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Actualité militante Lettre de Maka et Benjamin

Discussion dans 'Webzine - actualité des luttes et partage d'articles de presse' créé par Ungovernable, 4 Décembre 2009.

  1. Ungovernable
    Offline

    UngovernableAutonome Comité auto-gestion Équipe technique Membre actif

    9 682
    242
    2,132
    Mar 2005
    Homme , 33 ans
    Canada
  2. anarchiste, autonome
    Je suis Maka, j’ai 22 ans, je suis en détention préventive depuis le 23
    février 2008. Je suis mis en examen pour "tentative d’homicide volontaire
    sur agents des forces de l’ordre" depuis le grand baroud policier qui
    avait suivi les émeutes de novembre 2007 à Villiers-le-Bel. Des centaines
    de jeunes ont affronté la police suite à la mort de deux adolescents, dans
    une collision avec un véhicule de police.

    Je suis Benjamin, j’ai 31 ans, je suis sous contrôle judiciaire, mis en
    examen pour participation à "une association de malfaiteurs en lien avec
    une entreprise terroriste" suite aux opérations de police menées sur tout
    le territoire, notamment à Tarnac, en réaction aux sabotages simultanés de
    l’alimentation électrique de plusieurs voies TGV en novembre 2008.

    Un Blanc. Un Noir. Cité du Val-d’Oise. Petit village de Corrèze. Parents
    immigrés africains de première génération. Classe moyenne de province.
    Diplôme universitaire. Déscolarisation précoce. Nos histoires se croisent
    au hasard d’une désertion des voies tracées pour nous dans le grand cirque
    de la reproduction sociale.

    Désertion des "possibilités" d’un plan de carrière universitaire et
    professionnel tout tracé. Désertion de la perspective de rejoindre la
    France qui se lève vraiment tôt, celle qu’on croise à 5 heures du soir
    dans le RER, celle qui nettoie la scène où la France qui compte se
    produira au grand jour.

    Désertion en tout cas de cette France qui expulse, qui parque, qui
    discrimine, qui classe, ordonne, juge et enferme toujours selon la classe,
    la race, le "patrimoine". Nous nous sommes trouvés dans une petite cour de
    promenade humide et glauque de la prison de Fresnes, de sinistre
    réputation. A l’ombre des barbelés, les pieds dans l’urine des rats. Un an
    déjà s’est passé depuis notre rencontre et le système judiciaire n’a pas
    manqué de manifester sa véritable nature : un système qui fixe au jour le
    jour les critères de ce qui est acceptable et de ce qui ne l’est pas au
    bénéfice, le plus souvent, des classes dominantes de cette société. Face à
    ce système, et pris dans le viseur d’un gouvernement qui ne cesse de
    mettre la vieille tradition réactionnaire française au goût du jour, nous
    endossons chacun la défroque d’une figure de l’ennemi intérieur nouvelle
    vague.

    On comprend bien l’acharnement que met ce gouvernement - appuyé en cela
    par la plupart des médias - à faire de nous, chacun à sa façon, les plus
    terribles portraits, "barbares", "inconscients", "ultra-violents",
    "anarcho-autonomes", "racailles" et toutes sortes d’autres outrances
    langagières. On sent aussi à quel point ce que l’on conjure à tant nous
    calomnier c’est la crainte que ces figures soient finalement plus
    désirables que les figures officielles de la réussite et de l’intégration.

    Et elles le sont sans aucun doute... Le jeune diplômé qui crache dans la
    soupe de l’Occident triomphant et ne compte pas en rester là ; le jeune
    fils d’immigré qui refuse de rempiler dans les fonctions de larbin qu’on a
    toujours massivement réservées à ceux de sa couleur.

    Notez que, même aux rangs des ennemis intérieurs désignés, la couleur de
    peau et l’extraction font encore une terrible différence. La "société
    civile", les médias s’émeuvent beaucoup moins du sort de quelques jeunes
    "indigènes" aux prises avec une police galvanisée que lorsqu’il s’agit de
    rejetons de la classe moyenne blanche - socle politique de ce pays. Et les
    magistrats ont toujours la main plus lourde.

    Nous nous sommes retrouvés là, l’un et l’autre, sur foi de réquisitoires
    aussi peu fondés l’un que l’autre, où le bon vieux "témoignage anonyme",
    pour ne pas dire "délation crapuleuse", dispense opportunément de la
    "charge de la preuve"... Pris dans de véritables affaires d’Etat où les
    enjeux politiques dépassent largement le sort particulier de nos petites
    personnes, voire s’en balancent, au profit d’enjeux électoraux, de
    compétition des services de renseignement et de police, de politiques de
    communication policières et ministérielles.

