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Lutte et handicaps

Discussion dans 'Activisme, théories et révolution sociale' créé par mc², 17 Novembre 2016.

  1. mc²
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    mc²Membre du forum Membre actif

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    Août 2014
    Manifeste du CLHEE
    Collectif Lutte et Handicaps pour l’Égalité et l’Émancipation (CLHEE)
    [B][/B]
    Qui sommes nous ?

    Nous sommes un groupe de militants et d’activistes directement concernés par le handicap.

    Nous faisons l’amer constat qu’en France aucun mouvement militant, activiste et autonome de défense des personnes handicapées n’a pu voir le jour et s’installer durablement dans le paysage des luttes d’émancipation.

    Certains d’entre nous ont pris part au Collectif NON au report et se sont mobilisés contre la récente réforme du volet accessibilité de la loi de 2005.

    A cette occasion, ils ont pu constater, d’une part, que de nouvelles formes d’activismes pouvaient prendre corps, entre autres via les réseaux sociaux, et servir le combat des personnes handicapées. D’autre part, qu’il était non seulement possible mais indispensable de s’organiser en dehors des associations gestionnaires qui ont depuis longtemps démontré le caractère inefficace voire préjudiciable de leurs actions.

    Après l’expérience NON au report, il nous a semblé essentiel de poursuivre notre travail au-delà de la question de l’accessibilité et de nous inviter dans tous les débats qui nous concernent.

    Nous ne prétendons pas représenter l’ensemble des personnes handicapées. Nous sommes bien placés pour savoir qu’elles ne constituent pas un bloc homogène de personnes partageant les mêmes positions et aspirations. Nous prétendons uniquement défendre les convictions qui sont les nôtres et les idées émancipatrices que nous souhaitons voir avancer.

    Par conséquent, nous ne représentons que les personnes handicapées qui le souhaitent, qui se reconnaissent dans le présent manifeste, partagent nos analyses et notre envie de structurer une lutte pour la défense de nos intérêts et de nos droits.

    Nous sommes, à l’origine de ce collectif, tous concernés par le handicap moteur. Néanmoins nous ne sommes pas sans savoir que nos réflexions et nos combats sont communs à d’autres types de handicap, visibles ou non, et que des convergences sont possibles entre personnes handicapées partageant les mêmes objectifs, tous handicaps confondus.

    Nous sommes même convaincus qu’il est nécessaire de nous organiser davantage par communauté de pensée plutôt que par type de handicap, et sommes ouverts à toute initiative en ce sens.

    Que voulons nous ?
    Nous revendiquons :

    1/ La lutte pour la désinstitutionnalisation
    Nous entendons promouvoir la désinstitutionnalisation, ce qui signifie pour nous la fin du placement des personnes handicapées mineures ou majeures en structures, dites « spécialisées », spécifiquement conçues pour les accueillir.

    Depuis des décennies, la France a favorisé le regroupement et la relégation des personnes handicapées dans des institutions qui sont devenues pour elles les principaux lieux de résidence, de scolarité, de travail, en un mot de vie et de « prise en charge » collective.

    A l’heure actuelle, au mépris des textes et recommandations internationales relatives au handicap, la France continue de présenter l’institutionnalisation comme la réponse privilégiée aux besoins spécifiques réels ou supposés des personnes handicapées.

    Or, l’institutionnalisation constitue une ségrégation sociale et spatiale inacceptable.

    Elle rend impossible pour les personnes handicapées l’exercice plein et entier de leurs droits.

    Elle porte notamment atteinte à la liberté des personnes handicapées, qui se retrouvent le plus souvent contraintes de vivre en institution faute d’alternative et dont la vie quotidienne se trouve ainsi régie et contrôlée par des professionnels du secteur médico-social.

    Par son fonctionnement en vase clos et la faiblesse des contrôles extérieurs, l’institutionnalisation favorise également les situations d’abus, d’exploitation salariale, d’atteintes à la vie privée et de maltraitance des personnes handicapées.

    Nous exigeons par conséquent la mise en œuvre d’une politique destinée à :

    – Mettre à la disposition des personnes handicapées et des parents d’enfants handicapés les services et soutiens de proximité (médicaux, financiers, psychosociaux, pédagogiques et éducatifs) de qualité et suffisants pour la vie autonome des adultes et celle des enfants au sein de leur famille.

    – Associer les personnes concernées à l’élaboration de ces nouvelles offres de services.

    – Mettre un terme à la construction de nouveaux établissements en s’abstenant de les autoriser ou de les financer.

