ? La « synthèse » entre marxisme et anarchisme lancée par des intellectuels comme Daniel Guérin est toujours restée stérile - c'est qu'il est difficile de synthétiser des idées antinomiques, pro-étatistes et anti-étatistes... - ce que feint de nous proposer la direction de la LCR va plus loin, il s'agit d'une alliance qui s'étend à des réformistes qui s'assument en tant que tels. A la lumière des faits, l'analyse d'Ariane Miéville semble plus que jamais d'actualité. Et ce ne sont pas les propos de la direction de la LCR, paru dans le Monde, pour convaincre Autain et ses amis de revenir sur leur refus de rejoindre le NPA, qui viendront nous contredire : « La LCR (est) prête à soutenir une expérience gouvernementale qui inverserait le cours néolibéral des politiques dans la perspective d'une sortie du capitalisme » 7 .
    Les anarchistes qui se fourvoieraient dans le NPA aurait, au mieux, le droit de déclamer leur antiétatisme dans un parti conçu pour la conquête du pouvoir par les urnes et comportant une majorité de partisans de l'Etat. Les dernières élections présidentielles et législatives annoncent déjà l'orientation politique de ce nouveau parti : pour avoir les meilleurs discours électoraux possibles, c'est le discours réformiste qui va prendre le dessus. Déjà, les programmes électoraux de la LCR sont au dessous des ambitions du programme commun de 1978. Participer au NPA, c'est renforcer l'idée que les élections peuvent changer les choses et ajouter au confusionnisme ambiant qui tend à dissoudre tout discours révolutionnaire à des perspectives et des pratiques réformistes. Si le NPA reste dans l'opposition, l'initiative est sans intérêt, s'il devient majoritaire, cela revient à soutenir un nouveau régime dont on ne connaît pas le niveau d'autoritarisme.

    ... à condition que la LCR garde le contrôle.
    Sans nous épandre sur des faits historiques avérés, nous avons toutes les raisons de ne pas prendre pour argent comptant les professions de foi démocrates des dirigeants trotskistes. Il suffit de relire les « Thèses d'avril » ou « l'État et la Révolution » pour s'apercevoir que Lénine n'avait pas hésité à adopter un discours pseudo-libertaire pour séduire les révolutionnaires en 1917. Nous ne sommes pas dans une période révolutionnaire, mais il est évident que le nombre de mécontents augmente et qu'il paraît difficile de les attirer avec des concepts comme la dictature du prolétariat ou un livre comme « État et terrorisme » 8 ... Certes, la LCR a renié le terme de dictature du prolétariat mais elle reste une organisation autoritaire.
    Un point fondamental dans la neutralisation d'un pouvoir émergeant dans une organisation est le contrôle de représentants qu'elle se donne. Si l'on souhaite que la base conserve son pouvoir de décision, il faut que les délégués élus soient contrôlés par elle, et révoqués s'ils ne respectent pas les mandats qu'on leur a confiés. C'est le principe du mandat impératif soutenu par les anarchistes. Lors de son XVè congrès, en 2003, voilà la position adoptée par la LCR à ce propos : « Il n'y a jamais de mandat impératif pour les votes dans les instances de l'organisation, ni de mandat impératif pour les délégué-e-s dans les congrès ». Cette position a également été défendue en novembre 2006 lors du Collectif national unitaire en vue d'une candidature unique de la « gauche de la gauche » 9 . Dès lors, nous voyons mal comment cette organisation pourrait sincèrement accepter son principe dans le nouveau parti. La conquête du pouvoir qui reste l'objectif de la LCR n'est pas une stratégie pour le faire disparaître, il s'agit bel et bien d'une prise de contrôle de l'État pour imposer sa ligne politique à la population, même si l'on range dans un tiroir le terme de « dictature du prolétariat », aujourd'hui trop effrayant.
    D'ailleurs, en interne, il est tout à fait possible de constater sur pièce la conception démocratique défendu par la LCR. Un petit groupe trotskiste a participé ouvertement, et depuis le début, au processus de formation du NPA. Opposant direct à la Ligue, il vient d'être exclu par celle-ci. Le 8 juillet dernier, dans une circulaire interne, la direction de la LCR adressé à ses militants « un argumentaire expliquant pourquoi la LCR considère que les conditions ne sont pas réunies pour que le CRI soit partie prenante du processus » et qui stipulait : « Les militants du groupe CRI ont parfaitement le droit de s'opposer au projet politique de la LCR et du NPA. Mais il faut qu'ils le fassent en dehors ». Ce groupe n'est certainement pas moins autoritaire que la Ligue, mais l'attitude de cette dernière est d'autant plus éloquente que la circulaire s'accompagnait de cette précision : « Il est inutile de diffuser cette note dans les comités qui ne sont pas au courant de cette affaire et où la question n'est pas soulevée » 10 . Quels que soient les arguments que peut avancer la direction de la LCR pour exclure ce groupe, les méthodes utilisées nous éclairent sur les conceptions démocratiques et le droit de tendance public qu'elle affiche.
    La stratégie adoptée par la Ligue n'est pas inédite. Des sections sœurs l'ont déjà appliquée dans d'autres pays. Là où elle fut couronnée de succès, les résultats ne sont pas brillants et s'apparentent plus à une sorte de néo-réformisme, incapable de changer radicalement la situation, qu'à un quelconque mouvement révolutionnaire. En Italie, « Sinistra Critica » est une fraction du Parti de la Refondation Communiste (PRC). Celui-ci a accepté de soutenir le premier gouvernement de « centre-gauche » du social-démocrate Prodi avant de participer directement au second. Ces deux gouvernements ont appliqué une politique libérale que le PRC a soutenu en votant les budgets (budget militaire finançant l'intervention en Afghanistan, inclus) et la plupart des lois. Au Brésil, les militants de la IVè Internationale ont participé au processus de création du Parti des Travailleurs de Lula. Aujourd'hui, une fraction continue de soutenir la politique néolibérale de Lula et milite toujours au sein du PT, tandis qu'une autre la dénonce et s'inscrit dans un nouveau Parti, le PSOL, qui cherche... à rassembler les anticapitalistes avec d'autres exclus et déçus du PT.
    Il y a certainement beaucoup de gens sincères qui s'investissent aujourd'hui dans le NPA. L'accès aux média, l'idée que l'on va échapper à la phase groupusculaire en se réunissant sur un base minimaliste et floue, la facilité qu'offre la voie électorale en comparaison aux luttes sociales, sont autant de chimères très séduisantes mais, malheureusement, peu réalistes. Le NPA peut correspondre à l'attente de nostalgiques déçus par la gauche traditionnelle, mais il risque de provoquer de nouvelles désillusions pour toutes celles et ceux qui recherche un changement révolutionnaire, à fortiori libertaire.

