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NI RÉSISTANCE NI PROGRAMME

Discussion dans 'Activisme, théories et révolution sociale' créé par Lukas Stella, 21 Avril 2009.

  1. Lukas Stella
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    Lukas Stellainventeurs d'incroyances

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    Jan 2009
  2. libertaire, , situationniste, auto-gestionnaire
    Dans cette période de confusion, où l’économie financière planétaire impose sa dictature "à perpétuité", détruisant les conditions de survie de ses habitants, les solutions de changement actuelles se sont avérées inopérantes, car inadaptées aux nouveaux conditionnements de la société du spectacle.
    Nos expériences d’échec ont construit nos croyances limitantes.

    Résister, du latin « résistare » qui signifie « s’arrêter », c’est rester intact, ne pas être altéré, endurer, bien supporter, s’opposer, se retenir de faire une offensive, un changement radical.
    Après le temps des revendications où l’on quémandait quelques miettes de plus, s’est installé le temps des résistances réactives qui tentent de conserver quelques miettes d’une exploitation sans limite. La résistance aux pressions antisociales et inhumaines est réactionnaire. Elle limite tout désir de changement à une seule réaction, dans les règles du jeu d’une politique d’asservissement, réduite au contexte spectaculaire de sa domination. Une résistance dans la perspective des contraintes n’est qu’une résistance au changement.
    La résistance à l’envahisseur étranger, place les résistants dans la marge de la société. Pour considérer les politiques anti-sociales comme envahissantes ils doivent se placer à l’extérieur, et créer ainsi une séparation entre eux et la société. S’excluant de la vie sociale, ils s’économisent toute possibilité de transformation réelle. Les « antis » de tout bord, chacun dans sa spécialité, bien séparés des autres, se placent d’emblée dans une opposition de dépendance, stérile et inopérante.
    Par la résistance à une réforme, on fixe le changement à un retour en arrière. Comme but unique à un mouvement, il ne peut que générer un problème paradoxal sans fin. La résistance n’a jamais réalisé de la libération que son aspect spectaculaire, réduit à son espace restreint vicié, elle ne peut que conserver l’essentiel de sa servitude aux dimensions de l’exploitation.
    « [les syndicats] manquent entièrement leur but dès qu’ils se bornent à une guerre d’escarmouches contre les effets du régime existant, au lieu de travailler en même
    temps à sa transformation et de se servir de leur force organisée comme d’un levier pour l’émancipation définitive de la classe travailleuse, c’est à dire pour l’abolition définitive du salariat. »

    Karl Marx,
    Salaire, prix et profit, 1865.

    Depuis, les syndicats sont devenus maîtres en compromissions et divisions, champions en traîtrises. Les dirigeants syndicaux ont bien su défendre leurs intérêts en bloquant la plus grande grève générale sauvage, en mai 68. Leur opposition à tout changement radical leur permet d’être reconnus d’utilité publique par le pouvoir. Certains syndicats qui ne veulent pas jouer leur rôle conservateur sont relégués aux oubliettes du spectacle et condamnés à l’opposition active de tous les syndicats reconnus officiels.

    La représentation de la contestation prête une autorité fantasmagorique à un pouvoir qui en est dépourvu. La soumission des révoltes aux modes des résistances, les installe dans un fatalisme où tout changement radical est impossible. Réduites dans leur forme, leur communication et leurs actions à une simple opposition parcellaire, de convenance et d’apparence, les résistances se montent en festival pour terminer en spectacle. C’est une rébellion sans lendemain, pour la forme, sans conséquence sur le fonctionnement du système. Les opposés s’équilibrent, et tout se perpétue dans la continuité de la soumission.
    Les « contristes » des résistances cherchent à se faire passer pour des experts, s’affichant en tant que spécialistes : anticapitalisme, antiG8, antimondialisation, anticroissance, antipollution, antinucléaire, antiOGM, antipub, antifascisme, antiracisme, antisexisme, antirépression, antitout et même anti-anti...
    La conscience de l’aliénation conforte son emprise quand elle occulte les moyens de s’en émanciper.