    – Désinstitutionnaliser tous ceux qui se trouvent en institution, prévenir les éventuels nouveaux placements et la prolongation inutile des séjours en institution.

    Contrairement à ce que soutiennent les pouvoirs publics français et les associations gestionnaires d’institutions spécialisées, les besoins d’accompagnement permanents et complexes de certaines personnes handicapées ne sont pas un obstacle à leur vie en dehors des institutions et ce, quel que soit le handicap.

    Au nom du principe d’égalité et de non discrimination, il appartient aux pouvoirs publics de développer des alternatives permettant aux personnes handicapées de sortir des institutions et ainsi de jouir pleinement de leurs droits fondamentaux, dont celui de mener une vie autonome.

    2/ La défense de la vie autonome
    Nous revendiquons le droit de faire nos propres choix de vie, de définir nos propres besoins, de prendre nos propres décisions sans contrôle « professionnel » extérieur, c’est-à-dire de mener une vie autonome.

    Cette liberté de choix exige des moyens humains, matériels et financiers. Elle implique notamment :

    – Des ressources financières suffisantes permettant aux personnes handicapées, notamment celles qui ne travaillent pas, de subvenir à leurs besoins, d’assumer leur choix de vie et de vivre dans des conditions dignes.

    – L’existence de systèmes d’aides humaines de qualité et personnalisés, à hauteur des besoins réels, pour les adultes comme pour les enfants handicapés qui en ont besoin.

    – Des offres de services, d’accompagnement et de compensation variées et ajustables permettant aux personnes concernées de pourvoir à leurs besoins de toute nature (matériels, médicaux, para-médicaux etc).

    – Une accessibilité généralisée des équipements et services publics et privés.

    3/ La lutte contre le validisme, les discriminations et l’handiphobie
    [B][/B]
    • La lutte contre le validisme
    Nous affirmons que le handicap est un fait, une donnée de l’existence avec laquelle les personnes concernées composent au quotidien, et qu’il n’appartient pas aux personnes dites valides de le connoter arbitrairement, positivement ou négativement.

    Il est aussi une construction issue de processus sociaux et historiques qui ont conduit à disqualifier, stigmatiser et marginaliser les personnes handicapées.

    Nous entendons donc dénoncer et combattre le validisme qui fait de la personne valide en bonne santé la norme universelle et l’idéal à atteindre.

    Le validisme se caractérise par la conviction de la part des personnes valides que leur absence de handicap et/ou leur bonne santé leur confère une position plus enviable et même supérieure à celle des personnes handicapées.

    Il associe automatiquement la bonne santé et/ou l’absence de handicap à des valeurs positives telles que la liberté, la chance, l’épanouissement, le bonheur, la perfection physique, la beauté.

    Par opposition, il assimile systématiquement le handicap et/ou la maladie à une triste et misérable condition, marquée entre autre par la limitation et la dépendance, la malchance, la souffrance physique et morale, la difformité et la laideur.

    Le validisme suppose que la plupart des personnes handicapées se consument dans la plainte, l’aigreur, la frustration ou le regret de ne pas être valides.

    Il se traduit par des discours, actions ou pratiques paternalistes, condescendants et dénigrants à l’égard des personnes handicapées, qui les infériorisent, leur nient toute possibilité d’être satisfaites de leur existence et leur refusent le droit de prendre en main leur propre vie.

    Il exige de surcroît que les personnes handicapées fassent preuve de docilité, de déférence et de reconnaissance à l’égard des personnes valides, en particulier lorsque ces dernières leur apportent une aide quelconque ou s’intéressent à leur sort.

    Le validisme peut être le fait de personnes handicapées elles-mêmes qui, ayant intériorisé l’ensemble des préjugés qui les concernent, adhèrent à tous les présupposés validistes.

    • La lutte contre l’handiphobie
    Nous entendons dénoncer et combattre l’expression publique ouverte et décomplexée du rejet ou du dégoût qu’inspire le handicap à certaines personnes valides et qui s’apparente à de « l’handiphobie ».

    • La lutte contre les discriminations et pour le respect de nos droits
    Nous entendons dénoncer et combattre les discriminations systémiques liées au handicap et à la maladie dans tous les secteurs.

    Nous entendons lutter pour le respect de nos droits, pour la liberté de circulation, l’accessibilité généralisée et l’égalité.

    Nous demandons un égal accès :

    – à la liberté de choix de nos lieux et mode de vie

    – aux soins

    – à l’éducation et à la formation professionnelle

    – à l’emploi

    – au logement

    – aux sports, aux loisirs et à la culture

    – à l’information.

