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Errico Malatesta - La propriété & L'intéressement aux bénéfices (citations et extraits)

Discussion dans 'Bibliothèque anarchiste' créé par Ungovernable, 9 Juin 2009.

  1. Ungovernable
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    Nos adversaires, bénéficiaires et défenseurs du système social actuel, disent généralement, Pour justifier le droit à la propriété privée, que la propriété est la condition et la garantie de la liberté.

    Nous sommes d'accord avec eux. Est-ce que nous ne disons pas sans cesse que celui qui est pauvre est esclave?

    Mais alors, pourquoi sommes-nous adversaires?

    La raison en est claire: la propriété qu'ils défendent, en réalité, c'est la propriété capitaliste, c'est-à-dire la propriété qui permet de vivre sur le travail d'autrui et qui implique donc une classe de déshérités, de non-possédants, contraints de vendre aux propriétaires leur propre travail à un prix inférieur à sa valeur.

    Il Risveglio, 30 novembre 1929


    La cause première de la mauvaise exploitation de la nature, des souffrances des travailleurs, des haines et des luttes sociales, c'est le droit de propriété qui donne aux détenteurs de la terre, des matières premières et de tous les moyens de production, la faculté d'exploiter le travail d'autrui et d'organiser la production pour s'assurer le meilleur profit possible, et non pas pour donner à tous le plus de bien-être possible.

    Il faut donc abolir le droit de propriété.

    Umanità Nova, 10 mai 1922


    Le principe pour lequel nous devons lutter, et sur lequel nous ne pourrions pas transiger, que nous soyons vainqueurs ou vaincus (c'est-à-dire: si la victoire est remise à plus tard), ce principe est le suivant : que tous aient les instruments de production pour pouvoir travailler sans être soumis à l'exploitation capitaliste, grande ou petite.

    L'abolition de la propriété individuelle, au sens absolu du terme, viendra, si elle vient, par la force des choses, quand les avantages de la gestion communiste seront démontrés et qu'il y aura plus d'esprit de fraternité. Mais ce qui doit être aboli immédiatement, y compris par la violence si besoin est, c'est la propriété capitaliste, c'est-à-dire le fait que certains disposent des richesses naturelles et des instruments de travail et puissent ainsi contraindre les autres à travailler pour eux.

    Le communisme de force serait la tyrannie la plus odieuse que l'esprit humain puisse concevoir. Et parler de communisme libre et volontaire, ce serait de l'ironie si on n'a pas le droit ni la possibilité de vivre sous un autre régime, collectiviste, mutualiste, individualiste ou comme on voudra, à condition toujours de n'opprimer et de n'exploiter personne.

    Libre donc, au paysan de cultiver son bout de terrain tout seul, s'il le veut; libre au cordonnier de rester à son établi et au forgeron dans sa petite forge. S'ils ne peuvent pas trouver quelqu'un pour les aider, ou des gens à exploiter, on verra bien si ces travailleurs isolés ne trouveront pas qu'il vaut mieux s'associer aux autres et entrer volontairement dans les différentes communautés - et des gens à exploiter, ils n'en trouveraient pas: personne ne voudrait se faire exploiter par un petit patron, tous ayant droit aux instruments de travail et pouvant travailler pour leur propre compte ou, dans des conditions équivalentes, dans les grandes organisations de production.

    La destruction des titres de propriété ne nuirait pas au travailleur indépendant pour qui le vrai titre, c'est la possession et le travail qu'il exerce. Il s'agit de détruire les titres des propriétaires qui exploitent le travail d'autrui et, surtout, de les exproprier de fait, pour mettre les terres, les maisons, les usines et tous les instruments de travail à la disposition de ceux qui travaillent.

    Inutile de dire que les propriétaires actuels n'auraient plus qu'à contribuer, eux aussi, à la production, comme ils pourront, s'ils veulent être considérés comme égaux à tous les autres travailleurs.