    La volonté de pouvoir sur les autres entraîne une surenchère de domination où les forces qui se combattent s’annulent dans une opposition perpétuelle, s’empêchant d’agir autrement, occultant toute possibilité de changement. De l’insatisfaction à la frustration, de la dévalorisation à l’ennui, des comportements tellement prévisibles entretiennent les conflits dans leur permanence immobile. Absorbés par des attitudes répétitives préconçues, les belligérants limitent leur espace de liberté en réduisant leurs possibilités de dépasser ce conditionnement.
    Croire qu’il n’existe qu’un seul chemin pour atteindre un objectif conduit à une pensée conflictuelle et réductrice. La persistance d’un conflit d’opposition réside dans la rigidité et la perpétuation de la manière linéaire de les appréhender, qui veut qu’il n’y ait qu’un seul coupable et qu’une seule cause.
    Lutter uniquement contre des objections et des interdits revient à les renforcer, à ramer à contre-courant et à revenir un peu plus en arrière. Il ne s’agit pas d’opposer la force à la force mais de la réorienter dans une direction favorable, en transformant le frein de la résistance en énergie pour le changement.

    N’ayant d’existence que dans le domaine du spectacle de l’économie régnante, l’opposition morcelée et divisée s’est réduite à n’exister que dans des réponses limitées aux mesures du pouvoir, sur le terrain de la propagande médiatique, là où elle est sûre de réussir à échouer.
    Certains s’imaginent dans le rôle de résistant révolutionnaire. Mais se croire révolutionnaire quand il n’y a pas de révolution est une utopie sans devenir, qui crée elle-même son propre malheur.
    Il s’agit maintenant de sortir de ce cadre réactionnaire préétabli d’opposition en abordant la situation dans un contexte élargi, par un point de vue décalé où tout devient possible. Le « mal à vivre » peut-être appréhendé aujourd’hui dans toutes ses dimensions.

    L’immobilisme perpétuel de l’activisme routinier réside dans sa quête de l’idéal. La certitude de l’idéal n’est pas une preuve de vérité. Celui qui pose le bien absolu pose aussi par là même le mal absolu. La poursuite de l’idéal, qu’il soit mystique, spectaculaire, politique ou scientifique, est une force qui cherche toujours le bien ou le vrai et crée toujours le mal ou le faux. L’un est impensable sans l’autre. L’hypothèse de départ qui permet de réussir à échouer, est de croire que le monde est divisé en deux, le bien et le mal, le vrai et le faux. Mais le monde est peuplé de deux sortes de gens : ceux qui croient qu’il existe deux sortes de gens, et ceux qui ne le croient pas. Toute théorie idéale ne donne jamais, au mieux, qu’une image, ou une interprétation figée du monde.
    Nous sommes dans une situation où la recherche d’une solution crée un problème sans choix possible. En s’efforçant d’atteindre l’inaccessible, l’utopie idéalisée rend impossible ce qui est réalisable.
    « Le concept d’utopie m’irrite. Ce lieu qui n’est nulle part, je le perçois partout. »
    Raoul Vaneigem,
    Journal imaginaire, 2006.

    Pour réussir à échouer à tous les coups, il suffit de chercher la solution des solutions, la résolution finale du jour de la révolution où l’on aura gagné lorsque tous les autres auront perdu. La guerre de tous contre tous, résultat de la dénaturation humaine, est un vieux réflexe prédateur qui ne conçoit d’alternative qu’entre écraser ou être écrasé. Les prédateurs se combattent, mais ne combattent jamais la prédation. Les énoncés des problèmes de changement vagues et globaux, qui dépendent entièrement d’un aboutissement fixé dans un futur hypothétique, comme le mythe du Grand Soir, ne trouveront que des solutions falsifiées, car certaines constructions de la réalité ne peuvent qu’enfermer les individus dans l’impasse de leur objectif absolu. Ceux qui croient aux vertus de la révolution l’érigent en profession de foi, appliquant à l’histoire l’aberration de l’au-delà céleste. Une seule règle simple peut mettre fin à ce jeu apparemment interminable, mais cette règle n’appartient pas à ce jeu.
    La volonté d’émancipation est contagieuse, mais elle ne peut s’imposer.