    4/ La promotion de représentations justes de nous-mêmes
    En tant que membres à part entière de la société, il est indispensable que nous soyons représentés partout, dans toutes ses sphères, y compris dans les médias.

    Nous revendiquons cependant un traitement juste, nuancé et respectueux des personnes handicapées, qui évite tout sensationnalisme et qui rende compte de leur diversité, ainsi que celle de leurs idées et leurs actions.

    Le discours médiatique consacré au handicap doit sortir du registre de l’émotion et être replacé dans son contexte économique, social et politique, ce à quoi notre collectif entend participer activement.

    Ainsi, nous entendons dénoncer notamment avec la même force :

    – Le discours misérabiliste qui consiste à nous présenter comme des êtres de souffrance, vivant dans la limitation, la plainte, la frustration et le regret, uniquement objets de soins, de préoccupation et d’attention pour nos proches et comme des charges pour la société.

    – Toutes les formes d’ « Inspiration porn » qui nous objectivisent, nous essentialisent, et présentent certains d’entre nous, qui auraient prétendument « transcendé » leur condition, comme des héros, des êtres dotés de qualités exceptionnelles et des sources inépuisables d’inspiration pour les personnes valides.

    L’un comme l’autre sont des représentations condescendantes et manichéennes de nous-mêmes que nous ne pouvons pas accepter.

    Qu’elles suscitent la compassion ou l’admiration, elles reposent sur des fantasmes et n’ont pour objectif que de conforter les personnes valides dans leurs préjugés.

    Elles occultent de surcroît sciemment les discriminations subies par les personnes handicapées, ainsi que les véritables causes de leurs difficultés, tout en déresponsabilisant les acteurs publics et privés qui en sont à l’origine.

    Les personnes handicapées ne sont pas là pour rassurer les valides sur leur propre sort, leur servir de source d’inspiration, de faire-valoir ou de curseur de la souffrance.

    Elles n’ont pas à démontrer continuellement leur capacité à mener une vie ordinaire ou à atteindre leurs objectifs.

    Enfin, les personnes handicapées ne sont pas interchangeables. Elles sont diverses et variées dans leurs opinions et leurs personnalités.

    5/ La défense d’une sexualité libre et non marchande, incompatible avec l’instauration d’une assistance sexuelle
    Les personnes handicapées sont des êtres sexués et des partenaires potentiels à part entière au même titre que les autres, aux attentes et orientations sexuelles variées.

    S’il est vrai que des limites physiques et/ou psychiques peuvent rendre difficile l’accès de certaines personnes handicapées à une vie affective et sexuelle, elles ne peuvent expliquer, à elles seules, les obstacles rencontrés dans ce domaine.

    De multiples barrières sociales, telles que le manque d’accessibilité ou la vie en institution, mettent les personnes handicapées à l’écart de la cité et restreignent leurs libertés et possibilités de rencontres.

    A ces préjugés propres au handicap s’ajoutent les stéréotypes d’ordre général sur la sexualité, la féminité, la virilité et la beauté. Véhiculés par les médias, la publicité, la pornographie, ils confortent l’idée que le sexe est indispensable à l’épanouissement, qu’il est lié au physique, à la santé et qu’il est une performance.

    Dans un cadre aussi étriqué et normalisant, la sexualité des personnes handicapées ne peut trouver de place.

    Comme principale réponse à ces difficultés, certaines personnes concernées demandent l’instauration d’un service d’assistance sexuelle.

    Or, nous sommes fondamentalement opposés à la mise en place d’un tel système.

    En effet, l’assistance sexuelle relève d’une approche médicale passéiste du handicap.

    L’assistance sexuelle suppose que les personnes handicapées constituent un groupe homogène avec une sexualité « spécifique » à laquelle elle serait la plus apte à répondre et associe à tort l’assistance sexuelle aux soins, dont elle serait une sorte de prolongement.

    Elle offre une réponse stigmatisante vers laquelle toutes les personnes handicapées, y compris les non « bénéficiaires », seront systématiquement renvoyées et qui les enfermera dans une sexualité de seconde zone, marginale et étrange.

    L’assistance sexuelle entretient des liens ambigus avec la prostitution.

    Dans l’hypothèse d’un service payant, l’assistance sexuelle ne serait qu’une « spécialité » au sein de la prostitution, considérée comme valorisante car s’adressant à un public «indésirable», «intouchable», totalement rejeté sans cette solution.

