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Bientôt des robots militaires. Rien de réjouissant

Discussion dans 'Discussion générale' créé par pilou-ilou, 12 Juin 2018.

  1. pilou-ilou
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    pilou-ilouMembre du forum Membre actif

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    L’armée de Terre française recrute des robots soldats estoniens

    Ca commence comme ça et ensuite ce seront des robots CRS, indestructible. Rien de bien réjouissant.
    On arrive a un haut point de technologie qui ne nous laissera plus de marge de liberté.

    De plus l'armée consomme bien assez de fric comme ça. Que ce soit en France ou ailleurs.
    avec tout ce fric militaire il y aurait de quoi soulager bien des maux sur terre.
     
  2. Anarchie 13
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    Anarchie 13Adolescent immature Comité auto-gestion Membre actif

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  3. libertaire, anarchiste, chaos/Nihiliste, individualiste
    Faut dire le truc en entier, ce sont pas des humanoïdes, ce sont des genres de chariots et ils sont pas armés.
    Et google a renoncé à un contrat avec le pentagone sous pression de ses salariés.
    A te lire on croirait que l'avenir est une fatalité et qu'on y peut rien. C'est impossible qu'on n'ait plus de marges de liberté. On entend ça à chaque nouvelle avancée technologique. Mais chaque nouveau produit a ses failles donc permet de nouvelles résistances, etc...
     
  4. pilou-ilou
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    pilou-ilouMembre du forum Membre actif

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    je te concèdes volontiers que j'ai un tempérament très pessimiste. ce qui fait que je manque d'objectivité.
     
  5. ninaa
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    ninaa  Comité auto-gestion Membre actif

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  6. anarchiste, anarcho-féministe, communiste libertaire, individualiste
    Bien sûr on n'en est pas encore à n'avoir vraiment AUCUNE marge de liberté. Mais les outils modernes de répression sont efficaces pour réduire toujours davantage cette marge de liberté.

    Quelques exemples pour faire flipper Pilou Ilou:

    Bracelet pour surveiller les employés au travail?

    Répression & dérives sécuritaires - France : 19 drones supplémentaires pour la gendarmerie



    Bien sûr on peut toujours trouver des moyens de contourner même si ça devient de plus en plus difficile.

    Quelques exemples pour rassurer Pilou Ilou:

    encore plus de flicage internet

    Création d'un collectif pouvant vous intéresser

    Sous-Surveillance.net

    anonymat; Quelques liens
     
  7. pilou-ilou
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    pilou-ilouMembre du forum Membre actif

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    N'empêche que les technologies sont la. Et ça les démange de les utiliser pour avoir une population docile et aux ordres.
    Quand on voit ce qu'ils font en Chine avec leur système de notation sociale.
     
  8. ninaa
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    ninaa  Comité auto-gestion Membre actif

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  9. anarchiste, anarcho-féministe, communiste libertaire, individualiste
    Evidemment depuis l'invention du gourdin les technologies sont un apport précieux pour la répression. Les flics sont de mieux en mieux équipés pour nous surveiller. Pour la violence ce qui fait surtout la différence c'est la loi, officielle ou officieuse. Il n'y a qu'à voir comment la Commune par exemple a été réprimée dans le sang...
     
  10. RGCM
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    RGCMMembre du forum

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  11. anarchiste, auto-gestionnaire, anti-fasciste, anti-autoritaire
  12. pilou-ilou
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    pilou-ilouMembre du forum Membre actif

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    Ce qui me fait peur c'est que pour contre balancer les systèmes de surveillances, il faut tout un attirail de haute technologie qui coûte cher et que le citoyen lambda ne peut pas acquérir. Et qui bien évidemment doit être interdit ou en passe de devenir interdit.
     