    Un programme politique, qu’il soit réformiste ou révolutionnaire, se présente comme la solution bienfaitrice qui tend vers la perfection. Un programme se construit sur une interprétation de la réalité qui se prétend vraie. Elle n’est pas la réalité elle-même mais seulement une interprétation parmi d’autres. Ce système interprétatif est difficilement définissable et impossible à contrôler. Il n’est pas perçu comme une interprétation par celui qui interprète mais comme une évidence qui va de soi. L’observateur influe sur son observation d’une réalité qu’il se construit par l’interprétation de ses perceptions.

    Construire un programme parfait et définitif n’est qu’une prétention irréalisable. Nous ne pouvons jamais prétendre qu’à des approximations d’une vérité multiple qui reste toujours en partie incompréhensible.
    Le politicien considère comme inacceptable cette imperfection. Il présente son interprétation du monde comme absolument vraie, ce qui implique que toutes les autres positions sont hérétiques, d’influence maléfique. L’idée d’une interprétation du monde absolument vraie exclut, par définition, la coexistence d’autres interprétations. Aucune autre interprétation n’a le droit d’exister.
    Posséder l’ultime vérité consiste à s’accrocher à la croyance stupide que la vérité s’imposera d’elle-même un jour ou l’autre. Face à l’adversité, le recours à la force et à la violence contre tous les autres s’auto-autorise paradoxalement, pour le bien de tous. Ce bienfaiteur universel ne veut pas la violence, mais la réalité, celle qu’il a inventée, le contraint malgré-lui à y recourir. La croyance illusoire d’être le seul au monde à détenir la vérité conduit à une paranoïa destructrice et suicidaire.

    Un programme se construit sur l’uniformisation des personnes et sur la négation de toutes différences, de toutes individualités. La population est dépersonnalisée. Tout programme politique, ne tenant pas compte des individus dans leurs différences et leur socialité, se présente comme une autorité supérieure à laquelle on doit se soumettre. Tout programme, comme prédiction inévitable, tend, par son fonctionnement même, vers une dictature qui s’impose d’elle-même. De son point de vue, quiconque ne l’accepte pas prouve par là sa dépravation et sa sournoiserie maléfique, et doit être converti ou éliminé.

    Il serait stupide de croire que tout le monde puisse se convertir à nos convictions. Il est temps de sortir de sa petite famille politique engluée dans ses habitudes compétitives et ses croyances réductrices, et de se remettre en question en se recomposant avec les différences des autres dans une co-dérive structurelle d’où émergeront des changement inévitables. La démocratie sera effectivement l’affaire de tous ou ne sera pas.
    Ce que le futur sera, on ne le connaît pas. Quand on ne sait pas, il est prudent d’assumer son ignorance. Le futur sera ce que nous en ferons avec tous les autres dont on ne connaît pas encore les réactions et les désirs, dans des situations différentes de celle d’aujourd’hui qu’on ne peut prévoir avec notre manière de voir d’aujourd’hui. Nous ne sommes plus prisonniers du futur du passé, car nous avons choisi de prendre le présent dans son devenir.

    La confusion disséminée par le grand spectacle de la marchandise toute puissante a effacé des mémoires reprogrammées tout projet de changement effectif au profit d’investissements dans l’agressivité d’un consumérisme insatisfait. La victoire de cette société apparaît dans son entreprise de saccage de la planète qui a réussi à infecter ses ennemis de cette rage de tout dévaster, déshumanisant les forces vives qui veulent l’anéantir, en les réduisant à une résistance destructrice et inefficace. La rage contre l’autorité est rongée par l’autoritarisme. Le nihilisme, l’inertie du désespoir se faisant passer pour lucidité de la souffrance, tient pour aveuglement surréel l’émergence du bonheur possible,
    sans laquelle les tentatives de changement n’auraient pas bouleversé le cours de l’histoire.
    Chercher à détruire un monde qui se nourrit de ses propres ruines sans chercher à en construire un nouveau, travaille effectivement à conforter celui qu’on voudrait éradiquer. Ce qui ne s’implique pas totalement dans la vie et son incessante invention aboutit à cette destruction, qu’est le changement dans l’impossibilité de changer, là où tout devient interchangeable.