    Tout comme la prostitution, le système s’adresserait d’abord aux hommes handicapés qui feraient le même raisonnement que les clients de prostitués : leurs besoins sexuels sont irrépressibles et vitaux. Il doit exister un système pour les satisfaire.

    L’assistance sexuelle serait dès lors un système misogyne et archaïque de marchandisation du corps supplémentaire, mais acceptable, qui demanderait à être reconnu légalement, à titre exceptionnel.

    Dans l’hypothèse d’un service gratuit, ou rémunéré à titre symbolique, c’est-à dire, quasiment gratuit, il s’agirait d’un acte de bienfaisance réalisé par des volontaires qui seraient persuadés de faire une bonne action qui les grandirait.

    Nous rejetons donc la solution simpliste et conformiste que constitue l’assistance sexuelle qui, selon nous :

    – S’inscrit à la fois dans la logique économique libérale qui présente le sexe comme un service commercial, dont elle nous propose d’être consommateurs, et dans une vision judéo-chrétienne qui appréhende la personne handicapée comme objet de charité.

    – Ne remet pas en cause le système de valeurs et les représentations en vigueur dans notre société.

    – Ne va ni dans le sens de l’émancipation et de l’autonomie des personnes handicapées, ni de leur libération sur un plan sexuel.

    Nous revendiquons l’accès à une sexualité libre et non marchande, qui implique de la réciprocité dans le désir et un échange égalitaire qui ne peut exister ni dans le rapport marchand ni dans le rapport caritatif.

    Nous exigeons que soient favorisés :

    – L’éducation sexuelle dès le plus jeune âge afin que les personnes handicapées puissent se percevoir comme des partenaires à part entière.

    – Le développement des solutions techniques existantes qui pourraient aider les personnes handicapées dans leur sexualité.

    – La déconstruction des préjugés liés aux genres, aux représentations du sexe et du handicap qui entravent la sexualité des personnes handicapées.

    6/ L’inscription de notre combat dans l’ensemble des luttes d’émancipation
    Nous pensons qu’au même titre que d’autres groupes sociaux minoritaires et/ou marginalisés, les personnes handicapées subissent une oppression systémique de la part des personnes valides qui se sont depuis longtemps arrogé le droit de décider à leur place de la façon dont elles devaient mener leur vie.

    Nos limitations, notre état de dépendance, nos besoins spécifiques, qu’ils soient réels ou supposés, ont toujours servi de prétexte pour justifier l’ensemble des mesures prises dans le domaine du handicap, la plupart du temps sans nous et contre nous.

    Jusqu’ici ces mesures ont maintenu la plupart d’entre nous en marge de la société, dans une situation d’assujettissement et de grande précarité.

    Il nous apparaît donc impératif de nous fixer comme objectif de définir et dénoncer nous-mêmes l’oppression que nous subissons et de nous affranchir de tous les préjugés et contraintes sociales validistes qui nous entravent, et ce, d’où qu’ils proviennent : entourage familial, amis, proches ou associations gestionnaires.

    Nous savons que les personnes valides, qu’elles soient familières ou non des situations de handicap, peuvent être des alliées, cependant nous ne les laisserons en aucun cas s’approprier notre parole et notre combat et elles ne prendront aucune part au processus décisionnel et organisationnel de ce collectif.

    7/ L’inscription de notre combat dans une logique intersectionnelle
    Notre lutte et nos réflexions sont intersectionnelles.

    D’une part, nous avons parfaitement conscience que les personnes handicapées peuvent subir plusieurs formes de dominations et de discriminations à la fois.

    D’autre part, nous sommes solidaires de toutes celles et ceux qui luttent contre d’autres motifs de rejet ou toute autre forme d’oppression et de discriminations.

    Notre combat est par conséquent et nécessairement féministe, antiraciste, anticapitaliste, anti-impérialiste, anti-colonialiste et internationaliste.

    Il est notamment incompatible avec le patriarcat, la xénophobie, le racisme, l’islamophobie et l’antisémitisme, la romophobie, l’homophobie, la lesbophobie ou la transphobie (liste non exhaustive).

    Nous rejetons toute idéologie de hiérarchisation des populations et de stigmatisation d’où qu’elle provienne, qu’elle soit incarnée par l’extrême droite ou tout autre parti politique.

    Nous soutenons les initiatives autonomes de convergence des luttes entre opprimés à condition qu’elles soient compatibles avec le présent manifeste.