    Jipé, syndicat Intercorporatif de Pau
    (Le Combat syndicaliste CNT-AIT – pages confédérales – septembre/octobre 2008 n° 217) Imprimer

    1 - Édition Orange, réédition de « Le passager clandestin », Paris, 1891 cité in Le Monde libertaire, 4 au 10 septembre 2008, n° 1523.
    2 - Contre Temps n° 6, février 2003.
    3 - Il est possible de consulter les articles d’Ariane Mieville « Quand les trotskistes veulent devenir libertaires » 1 et 2 sur le site : http://direct.perso.ch
    4 - Cité in « NPA : le bluff libertaire de la LCR », Alternative Libertaire, février 2008, p. 4. Article publié sur le forum du site http://www.non-fides.fr
    5 - Cité in « NPA: le bluff libertaire de la LCR », Le Monde 5 juin 2008. Article publié sur le forum du site http://www.non-fides.fr
    6 - Cité in « La direction de la LCR envoie à tous ses militants une circulaire interne visant à exclure le CRI », publié sur http://groupecri.free.fr.
    7 - Idem.
    8 - Dans ce livre écrit en 1924, Trotski présentait un programme politique qui prévoyait la militarisation des usines, l'Étatisation de syndicats, l'envoie d'ouvriers dans les campagnes, le renforcement de la police politique... toute une série de mesures qu'il comptait appliqué, une fois à la tête de l'État, Staline s'en chargera…
    9 - Cité in Pierre-Henri ZAIDMAN, « Le mandat impératif », Édition Libertaires/Éditions du Monde Libertaire, Quincy-Sous-Sénart, 2008, p.81
    10 - Cité in « La direction de la LCR envoie à tous ses militants une circulaire interne visant à exclure le CRI », publié sur http://groupecri.free.fr


    Publié par la CNT-AIT dans leur journal
     
  3. Fedanar
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    FedanarMutueliste sur les bords Membre actif

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  4. libertaire, socialiste, , anarcho-fédéraliste
    Bon, l'article est un peu vieux mais c'est toujours bien de se rappeler du pourquoi du NPA. En parlant de ça, j'ai vraiment du mal avec le "copinage" entre les membres du NPA et d'AL. Et c'est d'autant plus choquant quand des membres d'AL te disent que si ils avaient à choisir entre communisme et anarchisme, ils choisiraient le premier.

    Personnellement, plus je lis les analyses de la CNT-AIT française plus je les trouves pertinentes. Les personnes de cette organisation semblent développer un esprit critique fort et juste. Alors que beaucoup de mes compagnon-e-s me disent que ce sont des espèces d'orthodoxes, je me suis rendu compte que c'était sans doute la seule organisation en France qui avait fait la critique de l'anarcho-syndicalisme de 1936.
     
  5. Nico37
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    Nico37Membre du forum Membre actif

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  6. Nico37
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