    Umanità Nova, 18 avril 1922


    La propriété devra-t-elle être individuelle ou collective [après la révolution]? Et quelle sera la collectivité propriétaire des biens indivis: le groupe local, le groupe constitué à cet effet, le groupe d'affinité idéologique, le groupe de la famille - ou comprendra-t-elle en bloc les membres de toute une nation et, par la suite, de toute l'humanité?

    Quelles formes prendront la production et l'échange? Qu'est-ce qui triomphera: le communisme (production en association et consommation libre pour tous)? le collectivisme (production en commun et répartition des produits selon le travail de chacun)? l'individualisme (possession individuelle, par chacun, des moyens de production et jouissance, pour chacun, du produit intégral de son propre travail)? ou d'autres formes combinées que pourront suggérer l'intérêt individuel et l'instinct social éclairés par l'expérience.

    Tous ces modes possibles de possession et d'utilisation des moyens de production et tous ces modes de répartition des produits seront probablement expérimentés simultanément dans une même localité ou dans les différentes localités; et ils se combineront et s'interpénétreront les uns les autres de différentes façons, jusqu'à ce que la pratique ait montré quelle est la meilleure forme, ou quelles sont les meilleures formes.

    En attendant, comme je l'ai déjà dit, la nécessité de ne pas interrompre la production et l'impossibilité de suspendre la consommation des choses indispensables feront qu'au fur et à mesure qu'il sera procédé à l'expropriation, on établira les accords nécessaires pour assurer la continuation de la vie sociale. On fera comme on pourra et, à condition qu'on rende impossible que de nouveaux privilèges se constituent et se consolident, on aura le temps pour chercher les voies les meilleures.

    ***

    Quelle est, selon moi, la meilleure solution, celle dont il faudrait chercher à se rapprocher?

    Personnellement, je dis que je suis communiste parce que le communisme me paraît être l'idéal dont se rapprochera l'humanité, à mesure qu'il y aura plus d'amour entre les hommes et qu'une production plus abondante les délivrera de la peur d'avoir faim, détruisant ainsi le principal obstacle qui s'oppose à ce qu'ils soient frères. Mais plus que les formes pratiques d'organisation économique, qui doivent nécessairement s'adapter aux circonstances et seront toujours en évolution continuelle, ce qui importe véritablement, c'est l'esprit qui anime ces organisations et la méthode pour y parvenir: l'important, je le répète, c'est d'être guidé par l'esprit de justice et par le désir du bien de tous, et qu'on y parvienne toujours librement et volontairement.

    S'il y a réellement liberté et esprit de fraternité, toutes les formes tendent au même but : l'émancipation et l'élévation de l'homme, et elles finiront par se concilier et par se fondre les unes dans les autres. Si, au contraire, la liberté manque, et le désir du bien de tous, alors toutes les formes d'organisation peuvent engendrer l'injustice, l'exploitation et le despotisme.

    Il Risveglio, 30 novembre 1929


    L'intéressement aux bénéfices

    Rendre les ouvriers actionnaires des entreprises dans lesquelles ils travaillent, c'est ce qu'ont proposé depuis longtemps des réformateurs sociaux naïfs... et même quelques capitalistes malins. En France, on en parlait déjà en 1848, sinon avant. Dans certaines usines, la chose a été appliquée... au grand avantage des capitalistes. En Angleterre, un patron l'a proposée dans une grande entreprise, dont le nom m'échappe maintenant, et les ouvriers ont refusé.

    Sous des noms et des formes légèrement différentes, il s'agit de la co-participation aux bénéfices dénoncée par quiconque comprend quels sont les intérêts véritables des travailleurs et se donne pour but leur émancipation intégrale.

    Que même la grande masse des capitalistes ait repoussé cette proposition, cela ne veut rien dire du tout: la plus grande partie d'entre eux est affligée de cette cécité qui, heureusement, frappe toujours les classes et les gouvernements moribonds; et les autres, les plus intelligents, pensent que la gamme de leurres possibles n'est pas infinie, et qu'il ne faut pas faire facilement des "concessions" pour avoir toujours quelque chose à "concéder" quand le danger menace.