  13. Anarchie 13
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    Anarchie 13Adolescent immature Comité auto-gestion Membre actif

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  14. libertaire, anarchiste, chaos/Nihiliste, individualiste
    Non, l'humain n'a pas disparu de la chaine.
    Tu peux faire des délits sous les yeux des caméras y aura jamais assez d'employés pour toutes les scruter.
    Et ainsi de suite, y aura pas assez de juges pour juger tout le monde, jamais assez de prison et de matons (si ça doit en arriver jusque là).
    Puis couper les fils des caméras où les caillasser ça demande pas grand chose de cher.
    Puis faut pas croire que tout est pensé uniquement d'un point de vue sécuritaire.
    Quand ils ont sorti les voitures qui se ferment à distance c'est plus pour le confort je pense. En tout cas il a pas fallu très longtemps pour trouver un moyen de brouiller le signal et la voiture se ferme pas (par exemple). Chaque nouvelle technologie a ses failles.
     
  15. Anarchie 13
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    Anarchie 13Adolescent immature Comité auto-gestion Membre actif

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  16. libertaire, anarchiste, chaos/Nihiliste, individualiste
    pour calmer la parano :

    Journal d’un voleur à l’étalage - CQFD, mensuel de critique et d'expérimentation sociales
     
    allpower apprécie ceci.
  17. ninaa
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    ninaa  Comité auto-gestion Membre actif

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  18. anarchiste, anarcho-féministe, communiste libertaire, individualiste
    Conseil numéro un pour les voleurs en hypermarché (tous hyper confondus...): les caméras c'est bien le problème numéro un, si ce n'est le seul (à part les DVD, jeux vidéo... y a quasiment rien qui sonne aux caisses). L'essentiel est d'être le plus rapide et furtif possible pour éviter d'attirer l'attention de ceux qui surveillent.
    En général pourvu qu'on fasse profil bas la première fois qu'on se fait gauler on a juste un avertissement et obligation de payer.
     
  19. Anarchie 13
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    Anarchie 13Adolescent immature Comité auto-gestion Membre actif

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  20. libertaire, anarchiste, chaos/Nihiliste, individualiste
    Les vêtements et l'alcool ça sonne. Parfois les livres.
    Faut aussi se dire que parfois les caissiers en ont rien à foutre du vol et vérifient pas.
     
  21. ninaa
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    ninaa  Comité auto-gestion Membre actif

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  22. anarchiste, anarcho-féministe, communiste libertaire, individualiste
    Oui grosso modo ce qui ne sonne pas c'est la bouffe (sauf occasionnellement la viande, cible de la plupart des vols alimentaires) les produits ménagers, de beauté, etc. Les habits qui sonnent ont un antivol.

    Les livres et journaux j'en ai jamais vu sonner, mais gaffe car c'est un des endroits les plus surveillés...

    Non les caissiers vérifient les caddies systématiquement, dans tous les hyper et super de mon quartier (y en a cinq différents!) mieux vaut pas trop compter là dessus. L'un d'entre eux vérifie systématiquement les sacs à main. Quand les caissiers oublient un vigile vient leur faire remarquer!
     
  23. Anarchie 13
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    Anarchie 13Adolescent immature Comité auto-gestion Membre actif

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  24. libertaire, anarchiste, chaos/Nihiliste, individualiste
    Ah... Ici ils vérifient jamais les cabas en tout cas. Pour les sacs à dos j'en ai pas souvent alors je peux pas trop dire des fois on m'a demandé de l'ouvrir d'autres non, mais les sacoches ils regardent pas généralement.
    Les livres des fois y a des bandes magnétiques à une des pages, c'était comme ça à la bibliothèque de la fac et je crois en avoir vu à la fnac. Mais ça s'enlève.
     
  25. ninaa
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    ninaa  Comité auto-gestion Membre actif

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  26. anarchiste, anarcho-féministe, communiste libertaire, individualiste
    Oui dans les librairies il peut y en avoir, mais dans les hypermarchés j'en ai jamais vu...
    Pour les contrôles en caisse (sacs à main, sacs à dos...) chacun connaît les habitudes de son magasin.
    Il semble que malgré une technologie de plus en plus sophistiquée comme tu le disais les voleurs trouvent moyen de s'adapter.