    Ni soumission, ni résistance, ni programme, ni utopie, ni oui, ni non, sont la base d’un recadrage nécessaire pour devenir opérationnel, pour jouer un autre jeu qui s’amuse avec les règles tout en allant dans le sens où ça va bien, où c’est facile, par plaisir, là où on peut prendre et donner sans rien attendre.

    Lukas Stella

    Extrait de "STRATAGÈMES DU CHANGEMENT,
    De l’illusion de l’invraisemblable à l’invention des possibles"

    Chapitre II,
    Éditions Libertaires / Courtcircuit-Diffusion

    Les inventeurs d'incroyances
     

    Fichiers attachés:

  3. Nyark nyark
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    Nyark nyarkMembre du forum Expulsé par vote Membre actif

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  4. libertaire, anarcho-communiste, syndicaliste
    Je n'étais pas là en 68, mais d'après ce que m'ont dit des gens qui étaient dans les usines occupées à l'époque, ce n'est pas ce qui s'est passé : d'après eux, c'est la base qui voulait reprendre.

    En quoi la conscience de l'aliénation occulte-t-elle quoi que ce soit ? Cela voudrait-il dire, a contrario, qu'il ne faut pas de conscience pour se libérer de son aliénation ? Je ne comprends pas.

    Je ne vois pas en quoi les deux s'excluent : lutter "contre" et lutter "pour" sont deux choses qui peuvent aussi être complémentaires, surtout sur le terrain.

    Le mal absolu existe par lui-même, ce n'est pas le fait de poser le bien absolu qui lui donne son existence. Le nazisme n'a pas eu besoin de "bien absolu"...

    Mais si, c'est justement la prédation que nous combattons ! Pourquoi poses-tu d'emblée les révolutionnaires comme des prédateurs ?

    Devenir opérationnel pour quoi ?
    Et, question basique, bassement pratique et matérielle, mais indispensable pour les gens qui souffrent (si tu veux un exemple, je peux te donner celui des sans-papiers que nous aidons au quotidien, mais ce n'est qu'un entre mille) : en attendant, on fait quoi ?
     
  5. ivo
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    ivoMembre du forum

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    Juin 2007
    alors là ... bravo.

    bel effort.




    bon retour actif N.n. ^^



    ce n'est pas que j'aime pas ton texte Lukas Stella ...

    mais seul face à des flics (ou autres joyeusetés du même genre, ne soyons pas sectaires ^^ ) il ne m'aide pas bcp ...
     
  6. PoussiereDesToiles
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    PoussiereDesToileslibre&responsable Membre actif

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  7. libertaire, internationaliste
    coluche

    "il faut mettre un frein a l'immobilisme " jacques chirac

    courage nyark nyark, je n'arrive pas a m'intéresser a ce texte, j'ai l'impression qu'elle cherche a broyer les idées pour qu'on ne puisse plus s'en servir.
     
    Dernière édition par un modérateur: 23 Avril 2009
  8. Nyark nyark
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    Nyark nyarkMembre du forum Expulsé par vote Membre actif

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  9. libertaire, anarcho-communiste, syndicaliste
    Ta citation est intéressante PoussièreDesToiles, mais ça ne répond pas vraiment à ma question. J'attends donc la prochaine visite de Lukas, puisque c'est son post qui l'a motivée...
     
  10. JiyuU
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    JiyuUMembre du forum Membre actif

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    Nov 2008
    Luka Stella ton texte est aussi amer que mon humeur quand je sors des réunions improductives ou effectivement on se retrouve avec des constats de la situation et le problème d'être toujours en réactions aux lois repressives donc sur un terrain où l'état nous attends. A des dates et des lieux qui nous sont imposées, comme les soutients aux procés.