    8/ La dénonciation du rôle des associations gestionnaires
    En France, dans le domaine du handicap, il existe un tissu associatif particulièrement dense qui va de la petite association dédiée à un type de handicap et/ou maladie en particulier, à des structures associatives de taille conséquente déployées sur tout le territoire.

    Ces dernières, dites « associations gestionnaires », sont spécialisées par type de handicap et gèrent de nombreux services et établissements subventionnés par l’Etat (établissements spécialisés pour enfants et adultes, services d’aide par le travail, entreprises adaptées).

    Les textes reconnaissent aux plus importantes d’entre elles un rôle de représentation des personnes handicapées qui les amènent, d’une part, à siéger dans toutes les instances nationales et locales consacrées au handicap, aux côtés des pouvoirs publics.

    D’autre part, à être informées et consultées sur tous les projets de textes relatifs au handicap.

    Depuis plus d’un demi siècle, l’Etat a délégué à ces associations, qui sont devenues de véritables institutions, les intérêts des personnes handicapées.

    Or, après toutes ces années, les associations gestionnaires ont amplement démontré les limites de leurs actions, si ce n’est leur inefficience, et leur complaisance vis à vis du pouvoir.

    En effet, en faisant le choix d’organiser et de structurer le système institutionnel et de faire de sa gestion leur principale activité, ces associations ont de fait participé à l’exclusion spatiale et sociale des personnes handicapées.

    Au lieu de faire de notre émancipation et de la défense de nos droits une priorité et de jouer un véritable rôle de contrepouvoir, elles ont préféré devenir des partenaires de la puissance publique.

    Au lieu de dénoncer l’incurie des politiques publiques en matière de handicap, elles ont choisi de réguler et de maintenir l’ordre social existant.

    Leurs liens et leur dépendance financière vis à vis des pouvoirs publics sont devenus tels, qu’elles ne peuvent décemment prétendre remplir la mission de défense de droits dont elles se revendiquent.

    De plus, la plupart de ces associations continuent à adopter dans leur campagnes de communication une approche terriblement surannée et validiste du handicap qui surfe sur les préjugés qui y sont attachés au lieu de les combattre.

    De même, leurs actions sont encore axées autour d’une logique essentiellement caritative que nous dénonçons.

    Enfin, ces associations qui sont historiquement pour la plupart des groupements de familles ou de proches de personnes handicapées, demeurent composées par un nombre important de personnes non directement concernées par le handicap.

    Pourtant, elles captent la parole publique sur le handicap dans les médias comme auprès des instances publiques.

    Nous entendons par conséquent dénoncer l’inertie coupable et les faux-semblants de ces associations gestionnaires qui prétendent nous représenter et défendre nos droits mais ne se soucient en réalité que de leurs propres intérêts de gestionnaires.

    Contrairement à ce que prétendent ces associations pour désamorcer toute critique de leurs actions, notre discours n’a pas pour objet de diviser les personnes handicapées entre elles mais à l’inverse de les réunir autour de revendications à la hauteur de leur aspiration légitime à mener une vie autonome.

    Nous affirmons qu’aucune avancée sérieuse et durable dans le domaine du handicap ne pourra se faire sans poser clairement la question du rôle, de la légitimité et de l’action des associations gestionnaires et sans l’organisation d’une lutte autonome vis à vis de ces dernières.

    9/ Le caractère politique de notre lutte
    Contrairement à ce que soutiennent depuis des années les associations gestionnaires, le handicap n’est pas un sujet « apolitique ».

    La place réservée aux personnes handicapées s’inscrit inévitablement dans un projet de société.

    En ce sens, il ne fait aucun doute que le système économique capitaliste qui exacerbe l’individualisme, valorise principalement la concurrence et le profit, creuse les inégalités et concentre les pouvoirs entre les mains d’une minorité, impacte de façon négative les politiques menées dans le domaine du handicap.

    Les politiques d’austérité menées au nom de cette logique notamment en Europe, ont d’ailleurs confirmé qu’elles n’avaient que faire des droits des personnes handicapées et ont conduit à détériorer leurs conditions de vie, partout où elles ont été appliquées.

    Notre combat est donc politique dans la mesure où nous savons qu’il est indissociable de celui qui vise à transformer en profondeur la société pour restaurer la justice sociale et l’égalité.

    Pour autant nous ne sommes le jouet d’aucun parti politique en particulier, et ne sommes pas encartés.

    Nous savons, par ailleurs, que parmi ceux qui devraient apparaître comme des alliés politiques naturels, beaucoup se désintéressent de notre condition quand ils ne font pas preuve d’une méconnaissance crasse de nos difficultés réelles.