    Mais si j'en crois cet article par exemple cette "adaptation" concerne les voleurs les plus pro: les gens lambda, ceux qui volent par nécessité, se font piquer plus facilement qu'avant les caméras de surveillance, antivols, puces magnétiques:

    Les vols à l'étalage explosent chez les distributeurs français
     
  27. sofia
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    sofiaMembre du forum Compte fermé

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  28. anti-fasciste
    La soupe aux choures

    Journal d’un voleur à l’étalage

    paru dans CQFD n°166 (juin 2018), rubrique Le dossier, par Jean-Baptiste Bernard, illustré par Formes Vives, illustré par Jeremy Boulard Le Fur
    mis en ligne le 25/06/2018 - commentaires

    La presse rebelle, ça nourrit pas son homme. Enfin, pas beaucoup — disons que la condition est précaire. Alors pour boucler les fins de mois, le vol à l’étalage s’est révélé depuis trois ans allié précieux : ça va tout de suite mieux quand on peut mettre un peu de beurre (volé) dans les haricots. Retour sur une (enthousiaste) conversion.

    [​IMG]
    Jean Genet n’a pas écrit que des conneries. Dans Journal d’un voleur, roman contant ses amours homosexuels et ses petites rapines, il a cette dédaigneuse formule : « Une tête de volé, c’est hideux. Des têtes de volés qui l’encadrent donnent au voleur une arrogante solitude. » C’est vrai qu’ils ont quelque chose de moche, cette femme et cet homme m’attendant de pied ferme derrière la caisse d’un Petit Casino. Un peu bouffis, prématurément vieillis, vindicatifs. Le couple n’a rien raté de mes gestes pas assez furtifs, suivant grâce aux caméras mes quelques larcins. Ils savent ce que j’ai pris. Et où je l’ai dissimulé. Le chocolat dans la poche arrière du jean. La sauce soja et le poulet dans la poche intérieure de ma veste. Ils m’ont pris sur le fait, ils ont gagné. Je règle sans discuter ce que j’avais tenté de voler.

    Mais voilà que la femme m’apostrophe : « Et les pruneaux ? Vous allez les payer aussi ? » Étonnement, regard interrogateur — mes poches sont vides. « Ben oui ! Le paquet de pruneaux que vous avez volé il y a un mois ! » Je finis par comprendre. Cette supérette, je ne la fréquente pratiquement jamais — trop loin de chez moi. Mais j’y ai en effet piqué un paquet de pruneaux plusieurs semaines avant. Le couple ne m’a pas pris sur le fait, mais a dû me trouver assez louche pour visionner a posteriori les bandes. Repérant le larcin, il s’est surtout senti assez volé pour mémoriser ma trombine. Impressionnant.

    Je m’en vais. La femme suit, se campe sur le pas de la supérette. Ses cris indignés m’accompagnent : « J’espère que vous allez vous étouffer avec les pruneaux ! Vraiment ! » Elle le souhaite du fond du cœur. Et oui, c’est hideux. Mais tu sais quoi, Jean Genet ? C’est plutôt moi qui me sens sale, là. Non parce que je me suis fait prendre — c’est le jeu, j’assume. Mais parce que j’ai volé des gens pour qui la disparition d’un paquet de pruneaux à 4,5 € suscite une si vive et durable rancœur. Douleur à la fois risible et respectable du petit commerçant qui compte et recompte son stock au long d’une vie de labeur : les Petit Casino sont en effet presque tous gérés par des couples de « gérants mandataires non salariés » gagnant modestement leur vie. J’aurais dû le savoir.

    Principes de base

    Dans Journal d’un voleur, on peut aussi lire ceci : « De la beauté de son expression dépend la beauté d’un acte moral. Dire qu’il est beau décide déjà qu’il le sera. Reste à le prouver. » D’accord. Pour le prouver, il faut confronter l’acte en question à l’éthique qu’on s’est forgée. La mienne rejoint celle de Walter [1], copain au RSA qui écume depuis quinze ans les grandes surfaces de Marseille : « Je ne choure bien sûr ni les potes, ni la famille. J’évite les petits commerces de quartier, je cible les grandes enseignes. Et parfois, je redistribue. » Simple, efficace.