    Mais la question de Nyark Nyark est la bonne : en attendant qu'est-ce qu'on peut faire d'autre que soutenir les copains ?

    et tu vas dire "en attendant quoi ?" Le grand soir ? en effet pour moi c'est un bon moyen pour se retrouver aigri et schizophrene. Employés/salariés du système la journée et revolutionnaires de salon le soir et les week end.

    Mais se résoudre à ne rien faire est la pire des choses. Si tu te bagarres pas pour ce a quoi tu crois, tu es certain que rien ne changeras. si tu essaie, tu as une petite chance que les choses au moins ne s'aggravent pas.

    Même sous le troisième reich, certains aryens qui étaient mariés à des juifs sont allés manifesté pour le retour de leur conjoint juif. Et ils ont été sortis des camps. C'est un minuscule exemple, il y a peut etre 20 personnes qui s'en sont sortis ainsi. Je sais que c'est peu. Mais protester face à une loi inique peut avoir des résultats.

    et pour prendre un exemple moins extrême, il y a quelques mois, une femme a failli etre expulsée car le fils qu'elle avait eu avec un français était décédé et donc on lui retirai ses papiers parce qu'elle n'avait plus d'enfants français. Ceci a fait un tollé parce que des gens se sont impliqués pour diffusé cette affaire. Elle a été régularisée à la vitesse de la lumière.

    ton texte me semble une tentative pour sapper toute tentative de contestation.

    D'un autre coté, des initiatives "pour" existent. ce sont des initiatives a petite échelle d'autogestion, des tentatives pour s'extraire du système courant. Par exemple les AMAP, les villages autogérés, les squats, l'expérience bonaventure d'une école primaire libertaire...

    c'est aussi de ce coté qu'il faut regarder plutot que de ne voir que le coté déprimant de la lutte. On en bave. Je sais. Je sais que souvent ça sers pas beaucoup. Mais se résigner c'est un truc que je peux pas faire.
    Accepter de subir c'est juste pas envisageable.

    Je ne pense pas détenir LA vérité ultime a imposer à tous. Je pense avoir une idée de la manière dont je souhaite vivre et je fais tout pour la mettre en place au quotidien.

    Dans un système utopique pour moi, de petites entités gérées de manières différentes peuvent permettre à chacun de trouver ce qu'il cherche comme mode de vie, y compris ceux qui ont pas envie de se poser de question, qui préfèrent suivre, mais au moins ils auraient la possibilité de choisir entre plus de modes de gestion, de vie.
    Et ça serai pas plus autoritaire que le système actuel.

    Voilà, c'est ma petite reflexion, sans doute contestable, et pas qu'un peu, mais c'est mon humble contribution à un texte qui me semble trop fermé. Si besoin, je peux développer, mais je pense etre a peu près claire.

    Et si tu trouves que je vis dans un monde de bisounours et ben c'est pas grave ! :biere:
     
  11. niouze
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    niouzeMembre du forum Expulsé par vote

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    Nov 2007
  12. libertaire
    je me permet juste de réagir sur sa

    le soucie c'est que ce type d'action est castrative ;je participe a des actions par chez moi de soutient au sans papier masi a part une ou deux manif par ans la plupart de nos action sont des defenses (et aussi des reunion informative masi c'est moins mon rayons d'actions)au cas par cas et a force sa blaze a peine on reussi a aider un sans papier(generalement provisoirement) qu'il faut en aider un autre et tout sa sans parler de ceux pour qui on ne reussi pas et qui sont expulser :(

    a force on a l'impression de tourner en rond et surtout que cela ne sert a rien(surtout quand a la fin la personne est expulser) meme si il faut bien entendu continuer car sinon il n'y aurait personne
     
  13. JiyuU
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    JiyuUMembre du forum Membre actif

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    Nov 2008
    Je le sais bien et le coté castrateur, je le vois très bien, toujours parce qu'on est en défense, tout le temps.
    Mais mis à part faire de l'information et du tract, je ne vois pas comment etre "offensive".

    Très sincèrement c'est une réelle question et je cherche des idées, les cercles du silence en sont une, ils ont une visibilité parce qu'ils s'acharnent et ça finit par interpeller un peu le badaud. Maintenant, je prend toutes les idées, y compris les plus saugrenues.