    Nicolas Sarkozy avait dit, avant même son élection à la tête de l’Etat,
    toute sa crainte d’une "jonction" - jamais advenue - entre le mouvement
    des universités contre le contrat première embauche (CPE) et les
    différentes vagues de révoltes de la jeunesse de banlieue, ce n’est pas le
    moindre des paradoxes que ce soit sa politique de répression elle-même qui
    nous fasse nous rencontrer. Il n’y a jamais eu meilleur catalyseur que
    l’épreuve d’une hostilité commune pour passer des frontières qui étaient
    parfois apparues infranchissables. La simple juxtaposition de nos deux
    histoires éclaire le présent d’une lumière plus crue. Nous pensons que
    notre rencontre n’est pas qu’une anecdote sympathique. Elle nous a paru à
    tous deux préfigurer ce qui doit arriver, ce qui, comme peu d’autres
    choses, indique une sortie du marasme politique du présent.

    Si nous prenons la parole aujourd’hui, c’est qu’il est temps d’en finir
    avec l’habituel fatalisme qui entoure ceux qui sont pris dans les rouages
    de la justice et qui n’ont d’autre horizon que le broyage pénitentiaire.
    Nous ne sommes pas des épouvantails, nous sommes doués de parole et de
    pensée et nous comptons bien en faire usage envers et contre tout
    étouffement.

    Fin octobre a été prononcé un non-lieu pour les policiers qui étaient à
    bord du véhicule qui a provoqué la mort de Larami et Moushin. Il n’y aura
    pas de procès. Dans le même temps, on annonce le renvoi aux assises des
    quatre personnes soupçonnées, sans preuves, d’avoir participé aux tirs
    contre les forces de police pendant les émeutes. Tout semble annoncer un
    procès expiatoire.

    Il s’agira de faire un exemple pour toute la jeunesse révoltée de ce pays
    : "N’espérez même pas pouvoir vous défendre ! Nous jouissons de l’impunité
    totale, vous risquez des peines énormes. Vous êtes pieds et poings liés",
    semblent hurler tous les pouvoirs réunis en une seule et même chorale
    infernale. Et nous n’avons pas fini de l’entendre : le 27 octobre avait
    lieu à Clichy-sous-Bois une commémoration de la mort de Zyed et Bouna dans
    un transformateur électrique lors d’une course-poursuite avec la police en
    2005 ; ce même jour les policiers ont déposé une plainte contre Muhittin,
    seul survivant du trio d’adolescents, aujourd’hui majeur, pour
    "non-assistance à personne en danger".

    Je suis Benjamin, je suis resté à peine trois semaines en détention. Comme
    mes co-mis en examen je suis depuis onze mois sous contrôle judiciaire
    strict avec l’interdiction de rentrer chez moi. Je cherche à faire que ce
    temps volé par l’appareil judiciaire ne soit pas un temps mort.

    Je suis Maka, comme mes co-mis en examen je suis depuis vingt mois en
    détention "préventive", et placé à l’isolement. Je lis, j’écris, j’aiguise
    ma compréhension de ce monde et de la place qui nous y a été dévolue ; je
    fais ma révolution dans 9 mètres carrés.

    Nous ne sommes que deux exemples parmi tant d’autres que nous ne pouvons
    tous citer ici. L’année 2010 devrait voir de nouveaux rebondissements dans
    nos deux "affaires". Elles sont toutes deux emblématiques de la guerre
    totale que mène ce gouvernement contre tout ce qui ne se soumet pas à son
    idéal glacé et policé. Nous pensons que ces victoires ne leur sont pas
    assurées.

    Nous savons que nous sommes toujours plus nombreux, de tous horizons,
    déterminés à ne pas les laisser marcher sur nos têtes. Il faut que ces
    "épisodes" judiciaires soient aussi pour chacun l’occasion d’une prise de
    parti dans l’époque. Rester silencieux en de telles circonstances revient
    à tenir le manche de la pelle qui s’évertue à vouloir nous enterrer
    vivants.
     
  3. Sullivan
    Offline

    SullivanGlandeur rêveur Membre actif

    1 430
    2
    1
    Sept 2008
    France
  4. libertaire
    En effet, c'est sûrement la meilleure chose qui pourrait nous arriver je suppose. (enfin pas le CPE dans le cas présent, disons plutôt les anar, autonomes et autre en tout genre.). Si on y arrivait ça serait un pas en avant incroyable.
     
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