    Depuis trois ans que je pratique, me lançant avec enthousiasme dans le vol à l’étalage, je me tiens à trois principe de base. De un, ne voler que les grands groupes et enseignes mondialisées. De deux, ne chourer que des produits que je vais consommer (surtout de la nourriture, des produits d’hygiène et des livres) ou dont d’autres personnes auront l’utilité. Et de trois, ne jamais piquer d’alcool, dont je fais pourtant grande consommation — il y a dans cet interdit naïvement respecté un contradictoire reste d’éducation judéo-chrétienne [2].

    Peu importe. Il appartient à chacun de fixer ses propres principes et limites. Ceux de Lize, intermittente marseillaise d’une trentaine d’années, se résument en deux phrases expéditives : « Je vole ceux que je considère comme des voleurs : supermarchés, chaînes bio, magasins de bricolage, chaînes de fringues, boutiques à touristes, etc. C’est une façon de remettre les choses à leur place. » Romane, abonnée aux emplois précaires et voleuse aussi expérimentée qu’efficace, ne dit pas autre chose. Mais elle n’a pas toujours été aussi carrée : « Quand j’ai débuté à 20 ans, je suis passée par une période de vol assez frénétique. Il me semblait absurde de payer quoi que ce soit. Et je ne me souciais nullement de la nature du magasin — je m’attaquais même aux boutiques de commerce équitable... » Une absence de hiérarchie dans les cibles qui l’a mise, à l’occasion, face à ses contradictions. « En quête d’un bon antivol, je me suis rendue dans un petit magasin de vélos. J’en ai piqué un, que j’ai caché contre ma taille, bloqué sous ma jupe. Et j’allais repartir quand le gérant m’a adressé la parole. Il était sympa, on s’est mis à discuter, le courant passait bien — assez pour que je me sente désolée de le voler. Au moment d’enfin quitter les lieux, l’antivol a glissé, tombant à ses pieds. Silence. J’ai levé la tête. Croisé son regard plein d’incompréhension. Et je me suis sauvée, complètement honteuse. »

    « Joyeux et ludique »

    Cette honte de Romane permet de pointer une évidence : le vol n’est pas qu’un moyen de se nourrir ou de s’équiper à bon compte. Il est aussi affaire de sensations — bonnes ou mauvaises. Il s’agit de se sentir vivre dans une société où les flux marchands sont réglés comme du papier à roulette. Tracés, planifiés. Tellement sous contrôle que la peur, la honte ou le plaisir valent rébellion. Zoé, psychologue aux maigres revenus, a adoré. Elle vient de se coudre une poche à choure [3], après une soirée à parler vol à l’étalage. Et elle raconte « sa première fois » avec excitation : « J’ai volé un déodorant dans une grande surface. J’ai dû m’y reprendre à trois fois pour le cacher tellement mes mains tremblaient... » Et du même élan : « Mais en sortant, je me suis sentie carrément fière ! » Naïf enthousiasme de débutante ? Même pas. Romane, du haut de ses huit ans de pratique, use du même mot : « Quand je sors avec des vêtements volés au nez et à la barbe du vigile et des caméras, je me sens fière. Contente de moi. » Au temps pour la culpabilité.

    Et puis, pourquoi se sentir coupable ? C’est tout l’inverse qui se joue, souligne Boris, graphiste de 35 ans aux chemises à fleurs aussi éclatantes que le plaisir qu’il prend à chaparder : « Le vol a transformé mon rapport aux supermarchés et autres magasins de merde. Je détestais ces endroits, je m’y sentais en territoire ennemi. Mais depuis que je choure, faire mes courses est devenu quelque chose de joyeux et de ludique. » Tromper le vigile, se jouer des caméras, repérer et ôter les éventuels dispositifs anti-vols, passer aux caisses l’air de rien, puis rentrer chez soi avec un petit butin. Toute une joie un peu enfantine, entre dissimulation et jeu de piste illégal. « Au-delà du sentiment valeureux de les avoir niqués, nous aimerions ressusciter ce cancre du fond de la classe qui pisse sur les règles [...], résument joliment les auteur.e.s de La Brochourre [4]. […] Le gosse qui brave les interdits n’est pas mort ; il est quelque part, par là, autour de nous ou à l’intérieur, à souffler sur les braises qui défient l’autorité. »

