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Fernand Pelloutier - Les deux tâches du syndicalisme (1896)

Discussion dans 'Bibliothèque anarchiste' créé par Ungovernable, 1 Juin 2009.

  1. Ungovernable
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    Dix ans avant la Charte d’Amiens, cet appel officiel de la Fédération nationale des Bourses du Travail pour le 1er mai 1896 — rédigé et signé par son secrétaire Fernand Pelloutier — outre qu’il entend affirmer la maturité du mouvement ouvrier réuni au sein des Bourses, expose déjà les deux tâches du syndicalisme : la réforme et la révolution.
    Source : J. Julliard, Fernand Pelloutier et les origines du syndicalisme d’action directe, Paris, Le Seuil, 1971, coll. « L’Univers historique », pp. 405-406.


    1er mai 1896 - Appel de la Fédération nationale des Bourses du travail pour le 1er mai 1896

    Volontairement confinées jusqu’à ce jour dans le rôle d’organisatrices du prolétariat, les Bourses du travail de France entrent désormais dans la lutte économique, et, à cette date du 1er mai, choisie depuis quelques années par le socialisme international pour formuler les volontés de la classe ouvrière, viennent exposer ce qu’elles pensent et le but qu’elles poursuivent.

    Convaincues qu’au mal social les institutions ont plus de part que les hommes, parce que ces institutions, en conservant et accumulant les fautes des générations, font les hommes vivants prisonniers des fautes de leurs prédécesseurs, les Bourses du travail déclarent la guerre à tout ce qui constitue, soutient et fortifie l’organisme social. Confidentes des souffrances et des plaintes du prolétariat, elles savent que le travailleur aspire, non pas à prendre la place de la bourgeoisie, à créer un Etat « ouvrier », mais à égaliser les conditions et à donner à chaque être la satisfaction qu’exigent ses besoins. Aussi méditent-elles, avec tous les socialistes, de substituer à la propriété individuelle et à son effroyable cortège de misères et d’iniquités, la vie libre sur la terre libre !

    Dans ce but, et sachant que la virilité de l’homme se proportionne à la somme de son bien-être, elles s’associent à toutes les revendications susceptibles — en améliorant, si peu que ce soit, la condition immédiate du prolétariat — de le libérer des soucis démoralisants du pain quotidien et d’augmenter, par suite, sa part contributive à l’œuvre commune d’émancipation.

    Elles réclament la réduction de la durée du travail, la fixation d’un minimum de salaire, le respect du droit de résistance à l’exploitation patronale, la concession gratuite des choses indispensables à l’existence : pain, logement, instruction, remèdes ; elles s’efforceront de soustraire leurs membres aux angoisses du chômage et aux inquiétudes de la vieillesse en arrachant au capital la dîme inique qu’il prélève sur le travail.

    Mais elles savent que rien de tout cela n’est capable de résoudre le problème social ; que jamais le prolétariat ne sortirait triomphant de luttes où il n’opposerait à la formidable puissance de l’argent que l’endurance acquise, hélas ! par des siècles de privations et de servitude. Aussi adjurent-elles les travailleurs demeurés jusqu’à ce jour isolés de venir à elles, de leur apporter l’appoint de leur nombre et de leurs énergies. Le jour (et il n’est pas éloigné) où le prolétariat aura constitué une gigantesque association, consciente de ses intérêts et du moyen d’en assurer le triomphe, ce jour-là, il n’y aura plus de capital, plus de misère, plus de classes, plus de haines. La révolution sociale sera accomplie.


    Pour la Fédération des Bourses du travail :
    Le secrétaire,
    Fernand Pelloutier.
     
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