    Force est, en effet, de constater qu’aucune organisation politique, y compris à gauche, ne s’est montrée jusqu’ici capable de se départir d’une vision humanitaire, compassionnelle, voire caritative du handicap, pour l’envisager comme un sujet politique et social à part entière, et élaborer des propositions à la hauteur des enjeux en présence.

    Le 12 avril 2016
    CLHEE
     
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  2. pschrsrgnc
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    pschrsrgncGuest

    Excuse mon ignorance ,mais concrètement çà donne quoi?A mes yeux,cette lutte est honorable.L' hôpital à. été grevé pécuniairement,plus de la moitié des bénéficiaires ont été basculé vers des structures de jour(centre de réadaptation,c.t.j,c.a.t etc...pour réduire les coûts.(le service n' est plus le même!)Je pourrais éventuellement garder ton lien pour quelques personnes que je rencontre et à qui ça pourrait être utile
     
  3. ninaa
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    ninaa  Comité auto-gestion Membre actif

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  4. anarchiste, anarcho-féministe, communiste libertaire, individualiste
    D'autres infos et ressources sur le sujet:
    Emission "L'entonnoir" - La Culture du Valide
     
  5. mc²
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    Je sais pas. Le collectif est récent, le manifeste est signé par quatre personnes, et sur leur page "actions et mobilisations", pour l'instant il n'y a rien
     
  6. ninaa
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  7. anarchiste, anarcho-féministe, communiste libertaire, individualiste
    Dans leur texte de présentation:
    Le collectif NON au report:
    https://www.facebook.com/nonaureport/

    Certains commentaires me font avaler ma langue! ça me fait penser à ce que me disait toujours un copain handicapé (Eric Martin, auteur de BD et coréalisateur d'un doc sur Choron): "Les handicapés sont des connards comme les autres!" (alors que lui même était d'ailleurs tout sauf con!)
    [​IMG]

    Mais heureusement la réponse montre qu'ils ne sont ni pire ni meilleurs que les valides, y a aussi des antiracistes!

     
  8. pschrsrgnc
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    pschrsrgncGuest

    Ninaa;je connais un peu le sujet(je ne vais pas citer S.becket!Je suis un handicapé car,retord aux évaluations de certains!L' entonnoir,super émission (slt aux 3 anims)Le débat concernant la psychiatrie doit être étoffé.Nous en connaissons les dérives et insuccès (chloral,electro convulsivo thérapie,ritaline etc)Bref,on étiquète,on traite(ils stabilisent dans leur jargon)La mode revient à l' enfermement physique et psychologique.En tous cas merci pour les liens.
     
  9. ninaa
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    ninaa  Comité auto-gestion Membre actif

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  10. anarchiste, anarcho-féministe, communiste libertaire, individualiste
    Aux dernières nouvelles le collectif Sans remède a suspendu ses activités.
    Mais on peut encore trouver les cinq numéros de leur revue, à télécharger ici:
    [​IMG]
    Téléchargement des numéros | Sans Remède

    Sans Remède | Critique et témoignages contre la psychiatrie et l'emprise médicale

    L’entonnoir : Sans remède n° 5 - Anarchistes Ivry

    http://fa-ivry.forlogaj.tk/data/doc...noir/l-entonnoir.2014-04-02.sans-remede-5.ogg

     
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  11. pschrsrgnc
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    pschrsrgncGuest

    Au su,de certaines pratiques consternantes,il est indispensable que nous nous mobilisions face aux
    "hérésies médicales"!
    Par rapport à la bipolarité,nouvelle définition psychiatrique que l' o.m.s
    n' a même pas encadré
    par exemple,ils nous est indispensable
    d' être vigilants.Ninaa merci pour tes informations.
     
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  12. ninaa
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  13. anarchiste, anarcho-féministe, communiste libertaire, individualiste
    Radio Libertaire, l'Entonnoir, sur la représentation des usagers en psychiatrie
     
  14. ninaa
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    ninaa  Comité auto-gestion Membre actif

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  15. anarchiste, anarcho-féministe, communiste libertaire, individualiste
    Comment rendre votre milieu militant plus inclusif pour les personnes neurodivergentes
    Publié le 5 janvier 2018
    Cet article a été publié en mai 2016 sur le site Zinzin Zine, qui regroupe plein de contenu contre le système psychiatrique et la psychophobie. C’est une traduction d’un texte de Liz Kessler d’avril 2015. Il est publié ici pour alimenter une réflexion trop souvent inexistante au sein du "milieu politique" rennais, et dans l’espoir de faire bouger les lignes.