    Certains aiment à transformer les braises en brasier. Le vol à l’étalage devient alors défi flamboyant, où il s’agit aussi d’adresser un beau bras d’honneur au système marchand. À l’image de Lize, qui s’est équipée gratos en habits de montagne et matos de rando dans une magasin spécialisé. Ou de Romane qui, à l’occasion, sort des supermarchés des sacs entiers de bonne bouffe, y allant au culot, en faisant glissant discrètement son gros larcin devant la caisse pendant qu’elle règle un petit paquet de chips et une canette de Coca. Audacieux. Mais attention : le risque de garde à vue augmente à mesure de la valeur du butin. « C’est surtout le volume du vol qui importe, expliquait en 2013 le secrétaire général de l’Union des entreprises de sécurité privée [5]. Par exemple, si c’est au-dessus de 100 € à Paris, le magasin appelle la police. En dessous, non. » À bon entendeur.

    [​IMG]

    « Pas de voleur type »

    Dans tous les cas, il en va de la choure comme d’un sport d’adresse : pour s’améliorer, il faut pratiquer. Avec l’expérience, les gestes se font plus confiants et furtifs. Et l’assurance aide à renvoyer l’image du client lambada et honnête qui n’attire pas l’attention — liste de courses à la main, sachant ce qu’il veut, passant d’un pas déterminé d’un rayon à un autre, les mains s’affairant en douce. Sauf que… « L’expérience n’empêche pas de se faire chopper, explique Walter. J’ai quinze ans de pratique et ça m’arrive encore. Souvent, c’est parce que je me suis montré trop sûr de moi. »

    Au centre de Marseille, il y a un petit supermarché que Walter et Boris connaissent bien. Très fréquenté, surtout le soir et le week-end, il a la réputation d’être insuffisamment protégé. Il n’emploie pas de vigile. Et les salariés sont souvent trop occupés à tenir les caisses, gérer le stock ou remplir les rayons pour traquer le vol. Bref, l’endroit parfait pour le petit chapardeur du quotidien — pendant deux ans, j’y ai pris mes aises. Trop. Il y a trois semaines, alors que je passais en caisse avec une bouteille, un employé m’a pris gentiment à part, me demandant de vider mes poches. Pour médiocre butin, du ketchup, des cèpes séchés, des bonbons et du liquide-vaisselle. J’ai payé sans discuter, promettant de ne pas recommencer. Fin du bon plan.

    Jacques n’est pas rancunier. Vraiment pas. C’est lui qui m’a alpagué dans ce supermarché — il en est même adjoint à la direction. Mais quand je reviens le voir deux jours plus tard, évoquant un article sur le vol à l’étalage, il accepte de me retrouver devant une bière. « Je t’ai repéré par hasard, je n’avais jamais fait gaffe à toi avant, m’explique-t-il. J’ai simplement jeté un œil à l’écran au moment où tu piquais un truc. » Pas de chance. C’est que l’endroit débite grave — en moyenne, 1 000 clients par jour en semaine et 1 200 le week-end. Et les employés ont bien trop à faire pour surveiller chaque consommateur : ils ne s’intéressent qu’à ceux dont ils jugent le comportement étrange. « Je travaille ici depuis plus de dix ans, soit assez longtemps pour constater qu’il n’y a pas de voleur type. Ce qui attire mon attention, ce sont les attitudes pas naturelles. Le client à l’air nerveux, aux yeux fureteurs. Celui qui attrape des produits sans les regarder. Ou cet autre qui n’en a que pour l’alcool, les déodorants ou le chocolat — nos produits les plus volés. »

    Quand ils repèrent un chapardeur, les employés l’alpaguent avec diplomatie – j’y ai eu droit. « Souvent, ça se passe bien : les gens reposent les articles et on en reste là. Parfois, c’est plus tendu. Mais dans tous les cas, on n’appelle pas la police : elle ne se déplace jamais. » Jacques en sait quelque chose, qui s’est fait braquer par un mec cagoulé il y a quelques années. « Le bonhomme est reparti à pied, tranquille. Et il fallu attendre une demie-heure pour voir débarquer les flics en mode cow-boy, arrêtant les gens dans la rue. Comme s’il y avait une chance que le braqueur soit encore dans le coin... » Sacrés guignols.