    Le texte de Lukas stella est fort parce qu'il décrit justement ce coté castrateur et amer de nos luttes. Maintenant, c'est pas une raison pour arreter, plutot le temps de trouver de nouvelles idées.
     
  14. Lukas Stella
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    Lukas Stellainventeurs d'incroyances

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    Jan 2009
  15. libertaire, , situationniste, auto-gestionnaire
    NOUS SOMMES LE MONDE EN DEVENIR

    "Les tentatives de solution, dysfonctionnelles dans leur mise en acte redondante, finissent par construire littéralement un cercle vicieux, à l’intérieur duquel ce que font les individus ou les groupes d’individus pour combattre leurs problèmes, les maintient en les rendant plus complexes. Le déblocage consiste à introduire de petites modifications dans les tentatives de solutions. Ceci conduit toujours à de nouvelles possibilités opérationnelles.
    C’est la déviation qui est le moteur du changement, car elle altère la difficulté, ou la façon inefficace de la réaliser. Elle peut révéler des éventualités alternatives qui rendent possible une expérimentation différente.
    De partout le système est remis en cause. Il nous reste à situer ces actions en les décalant dans un changement de perspective. Il n’y a pas une façon de faire mais une infinité."
    (Stratagèmes du changement*)

    [​IMG]

    Dans ce monde informatisé, nos prothèses de communication numérique nous isolent chaque jour un peu plus en réduisant au minimum les relations humaines, et nous conditionnent insidieusement jusqu'à notre manière d'appréhender et de comprendre notre situation de survie.
    "Alors que chacun s’isole dans la crainte, en se retranchant dans sa petite sphère quotidienne, les relations sociales se désagrègent dans la peur et le rejet de la différence. Plus on communique avec nos prothèses numériques, par petits bouts à petits peu, moins on communique avec l’autre.
    La quantité détruit la qualité sous le contrôle des machines à réduire. Nos projections technologiques nous conditionnent, en nous incarnant dans les opérations restrictives des affaires planifiées. L’envahissement précipité de notre univers quotidien par les machines informatiques, a réduit notre espace vital, en structurant nos croyances selon les modèles restreints de l’ordre des choses qu’elles programment."
    (*)

    Nous ne sommes pas informés, mais "mis en forme". Les transnationnales de l'information sont d'énormes machines de pression qui répandent de partout et en permanence la propagande de la soumission sans concession. Nos modes de perception et nos méthodes de compréhension qui nous ont été inculqués, conditionnent notre réflexion, nos choix et rendent nos tentatives de changement inopérantes. Nos solutions font blocage.
    Croire que l'action découle de la pensée, que le changement radical ne serait que la conséquence d'une conscience révolutionnaire, est une présupposition, une hypothèse d'un autre temps, que l'on peut remettre en question. Toute conclusion tirée de l'expérience passée, suppose comme fondement, que le futur ressemblera au passé. Notre expérience concrète détermine tout changement, mais seulement dans notre manière de percevoir et de réagir à la réalité. Ceux qui veulent déterminer et expliquer le changement par des mouvements passés sont aveugle à l'invention et à la métamorphose nécessaires à l'émergence d'un nouveau mouvement révolutionnaire.

    "Le passé et le futur sont des manière d'être au présent."
    Maturana et Varela, L'arbre de la connaissance, 1992.
    Si l'on se permet de ne plus considérer le futur comme une projection que le présent consomme en le précipitant dans un passé toujours plus présent, on peut alors se l'approprier comme un devenir désirable vécu au présent, plein de nouvelles possibilités qui ne cherche qu'à se réaliser, un avenir sans entrave qui se construit ici et maintenant.
    "Nous ne pouvons pas prévoir le futur mais nous pouvons le préparer. Dans la mesure où on laisse aller les choses au hasard, on peut prévoir qu’un système clos caractérisé par quelque ordre initial évoluera vers le désordre, qui offre tellement plus de possibilités. Dès que l’instabilité est incorporée, la signification des lois de la nature prend un nouveau sens. Elles expriment désormais des possibilités."
    Ilya Prigogine, La fin des certitudes.