    Récemment des ami.e.s et moi avons discuté de la manière dont les personnes avec des handicaps d’apprentissage, des handicaps de développement et des personnes avec des problèmes de santé mentale sont exclues des milieux militants. Même dans les milieux et les collectifs autogérés qui veulent réfléchir au validisme et nous inclure les gen.te.s ne savent pas quelles mesure concrètes ielles peuvent mettre en place. Voici quelques idées pour bien démarrer.

    (Quelques notes sur la terminologie : j’utilise le terme personnes handicapées plutôt que personnes avec des handicaps parce que c’est comme ça que je préfère parler de moi et qu’un nombre grandissant de personnes parlent d’elles-même de cette manière. Ceci [lien en anglais] est une bonne explication de pourquoi. Neurodivergent est un terme général [lien en anglais] pour des personnes dont le cerveau fonctionne de manière différente que ce qui est considéré comme « normal » ou socialement acceptable. Cela désigne des personnes qui sont dépressives, qui ont de l’anxiété, des handicaps de développement ou d’apprentissage, mais ça peut inclure d’autres choses aussi.

    C’est le contraire de neurotypique, qui veut simplement dire que le cerveau d’une personne fonctionne « normalement ».)

    1. Ne vous attendez pas à ce que tout le monde fournisse la même quantité de travail

    Trop souvent la légitimité des gen.te.s en tant que militant.e.s est mesurée par le nombre d’heures qu’ielles consacrent à leur militantisme. Rappelez vous qu’on a tou.te.s des capacités différentes. Parfois c’est parce que nous devons nous occuper de membres de notre famille ou qu’on doit travailler plus pour payer nos factures, mais certain.e.s d’entre nous avons besoin de temps juste pour prendre soin de nous-mêmes. Personne ne devrait être exclu.e à cause de cette réalité.

    Être ouvert à propos de nos limites est une bonne manière de commencer ; un groupe qui a des discussions régulières sur ses limites a plus de chance de les respecter. Mettre en place les conditions pour que chacun.e puisse donner son consentement de manière active et enthousiaste est une bonne règle à suivre, et pas seulement pour le sexe : quand on demande à une personne de s’occuper d’une tâche, il est important d’être sur.e qu’on est pas en train de mettre la pression pour que cette personne fasse quelque chose qui va dépasser ses limites ou sa zone de confort. Parler de ses limites signifie que certaines personnes auront plus de chance de dire non à court terme, mais ça fera des militants qui seront plus actifs dans le long terme.

    2. Acceptez les personnes qui ne sont pas fiables, et trouver des moyens de les inclure

    Au delà du respect des limites des personnes, on doit respecter les personnes qui se retirent d’un engagement à la dernière minute. Si une personne appelle et dit « désolé.e, je ne peux pas venir aujourd’hui », dites leur que c’est ok, demandez leur ce dont ils ont besoin, et trouvez une personne qui peut la/le remplacer. Bien sûr ceci veut dire plus de travail pour les autres personnes du groupe et ça peut être super frustrant mais c’est une bonne opportunité pour parler avec la personne et essayer de capter comment mieux distribuer les responsabilités la prochaine fois. Encore mieux : demandez leur ce qui leur a fait se désengager à la dernière minute, et (avec leur consentement) essayer de mettre en place des choses pour ne pas que ça se reproduise.

    Si votre groupe ne sait pas comment réagir lorsque des personnes se désengagent de leur tâches il est temps d’apprendre. Pour qu’un mouvement soit durable il ne devrait jamais dépendre trop lourdement sur une seule personne, et il est préférable de partir du principe de ne pas attendre que tout le monde soit présent.e à chaque événement et à chaque réunion.

    Si des personnes se dégagent souvent de leurs engagements il est sûrement temps de se poser ces questions : est-ce que certaines personnes sont trop sollicitées ? Ou est-ce que le groupe lui-même essaye de faire trop de chose à la fois ? Si c’est la cas, il est temps de changer.

    3. Utilisez des formes diverses de communication

    Les gen.te.s apprennent et communique différemment, et la question ne se pose pas seulement à l’école. Les personnes qui animent des ateliers ou des formations devraient être sensibles aux différentes manière d’apprentissage et en tenir compte, les rencontres devraient également permettre aux personnes qui en ont besoin de communiquer de manière visuelle ou en écrivant les choses.