    « Tous les jours fête »

    Lize, elle aussi, a attendu la police un moment. C’était à l’entrée d’une enseigne bio, elle n’avait pas le choix. Un vendeur et le gérant la retenaient, après l’avoir vu planquer des produits dans son sac. Eux n’ont pas fait dans la diplomatie. Au contraire, ils se sont ingéniés à punir la jeune femme. « Je savais qu’ils n’avaient pas le droit de me retenir, mais je me suis laissée intimider. La police n’est bien sûr jamais venue - c’était un prétexte pour m’imposer une heure d’attente et d’humiliations. Avant de me libérer, le gérant a bloqué ma tête entre ses mains et l’a exhibée devant chaque vendeur en disant : “ Retenez son visage, elle n’entre plus ici ! ” Traumatisant. »

    Nul doute que Lise a depuis été vengée par bien des voleurs à l’étalage. C’est que les enseignes bio — Bio c’Bon, Biocoop et autres Naturalia — sont depuis longtemps cible privilégiée de ceux qui veulent mieux manger sans en payer le coût exorbitant. C’est même l’une des raisons pour lesquelles Boris s’est mis à la choure : « J’en avais marre de manger de la merde. Et j’ai décidé de me nourrir plus sainement. Mais je n’avais ni les moyens, ni l’envie de me ruiner pour des fruits et légumes bio ou pour des graines de qualité. J’ai alors commencé à voler et je n’ai plus arrêté depuis. » Ici réside la force tranquille du petit vol à l’étalage. Dans le temps long. Et la possibilité de s’offrir jour après jour cette vie meilleure normalement conditionnée par l’épaisseur du portefeuille. Jusqu’à dénier, comme Lize, toute légitimité à ce dernier : « Je déteste les rapports induits par l’argent. C’est ce qui me plaît dans le fait de voler : j’ai l’impression d’enlever sa valeur au fric. »

    Quand la choure fait commun

    Pour Boris, oiseau de passage qui squatte chez les uns et les autres, le vol permet aussi de remercier ses hôtes : « Je suis invité, alors je ramène de bonnes choses à manger et à boire. Pour faire plaisir. » La choure se partage — c’est même parfois sa raison d’être. Romane, qui a habité une coloc’ avec sept camarades aussi fauchés qu’elle, raconte ainsi, yeux pétillants, ses expéditions passées dans un Monoprix, où un pilier bien placé permettait de remplir des sacs à dos à l’abri des caméras. « Avec deux potes, on avait décidé que ce serait tous les jours fête. Et on faisait régulièrement le plein de tournedos, foie gras et saumon pour régaler tout le monde. On avait l’impression d’être Robin des Bois... »

    Quand il y en a pour huit, il y en a pour cent. Ou presque — simple question d’échelle. À mesure qu’ils se sont politisés, Romane et ses ami.e.s ont mis leurs compétences au service de bouffes de soutien et de repas collectifs. Se répartissant la liste de courses et les grandes surfaces à écumer avec des cabas à double-fond. Efficaces. Je sais, je les ai vus à l’œuvre. C’était en 2012, dans un squat de Toulouse accueillant pour un week-end l’équipe foutraque du canard rebelle auquel je participais alors. En deux heures, ils ont volé de quoi cuisiner un cassoulet pour une cinquantaine de personnes. La classe.

    Trois ans plus tard, j’ai recroisé certains d’entre eux dans une vallée des Pyrénées. Une grosse fiesta s’y tenait dans un chouette lieu autogéré. Une centaine de convives avaient fait le déplacement, presque tous venus les mains vides — les organisateurs avaient passé la semaine précédente à piller les supermarchés du coin, histoire de nourrir et d’abreuver tout le monde. Le plus impressionnant n’était pas que ce soit gratuit. Mais tenait au déploiement d’énergie, de techniques et de désintéressement ayant permis cette gratuité. C’est là que la choure est belle. Quand elle colle des sourires sur les visages avant même de rassasier les corps. Et qu’elle fait commun, tissu de pratiques illégales reliant ceux qui volent et ceux qui en bénéficient dans le même plaisir du partage. Aujourd’hui encore, y penser suffit à me donner la banane.