    Notre prétentieux savoir ne voit pas tout ce qu'il se dissimule, ignore ce qu'il ne sait pas. Il tend à se proposer comme accompli et autosuffisant, à se prendre pour le propriétaire de la vérité et de la pertinence, à occulter erreurs, anomalies, paradoxes, hérésies, dérives, bref tout ce qui dans les moments critiques de changement qualitatif est source et stimulation de changements et de révolutions.
    La condition humaine n'est pas un destin marqué par une histoire déjà écrite, mais l'émergence de mouvements, d'accidents et d'erreurs qui se font et se défont dans le cours de situations imprévues, de tournants, de seuils qui peuvent à un moment critique annuler les pressions dominantes en faisant surgir de nouvelles possibilités plus compatibles avec l'ensemble des diversités qui composent la société.

    Nos points de vue sont se retrouvent souvent déformés par nos préjugés intransigeants et sectaires. Le modèle de perception et la méthode utilisée par l'observateur oriente sa recherche et détermine son observation sans qu'il s'en rende vraiment compte. On ne voit jamais deux fois la même rivière, l'eau s'est écoulée, nous-même avons évolué, notre mode de perception est différent, nos observations ont quelques peu changé et la réalité n'est plus tout à fait la même.
    Pour le scientisme réductionniste, "l'objectivité exige que les propriétés de l'observateur n'entre en aucun cas en ligne de compte dans la description de ses observations. Par cette suppression de ce qui fait l'essence de l'observation, c'est à dire les processus cognitifs, on réduit l'observateur à n'être qu'une machine à copier, et l'on réussi à évacuer la notion de responsabilité."
    Heinz von Foerster, Éthique et cybernétique du second ordre, 1991.

    Au nom de ce réalisme chimérique qui semble aller de soi, est ainsi complètement occultée toute dimension humaine dans ce qu'elle a de trop vivante, de doute et de hasard, de relations incertaines, d'opportunités imprévisibles, de jeux sur les règles du jeu, de changement possible de ses propre règles de transformation, de liberté de choix, de dérives situationnelles.
    Prendre toute position comme la position d'un observateur avec ce qui en découle, ouvre un champ de possibilités, fondamentalement critique à l'égard des certitudes, des dogmes et des idéologies. Ainsi chacun de nous devient responsable de son propre point de vue. Nous sommes impliqués dans le monde que nous décrivons et transformons avec les autres. C'est alors que pour favoriser nos possibilités de liberté il nous est désormais nécessaire de penser au second degré, dans un cycle de réflexion qui pousse notre connaissance à revenir constamment sur elle-même. Cette nécessité de penser notre compréhension de la situation vécue, favorise nos possibilités de liberté.

    Le monde n'est plus une réalité objective bien séparée, étrangère, à laquelle il faut se soumettre, mais devient alors notre réalité, plus humaine et plus accessible, plus variée et plus vivante. La dictature économique et financière n'est plus une fatalité, mais la tyrannie d'un petit groupe d'usurpateurs multimilliardaires qu'il s'agit de rendre inopérant pour sauver la société de la faillite de l'humanité, et la planète de sa destruction.

    "Les révolutionnaires de la vie savent déjà quoi faire pour dépasser les troubles qui font blocage. Seulement, ils ne savent pas qu’ils savent, car ils se croient inefficaces. Nous pouvons inventer ensemble un nouvel usage des connaissances que nous avons déjà, dans des équilibres différents qui n’ont plus besoin d’être uniques et parfaits. Il y avait une voie idéale (réaliste) mais irréalisable, à présent il y a une multitude d’expérimentations possibles."
    "Vivons dans le monde que nous inventons !"
    (*)

    Lukas Stella
    (Le site des inventeurs d'incroyances)

    * Stratagèmes du chagement, de l'illusion de l'invraisemblable à l'invention des possibles, par Lukas Stella aux Éditions Libertaires / Courcircuit-diffusion, Fnac...
     
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