    4. Ne surchargez pas votre planning

    N’importe quelle personne qui a organisé des conférences ou des rencontres d’un week-end sait qu’à la fin les organisateur.ice.s finissent épuisé.e.s. Cela semble inévitable. J’aimerais donc demander, quand, exactement, ceci est devenu normal ? La journée de 9h à 17h [lien en anglais] a été inventée par le capitalisme et nous rends dépendant.e.s de lui, et ce n’est certainement pas sain. C’est encore plus difficile de tenir une journée de 8 heures si on a des capacités limitées. Des journées de formation, des conférences et des rencontres, devraient être prévues pour être bien plus courtes que 8 heures et devraient contenir pleins de pauses. Oui vous pourrez aborder moins de thèmes, mais ceux que vous aborderez seront mieux intégrés par les participant.e.s parce que leur esprit (et le votre) sera plus frais.

    Évitez d’avoir des discussions informelles ou des réunions en plus pendant les temps de pause. Les pauses sont particulièrement importantes pour les personnes comme moi qui vivent avec des angoisses, et avoir des réunions informelles pendant les pauses veut dire que je serai exclues de réunions importantes. Une fois j’ai été à une conférence de militants étudiante avec un planning très chargé où les organisateur.ice.s ont remarqué à la dernière minute qu’il fallait une discussion sur le validisme. Comme solution ielles ont ajouté une discussion autour de ce thème à la pause de midi, un moment où beaucoup de personnes handicapées prennent une pause qui leur est indispensable. Le fait que cette discussion se déroule pendant la pause de midi leur a laissé un choix difficile entre participer à une discussion importante à leur sujet, ou bien participer aux conférences au planning le reste de la journée.

    Les pauses doivent toujours être des pauses.

    5. Laissez la place aux émotions

    Ceci peut sembler aller de soi, mais on est encore trop nombreux.ses à mettre de côté les commentaires et les idées de personnes qui les expriment alors qu’elles pleurent. Il en va de même pour des réactions d’anxiété (par exemple d’écrire) et des tons de colère. Exprimer des émotions de ces manière là, tant que ça n’est pas en train de faire du mal à d’autres personnes, est tout aussi légitime que de dire « je me sens... », « je pense... » et devrait être pris au sérieux.

    6. Différencier « construire une communauté » et « faire des choses »

    Le burnout militant est une réalité. Des communautés se forment souvent pour s’organiser ensemble, mais lorsque des personnes doivent en sortir – quelle que soit la raison – cela ne devrait pas vouloir dire perdre leur communauté – surtout dans un monde où c’est une chose rare. Lorsque des personnes arrêtent de venir ne partez pas du principe que cela veut dire qu’elles ne veulent plus se rendre dans des espaces de sociabilité. Assurez-vous que si une personne ne se rend plus aux réunions ou décide de faire une pause dans ces activités militantes que la communauté est toujours là pour lui offrir du soutien ou du contact social.

    7. Écoutez les personnes handicapées et prenez nous au sérieux

    Ceci est probablement le point le plus important. Ceci n’est pas une liste exhaustive et les personnes neurodivergentes sont souvent conscient.e.s de comment nous sommes exclu.e.s et vous diront comment vous améliorer, si vous nous laissez le faire. Rappelez vous que toute personne handicapée en sait beaucoup plus sur son handicap que vous. Une connaissance s’est vue dire par une autre militante que ses Troubles Obsessionnels du Comportements (TOC) n’était pas un handicap et qu’en fait ça rend les personnes plus « productives ». Ceci n’est pas une attitude respectueuse ni acceptable à avoir face aux handicaps ou au niveau de productivité d’une personne. C’est nous qui décidons comment nous définissons nos handicaps et ce dont nous avons besoin. Écoutez nous, demandez ce dont nous avons besoin, et mettez-le en place.

    8. Rappelez-vous que nous inclure dans votre milieu ne vous rend pas spéciaux

    Je ne suis pas votre handicapée de service et le fait que vous soyez en train de lire ce texte ne veut pas dire que votre groupe va devenir « complètement accessible ». Ça n’existe pas. Continuez à apprendre et à réfléchir à comment les gen.te.s peuvent être exclu.e.s.

    Lien vers le texte en anglais.

    Cette traduction des contributeurs/rices de Zinzin Zine est participative, toute personne peut proposer des améliorations en les contactant via le lien d’origine, où le texte est donc en permanence susceptible d’être modifié.

    Comment rendre votre milieu militant plus inclusif pour les personnes neurodivergentes - expansive.info
     
  16. ninaa
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  18. ninaa
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