    Notes

    [1] Tous les prénoms de voleurs cités dans l’article ont été modifiés, de même que celui de l’employé de supermarché.

    [2] Et peut-être une précaution : l’alcool faisant partie des produits les plus volés, son rayon est particulièrement surveillé.

    [3] Une poche à choure se coud à l’intérieur d’une veste, de manière à ce qu’il soit possible d’y glisser un produit dans un mouvement à la fois fluide et discret – c’est l’une des techniques de vol à l’étalage les plus courantes.

    [4] Voir l’entretien sur double page dans le même numéro de CQFD.

    [5] Cité dans « Les petits arrangements des supermarchés avec leurs voleurs », article mis en ligne sur le site Rue89 le 30/10/13.
     
  29. Anarchie 13
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  30. libertaire, anarchiste, chaos/Nihiliste, individualiste
    pourquoi opposer vol par nécessité et vol "professionnel" ou gens lambdas et voleur professionnel ? Quand tu voles pour revendre dans un marché c'est généralement par nécessité et ça peut très bien juste servir d'appoint alors que tu taffes ou touches les allocs à côté comme revenu principal.
    Je fais quand même la différence entre est-ce-que tu voles un bien que tu veux consommer ou est-ce-que tu voles un truc pour le revendre et acheter ce que tu veux consommer avec les thunes.
    D'un point de vue théorique je trouve que voler ce dont tu as besoin et donc ne pas enrichir les capitalistes c'est une pratique qui va dans le bon sens, mais voler pour revendre puis retourner enrichir les capitalistes avec le butin par contre c'est de la débrouille mais c'est une démarche de commerçants. En pratique je crois pas que la majorité des gens fasse cette distinction.
    après le fait de s'organiser pour voler plus avec moins de risques c'est pas vraiment se professionnaliser.
     
  31. ninaa
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  32. anarchiste, anarcho-féministe, communiste libertaire, individualiste
    C'est pas un jugement, pas une distinction de fond, mais de capacité, de méthode: un voleur averti, organisé, aura moins de risques de se faire choper qu'un voleur occasionnel. Dans la première catégorie je mettrais aussi

    ceux qui font partie d'un milieu militant, qui se refilent des bons tuyaux, vont lire la brochoure ou le dernier CQFD.

    Le problème c'est qu'on ne peut pas trouver tout ce dont on a besoin pour vivre dans les magasins (de quoi payer son loyer par exemple). Pour les précaires revendre des objets n'est pas "une démarche de commerçants" mais une question de survie.

    Rien à voir avec la recherche de profit, l'exploitation des employés, des ouvriers... des PDG d'hypermarché.

    J'espère bien que beaucoup de gens font la distinction entre un pauvre qui essaie de mettre la tête hors de l'eau et un riche qui essaie d'avoir toujours plus de fric...
    Des détails sur les performances des caméras de surveillance dans la Brochourre:


     
  33. Anarchie 13
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    Anarchie 13Adolescent immature Comité auto-gestion Membre actif

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    Je parlais de deux pauvres un qui fout un truc dans son sac pour économiser, et un qui va régulièrement voler tel type d'article qu'il revend au marché.

    Franchement quand je vois certains gens au marché j'ai des doutes.
    T'en as qui vont arnaquer, qui vont mentir (genre te vendre du faux pour du vrai, alors ça va que de toute manière il le vende moins cher qu'en magasin mais bon ça reste malhonnête et c'est d'autres galériens que t'arnaque)... Après je sais pas si c'est courant ou exceptionnel les gens comme ça mais bon j'en ai déjà croisé. Rien que la dernière fois je passe au marché et j'entends un pélo qui montre des sacs genre "ça c'est du luxe" oue oue oue... si c'est pas de la publicité mensongère.
     
  35. ninaa
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    ninaa  Comité auto-gestion Membre actif

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