    Le problème est clair.

    Bien sûr, le capitaliste doit toujours laisser au travailleur une partie du produit du travail. Quelle que soit la forme sous laquelle cette part est donnée salaire, paiement en nature, travail à la tâche, participation aux bénéfices - le capitaliste voudrait ne donner au travailleur que le strict nécessaire pour qu'il puisse "travailler et se reproduire", et le travailleur voudrait toute cette part du produit qui est le fruit de son travail. Le taux réel de rémunération du travail, quelle que soit la façon dont il est payé, est déterminé par le besoin qu'ont l'un de l'autre le capitaliste et l'ouvrier, et par la force que chacun peut opposer à l'autre.

    Avec cette différence que si l'ouvrier est payé sous la forme d'un salaire, il voit son propre esclavage, il voit l'antagonisme d'intérêts qu'il y a entre le patron et lui, il lutte contre le patron et il arrive facilement à concevoir qu'il est juste et nécessaire d'abolir le patronat. Si, au contraire, l'ouvrier "contrôle" la fabrique, participe aux intérêts, est actionnaire de l'usine, il perd de vue l'antagonisme d'intérêts et la nécessité de la guerre de classes; bien qu'exploité, il devient réellement intéressé à la prospérité du patron et il accepte l'état d'esclavage dans lequel il se trouve et qui le nourrit plus ou moins bien.

    Et ce n'est pas tout.

    Quand bien même le paiement du travail serait fait sous la forme d'une participation aux bénéfices, de dividendes attribués aux actionnaires, et autres formes de co-participation, les patrons auraient facilité le chemin à ce qui serait l'ultime moyen pour tenter de perpétuer le privilège: la gestion avec les ouvriers les plus habiles, sinon les plus serviles et les plus égoïstes - et ils y sont déjà arrivés avec les professionnels et les "techniciens", [co-gestion] qui signifie assurer à ces ouvriers un travail stable et relativement bien payé, -et constituer ainsi une classe intermédiaire qui les aiderait à maintenir dans l'asservissement la grande masse des déshérités.

    En somme, il faut se décider. Si on veut consolider le système capitaliste en l'améliorant autant qu'il est possible, alors on pourra très bien discuter de ces prétendues améliorations. Mais si on veut vraiment l'émancipation de l'homme et l'avènement d'une civilisation supérieure, on ne peut que rendre la lutte des classes toujours plus dure afin d'arriver le plus vite possible à l'expropriation, expropriation qui fera de tous les hommes des travailleurs libres et socialement égaux.

    Umanità Nova, 30 septembre 1920


    Aujourd'hui, le prolétariat ne veut plus accepter passivement les conditions dans lesquelles ils se trouve, et moins encore les conditions plus mauvaises qui l'attendent fatalement si le régime actuel de production et de distribution continue. On ne peut plus le dompter par la force. Il faut donc le tromper, il faut lui faire croire qu'il co-participe désormais à la direction et donc à la responsabilité des entreprises, il faut lui redonner, par ce biais, l'habitude de la discipline, de l'ordre, de travailler tant et plus; il faut surtout créer une sorte d'aristocratie ouvrière, un quart état, composé d'ouvriers mieux payés, sûrs de leur poste, aspirant aux fonctions administratives et de direction dans les organismes de classe, en excellents termes avec les patrons et les membres des commissions "paritaires"; qui se sentiraient intéressés à la stabilité du régime bourgeois, attireraient petit à petit à eux les nouveaux éléments capables de créer des problèmes, seraient les meilleurs instruments de conservation et contribueraient efficacement à maintenir les masses dans un état d'infériorité et de docilité servile.

    Umanità Nova, 19 septembre 1920
     
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